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Full text of "Voyage de La Pérouse autour du monde, / publié conformément au décrit du 22 avril, 1791, et rédigé par M.L.A. Millet-Mureau, général de brigade dans le corps de génie, directeur des fortifications, ex-constituant, membres de plusieurs sociétés littéraires de Paris"

Jt 




■ 



VOYAGE 



DE LA PÉROUSE 



AUTOUR DU MONDE. 



■i 






VOYAGE 



DE LA PÉROU S 



AUTOUR DU MONDE, 

PUBLIÉ CONFORMÉMENT AU DÉCRET DU 22 AVRIL, i 79h 



ET RÉDIGÉ 



PAR M. L. A. MILET-MUREAU, 

Général de Brigade dans le C 0] ps du Génie, Directeur des Fortifications, Ex-Constituant, 
Membre de plusieurs Sociétés littéraires de Paris. 



TOME SECOND. 



,v&^-> J »^ J ^ T| gntJia ^ lr iii| |itia ^ 



A LONDRES: 

DE L'IMPRIMERIE D'A. HAMILTON: 

J. EDWARDS, PALL-MALL; ET T. PAYNE, MEWS-GATE, CASTLE-STKEET, 

3 799, 




>^^^^^ 



T A 



E 



ES CHAPITRES ET PIÈCES 



CONTENUS DANS CE VOLUME. 



CHAPITRE XVII. 



KOUTE vers la partie du Nord-Ouest du Japon.— Vue du cap Noto et de l'île Jootsî-sims 
— Détails sur cette île. — Latitude et longitude de cette partie du Japon. — Rencontre de plu- 
sieurs bâtimens Japonais et Chinois. — Nous retournons vers la côte de Tartarie, sur laquelle 
nous atterrissons par 42 degrés de latitude Nord. — Relâche à la baie de Ternai. Ses pro- 
ductions. — Détails sur ce pays. — Nous en appareillons après y être restés seulement trois 
jours. — Relâche à la baie de Suffren^ Page 1 

C H A P. XVIII. 

Nous continuons de faire route au Nord. — Reconnaissance d'un pic dans l'Est. Nous nous 

apercevons que nous naviguons dans un canal.— Nous dirigeons notre route vers la côte de 
l'île Ségalien. — Relâche à la baie de Langle.— Mœurs et coutumes des Habitans.— Ce qu'ils- 
nous apprennent nous détermine à continuer notre route au Nord. — Nous prolongeons la 
côte de l'île. —Relâche à la baie d'Estaing.— Départ. — Nous trouvons que le canal entre l'île 
et le continent de la Tartarie est obstrué par des bancs.— Arrivée à la baie de Castries sur la 
côte de Tartarie. . . .m 17 

C H A P. XIX. 

Relâche à la baie de Castries. — Description de cette baie et d'un village Tartare. Mœurs et 

coutumes des habitans. — Leur respect pour les tombeaux et les propriétés. — Extrême con- 
fiance qu'ils nous inspirent. — Leur tendresse pour leurs enfans. — Leur union entre eux.—» 
Rencontre de quatre pirogues étrangères dans cette baie.— Détails géographiques que nous 
donnent les équipages.— Productions de la baie de Castries.— Ses coquilles, quadrupèdes, 
oiseaux, pierres, plantes. .................... . 33 





E. 



C H A P. XX. 



Départ de la baie de Castries. — Découverte du détroit qui sépare le Jesso de l'Oku-Jesso.— 
Relâche à la baie de Crillon sur la pointe de l'île Tchoka ou Ségalien. — Détails sur ses 
habitans et sur leur village. — Nous traversons le détroit et reconnaissons toutes les terres 
découvertes par les Hollandais du Kastricum. — Ile des Etats. — Détroit d'Uriès. — Terre de la 
Compagnie. — Ile des Quatre-Frères. — Ile de Marikan. — Nous traversons les Kuriles et fai- 
sons route pour le Kamtschatka Page 53 

C H A P. XXI. 

Supplément aux Chapitres précédens. — Nouveaux détails sur la côte orientale de la Tartane. 
— Doute sur la prétendue pêcherie de perles, dont parlent les Jésuites. — Différences physi- 
ques entre les insulaires de ces contrées et les continentaux. — Pauvreté du pays. — Impossibilité 
d'y faire aucun commerce utile. — Vocabulaire des habitans de l'île Tchoka ou Ségalien. 6g 

C H A P. XXII. 

Mouillage dans la baie d'Avatscha. — Accueil obligeant du lieutenant Kaborof. — Arrivée de M. 
KaslofF-Ougrenin, gouverneur d'Okhotsk, au havre de Saint-Pierre et Saint-Paul. — Il est 
suivi à bord par M. SchmalefF, et par le malheureux Ivaschkin, qui nous inspire le plus vif 
intérêt. — Bienveillance officieuse du gouverneur à notre égard. — Bal des Kamtschadales. — 
Un couirier, arrivant d'Okhotsk, nous apporte nos lettres de France. — Nous découvrons le 
tombeau de M. de la Croyère, et nous y attachons, ainsi qu'à celui du capitaine Clerke, une 
inscription gravée sur le cuivre. — Nouvelles vues d'administration de M. Kasloff, relatives au 
Kamtschatka. — Nous obtenons la permission d'envoyer notre interprète en France avec nos 
paquets. — Départ de la baie d'Avatscha 85 

C H A P. XXIII. 

Détails sommaires sur le Kamtschatka. — Indications pour entrer dans la baie d'Avatscha et en 
sortir sans risques. — Nous parcourons, sur le parallèle de 37 d 30', un espace de trois cents 
lieues, pour chercher une terre découverte, dit-on, par les Espagnols en 1Ô20. — Nous cou- 
pons la Ligne pour la troisième fois. — Nous avons connaissance des îles des Navigateurs, 
après avoir pas.'é sur l'île du Danger de Byron. — Nous sommes visités par beaucoup de pi- 
rogues, nous faisons des échanges avec leurs équipages, et nous mouillons à l'île Ma- 
«una. 106 

C H A P. XXIV. 

Mceurs, coutumes, arts, et usages des insulaires de Maouna. — Contraste de ce pays riant et 
fertile avec la férocité de ses habitans.— La houle devient très-forte ; nous sommes contraints 



■T A B L E. 

cTappareiller-M. de Langle, voulant faire de l'eau, descend à terre avec quatre chaloupes 
armees.-Il est assassine ; onze personnes des deux équipages éprouvent le même sort-Ré- 
cit circonstancié de cet événement. . „ 

* "' iage 125 

CHAR XXV. 

Départ de l'île Maouna-Description de «le cï'Oyolava-Échanges avec ses habitans-Vue 
de 1 de de Po la-Nouveaux détails sur les mœurs, les arts, les usages des naturels de ces îles 
et sur les productions de leur sol—Rencontre des îles des Cocos et des Traîtres. . . 14 & 

C H A P. XXVI. 

Départ des îles des Navigateurs-Nous dirigeons notre route vers celles des Amis-Rencontre 
de 1 île Vavao et de différentes îles de cet archipel, très-mal placées sur les cartes—Les habi- 
tante Tongataboo s'empressent de venir à bord et de lier commerce avec nous-Nous 
mondions a l'île Norfolk-Description de cette Île-Arrivée à Botany-Bay. . i 62 



Tables de la route de la Boussole, pendant les années I 7 85, l 7 86, ifèf, 1788, depuis son dé- 
part d Europe jusqu'à Botany-Bay. 

Tables de la route.de l'Astrolabe, pendant les années l 7 85, l7 86, l 7 s 7 , depuis son aépartd'Eu - 

rope jusqu'au Kamtschatka. . . 

# 265 

Extrait d'un Voyage au pic de Ténériffe, du 24 Août 1 7 S5, par MM. de Lamanoù et Montés, 
physiciens faisant partie de l'expédition de M. de la Pérouse, et précis de quelques Expériences 
Chimiques faites sur le haut de ce pic, avec une description de nouvelles variétésde schorls voL 
caniques 

+, , T ' ••••..... . 31£ 

iUoge de Lamanon ; par le citoyen Ponce. 

J ■••••... 321 

Mémoire ou Dissertation sur les habitans des îles de Pâque et de Mowée ; par M. Rollin doc 
teur en médecine, chirurgien ordinaire de la marine, et chirurgien-major de la frégate la Bous- 
sole, commandée par M. de la Pérouse. ù 

; 328 

Mémoire géographique sur l'île de Pâque, par M. Bernizet, ingénieur-géographe employé dans 

l'expédition de M. de la Pérouse. ...'-. 

" " ' ° •••••■•■ . 338 

Mémoire physiologique et pathologique sur les Américains, par M. Rollin 34 q 

Des indigènes du Chili. . , . 

••••••••-•.... 34g 

Des indigènes de la Californie. .... 

° ••••■•••..... . 350 

Des Américains qui habitent les environs de la baie des Français 

S •••••.. 351 

Observations générales. .... 

b ,,'•••'• l-'d :•_•■•.... 353 

Table de comparaison des proportions des Américains indigènes. .... . 3o > 





TABLE. 

Mémoire descriptif, sur quelques insectes, par M. de la Marinière, naturaliste employé dans le 

j . . . . • Paee 360 

voyage autour du monde ° 

Dissertation sur les habitans de l'île de Tchoka ou Ségalien, et sur les Tartan» orientaux-, suivie 
d'une table comparative des proportions de ces deux peuples ; par M. Rollm. ... 371 
Observations de M. de Monneron, capitaine au Corps du génie, embarqué en qualité d'ingé- 
nieur en chef dans l'expédition de M. de la Pérouse 38 7 

_, . . , - 387 

Ile de la Trinité. .... - 

Ile Sainte-Catherine. • 

. . . . 3Q4 

Chili y 

lie de Pàque, îles Sandwich, et baie des Français. . .....■••• 397,398 

. . • 3Q9 
Port de Monterey. .....••••••••:• 

Mémoires sur Manille et Formose, par M. de la Pérouse. . 

Mémoire sur les Té, ébratules ou Poulettes, et description d'une espèce trouvée dans les mers de 

îa Tartarie orientale ; par M. de Lamanon, de l'Académie de Turin, correspondant de 1 Aca- 

408 

demie des Sciences. • • 

§ I. Description de la coquille. .....•••••••••• 

§ IL Description de l'animal. ......-••• 

Mémoire sur les Cornes d'ammon, et description d'une espèce trouvée entre les Tropiques, dans 

AO.'i 

la mer du Sud; parM.de Lamanon 

Mémoire sur le commerce des Peaux de loutre de mer, &c. par M. de la Pérouse ; suivi d'un état 
des pelleteries de loutre et de castor traitées par lui au port des Français 426 

Extrait de la Correspondence de MM. de la Pérouse, de Langle, Lamanon, &c. avec le ministre 

436 

de la marine • 

Extraits de Lettres de MM. de la Pérouse et Dagelet à M. Fleurieu. ....... 478 

Extraits de Lettres écrites par M. de la Pérouse à M. de la Touche, directeur-adjoint des ports, 
et capitaine de vaisseau; et par M. de Lamanon à M. de Servières. ...... 502 

Lettre de M. de la Martinière au ministre de la marine ■ 

Extrait d'une lettre de M. de Lamanon à M. de Condorcet, secrétaire perpétuel de l'Académie 

509 

A Table des Observations faites depuis un degré de latitude Nord jusqu'à un degré de 
latitude Sud, pour découvrir le flux et reflux de l'Atmosphère, par M. de Lamanon. . 513 

Note descriptive, sur les Lianes du Chili comprises dans l'Atlas du Voyage de la Pérouse ; par 
Ventenat, membre de l'Institut national. • • 



ÏZFL*!mSMSB®& 



VOYAGE 



AUTOUR DU MONDE 



PENDANT LES ANNEES 



1785, 1786, 1787, et 1788, 



CHAPITRE XVII. 

Route vers la partie du Nord-Ouest du Japon Vue du cap 

Noto et de Vile Jootsi-sima. — Détails sur cette île.— Lati- 
tude et longitude de cette partie du Japon.— Rencontre de 
plusieurs bdtimens Japonais et Chinois. — Nous retournons vers la 
cote de Tar tarie, sur laquelle nous attérissons par 42 degrés 
de latitude Nord. — Relâche à la baie de Ternai. — Ses pro- 
ductions. — Détails sur ce pays. — Nous en appareillons après 
y être restés seule?nent trois jours. — Relacke à la baie de 
Suffirai * 



-<E 30 Mai 1787, les vents s'étant fixés au Sud-Sud-Est, je 1787. 
dirigeai ma route à l'Est vers le japon ; mais ce ne fut qu'à bien petites ^ ai " 
journées que j'en approchai la côte. Les vents nous furent si constamment 
contraires, et le temps était si précieux pour nous, que, sans l'extrême 
importance que je mettais à déterminer au moins un point ou deux de h 

TOME II. B 






VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

1787. côte occidentale de l'île Niphon, j'aurais abandonné cette reconnaissance et 
fait route vent arrière vers la côte de Tartarie. Le 2 Juin, par 37 d 38 de 
latitude Nord, et 132 d 10' de longitude orientale, suivant nos horloges 
marines, nous eûmes connaissance de deux bâtimens Japonais, dont un 
passa à la portée de notre voix ; il avait vingt hommes d'équipage, tous 
vêtus de soutanes bleues, de la forme de celle de nos prêtres. Ce bâtiment, 
du port d'environ cent tonneaux, avait un seul mât très-élevé, planté au 
milieu, et qui paraissait n'être qu'un fagot de mâtereaux réunis par des 
cercles de cuivre et des rostures. Sa voile était de toile; les les n'en 
étaient point cousus, mais lacés dans le sens de la longueur. Cette voile 
me parut immense ; et deux focs avec une civadière composaient le reste 
de sa voilure. Une petite galerie de trois pieds de largeur régnait en saillie 
sur les deux côtés de ce bâtiment, et se prolongeait depuis l'arrière jusqu'au 
tiers de la longueur ; elle portait sur la tête des baux qui étaient saillans et 
peints en vert. Le canot placé en travers de l'avant, excédait de sept ou 
huit pieds la largeur du vaisseau, qui avait d'ailleurs une tonture très- 
ordinaire, une poupe plate avec deux petites fenêtres, fort peu de sculp- 
ture, et ne ressemblait aux sommes Chinoises que par la manière d'attacher 
le gouvernail avec des cordes. Sa galerie latérale n'était élevée que de 
deux ou trois pieds au-dessus de la flottaison ; et les extrémités du canot 
devaient toucher à l'eau dans les roulis. Tout me fit juger que ces bâti- 
mens n'étaient pas destinés à s'éloigner des côtes, et qu'on n'y serait pas 
sans danger dans les grosses mers pendant un coup de vent : il est vraisem- 
blable que les Japonais ont pour l'hiver des embarcations plus propres à 
braver le mauvais temps. Nous passâmes si près de ce bâtiment, que 
nous observâmes jusqu'à la physionomie des individus; elle n'exprima 
jamais la crainte, pas même l'étonnement : ils ne changèrent de route que 
lorsqu'à portée de pistolet de l'Astrolabe, ils craignirent d'aborder cette 
frégate. Ils avaient un petit pavillon Japonais blanc, sur lequel on lisait 
des mots écrits verticalement. Le nom du vaisseau était sur une espèce de 
tambour placé à côté du mât de ce pavillon. L'Astrolabe le héla en 
passant ; nous ne comprîmes pas plus sa réponse, qu'il n'avait compris notre 
question ; et il continua sa route au Sud, bien empressé sans doute d'aller 
gnnoncer la rencontre de deux vaisseaux étrangers dans des mers où aucun 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



navire Européen n'avait pénétré jusqu'à nous. Le 4 au matin, par 133 d 17' 
de longitude orientale, et 37 d W de latitude Nord, nous crûmes voir la 
terre ; mais le temps était extrêmement embrumé, et bientôt notre horizon 
s'étendit à un quart de lieue au plus : il ventait très-grand frais du Sud -, 
le baromètre avait baissé de six lignes depuis douze heures. Espérant que 
le ciel s'éclaircirait, je voulus d'abord mettre en panne ; mais le vent 
fraîchit encore dans l'après-midi ; le perroquet de fougue fut emporté : 
nous serrâmes les huniers, et mîmes à la cape à la misaine. Nous aper- 
çûmes, à différentes époques de la journée, sept bâtimens Chinois, matés 
comme celui que j'ai décrit, mais sans galerie latérale, et, quoique plus 
petits, d'une construction plus propre à soutenir le mauvais temps : ils 
ressemblaient absolument à celui qu'aperçut le capitaine King lors du 
troisième voyage de Cook ; ayant de même les trois bandes noires dans la 
partie concave de leur voile ; du port également de trente ou quarante ton- 
neaux, avec huit hommes d'équipage. Pendant la force du vent, nous en 
vîmes un à sec ; son mât, nu comme ceux des chasse-marées, n'était arrêté 
que par deux haubans et un étai qui portait sur l'avant : car ces bâtimens 
n'ont point de beaupré, mais seulement un mâtereau de huit ou dix pieds 
d'élévation, posé verticalement, auquel les Chinois gréent une petite 
misaine comme celle d'un canot. Toutes ces sommes couraient au plus 
près, bâbord amures, le cap à l'Ouest-Sud-Ouest ; et il est probable qu'elles 
n'étaient pas éloignées de la terre, puisque ces bâtimens ne naviguent 
jamais que le long des côtes. La journée du lendemain fut extrêmement 
brumeuse ; nous aperçûmes encore deux bâtimens Japonais, et ce ne fut 
que le 6 que nous eûmes connaissance du cap Noto, et de l'île Jootsi- 
sima *, qui en est séparée par un canal d'environ cinq lieues. Le temps 
était clair et l'horizon très-étendu ; quoiqu'à six lieues de la terre, nous en 
distinguions les détails, les arbres, les rivières, et les éboulemens. Des- 
îlots, ou rochers que nous côtoyâmes à deux lieues, et qui étaient liés 

* Tous les géographes, jusqu'à ce jour, ont donné le nom de Jootsi-sima à l'île qui est dans 1g 
Nord-Est du cap Noto. La Pérouse attribue ici ce même nom à une autre île qu'il a reconnue à, cinq 
lieues dans le Nord-Ouest de ce cap, et qui est marquée sur toutes les cartes, sans y être nommée.. 
Cette attribution provient-elle d'une erreur de la Pérouse ? c'est ce que j'ignore; mais j'ai cru devoir, 
par cette observation, éviter l'équivoque qui pouvait naître de deux. îles du même nom, aussi rap- 
prochées du même cap. (N. D. R.) 



6« 



1787- 
juin. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

entr'eux par des chaînes de roches à rieur d'eau, nous empêchèrent d'ap- 
procher plus près de la côte. La sonde, à cette distance, rapportait 
soixante brasses, fond de roc et de corail. A deux heures, nous aperçûmes 
l'île jootsi-sima dans le Nord-Est; je dirigeai ma route pour en prolonger 
ja partie occidentale, et bientôt nous fûmes obligés de serrer le vent, pour 
doubler les brisans, bien dangereux pendant la brume qui, dans cette 
saison, dérobe presque toujours à la vue les côtes septentrionale:: du japon.. 
La sonde, à une lieue et demie de ces brisans, rapportait également 
soixante brasses, fond de roche, et l'on ne pouvait songer à y mouiller que 
dans le cas d'une extrême nécessité. Cette île est petite, plate, mais bien 
boisée, et d'un aspect fort agréable : je crois que sa circonférence n'excède 
pas deux lieues; elle nous a paru très-habitée. Nous avons remarqué 
entre les maisons des édifices considérables ; et, auprès d'une espèce de 
château qui était à la pointe du Sud-Ouest, nous avons distingué des 
fourches patibulaires, ou au moins des piliers avec une large poutre posée 
dessus en travers ; peut-être ces piliers avaient-ils une toute autre destina- 
tion : il serait assez singulier que les usages des Japonais, si différens 
des nôtres, s'en fussent rapprochés sur ce point. Nous avions à peine 
doublé l'île Jootsi-sima, que nous fûmes en un instant enveloppés de la 
brume la plus épaisse ; heureusement nous avions eu le temps de faire 
d'excellens relèvemens de la côte du Japon, au Sud du cap Noto, jusques 
à un cap au-delà duquel on n'apercevait rien. 

Nos observations de latitude et de longitude ne nous laissaient rien à 
désirer. Notre horloge N° 19 avait eu une marche parfaite depuis notre 
départ de Manille : ainsi le cap Noto, sur la côte du japon, est un point 
sur lequel les géographes peuvent compter ; il donnera, avec le cap Nabo 
sur la côte orientale, détermine par le capitaine King, la largeur de cet 
empire dans sa partie septentrionale. Nos déterminations rendront encore 
un service plus essentiel à la géographie, car elles feront connaître la 
largeur de la mer de Tartarie, vers laquelle je pris le parti de diriger ma 
route. La côte du Japon qui fuit en-delà du cap Noto, à soixante lieues 
dans l'Est, et les brumes continuelles qui enveloppent ces îles, auraient 
peut-être exigé le reste de la saison pour pouvoir prolonger et relever l'île 



il^MMŒ^ŒSffTZEaŒK 



IA 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Niphon jusques au cap Sangaar : nous avions un bien plus vaste champ de 178; 
découvertes à parcourir sur la côte de Tartarie, et dans le détroit de Tessoy. J um - 
Je crus donc ne pas devoir perdre un instant pour y arriver promptement ; 
je n'avais d'ailleurs eu d'autre objet dans ma recherche de la côte du Japon, 
que d'assigner à la mer de Tartarie ses vraies limites du Nord au Sud. 
Nos observations placent le cap Noto par 37 d 36' de latitude Nord, et 135' 
3 V de longitude orientale; l'île Jootsi-sima, par 37 d 51 / de latitude, et 
I3ô d 20' de longitude; un îlot ou rocher qui est à l'Ouest du cap Noto, 
par 3? d 36' de latitude, et 13â d là' de longitude; et la pointe la plus Sud 
qui était à notre vue, sur l'île Niphon, par 37 d 18' de latitude, et I35 d 5' 
de longitude. Ces courtes observations, qui paraîtront bien arides au plus 
grand nombre de nos lecteurs, nous ont coûté dix jours d'une navigation, 
bien laborieuse, au milieu des brumes ; nous croyons que les géographes 
trouveront ce temps bien employé, et ils regretteront seulement que le 
vaste plan de notre campagne ne nous ait pas permis de reconnaître et 
déterminer sur cette côte, et plus particulièrement vers la partie du Sud- 
Ouest, un plus grand nombre de points, d'après la position desquels il eût 
été possible de donner la vraie configuration du détroit qui sépare cet 
empire de la Corée. Nous avons relevé la côte de cette presqu'île avec la 
plus grande exactitude, jusqu'au point où elle cesse de courir au Nord-Est 
et où elle prend une direction vers l'Ouest, ce qui nous a forcés de gagner 
les 37 d Nord. Les vents de Sud les plus constans et les plus opiniâtres 
s'étaient opposés au projet que j'avais formé de voir et de déterminer la 
pointe la plus méridionale et la plus occidentale de l'île Niphon ; ces 
mêmes vents de Sud nous suivirent jusqu'à la vue de la côte de Tartarie, 
dont nous eûmes connaissance le 1 1 juin. Le temps s'était écîairci la 1 3 
veille; le baromètre, descendu à 2 y' pouces 7 lignes, y demeurait station- 
naire ; et c'est pendant que. le baromètre est resté à ce point, que nous 
avons joui des deux plus beaux jours de cette campagne. Depuis le départ 
de Manille, cet instrument nous avait si souvent donné de bons avertisse- 
ment, que nous lui devions de l'indulgence pour ces écarts ; mais il en 
résulte qu'il est telle disposition de l'atmosphère qui, sans occasionner ni 
pluie ni vent, produit une grande variation dans le baromètre ; celui de 
l'Astrolabe était au même degré que le nôtre; et je crois qu'il faut encore 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

une longue suite d'observations, pour entendre parfaitement la langue de 
cet instrument, qui, en générai, peut être d'une grande utilité pour la 
sûreté de la navigation. Celui de Nairne, avec son ingénieuse suspension, 
ne peut-être comparé à aucun autre, par ses avantages. Le point de la 
côte sur lequel nous attérîmes, est précisément celui qui sépare la Corée 
de la Tartarie des Mantcheoux -, c'est une terre très-élevée, que nous aper- 
çûmes le 11 à vingt lieues de distance ; elle s'étendait du Nord-Nord- 
Ouest au Nord-Est un quart Nord, et paraissait sur différens plans. Les 
montagnes, sans avoir l'élévation de celles de la côte de l'Amérique, ont 
au moins six ou sept cents toises de hauteur. Nous ne commençâmes à 
trouver fond qu'à quatre lieues de terre, par cent quatre-vingt brasses,, 
sable vaseux ; et, à une lieue du rivage, il y avait encore quatre-vingt- 
quatre brasses. J'approchai la côte à cette distance ; elle était très-escarpée, 
mais couverte d'arbres et de verdure. On apercevait, sur la cime des plus 
hautes montagnes, de la neige, mais en très-petite quantité ; on n'y voyait 
d'ailleurs aucune trace de culture ni d'habitation, et nous pensâmes que les 
Tartares Mantcheoux, qui sont nomades et pasteurs, préféraient à ces 
bois et à ces montagnes, des plaines et des vallons où leurs troupeaux 
trouvaient une nourriture plus abondante. Dans cette longueur de côte 
de plus de quarante lieues, nous ne rencontrâmes l'embouchure d'aucune 
rivière. J'aurais cependant désiré de relâcher, afin que nos botanistes et 
nos lithologistes pussent observer cette terre et ses productions > mais la 
côte était droite, et puisqu'il y avait quatre-vingt-quatre brasses d'eau à 
une lieue, il aurait fallu vraisemblablement s'approcher à deux ou trois 
encablures du rivage pour trouver un fond de vingt brasses, et alors nous 
n'aurions plus été en appareillage avec les vents du large. Je me flattais 
de trouver un lieu plus commode, et je continuai ma route, avec le plus 
beau temps, et le ciel le plus clair, dont nous eussions joui depuis notre 
1C, 13. départ d'Europe. Nous fîmes nos relèvemens le 12, le 13, et le 14, avec 
les mêmes succès, en prolongeant la terre à trois petites lieues : ce dernier 
jour, à six heures du soir, nous fûmes enveloppés de brume, et nous 
restâmes en calme ; une petite fraîcheur .du Sud-Est nous permettait à. 
peine de gouverner. Jusqu'à ce moment la côte avait couru au Nord- Est 
un quart Nord - } nous étions déjà par 44 d de latitude, et nous avions atteint 








VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

celle que les géographes donnent au prétendu détroit de Tessoy : mal; 
nous nous trouvions 5 d plus Ouest que la longitude donnée à ce détroit ; 
ces ,5 d doivent être retranchés de la Tartarie, et ajoutés au canal qui la 
sépare des îles situées au Nord du Japon. 



Les journées du 15 et du 1 6 furent très-brumeuses ; nous nous ëloi- 15, 16. 
gnâmes peu de la côte de Tartarie, et nous en avions connaissance dans les 
éclaireis : mais ce dernier jour sera marqué dans notre journal par l'illusion 
la plus complète dont j'aye été témoin depuis que je navigue. 

Le plus beau ciel succéda, à quatre heures du soir, à la brume la plus 
épaisse ; nous découvrîmes le continent, qui s'étendait de l'Ouest un quart 
Sud-Ouest au Nord un quart Nord-Est, et peu après, dans le Sud, une 
grande terre qui allait rejoindre la Tartarie vers l'Ouest, ne laissant pas 
entr'elle et le continent une ouverture de 15 d . Nous distinguions les 
montagnes, les ravins, enfin tous les détails du terrain ; et nous ne pou- 
vions pas concevoir par où nous étions entrés dans ce détroit, qui ne 
pouvait être que celui de Tessoy, à la recherche duquel nous avions 
renoncé. Dans cette situation, je crus devoir serrer le vent, et gouverner 
au Sud-Sud-Est; mais bientôt ces montes, ces ravins disparurent. Le 
banc de brume le plus extraordinaire que j'eusse jamais vu, avait occa- 
sionné notre erreur : nous le vîmes se dissiper ; ses formes, ses teintes 
s'élevèrent, se perdirent dans la région des nuages, et nous eûmes encore 
assez de jour pour qu'il ne nous restât aucune incertitude sur l'inexistence 
de cette terre fantastique. Je fis route, toute la nuit, sur l'espace de mer 
qu'elle avait paru occuper, et au jour, rien ne se montra à nos yeux ; 
l'horizon était cependant si étendu, que nous voyions parfaitement la côte 
de Tartarie, éloignée de plus de quinze lieues. Je fis route pour l'ap- 
procher ; mais à huit heures du matin la brume nous environna : nous 
avions heureusement eu le temps de faire de bons relèvemens, et de 
reconnaître les pointes de la veille ; ainsi, il n'y a aucune lacune sur notre 
carte de Tartarie, depuis notre attérage par les 4â J , jusqu'au détroit de 
Ségalien. 






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q ' ; - 




1737. 

Juin. 

17, 18. 




EUraKïX^ 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

La brame fut encore très-épaisse le 17, le 18, et le 19; mais nous ne 
fîmes point de chemin, et nous restâmes bord sur bord, afin de retrouver, 
au premier éclairci, les mornes déjà aperçus, et portés sur notre carte» 
Le 19 au soir, la brume se dissipa; nous n'étions qu'à trois lieues de terre; 
nous relevâmes une étendue de côte de plus de vingt lieues, depuis l'Ouest- 
Sud- Ouest jusqu'au Nord-Nord-Est : toutes les formes en étaient parfaite- 
ment prononcées ; l'air le plus pur nous permettait d'en distinguer toutes 
les teintes ; mais nous ne vîmes nulle-part l'apparence d'une baie, et une 
sonde de deux cents brasses ne rapportait point de fond à quatre lieues de 
terre. Bientôt la brume me força de reprendre le large, et nous ne 
revîmes la côte que le lendemain à midi : nous en étions très- près ; nous 
n'avions jamais été à portée de faire de meilleurs relèvemens ; notre latitude 
Nord était de 44 d 45', et nous relevions au Nord-Est un quart Nord une 
pointe qui était au moins à quinze lieues de nous. J'ordonnai à l'Astro- 
labe de chasser en avant, et de chercher un mouillage ; M. de Langle mit- 
son canot à la mer, et envoya M. de Monty, son second, sonder une baie 
que nous apercevions devant nous, et qui paraissait présenter un abri. 
Nous trouvions cent quarante brasses d'eau à deux lieues de terre, nous 
avions eu deux cents brasses à deux lieues plus au large; le fond paraissait 
monter graduellement, et il était vraisemblable qu'à un quart de lieue du 
rivage, nous trouverions quarante ou cinquante brasses, ce qui est bien 
considérable; mais tous les jours on mouille par de pareils brassiages. 
Nous continuâmes notre route vers la terre : bientôt il s'en éleva un banc 
de brume très-épais, qu'une légère brise du Nord, portait sur nous. Avant 
que M. de Monty eût atteint la baie qu'il avait ordre de sonder, M. de 
Langle fut obligé de lui faire le signal de revenir à bord; et il rejoignit la 
frégate au moment où nous étions enveloppés de la brume îa plus épaisse, 
et forcés de reprendre le large. Il y eut encore un éclairci de quelques 
minutes au coucher du soleil. Le lendemain, vers huit heures, n'ayant 
fait que trois lieues à l'Est un quart Nord-Est depuis vingt-quatre heures, 
nous ne pûmes relever que les points déjà portés sur notre carte ; nous 
vîmes un sommet de montagne dont la forme était absolument -celle d'une 
table j je lui en ai donné le nom, afin qu'il fût reconnu des navigateurs. 
Depuis que nous prolongions cette terre, nous n'avions vu aucune trace 



Mmr* 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

d'habitation ; pas une seule pirogue ne s'était détachée de la côte j et. ce 
pays, quoique couvert des plus beaux arbres, qui annoncent un sol fertile, 
semble être dédaigné des Tartares et des Japonais : ces peuples pourraient 
y former de brillantes colonies ; mais la politique de ces derniers est, au 
contraire, d'empêcher toute émigration et toute communication avec les 
étrangers ; ils comprennent sous cette dénomination les Chinois comme les 
Européens. 



1787. 
juin. 



La brume fut très-épaisse le 21 et le 22; mais nous nous tenions si près 21, 22. 
de la côte, que nous l'apercevions dès qu'il venait le plus petit éclairci ; et 
nous en eûmes presque chaque jour au coucher du soleil. Le froid com- 
mença à augmenter lorsque nous eûmes atteint les A 5 degrés. Nous 
trouvâmes cinquante-sept brasses, fond de vase, à une lieue de terre. 

• Le 23, les vents s'étaient fixés au Nord-Est : je me décidai à faire route 
pour une baie que je voyais dans l'Ouest-Nord-Ouest, et où il était 
vraisemblable que nous trouverions un bon mouillage. Nous y laissâmes 
tomber l'ancre à six heures du soir, par vingt-quatre brasses, fond de sable, 
à une demi-lieue du rivage. Je la nommai baie de Temai [Atlas, N° 4 8 ) : 
elle est située par 45 d 13' de latitude Nord, et 135 d 9' de longitude orien- 
tale. Quoiqu'elle soit ouverte aux vents d'Est, j'ai lieu de croire qu'ils 
n'y battent jamais en côte, et qu'ils suivent la direction des terres : le fond 
y est de sable ; il diminue graduellement jusqu'à six brasses à une encablure 
du rivage. La marée y monte de cinq pieds; son établissement, les jours 
de nouvelle et pleine lune, est à huit heures quinze minutes ; mais le flux 
et reflux n'altère pas la direction du courant à une demi-lieue au large : 
celui que nous éprouvions au mouillage n'a jamais varié que du Sud- Ouest 
au Sud-Est, et sa plus grande vitesse a été d'un mille par heure. 



Partis de Manille depuis soixante-quinze jours, nous avions, à la vérité, 
prolongé les côtes de l'île Quelpaert, de la Corée, du Japon ; mais ces 
contrées, habitées par des peuples barbares envers les étrangers, ne nous 
avaient pas permis de songer à y relâcher : nous savions au contraire que les 
Tartares étaient hospitaliers,- et nos forces suffisaient d'ailleurs pour imposer 
tome 11. c 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

aux petites peuplades que nous pouvions rencontrer sur le bord de la mer. 
Nous brûlions d'impatience d'aller reconnaître cette terre dont notre ima- 
gination était occupée depuis notre départ de France ; c'était la seule partie 
du globe qui eût échappé à l'activité infatigable du capitaine Cook ; et nous 
devons peut-être au funeste événement qui a terminé ses jours, le petit 
avantage d'y avoir abordé les premiers. Il nous était prouvé que le 
Kastrikum n'avait jamais navigué sur la côte de Tartane 5 et nous nous 
flattions de trouver, dans le cours de cette campagne, de nouvelles preuves 
de cette vérité. 

Les géographes qui, sur le rapport du père des Anges, et d'après quel- 
ques cartes Japonaises, avaient tracé le détroit de Tessoy, déterminé les 
limites du Jesso, de la terre de la Compagnie, et de celle des États, avaient 
tellement défiguré la géographie de cette partie de l'Asie, qu'il était 
nécessaire ne terminer à cet égard toutes les anciennes discussions, par des 
faits incontestables *. La latitude de la baie de Ternai était précisément la 
même que celle du port d'Acqueis où avaient abordé les Hollandais j néan- 
moins le lecteur en trouvera la description bien différente. 

Cinq petites anses, semblables aux côtes d'un polygone régulier, forment 
le contour de cette rade ; elles sont séparées entr'elles par des coteaux cou- 
verts d'arbres jusqu'à la cime. Le printemps le plus frais n'a jamais offert 
en France des nuances d'un vert si vigoureux et si varié ; et quoique nous 
n'eussions aperçu, depuis que nous prolongions la côte, ni une seule 
pirogue ni un seul feu, nous ne pouvions croire qu'un pays qui pa- 
raissait aussi fertile, à une si grande proximité de la Chine, fût sans 
habitans. Avant que nos canots eussent débarqué, nos lunettes étaient 
tournées vers le rivage ; mais nous n'apercevions que des cerfs et des ours 
qui paissaient tranquillement sur le bord de la mer. Cette vue augmenta 
l'impatience que chacun avait de descendre ; les armes furent préparées avec 

: * Presque tous les géographes qui ont tracé, au Nord du Japon, une île sous le nom de Jeço, Yeco 
ou Jcsso, l'ont séparée de la Tartane par un détroit auquel ils ont donné le nom de Tessoy. Cette 
erreur s'est perpétuée, et l'on voit sur toutes les cartes anciennes ce détroit imaginaire vers le 43 e 
degré de latitude Nord. Sa prétendue existence doit avoir eu pour origine le détroit réel qui sépare 
l'île Ségalien du continent, et que Guillaume de Lisle a aussi nommé détroit de Tessoy sur une carte 
d'Asie dressée en 1700. (N. D. R.) 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

autant d'activité que si nous eussions eu à nous défendre contre des ennemis; 
et, pendant qu'on faisait ces dispositions, des matelots pêcheurs avaient 
déjà pris à la ligne douze ou quinze morues. Les habitans des villes se 
peindraient difficilement les sensations que les navigateurs éprouvent à la 
vue d'une pêche abondante: les vivres sont des besoins pour tous les 
hommes ; et les moins savoureux sont bien plus salubres que les viandes 
salées les mieux conservées. Je donnai ordre aussitôt d'enfermer les 
salaisons, et de les garder pour des circonstances moins heureuses ; je fis 
préparer des futailles pour les remplir d'une eau fraîche et limpide qui 
coulait en ruisseau dans chaque anse; et j'envoyai chercher des herbes 
potagères dans les prairies, ou. l'on trouva une immense quantité de petits 
oignons, du céleri, et de l'oseille. Le sol était tapissé des mêmes plantes 
qui croissent dans nos climats, mais plus vertes et plus vigoureuses ; la 
plupart étaient en fleur : on rencontrait à chaque pas des roses, des lis 
jaunes, des lis rouges, des muguets, et généralement toutes nos fleurs des 
prés : les pins couronnaient le sommet des montagnes ; les chênes ne com- 
mençaient qu'à mi-côte, et ils diminuaient de grosseur et de vigueur à 
mesure qu'ils approchaient de la mer ; les bords des rivières et des ruisseaux 
étaient plantés de saules, de bouleaux, d'érables; et sur la lisière des grands 
bois, on voyait des pommiers et des azeroliers en fleur, avec des massifs de 
noisetiers dont les fruits commençaient à nouer. Notre surprise redoublait 
lorsque nous songions qu'un excédant de population surcharge le vaste 
empire de la Chine, au point que les lois n'y sévissent pas contre les pères 
assez barbares pour noyer et détruire leurs enfans ; et que ce peuple, dont 
on vante tant la police, n'ose point s'étendre au-delà de sa muraille pour 
tirer sa subsistance d'une terre dont il faudrait plutôt arrêter que provoquer 
la végétation. Nous trouvions, à la vérité, à chaque pas, des traces 
d'hommes marquées par des destructions ; plusieurs arbres coupés avec des 
instrumens tranchans ; les vestiges des ravages du feu paraissaient en vingt 
endroits, et nous aperçûmes quelques abris qui avaient été élevés par des 
chasseurs au coin des bois. On rencontrait aussi de petits paniers d'écorce 
de bouleau, cousus avec du fil, et absolument semblables à ceux des 
Indiens du Canada : des raquettes propres à marcher sur la neige : tout 
enfin nous fit juger que des Tartares s'approchent des bords de la mer dans 




12 



1787- 
Juin. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

la saison de la pêche et de la chasse ; qu'en ce moment ils étaient rassem- 
blés en peuplades le long des rivières, et que le gros de la nation vivait 
dans l'intérieur des terres sur un sol peut-être plus propre à la multiplica- 
tion de ses immenses troupeaux. 



::o. 



Trois canots des deux frégates, remplis d'officiers et de passagers, abor- 
dèrent dans l'anse aux Ours à six heures et demie ; et à sept heures, ils 
avaient déjà tiré plusieurs coups de fusil sur différentes bêtes sauvages qui 
s'étaient enfoncées très-promptement dans les bois. Trois jeunes faons 
furent seuls victimes de leur inexpérience : la joie bruyante de nos nouveaux 
débarqués aurait dû leur faire gagner des bois inaccessibles, dont ils étaient 
peu éloignés. Ces prairies si ravissantes à la vue ne pouvaient presque pas 
être traversées ; l'herbe épaisse y était élevée de trois ou quatre pieds, en 
sorte qu'on s'y trouvait comme noyé, et dans l'impossibilité de diriger sa 
route. On avait d'ailleurs à craindre d'y être piqué par des serpens, dont 
nous avions rencontré un grand nombre sur le bord des ruisseaux, quoique 
nous n'eussions fait aucune expérience sur la qualité de leur venin. Cette 
terre n'était donc pour nous qu'une magnifique solitude ; les plages de 
sable du rivage étaient seules praticables, et par-tout ailleurs on ne pouvait 
qu'avec des fatigues incroyables traverser les plus petits espaces. La 
passion de la chasse les fit cependant franchir à M. de Langle et à plusieurs 
autres officiers ou naturalistes,, mais sans aucun succès ; et nous pensâmes 
qu'on n'en pouvait obtenir qu'avec une extrême patience, dans un grand 
silence, et en se postant à l'affût sur le passage des ours et des cerfs, 
marqué par leurs traces. Ce plan fut arrêté pour le lendemain ; il était 
cependant d'une exécution difficile, et .l'on ne fait guère dix mille lieues 
par mer pour aller se morfondre dans l'attente d'une proie au milieu d'un 
marais rempli de maringouins ; nous en fîmes néanmoins l'essai le 25 au 
soir, après avoir inutilement couru toute la journée : mais chacun ayant 
pris poste à neuf heures, et à dix heures, instant auquel, selon nous, les 
ours auraient dû être arrivés, rien n'ayant paru, nous fûmes obligés 
d'avouer généralement que la pêche nous convenait mieux que la chasse. 
Nous y obtînmes effectivement plus de succès. Chacune des cinq anses 
qui forment le contour de la baie de Ternai offrait un lieu commode pour 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

étendre la seine, et avait un ruisseau auprès duquel notre cuisine était établie; 
les poissons n'avaient qu'un saut à faire des bords de la mer dans nos mar- 
mites. Nous prîmes des morues, des grondeurs, des truites, des saumons, des 
harengs, des plies ; nos équipages en eurent abondamment à chaque repas : 
ce poisson, et les différentes herbes qui l'assaisonnèrent, pendant les trois 
jours de notre relâche, furent au moins un préservatif contre les atteintes 
du scorbut; car personne de l'équipage n'en avait eu jusqu'alors aucun 
symptôme, malgré l'humidité froide occasionnée par des brumes presque 
continuelles, que nous avions combattue avec des brasiers placés sous les 
hamacs des matelots, lorsque le temps ne permettait pas de faire branle- 
bas. 

Ce fut à la suite d'une de ces parties de pêche, que nous découvrîmes, 
sur le bord d'un ruisseau, un tombeau Tartare, placé à côté d'une case 
ruinée, et presque enterré dans l'herbe: notre curiosité nous porta à 
l'ouvrir, et nous y vîmes deux personnes placées Tune à côté de l'autre. 
Leurs têtes étaient couvertes d'une calotte de taffetas ; leurs corps, enveloppés 
dans une peau d'ours, avaient une ceinture de cette même peau,, à laquelle 
pendaient de petites monnaies Chinoises, et différens bijoux de cuivre. Des 
rassades bleues étaient répandues et comme semées dans ce tombeau : nous 
y trouvâmes aussi dix ou douze espèces de bracelets d'argent, du poids de 
deux gros chacun, que nous apprîmes par la suite être des pendans 
d'oreilles ; une hache de fer, un couteau du même métal, un cuiller de bois, 
un peigne, un petit sac de nankin bleu, plein de riz. Rien n'était encore 
dans l'état de décomposition, et l'on ne pouvait guère donner plus d'un 
an d'ancienneté à ce monument : sa construction nous parut inférieure à 
celle des tombeaux de la baie des Français ; elle ne consistait qu'en un petit 
mulon formé de tronçons d'arbres, revêtu d'écorce de bouleau ; on avait 
laissé entr'eux un vide, pour y déposer les deux cadavres: nous eûmes 
grand soin de les recouvrir, remettant religieusement chaque chose à sa 
place, après avoir seulement emporté une très-petite partie des divers 
objets contenus dans ce tombeau, afin de constater notre découverte. 
Nous ne pouvions pas douter que les Tartares chasseurs ne fissent de fré- 
quentes descentes dans cette baie: une pirogue laissée auprès de ce 





w®&sut&y.- i mL 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

1787. monument, nous annonçait qu'ils y venaient par mer, sans doute de l'eml 
J uin - bouchure de quelque rivière que nous n'avions pas encore aperçue. 

Les monnaies Chinoises, le nankin bleu, le taffetas, les calottes, prou- 
- vent que ces peuples sont en commerce réglé avec ceux de la Chine, et il 
est vraisemblable qu'ils sont sujets aussi de cet empire. 

Le riz enfermé dans le petit sac de nankin bleu, désigne une coutume 
Chinoise fondée sur l'opinion d'une continuation de besoins dans l'autre 
vie : enfin, la hache, le couteau, la tunique de peau d'ours, le peigne, 
tous ces objets ont un rapport très-marqué avec ceux dont se servent les 
Indiens de l'Amérique ; et comme ces peuples n'ont peut-être jamais 
communiqué ensemble, de tels points de conformité entr'eux ne peuvent- 
ils pas faire conjecturer que les hommes, dans le même degré de. civilisa- 
tion, et sous les mêmes latitudes, adoptent presque les mêmes usages, et 
que, s'ils étaient exactement dans les mêmes circonstances, ils ne diffé- 
reraient pas plus entr'eux, que les loups du Canada ne diffèrent de ceux de 
l'Europe ? 

Le spectacle ravissant que nous présentait cette partie de la Tartane 
orientale, n'avait cependant rien d'intéressant pour nos botanistes et nos 
lithologistes. Les plantes y sont absolument les mêmes que celles de 
'■ France, et les substances dont le sol est composé n'en différent pas 
davantage. Des schistes, des quartz, du jaspe, du porphyre violet, 
de petits cristaux, des roches roulées ; voilà les échantillons que les lits 
des rivières nous ont offerts, sans que nous ayons pu y voir la moindre 
trace de métaux. La mine de fer, qui est généralement répandue sur tout 
le globe, lie paraissait que décomposée en chaux, servant, comme un 
vernis, à colorer différentes pierres. Les oiseaux de mer et de terre étaient 
aussi fort rares ; nous vîmes cependant des corbeaux, des tourterelles, des 
cailles, des bergeronnettes, des hirondelles, des gobe-mouches, des alba- 
tros, des goélands, des macareux, des butors, et des canards : mais la 
nature n'était point animée par les vols innombrables d'oiseaux qu'on ren- 
contre en d'autres pays inhabités. A la baie de Ternai, ils étaient soli- 




nmT. 



29. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

taires, et le plus sombre silence régnait dans l'intérieur des bois. Les 1787 
coquilles n'étaient pas moins rares - y nous ne trouvâmes sur le sable que J um * 
des détrimens de moules, de lepas, de limaçons, et de pourpres. 



Enfin, le 27 au matin, après avoir déposé à terre différentes médailles 
avec une bouteille et une inscription qui contenait la date de notre 
arrivée, les vents ayant passé au Sud, je mis à la voile, et je prolongeai la 
côte à deux tiers de lieue du rivage, naviguant toujours sur un fond de 
quarante brasses, sable vaseux, et assez près pour distinguer l'embouchure 
du. plus petit ruisseau. Nous fîmes ainsi cinquante lieues, avec le plus 
beau temps que des navigateurs puissent désirer. Les vents qui passèrent 
au Nord le 29 à onze heures du soir, m'obligèrent de prendre la bordée de 
l'Est, et de m'éloigner ainsi de terre : nous étions alors par 46 d 50' de 
latitude Nord. Nous nous en rapprochâmes le lendemain. Quoique le 
temps fût très-brumeux, l'horizon ayant cependant trois lieues d'étendue, 
nous relevâmes la même côte que nous avions aperçue la veille dans le 
Nord, et qui nous restait à l'Ouest : elle était plus basse, plus coupée de 
petits mornes, et nous ne trouvâmes, à deux lieues au large, que trente 
brasses, fond de roche. Nous restâmes en calme plat sur cette espèce de 
banc, et nous prîmes plus de quatre-vingt morues. Un petit vent du Sud 
nous permit de nous en éloigner pendant la nuit, et au jour nous revîmes la 
terre à quatre lieues j elle ne paraissait s'étendre que jusqu'au Nord-Nord- 
Ouest ; mais la brume nous cachait les pointes plus au Nord. Nous con- 
tinuâmes à prolonger de très-près la côte, dont la direction était Nord 
quart Nord-Est. Le 1 er Juillet, une brume épaisse nous ayant enveloppés 
à une si petite distance de terre, que nous entendions la lame déferler sur 
le rivage, je fis signal de mouiller, par trente brasses, fond de vase et de 
coquilles pourries. Le temps fut si brumeux jusqu'au 4, qu'il nous fut 
impossible de faire aucun relèvement, ni d'envoyer nos canots à terre ; 
mais nous prîmes plus de huit cents morues. * J'ordonnai de saler, et de 
mettre en barriques, l'excédant de notre consommation. La drague rap- 
porta aussi une assez grande quantité d'huitres, dont la nacre était si belle,, 
qu'il paraissait très-possible qu'elles continssent des perles, quoique nous 
n'en eussions trouvé que deux à demi formées dans le talon. Cette ren» 




Juillet. 
1 er . 



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1787. 
Juillet. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

contre rend très-vraisemblable le récit des Jésuites, qui nous ont appris 
qu'il se fait une pêche de perles à l'embouchure de plusieurs rivières de la 
Tartarie orientale : mais on doit supposer que c'est vers le Sud aux 
environs de la Corée ; car, plus au Nord, le pays est trop dépourvu d ha- 
bitans pour qu'on puisse y effectuer un pareil travail, puisqu'apres avoir 
parcouru deux cents lieues de cette côte, souvent à la portée du canon, et 
toujours à une petite distance de terre, nous n'avons aperçu m pirogues, 
ni maisons ; et nous n'avons vu, lorsque nous sommes descendus a terre, 
que les traces de quelques chasseurs, qui ne paraissent pas s'établir dans les 
lieux que nous visitions. 

Le 4, à trois heures du matin, il se fit un bel éclairci. Nous relevâmes 
la terre jusqu'au Nord-Est un quart Nord ; et nous avions, par notre travers, 
à deux milles dans l'Ouest-Nord-Ouest, une grande baie dans laquelle 
coulait une rivière de quinze à vingt toises de largeur. Un canot de 
chaque frégate, aux ordres de MM. de Vaujuas et Darbaud, fut arme pour 
aller la reconnaître. MM. de Monneron, La Martinière, Rolhn^ Ber- 
nizet, Collignon, l'abbé Mong*. et le père Receveur, s'y embarquèrent : 
la descente était facile, et le fond montait graduellement jusqu au rivage. 
L'aspect du pays est à peu près le même que celui de la baie de Temai; 
et quoiqu'à trois degrés plus au Nord, les productions de la terre, et les 
substances dont elle est composée, n'en diffèrent que très-peu. 

Les traces d'habitans étaient ici beaucoup plus fraîches ; on voyait des 
branches d'arbres coupées avec un instrument tranchant, auxquelles les 
feuilles vertes tenaient encore , deux peaux d'élan, très-artistement tendues 
sur de petits morceaux de bois, avaient été laissées à côté d'une petite 
cabane, qui ne pouvait loger une famille, mais qui suffisait pour servir 
d'abri à deux ou trois chasseurs ; et peut-être y en avait-il un petit nombre 
nue lacrainte avait fait fuir dans les bois. M. de Vaujuas crut devoir 
emporter une de ces peaux ; mais il laissa en échange, des haches et autres 
instrumens de fer, d'une valeur centuple de la peau d'élan, qui me fut 
envoyée. Le rapport de cet officier, et celui des différens naturalistes, ne 
me donnèrent aucune envie do prolonger mon séjour dans cette baie, a 
laquelle je donnai le nom de baie de Sujfren. 



£SB«u«L''«aBà]m»ûiKH-.'as5~iEE: 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



CHAPITRE XVIIL 

Nous continuons de faire route au Nord. — Reconnaissance d'un 
lue dans F Est.- — Nous nous apercevons que nous naviguons 
dans un canal.-— -Nous dirigeons notre route vers la cote de 
Vîle Ségalien — Relâche à la baie de Langle. — Mœurs et 
coutumes des Habitons. — Ce qu ils nous aji/iremient nous dé- 
termine à continuer notre route au Nord. — Nous prolongeons 
la cote de Vile. — Relâche à la baie d'Estaing. — Départ.- — 
Nous trouvons que le canal entre Vile et le continent de la 
Tartarie est obstrué Jiar des bancs. — Arrivée à la baie de 
Castries sur la cote de Tartarie. 



J'appareillai de la baie de SufFren avec une petite brise du 
Nord-Est, à l'aide de laquelle je crus pouvoir m'éloigner de la côte. Cette 
baie est située, suivant nos observations, par 47 d 5l' de latitude Nord, et 
137 d 25' de longitude orientale. Nous donnâmes plusieurs coups de 
drague en partant ; et nous prîmes des huîtres, auxquelles étaient attachées 
des poulettes, petites coquilles bivalves que très-communément on ren- 
contre pétrifiées en Europe, et dont on n'a trouvé l'analogue que depuis 
quelques années dans les mers de Provence ; de gros buccins, beaucoup 
d'oursins de l'espèce commune, une grande quantité d'étoiles et d'holothuries, 
avec de très-petits morceaux d'un joli corail. La brume et le calme nous 
obligèrent à mouiller à une lieue plus au large, par quarante- quatre 
brasses, fond de sable vaseux. Nous continuâmes à prendre des morues ; 
mais c'était un faible dédommagement de la perte du temps pendant lequel 
la saison s'écoulait trop rapidement, eu égard au désir que nous avions 

TOME II. D 



1787. 

Juillet. 



■r 



JS 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

d'explorer entièrement cette mer. Enfin, le 5, malgré la brume, la 
bise ayant fraîchi du Sud-Ouest, je mis à la voile. Nous avions relevé du 
mouillage, dans un moment d'éclairci qui avait duré environ dix minutes, 
huit ou dix lieues de côte au Nord-Est un quart Nord ; ainsi nous pou- 
vions faire, sans inconvénient, sept ou huit lieues au Nord-Est un quart 
Est, et je fixai la route à cette aire de vent, en sondant de demi-heure en 
demi-heure, car l'horizon avait moins de deux portées de fusil d'étendue. 
Nous naviguâmes ainsi, sur un fond de cinquante brasses, jusqu'à l'entrée 
de la nuit : les vents passèrent alors au Nord-Est, grand frais, avec beau- 
coup de pluie. Le baromètre descendit à vingt-sept pouces six lignes j 
nous luttâmes contre les vents contraires pendant toute la journée du 
6 Juillet. Notre latitude observée était de 48 d Nordj et la longitude 
orientale, de 138 d 20'. Il se fit un éclairci à midi, nous relevâmes quelques 
sommets de montagnes qui s'étendaient jusqu'au Nord; mais un brouillard 
nous cachait le bas de la côte, et nous n'apercevions aucune pointe, quoique 
nous n'en fussions éloignés que de trois lieues. La nuit qui suivit cette 
journée fut extrêmement belle ; nous courûmes parallèlement à la côte, au 
clair de la lune. Sa direction était d'abord au Nord-Est, et ensuite au 
Nord-Nord-Est. Nous la prolongeâmes à la pointe du jour : nous nous 
flattions d'arriver avant la nuit au 50 e degré de latitude, terme que j'avais 
fixé pour cesser notre navigation sur la côte de Tartarie, et retourner vers 
le Jesso et l'Oku-jesso, bien certain, s'ils n'existaient pas, de rencontrer 
au moins les Kurdes en avançant vers l'Est -, mais à huit heures du matin, 
nous eûmes connaissance d'une île qui paraissait très-étendue, et qui 
formait avec la Tartarie une ouverture de 30 degrés. Nous ne distin- 
guions aucune pointe de l'île, et ne pouvions relever que des sommets, 
qui, s'étendant jusqu'au Sud-Est, annonçaient que nous étions déjà assez, 
avancés dans le canal qui la sépare du continent. Notre latitude était dans 
ce moment de 48 d 35', et celle de l'Astrolabe, qui avait chassé deux lieues 
en avant, de 4 8 d 4-0'. Je pensai d'abord que c'était l'île Ségalien, dont la 
partie méridionale avait été placée par les géographes deux degrés trop 
au Nord ; et je jugeai que, si je dirigeais ma route dans le canal, je serais 
forcé de le suivre jusqu'à sa sortie dans la mer d'Okhotsk, à cause de 
l'opiniâtreté des vents de Sud qui, pendant cette saison, régnent constam- 



ïArsaEa&EêSffi 



I,* 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



19 



ment dans ces parages. Cette situation eût mis un obstacle invincible au 1787. 
désir que j'avais d'explorer entièrement cette mer ; et, après avoir levé la 1 nilliiL 
carte la plus exacte de la côte de Tar tarie, il ne me restait, pour effec- 
tuer ce plan, qu'à prolonger à l'Ouest les premières îles que je rencontrerais 
jusqu'au 44 e degré : en conséquence, je dirigeai ma route vers le Sud- 
Est. 

L'aspect de cette terre était bien différent de celui de la Tartarie : on 
n'y apercevait que des rochers arides, dont les cavités conservaient encore 
de la neige ; mais nous en étions à une trop grande distance, pour découvrir 
les terres basses, qui pouvaient, comme celles du continent, être couvertes 
d'arbres et de verdure. Je donnai à la plus élevée de ces montagnes, 
qui se termine comme le soupirail d'un fourneau, le nom de pic Lamanon, 
à cause de sa forme volcanique, et parce que le physicien de ce nom a 
fait une étude particulière de différentes matières mises en fusion par le 
feu des volcans. 



Les vents de Sud me forcèrent de louvoyer, toutes voiles dehors, pour 
doubler l'extrémité méridionale de la nouvelle terre, dont nous n'avions 
pas aperçu la fin. Il ne nous avait été possible que de relever des som- 
mets, durant quelques minutes, une brume épaisse nous ayant enveloppés : 
mais la sonde s'étendait à trois ou quatre lieues de la côte de Tartarie vers 
l'Ouest j et, en courant vers l'Est, je virai de bord lorsque nous trou- 
vâmes quarante-huit brasses. J'ignorais à quelle distance cette sonde nous 
mettait de l'île nouvellement découverte. Au milieu de ces ténèbres, 
nous obtînmes cependant, le 9 Juillet, une latitude, avec un horizon de 
moins d'une demi-lieue ; elle donnait 48 d if. L'opiniâtreté des vents de 
Sud ne se démentit pas pendant les journées du 9 et du 1 : ils étaient 
accompagnés d'une brume si épaisse, que notre horizon ne s'étendait guère 
qu'à une portée de fusil. Nous naviguions à tâtons dans ce canal, bien 
certains que nous avions des terres depuis le Sud-Sud-Est, par l'Est et le 
Nord, jusqu'au Sud-Ouest. Les nouvelles réflexions que ce relèvement 
du Sud-Sud-Est m'avait fait faire, me portaient assez à croire que nous 
n'étions pas dans le canal de l'île Ségalien, à laquelle aucun géographe n'a 



10. 



-^WïvFxm 



20 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



;^w jamais assigné une position si méridionale, mais bien dans l'Ouest de a 
]JlL: terre du Jesso, dont les Hollandais avaient vraisemblablement parcouru la 
partie orientale ; et comme nous avions navigué très-près de la cote de 
Tartarie, nous étions entrés, sans nous en apercevoir, dans le golfe que 
la terre de Jesso formait peut-être avec cette partie de l'Asie. Il ne nous 
restait plus qu'à connaître si le Jesso est une île ou une presqu'île, formant, 
avec la Tartarie Chinoise, à peu près la même figure que le Kamtschatka 
forme avec la Tartarie Russe. J'attendais, avec la plus vive impatience, 
un éclairci pour prendre le parti qui devait décider cette question : ils* 
11. fit le 11 après midi. Ce n'est que dans ces -parages à brume, que Ion 
voit, bien rarement à la vérité, des horizons d'une très-grande étendue; 
comme si la nature voulait en quelque sorte compenser, par des mstans 
de la plus vive clarté, les ténèbres profondes et presque éternelles qui 
sont répandues sur toutes ces mers. Le rideau se leva à deux heures après 
midi, et nous relevâmes des terres depuis le Nord un quart Nord-Est, 
jusqu'au Nord un quart Nord-Ouest. L'ouverture n'était plus que de 22 
et demi, et plusieurs personnes assuraient avoir vu des sommets qui la 
fermaient entièrement. Cette incertitude d'opinions me rendait fort 
indécis sur le parti que je devais prendre : il y avait un grand inconvénient 
à arriver vingt ou trente lieues au Nord, si nous avions réellement aperçu 
le fond du golfe, parce que la saison s'écoulait, et que nous ne pouvions 
pas nous flatter de remonter ces vingt lieues, contre le vent de Sud, en 
moins de huit ou dix jours, puisque nous ne nous étions élevés que de. 
douze lieues, depuis cinq jours que nous courions des bordées dans ce 
canal D'un autre côté, le but de notre mission n'était pas rempli, si nous 
manquions le détroit qui sépare le Jesso de la Tartarie. Je crus donc que 
le meilleur parti était de relâcher, et de chercher à nous procurer quelques 
renseignemens des naturels du pays. Le 1 1 et le 12, le temps fut clair, 
parce que la brise était très-forte, et nous fûmes obligés de prendre des ris. 
Nous approchâmes la côte de l'île à moins d'une lieue ; elle courait abso- 
lument Nord et Sud. Je désirais trouver un enfoncement où nos vaisseaux 
fassent à l'abri ; mais cette côte ne formait pas le plus petit creux, et la 
mer était aussi grosse à une demi-lieue de terre, qu'au large j ainsi, 
quoique nous fussions sur un fond de sable très-égal, qui ne variait, dans 



'.^rmsmusù^ 




VOYAGE AUTOUR. DU MONDE. 

l'espace de six lieues, que de dix-huit brasses à trente,, je fus obligé de 1787 
continuer à "lutter, toutes voiles dehors, contre les vents de Sud. J ulllet 



L'éloignement où j'étais de cette côte lorsque je l'aperçus pour la pre- 
mière fois, m'avait induit en erreur ; mais en l'approchant davantage, je 
la trouvai aussi boisée que celle de Tartane : enfin, le 12 juillet au soir, l'g, 
la brise du Sud étant beaucoup diminuée, j'acostai la terre, et je laissai 
tomber l'ancre par quatorze brasses, sable vaseux, à deux milles d'une 
petite anse dans laquelle coulait une rivière. M. de Langle, qui avait 
mouillé une heure avant moi, se rendit tout de suite à mon bord ; il avait 
déjà débarqué ses canots et chaloupes, et il me proposa de descendre avant 
la nuit, pour reconnaître le terrain, et savoir s'il y avait espoir de tirer 
quelques informations des habitans. Nous apercevions, à l'aide de nos 
lunettes, quelques cabanes, et deux insulaires qui paraissaient s'enfuir vers 
les bois. J'acceptai la proposition de M. de Langle ,• je le priai de 
recevoir à sa suite M. Boutin et l'abbé Mongès ; et après que la frégate 
eut mouillé, que les voiles furent serrées, et nos chaloupes débarquées, 
j'armai la Biscayenne, commandée par M. de Clonard, suivi de MM, 
Duché, Prévost, et Collignon, et je leur donnai ordre de se joindre à 
M. de Langle, qui avait déjà abordé le rivage. Ils trouvèrent les deux 
seules cases de cette baie abandonnées, mais depuis très-peu de temps, car 
le feu y était encore allumé; aucun des meubles n'en avait été enlevé : 
on y voyait une portée de petits chiens, dont les yeux n'étaient pas encore 
ouverts ; et la mère qu'on entendait aboyer dans les bois, faisait juo-er que 
les propriétaires de ces cases n'étaient pas éloignés. M. de Lano-le y fit 
déposer des haches, différens outils de fer, des rassades, et généralement 
tout ce qu'il crut utile et agréable à ces insulaires; persuadé qu'après son 
rembarquement les habitans y retourneraient, et que nos présens leur 
prouveraient que nous n'étions pas des ennemis. Il fit en même temps 
étendre la seine, et prit, en deux coups de filet, plus de saumons qu'il 
n'en fallait aux équipages pour la consommation d'une semaine. Au 
moment où il allait retourner à bord, il vit aborder sur le rivage une 
pirogue avec sept hommes, qui ne parurent nullement effrayés de notre 
nombre. Ils échouèrent leur petite embarcation sur le sable, et s'assirent 




na 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



1757, sur des nattes au milieu de nos matelots, avec un air de sécurité qui 
J uillet ' prévint beaucoup en leur faveur. Dans ce nombre étaient deux vieillards, 
ayant une longue barbe blanche, vêtus d'une étoffe d'écorce d'arbres, assez 
semblable aux pagnes de Madagascar. Deux des sept insulaires avaient des 
habits de nankin bleu ouatés, et la forme de leur habillement différait peu 
de celle des Chinois ; d'autres n'avaient qu'une longue robe qui fermait 
entièrement au moyen d'une ceinture et de quelques petits boutons, ce 
qui les dispensait de porter des caleçons. Leur tête était nue, et, chez 
deux ou trois, entourée seulement d'un bandeau de peau d'ours ; ils avaient 
le toupet et les faces rasés, tous les cheveux du derrière conservés dans la 
longueur de huit ou dix pouces, mais d'une manière différente des Chinois, 
qui ne laissent qu'une touffe de cheveux en rond, qu'ils appellent pentsec* 
Tous avaient des bottes de peau de loup marin, avec un pied à la Chinoise 
tres-artistement travaillé. Leurs armes étaient des arcs, des piques, et des 
flèches garnies en fer. Le plus vieux de ces insulaires, celui auquel les 
autres témoignaient le plus d'égards, avait les yeux dans un très-mauvais 
état : il portait autour de sa tête un garde-vue pour se garantir de la trop 
grande clarté du soleil. Les manières de ces habitans étaient graves, 
nobles, et très-affectueuses. M. de Langle leur donna le surplus de ce 
qu'il avait apporté avec lui, et leur fit entendre, par signes, que la nuit 
l'obligeait de retourner à bord, mais qu'il désirait beaucoup les retrouver 
le lendemain pour leur faire de nouveaux présens. Ils firent signe, à leur 
tour, qu'ils dormaient dans les environs, et qu'ils seraient exacts au rendez- 
vous. 

Nous crûmes généralement qu'ils étaient les propriétaires d'un magasin 
de poisson que nous avions rencontré sur le bord de la petite rivière, et 
qui était élevé sur des piquets, à quatre ou cinq pieds au-dessus du niveau 
du terrain. M. de Langle, en le visitant, l'avait respecté comme les 
cabanes abandonnées ; il y avait trouvé du saumon, du hareng, séché et 
fumé, avec des vessies remplies d'huile, ainsi que des peaux de saumon, 
minces comme du parchemin. Ce magasin était trop considérable pour la 
subsistance d'une famille, et il jugea que ces peuples faisaient commerce 
de ces divers objets. Les canots ne furent de retour à bord que vers les 



'i iifr*ssûB&£m.}ï^^** 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

onze heures du soir ; le rapport qui me -fut fait excita vivement ma curio- 
sité. J'attendis le jour avec impatience, et j'étais à terre avec la chaloupe 
et le grand canot, avant le lever du soleil. Les insulaires arrivèrent dans 
l'anse peu de temps après ; ils venaient du Nord, où nous avions jugé que 
leur village était situé ; ils furent bientôt suivis d'une seconde pirogue, et 
nous comptâmes vingt-un habitans. Dans ce nombre se trouvaient les 
propriétaires des cabanes, que les effets laissés par M. de Langle avaient 
rassurés ; mais pas une seule femme \ et nous avons Heu de croire qu'ils en 
sont très-jaloux. Nous entendions des chiens aboyer dans les bois ; ces 
animaux étaient vraisemblablement restés auprès des femmes. Nos chas- 
seurs voulurent y pénétrer ; mais les insulaires nous firent les plus vives 
instances pour nous détourner de porter nos pas vers le lieu d'où venaient 
ces aboiemens ; et dans 1 intention où j'étais de leur faire des questions 
importantes, voulant leur inspirer de la confiance, j'ordonnai de ne les 
contrarier sur rien. 

M. de Langle, avec presque tout son état-major, arriva à terre bientôt 
après moi, et avant que notre conversation avec les insulaires eût com- 
mencé; elle fut précédée de présens de toute espèce. Ils paraissaient ne 
faire cas que des choses utiles: le fer et les étoffes prévalaient sur tout* 
ils connaissaient les métaux comme nous ; ils préféraient l'argent au 
cuivre, le cuivre au fer, &e. Ils étaient fort pauvres - y trois ou quatre 
seulement avaient des pendans d'oreilîes d'argent, ornés de rassades 
bleues, absolument semblables à ceux que j'avais trouvés dans le tom- 
beau de la baie de Ternai, et que j'avais pris pour des bracelets. Leurs 
autres petits ornemens étaient de cuivre, comme ceux du même tom- 
beau i leurs briquets et leurs pipes paraissaient Chinois ou Japonais; 
celles-ci étaient de cuivre blanc parfaitement travaillé. En désignant de 
la main le couchant, ils nous firent entendre que le nankin bleu dont 
quelques-uns étaient couverts, les rassades, et les briquets, venaient du pays 
des Mantcheoux, et ils prononçaient ce nom absolument comme nous- 
mêmes. Voyant ensuite que nous avions tous du papier et un crayon à la 
main pour faire un vocabulaire de leur langue, ils devinèrent notre 
intention; ils prévinrent nos questions, présentèrent eux-mêmes les 




1787. 
Juillet. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

différais objets, ajoutèrent ïe nom du pays, et eurent la complaisance 
de le répéter quatre ou cinq fois, jusqu'à ce qu'ils fussent certains que 
nous avions bien saisi leur prononciation. La facilité avec laquelle ils 
nous avaient devinés, me porte à croire que l'art de l'écriture leur est 
connu ; et l'un de ces insulaires, qui, comme l'on va voir, nous traça le 
dessin du pays, tenait le crayon de la même manière qules Chinois tiennent 
leur pinceau. Ils paraissaient désirer beaucoup nos haches et nos étoffes, 
ils ne craignaient même pas de les demander ; mais ils étaient aussi 
scrupuleux que nous à ne jamais prendre que ce que nous leur avions 
donné : il était évident que leurs idées sur le vol ne différaient pas des 
nôtres, ■et je n'aurais pas craint de leur confier la garde de nos effets. Leur 
attention à cet égard s'étendait jusqu'à ne pas même ramasser sur le sable 
un seul des saumons que nous avions pêches, quoiqu'ils y fussent étendus 
par milliers, car notre pêche avait été aussi abondante que celle de la 
veille : nous fûmes obligés de les presser, à plusieurs reprises, d'en prendre 
autant qu'ils voudraient. 

Nous parvînmes enfin à leur faire comprendre que nous désirions qu'ils 
figurassent leur pays, et celui des Mantcheoux. Alors, un des vieillards se 
leva, et, avec le bout de sa pique, il traça la côte de Tartarie, à l'Ouest, 
courant à peu près Nord et Sud. A l'Est, vis-à-vis, et dans la même 
direction, il figura son île ; et en portant la main sur la poitrine, il nous 
fit entendre qu'il venait de tracer son propre pays : il avait laissé entre la 
Tartarie et son île un détroit, et se tournant vers nos vaisseaux, qu'on 
apercevait du rivage, il marqua par un trait qu'on pouvait y passer. Au 
Sud de cette île, il en avait figuré une autre, et avait laissé un détroit, en 
indiquant que c'était encore une route pour nos vaisseaux. Sa sagacité 
pour deviner nos questions était très-grande, mais moindre encore que 
celle d'un autre insulaire, âgé à peu près de trente ans, qui, voyant que 
les figures tracées sur le sable s'effaçaient, prit un de nos crayons avec du 
papier ; il y traça son île, qu'il nomma Tchoka, et il indiqua par un trait 
la petite rivière sur le bord de laquelle nous étions, qu'il plaça aux deux 
tiers de la longueur de l'île, depuis le Nord vers le Sud : il dessina ensuite 
la terre des Mantcheoux, laissant, comme le vieillard, un détroit au fond 



V..r«HGHRI»3 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



25 



de l'entonnoir, et, à notre grande surprise, il y ajouta le fleuve Ségalien, 1787. 
dont ces insulaires prononçaient le nom comme nous; il plaça l'embou- J U1 cU 
chure de ce fleuve un peu au Sud de la pointe du Nord de son île, et il 
marqua par des traits, au nombre de sept, la quantité de journées de 
pirogue nécessaire pour se rendre du lieu où nous étions, à l'embouchure 
du Ségalien ; mais comme les pirogues de ces peuples ne s'écartent jamais 
de terre d'une portée de pistolet, en suivant le contour des petites anses, 
nous jugeâmes qu'elles ne faisaient guère en droite ligne que neuf lieues 
par jour; parce que la côte permet de débarquer par-tout, qu'on mettait à 
terre pour faire cuire les alimens et prendre ses repas, et qu'il est vraisem- 
blable qu'on se reposait souvent : ainsi nous évaluâmes à soixante-trois 
lieues au plus notre éloignement de l'extrémité de l'île. Ce même insu- 
laire nous répéta ce qui nous avait été dit, qu'ils se procuraient des nankins 
et d'autres objets de commerce par leur communication avec les peuples 
qui habitent les bords du fleuve Ségalien ; et il marqua également par des 
traits, pendant combien de journées de pirogue ils remontaient ce fleuve 
jusqu'aux lieux où se faisait ce commerce. Tous les autres insulaires 
étaient témoins de cette conversation, et approuvaient par leurs gestes les 
discours de leur compatriote. Nous voulûmes ensuite savoir si ce détroit 
était fort large ; nous cherchâmes à lui faire comprendre notre idée ; il la 
saisit, et plaçant ses deux mains perpendiculairement et parallèlement, à 
deux ou trois pouces l'une de l'autre, il nous fit entendre qu'il figurait 
ainsi la largeur de la petite rivière de notre aiguade ; en les écartant 
davantage, que cette seconde largeur était celle du fleuve Ségalien ; et en 
les éloignant enfin beaucoup plus, que c'était la largeur du détroit qui 
sépare son pays de la Tartarie. Il s'agissait de connaître la profondeur de 
l'eau ; nous l'entraînâmes sur le bord de la rivière, dont nous n'étions 
éloignés que de dix pas, et nous y enfonçâmes le bout d'une pique : il 
parut nous comprendre ; il plaça une main au-dessus de l'autre à la distance 
de cinq ou six pouces -, nous crûmes qu'il nous indiquait ainsi la profondeur 
du fleuve Ségalien ; et enfin il donna à ses bras toute leur extension, 
comme pour figurer la profondeur du détroit. Il nous restait à savoir s'il 
avait représenté des profondeurs absolues ou relatives j car, dans le pre- 
mier cas, ce détroit n'aurait eu qu'une brasse j et ce peuple, dont les 



TOME II. 



B 




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9,6 



1787- 

Juillet, 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

embarcations n'avaient jamais approché nos vaisseaux, pouvait croire que 
trois ou quatre pieds d'eau nous suffisaient, comme trois ou quatre pouces 
suffisent à leurs pirogues : mais il nous fut impossible d'avoir d'autres 
éclaircissemens là-dessus. M. de Langle et moi crûmes que, dans tous 
les cas, il était de la plus grande importance de reconnaître si l'île que 
nous prolongions, était celle à laquelle les géographes ont donné le nom 
d'île Ségalien, sans en soupçonner l'étendue au Sud. Je donnai ordre de 
tout disposer sur les deux frégates, pour appareiller le lendemain. La 
baie où nous étions mouillés reçut le nom de bai de Langle, du nom de 
ce capitaine qui l'avait découverte et y avait mis pied à terre le premier. 
(Atlas, N° 4Q.) 

Nous employâmes le reste de la journée à visiter le pays et le peuple qui 
l'habite. Nous n'en avons pas rencontré, depuis notre départ de France, 
qui ait plus excité notre curiosité et notre admiration. Nous savions que 
les nations les plus nombreuses, et peut-être le plus anciennement policées, 
habitent les contrées qui avoisinent ces îles ; mais il ne paraît pas qu'elles 
les ayent jamais conquises, parce que rien n'a pu tenter leur cupidité j et il 
était très-contraire à nos idées, de trouver chez un peuple chasseur et 
pêcheur, qui ne cultive aucune production de la terre et qui n'a point de 
troupeau, des manières en général plus douces, plus graves, et peut-être 
une intelligence plus étendue, que chez aucune nation de l'Europe. As- 
surément les connaissances de la classe instruite des Européens l'emportent 
de beaucoup, dans tous les points, sur celles des vingt-un insulaires avec 
qui nous avons communiqué dans la baie de Langle ; mais chez les peuples 
de ces îles, les connaissances sont généralement plus répandues qu'elles ne 
le sont dans les classes communes des peuples d'Europe ; tous les individus 
y paraissent avoir reçu la même éducation. Ce n'était plus cet étonnement 
stupide des Indiens de la baie des Français : nos arts, nos étoffes, attiraient 
l'attention des insulaires de la baie de Langle ; ils retournaient en tout sens 
ces étoffes, ils en causaient entr'eux, et cherchaient à découvrir par quel 
moyen on était parvenu à les fabriquer. La navette leur est connue ; j'ai 
rapporté un métier avec lequel ils font des toiles absolument semblables aux 
nôtres } mais le fil en est fait avec de l'écorce d'un saule très-commun dans 



?rmi!S&mm*m??œ£î 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

leur île, et qui m'a paru différer peu de celui de France. Quoiqu'ils ne 
cultivent pas la terre, ils profitent avec la plus grande intelligence de ses 
productions spontanées. Nous avons trouvé dans leurs cabanes beaucoup de 
racines d'une espèce de lis, que nos botanistes ont reconnue être le lis 
jaune ou la saranne du Kamtschatka. Ils les font sécher, et c'est leur 
provision d'hiver. Il y avait aussi beaucoup d'ail et d'angélique ; on trouve 
ces plantes sur la lisière des bois. Notre court séjour ne nous permit pas 
de reconnaître si ces insulaires ont une forme de gouvernement, et nous ne 
pourrions là-dessus que hasarder des conjectures : mais on ne peut douter 
qu'ils n'ayent beaucoup de considération pour les vieillards, et que leurs 
mœurs ne soient très-douces ; et certainement, s'ils étaient pasteurs, et 
qu'ils eussent de nombreux troupeaux, je ne me formerais pas une autre 
idée des usages et des mœurs des patriarches. Ils sont généralement bien 
faits, d'une constitution forte, d'une physionomie assez agréable, et velus 
d'une manière remarquable ; leur taille est petite ; je n'en ai observé aucun 
de cinq pieds cinq pouces, et plusieurs avaient moins de cinq pieds. Ils 
permirent à nos peintres de les dessiner ; mais ils se refusèrent constam- 
ment au désir de M. Rollin, notre chirurgien, qui voulait prendre la 
mesure des différentes dimensions de leur corps : ils crurent peut-être que 
c'était une opération magique : car on sait, par les voyageurs, que cette 
idée de magie est très-répandue à la Chine et dans la Tartarie, et qu'on y 
a traduit devant les tribunaux plusieurs missionnaires, accusés d'être ma- 
giciens, pour avoir imposé les mains sur des enfans lorsqu'ils les baptisaient. 
Ce refus, et leur obstination à cacher et éloigner de nous leurs femmes 
sont les seuls reproches que nous ayons à leur faire. Nous pouvon 
assurer que les habitans de cette île forment un peuple policé, mais si 
pauvre, que, de long-temps, ils n'auront à craindre ni l'ambition des con- 
quérans, ni la cupidité des négocians : un peu d'huile et du poisson séché 
sont de bien minces objets d'exportation. Nous ne traitâmes que de deux 
peaux de martre -, nous vîmes des peaux d'ours et de loup-marin, morce- 
lées et taillées en habits, mais en très-petit nombre : les pelleteries de 
ces îles seraient d'une bien petite importance pour le commerce. Noue 
trouvâmes des morceaux de charbon de terre roulés sur le rivage, mais pas 
un seul caillou qui contînt de l'or, du fer, ou du cuivre. Je suis très- 




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2S 



.787. 
aillef. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

porté à croire qu'ils n'ont aucune mine dans leurs montagnes. Tous les bi- 
joux d'argent de ces vingt-un insulaires ne pesaient pas deux onces ; et une 
médaille avec une chaîne d'argent, que je mis au cou d'un vieillard qui sem- 
blait être le chef de cette troupe, leur parut d'un prix inestimable. Chacun 
des habitans avait au pouce un fort anneau, ressemblant à une gimblette ; 
ces anneaux étaient d'ivoire, de corne, ou de plomb. Ils laissent croître 
leurs ongles comme les Chinois ; ils saluent comme eux, et l'on sait que 
ce salut consiste à se mettre à genoux et à se prosterner jusqu'à terre ; 
leur manière de s'asseoir sur des nattes est la même ; ils mangent, comme 
eux, avec de petites baguettes. S'ils ont avec les Chinois et avec les 
Tartares une origine commune, leur séparation d'avec ces peuples est 
bien ancienne *, car ils ne leur ressemblent en rien par l'extérieur, et bien 
peu par les habitudes morales. 

Les Chinois que nous avions à bord n'entendaient pas un seul mot de 
la langue de ces insulaires; mais ils comprirent parfaitement celle de 
deux Tartares Mantcheoux, qui, depuis quinze ou vingt jours, avaient 
passé du continent sur cette île, peut-être pour faire quelque achat de 
poisson. 

Nous ne les rencontrâmes que dans l'après-midi : leur conversation se 

fit de vive voix, avec un de nos Chinois qui savait très-bien le Tartare : ils 

lui firent absolument les mêmes détails de la géographie du pays, dont 

ils changèrent seulement les noms, parce que vraisemblablement chaque 

langue a les siens. Les vêtemens de ces Tartares étaient de nankin gris, 

pareils à ceux des coulis ou porte-faix de Macao. Leur chapeau était pointu 

et d'écorce j ils avaient la touffe de cheveux ou le pentsec à la Chinoise : 

leurs manières et leur physionomie étaient bien moins agréables que celles 

des habitans de l'île. Ils dirent qu'ils habitaient à huit journées, dans 

le haut du neuve Ségalien. Tous ces rapports, joints à ce que nous avions 

vu sur la côte de Tartarie, prolongée de si près par nos vaisseaux, nous 

firent penser que les bords de la mer de cette partie de l'Asie ne sont 

presque, pas habités, depuis les 42 d , ou les limites de la Corée, jusqu'au 

fleuve Ségalien ; que des montagnes, peut-être inaccessibles, séparent cette 



^srmzmmÈms^sszi 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

contrée maritime du reste de la Tartarie ; et qu'on n'y aborderait que par 1787 
mer, en remontant quelques rivières, quoique nous n'en eussions aperçu 
aucune d'une certaine étendue *. Les cabanes de ces insulaires sont 
bâties avec intelligence : toutes les précautions y sont prises contre le 
froid ; elles sont en bois, revêtues d'écorce de bouleau, surmontées d'une 
charpente couverte en paille séchée et arrangée comme le chaume de nos 
maisons de paysans ; la porte est très-basse et placée dans le pignon ; le foyer 
est au milieu, sous une ouverture du toit, qui donne issue à la fumée -, de 
petites banquettes ou planches, élevées de huit ou dix pouces, régnent au 
pourtour, et l'intérieur est parqueté avec des nattes.! La cabane que je 
viens de décrire était située au milieu d'un bois de rosiers, à cent pas du 
bord de la mer : ces arbustes étaient en fleur ; ils exhalaient une odeur 
délicieuse j mais elle ne pouvait compenser la puanteur du poisson et de 
l'huile, qui aurait prévalu sur tous les parfums de l'Arabie. Nous vou- 
lûmes connaître si les sensations agréables de l'odorat sont, comme celles du 
goût, dépendantes de l'habitude. Je donnai à l'un des vieillards dont j'ai 
parlé, un flacon rempli d'une eau de senteur très-suave •> il le porta à son 
nez, et marqua pour cette eau la même répugnance que nous éprouvions 
pour son huile. Ils avaient sans cesse la pipe à la bouche ; leur tabac 
était d'une bonne qualité, à grandes feuilles : j'ai cru comprendre qu'ils 
le tiraient de la Tartarie ; mais ils nous ont expliqué clairement que leurs 
pipes venaient de l'île qui est au Sud, sans doute du Japon. Notre 
exemple ne put les engager à respirer du tabac en poudre ; et c'eût été 
leur rendre un mauvais service, que de les accoutumer à un nouveau besoin. 
Ce n'est pas sans étonnement que j'ai entendu dans leur langue, dont on 
trouvera un vocabulaire à la fin du chapitre XXI. le mot chip, pour un 
vaisseau, toû^ tri, pour les nombres deux et trois. Ces expressions Aïï- 
glaises ne seraient- elles pas une preuve que quelques mots semblables 
dans les langues diverses ne suffisent pas pour indiquer une origine corn-» 
mune ? 

* Ces insulaires n'ont jamais donné à entendre qu'ils fissent quelque commerce avec la côte de 
Tartarie, connue d'eux, puisqu'ils l'ont dessinée ; mais seulement avec le peuple qui habite à huit 
journées, dans le haut du fleuve Ségalien. 





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1787. 

Juillet. 

14. 



50 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Le 14 Juillet, à la pointe du jour, je fis signal d'appareiller avec des 
vents de Sud, et par un temps brumeux, qui bientôt se changea en une 
brume très-épaisse. Jusqu'au 19, il n'y eut pas le plus petit éclairci. Je 
dirigeai ma route au Nord- Ouest, vers la côte de Tartarie ; et lorsque, 
suivant notre estime, nous fûmes sur le point d'où nous avions découvert 
le pic Lamanon, nous serrâmes le vent, et louvoyâmes à petites voiles 
dans le canal, attendant la fin de ces ténèbres auxquelles, selon moi, ne 
peuvent être comparées celles d'aucune mer. Le brouillard disparut pour 
"1.9. un instant. Le 19, au matin, nous vîmes la terre de l'île depuis le Nord- 
Est un quart Nord jusqu'à l'Est-Sud-Est ; mais elle était encore si enve- 
loppée de vapeurs, qu'il nous fut impossible de reconnaître aucune des 
pointes que nous avions relevées les jours précédens. Je fis route pour en 
approcher ; mais nous la perdîmes bientôt de vue. Cependant, guidés par 
la sonde, nous continuâmes à la prolonger, jusqu'à deux heures après 
midi, que nous laissâmes tomber l'ancre à l'Ouest d'une très-bonne baie, 
par vingt brasses, fond de petits graviers, à deux milles du rivage. A 
quatre heures la brume se dissipa ; et nous relevâmes la terr;, derrière 
nous, au Nord un quart Nord-Est. J'ai nommé cette baie, la meilleure 
dans laquelle nous ayons mouillé depuis notre départ de Manille, baie 
d'Estaing: elle est située par 48 d 59' de latitude Nord, et 140 d 32' de 
longitude orientale. {Atlas, N° 51.) Nos canots y abordèrent, à quatre 
heures du soir, au pied de dix ou douze cabanes, placées sans aucun ordre, 
à une assez grande distance les unes des autres, et à cent pas environ du 
bord de la mer. Elles étaient un peu plus considérables que celles que 
j'ai décrites : on avait employé à leur construction les mêmes matériaux ; 
mais elles étaient divisées en deux chambres : celle du fond contenait tous 
les petits meubles du ménage, le foyer, et la banquette qui règne autour - t 
mais celle de l'entrée, absolument nue, paraissait destinée à recevoir les 
visites ; les étrangers n'étant pas vraisemblablement admis en présence des 
femmes. Quelques officiers en rencontrèrent deux qui avaient fui et 
s'étaient cachées dans les herbes. Lorsque nos canots abordèrent dans 
l'anse, des femmes effrayées poussèrent des cris, comme si elles avaient 
craint d'être dévorées j elles étaient cependant sous la garde d'un insulaire, 
qui les ramenait chez elles, et qui semblait vouloir les rassurer. M. Blon- 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

delas eut le temps de les dessiner, et son dessin rend très-heureusement Ï787. 
leur physionomie : elle est un peu extraordinaire, mais assez agréable ; J ullleL 
leurs yeux sont petits, leurs lèvres grosses, la supérieure peinte ou tatouée 
en bleu, car il n'a pas été possible de s'en assurer : leurs jambes étaient 
nues ; une longue robe de chambre de toile les enveloppait ; et comme 
elles avaient pris un bain dans la rosée des herbes, cette robe de chambre, 
collée au corps, a permis au dessinateur de rendre toutes les formes, 
qui sont peu élégantes : leurs cheveux avaient toute leur longueur, et 
le dessus de la tête n'était point rasé, tandis qu'il l'était chez les hommes. 

M. de Langle, qui débarqua le premier, trouva les insulaires rassemblés 
autour de quatre pirogues chargées de poisson fumé ; ils aidaient à les 
pousser à l'eau ; et il apprit que les vingt-quatre hommes qui formaient 
l'équipage étaient Mantcheoux, et qu'ils étaient venus des bords du fleuve 
Ségalien, pour acheter ce poisson. Il eut une longue conversation avec 
eux, par l'entremise de nos Chinois, auxquels ils firent le meilleur accueil. 
Ils dirent, comme nos premiers géographes de la baie de Langle, que la 
terre que nous prolongions était une île ; ils lui donnèrent le même nom j 
ils ajoutèrent que nous étions encore à cinq journées de pirogue, de son 
extrémité, mais qu'avec un bon vent l'on pouvait faire ce trajet en deux 
jours, et coucher tous les soirs à terre : ainsi tout ce qu'on nous avait déjà 
dit dans la baie de Langle, fut confirmé dans cette nouvelle baie, mais 
exprimé avec moins d'intelligence par le Chinois qui nous servait d'inter- 
prète. M, de Langle rencontra aussi, dans un coin de l'île, une espèce de, 
cirque planté de quinze ou vingt piquets, surmontés chacun d'une tête 
d'ours ; les ossemens de ces animaux étaient épars aux environs. Comme 
ces peuples n'ont pas l'usage des armes à feu, qu'ils combattent les ours 
corps à corps, et que leurs flèches ne peuvent que les blesser, ce cirque 
nous parut être destiné à conserver la mémoire de leurs exploits ; et les 
vingt têtes d'ours exposées aux yeux, devaient retracer les victoires qu'ils 
avaient remportées depuis dix ans, à en juger par l'état de décomposition 
dans lequel se trouvait le plus grand nombre. Les productions et les sub- 
stances du sol de la baie d'Estaing ne diffèrent presque point de celles de 
la baie de Langle : le saumon y était aussi commun., et chaque cabane avait: 




32 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

1787. son magasin; nous découvrîmes que ces peuples consomment la tête, la 
J uillet ' queue, et l'épine du dos, et qu'ils boucanent et font sécher, pour être 
vendus aux Mantcheoux, les deux côtés du ventre de ce poisson, dont ils 
ne réservent que le fumet, qui infecte leurs maisons, leurs meubles, leurs 
habillemens, et jusqu'aux herbes qui environnent leurs villages. Nos 
canots partirent enfin, à huit heures du soir, après que nous eûmes comblé 
de présens les Tartares et les insulaires ; ils étaient de retour à huit 
heures trois quarts, et j'ordonnai de tout disposer pour l'appareillage du 
lendemain. 

20. Le 20, le jour fut très-beau ; nous fîmes les meilleures observations de 

latitude, et de distance de la lune au soleil, d'après lesquelles nous cor- 
rigeâmes les points des six derniers jours, depuis le départ de la baie de 
Langle, située par 47 d 49' de latitude Nord, et 140 d 29' de longitude 
orientale, longitude qui ne diffère que de 3' de celle de la baie d'Estaing, 
La direction de la côte occidentale de cette île, depuis le parallèle de 47 d 
39', où nous avions aperçu la baie de Langle, jusqu'au 52 e , étant absolu- 
ment Nord et Sud, nous la prolongeâmes à une petite lieue ; et à sept 
heures du soir, une brume épaisse nous ayant enveloppés, nous mouillâmes 
par 37 brasses, fond de vase et de petits cailloux. La côte était beaucoup 
plus montueuse et plus escarpée que dans la partie méridionale. Nous 
n'aperçûmes ni feu, ni habitation; et comme la nuit approchait, nous 
n'envoyâmes point de canot à terre ; mais nous prîmes, pour la première 
fois depuis que nous avions quitté la Tartarie, huit ou dix morues, ce qui 
semblait annoncer la proximité du continent, que nous avions perdu de 
vue depuis les 49 degrés de latitude. 

Obligé de suivre l'une ou l'autre côte, j'avais donné la préférence à celle 
de l'île, afin de ne pas manquer le détroit, s'il en existait un vers l'Est, ce 
qui demandait une extrême attention, à cause des brumes qui ne nous 
laissaient que de très-courts intervalles de clarté ; aussi m'y suis-je en quel- 
que sorte collé, et ne m'en suis-je jamais éloigné de plus de deux lieues, 
depuis la baie de Langle, jusqu'au fond du canal. Mes conjectures sur la 
proximité de la côte de Tartarie étaient tellement fondées, qu'aussitôt que 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Le 22 au soir, je mouillai à une lieue de terre, par trente-sept brasses, 
fond de vase. J'étais par le travers d'une petite rivière ; on voyait à trois 
lieues au Nord un pic très-remarquable ; sa base est sur le bord de la mer, 
et son sommet, de quelque côté qu'on l'aperçoive, conserve la forme la 
plus régulière ; il est couvert d'arbres et de verdure jusqu'à la cime : je lui 
ai donné le nom de pic la Martiniere, parce qu'il offre un beau champ aux 
recherches de la botanique, dont le savant de ce nom fait son occupation 
principale. 

Comme, en prolongeant la côte de l'île depuis la baie d'Estaing, je 
n'avais aperçu aucune habitation, je voulus éclaircir mes doutes à ce sujet ; 
je fis armer quatre canots des deux frégates, commandés par M. de Clonard, 
capitaine de vaisseau, et je lui donnai ordre d'aller reconnaître l'anse dans 
laquelle coulait la petite rivière dont nous apercevions le ravin. Il était de 
retour à huit heures du soir, et il ramena, à mon grand étonnement, tous 
ses canots pleins de saumons, quoique les équipages n'eussent ni lignes ni 
filets. Cet officier me rapporta qu'il avait abordé à l'embouchure d'un 
ruisseau, dont la largeur n'excédait pas quatre toises, ni la profondeur un 
pied ; qu'il l'avait trouvé tellement rempli de saumons, que le lit en était 
tout couvert, et que nos matelots, à coups de bâton, en avaient tué douze 
cents dans une heure: il n'avait d'ailleurs rencontré que deux ou trois 
abris abandonnés, qu'il supposait avoir été élevés par des Tartares Man- 
tcheoux, venus, suivant leur coutume, du continent pour commercer dans 
le Sud de cette île. La végétation était encore plus vigoureuse que dans 
les baies où nous avions abordé ; les arbres étaient d'une plus forte dimen- 
sion ; le céleri et le cresson croissaient en abondance sur les bords de cette 
rivière ; c'était la première fois que nous rencontrions cette dernière 
plante depuis notre départ de Manille. On aurait pu aussi ramasser de 
quoi remplir plusieurs sacs de baies de genièvre -, mais nous donnâmes la 
préférence aux herbes et aux poissons. Nos botanistes firent une ample 

TOME II. p 



33 



notre horizon s'étendait un peu, nous en avions une parfaite connaissance. 1787. 
Le canal commença à se rétrécir par les 50 degrés, et il n'eut plus que J uillet ' 
douze ou treize lieues de largeur. 



22. 





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34 



-VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

1737. collection de plantes assez rares -, et nos lithologistes rapportèrent beaucoup 
J uillet - de cristaux de spath, et d'autres pierres curieuses ; mais ils ne rencontrèrent 
ni marcassites, ni pyrites, rien enfin qui annonçât que ce pays eût aucune 
mine de métal. Les sapins et les saules étaient en beaucoup plus grand 
nombre que le chêne, l'érable, le bouleau, et l'azerolier , et si d'autres 
voyageurs ont descendu un mois après nous sur les bords de cette rivière, 
ils y auront cueilli beaucoup de groseilles, de fraises, et de framboises, qw 
étaient encore en fleur. 

Pendant que les équipages de nos canots faisaient à terre cette abondante 
moisson, nous prenions à bord beaucoup de morues -, et ce mouillage de 
quelques heures nous donna des provisions fraîches pour une semaine. Je 
nommai cette rivière le ruisseau du Saumon ; et j'appareillai à la pointe du 
jour. Je continuai à prolonger de très-près cette île, qui ne se terminait 
jamais au Nord, quoique chaque pointe un peu avancée que j'apercevais, 
83. m'en laissât l'espoir. Le 23, nous observâmes 50 A 54' de latitude^ Nord, 
et notre longitude n'avait presque pas changé depuis la baie de Langle. 
Nous relevâmes par cette latitude une très-bonne baie, la seule, depuis 
que nous prolongions cette île, qui offrît aux vaisseaux un abri assuré 
contre les vents du canal. Quelques habitations paraissaient çà et là sur le 
rivage, auprès d'un ravin qui marquait le lit d'une rivière un peu plus 
considérable que celles que nous avions déjà vues : je ne jugeai pas à propos 
de reconnaître plus particulièrement cette baie, que j'ai nommée baie de la 
Conquière; j'en ai cependant traversé la largeur. A une lieue au large, la 
sonde donna trente-cinq brasses, fond de vase: mais j'étais si pressé, et 
un temps clair dont nous jouissions était si rare et si précieux pour nous, 
que je crus ne devoir l'employer qu'à m'avancer vers le Nord. Depuis 
que nous avions atteint le 50 e degré de latitude Nord, j'étais revenu entière- 
ment à ma première opinion ; je ne pouvais plus douter que l'île que nous 
prolongions depuis les 47 d , et qui, d'après le rapport des naturels, devait 
s'étendre beaucoup plus au Sud, ne fût l'île Ségalien, dont la pointe sep- 
tentrionale a été fixée par les Russes à 54 d , et qui forme, dans une 
direction Nord et Sud, une des plus longues îles du monde : ainsi le pré- 
tendu détroit de Tessoy ne serait que celui qui sépare l'île Ségalien de la 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Tartane, à peu près par les 52 degrés. J'étais trop avancé pour ne pas 
vouloir reconnaître ce détroit, et savoir s'il est praticable. Je commençai 
à craindre qu'il ne le fût pas, parce que le fond diminuait avec une rapi- 
dité extrême en avançant vers le Nord, et que les terres de l'île Ségalien 
n'étaient plus que des dunes noyées et presque à fleur d'eau, comme des 
bancs de sable. 




1787. 
Juillet. 



Le 23 au soir, je mouillai à trois lieues de terre, par vingt-quatre 
brasses, fond de vase. J'avais trouvé le même brassiage deux lieues plus 
à l'Est, à trois milles du rivage ; et depuis le coucher du soleil, jusqu'au 
moment où nous laissâmes tomber l'ancre, j'avais fait deux lieues vers 
l'Ouest, perpendiculairement à la direction de cette côte, afin de recon- 
naître si, en nous éloignant de l'île Ségalien, le fond augmenterait : mais 
il fut constamment le même ; et je commençais à soupçonner que 
le talus était du Sud au Nord, dans le sens de la longueur du canal, 
à peu près comme un fleuve dont l'eau diminue en avançant vers sa 
source. 



Le 24, à la pointe du jour, nous mîmes à la vbile, ayant fixé la route 
au Nord-Ouest. Le fond haussa jusqu'à dix-huit brasses dans trois heures : 
je fis gouverner à l'Ouest, et il se maintint dans une égalité parfaite. Je 
pris le parti de traverser deux fois ce canal, Est et Ouest, afin de m'assurer 
s'il n'y avait point un espace plus creux, et trouver ainsi le chenal de ce 
détroit, s'il y en avait un. Cette combinaison était la seule raisonnable 
dans la circonstance où nous nous trouvions ; car l'eau diminuait si ra- 
pidement lorsque la route prenait du Nord, qu'à chaque lieue dans cette 
direction, le fond s'élevait de trois brasses : ainsi, en supposant un atter- 
rissement graduel, nous n'étions plus qu'à six lieues du fond du golfe ; et 
nous n'apercevions aucun courant. Cette stagnation des eaux paraissait 
être une preuve qu'il n'y avait point de chenal, et était la cause bien 
certaine de l'égalité parfaite du talus. Nous mouillâmes le soir du 26*, 
sur la côte de Tartarie ; et le lendemain à midi, la brume s 'étant dissipée, 
je pris le parti de courir au Nord-Nord-Est, vers le milieu du canal, afin 
d'achever l'éclaircissement de ce point de géographie, qui nous coûtait tant 



ci 



26» 




36 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



1787. de fatigues. Nous naviguâmes ainsi, ayant parfaitement connaissance des 
Juiiiet. deux côtes : comme je m'y étais attendu, le fond haussa de trois brasses 
par lieue ; et après avoir fait quatre lieues, nos laissâmes tomber l'ancre 
par neuf brasses, fond de sable. Les vents étaient fixés au Sud avec une 
telle constance, que, depuis près d'un mois, ils n'avaient pas varié de 20 
degrés -, et nous nous exposions, en courant ainsi vent arrière vers le fond 
de ce golfe, à nous affaler de manière à être obligés peut-être d'attendre le 
reversement de la mousson pour en sortir. Mais ce n'était pas le plus 
grand inconvénient : celui de ne pouvoir tenir à l'ancre, avec une mer 
aussi grosse que celles des côtes d'Europe qui n'ont point d'abri, était d'une 
bien autre importance. Ces vents de Sud, dont la racine, si on peut 
s'exprimer ainsi, est dans les mers de Chine,* parviennent, sans aucune 
interruption, jusqu'au fond du golfe de l'île Ségalien ; ils y agitent la mer 
avec force, et ils y régnent plus fixement que les vents alizés entre les 
tropiques. Nous étions si avancés, que je désirais toucher, ou voir, le 
sommet de cet atterrissement ; malheureusement le temps était devenu 
très-incertain, et la mer grossissait de plus en plus : nous mîmes cependant 
nos canots à la mer pour sonder autour de nous. M. Boutin eut ordre 
d'aller vers le Sud-Est, et M. de Vaujuas fut chargé de sonder vers le 
Nord, avec la défense expresse de s'exposer à rendre problématique leur 
retour à bord. Cette opération ne pouvait être confiée qu'à des officiers 
d'une extrême prudence, parce que la mer qui grossissait, et le vent qui 
forçait, pouvaient nous contraindre à appareiller pour sauver nos vaisseaux. 
J'ordonnai donc à ces officiers de ne compromettre, sous quelque prétexte 
que ce pût être, ni la sûreté de nos vaisseaux, si nous attendions leurs cha- 
loupes ; ni la leur, si les circonstances étaient assez impérieuses pour nous 
forcer à appareiller. 

Mes ordres furent exécutés avec la plus grande exactitude. M. Botitin 
revint bientôt après : M. de Vaujuas fit une lieue au Nord, et ne trouva 
plus que six brasses -, il atteignit le point le plus éloigné que l'état de îa 
mer et du temps lui permît de sonder *. Parti à sept heures du soir, il ne 

* Il est très-vraisemblable que le détroit de Ségalien a été praticable jadis pour les vaisseaux 5 
mais tout doit faire penser qu'il sera bientôt attéri, au point que l'île Ségalien deviendra une presqu'île, 



^rsaïffla^&M'i'^as^ 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

fut de retour qu'à minuit: déjà la mer était agitée ; et n'ayant pu oublier 1787, 
le malheur que nous avions éprouvé à la Baie des Français, je commençais J ulllet - 
à être dans la plus vive inquiétude. Son retour me parut une compensa- 
tion de la très-mauvaise situation où se trouvaient nos vaisseaux ; car, 
à la pointe du jour, nous fûmes forcés d'appareiller. La mer était si 
grosse, que nous employâmes quatre heures à lever notre ancre : la 
tournevire, la marguerite, cassèrent ; le cabestan fut brisé - } par cet événe- 
ment, trois hommes furent grièvement blessés : nous fûmes contraints, 
quoiqu'il ventât très-grand frais, de faire porter à nos frégates toute la voile 
que leurs mâts pouvaient supporter. Heureusement, quelques légères 
variations du Sud au Sud-Sud-Ouest et au Sud-Sud-Est nous furent favo- 
rables, et nous nous élevâmes, en vingt-quatre heures, de cinq lieues. 

Le 28 au soir, la brume s'étant dissipée, nous nous trouvâmes sur la 
côte de Tartane, à l'ouverture d'une baie qui paraissait très-profonde, et 
offrait un mouillage sûr et commode : nous manquions absolument de bois, 
et notre provision d'eau était fort diminuée ; je pris le parti d'y relâcher 
et je ris signal à l'Astrolabe de sonder en avant. Nous mouillâmes à la 
pointe du Nord de cette baie, à cinq heures du soir, par onze brasses, fond 
de vase. M. de Langle, ayant de suite fait mettre son canot à la mer, 
sonda lui-même cette rade, et me rapporta qu'elle offrait le meilleur abri 
possible derrière quatre îles qui la garantissaient des vents du large. Il 
était descendu dans un village de Tartares où il avait été très-bien accueilli; 
il avait découvert une aiguade où l'eau la plus limpide pouvait tomber en 
cascade dans nos chaloupes ; et ces îles, dont le bon mouillage ne devait 
être éloigné que de trois encablures, étaient couvertes de bois. D'après le 
rapport de M. de Langle, je donnai ordre de tout disposer pour entrer au 
fond de la baie à la pointe du jour j et nous y mouillâmes à huit heures 
du matin, par six brasses, fond de vase. Cette baie fut nommée baie 
Castries. {Atlas, N° 53.) 

Ce changement aura lieu, soit par les immenses alluvions que doit produire le fleuve Ségalien, qui 
parcourt plus de cinq cents lieues, et reçoit d'autres fleuves considérables, soit par la situation de son ; 
embouchure dans le point presque le plus resserré d'une longue manche; situation très-favorable aux 
atterri ssemens. (N. D. R.) 






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VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



CHAPITRE XIX. 

Relâche à la baie de Castries.- — Description de cette haie et d'un 
village Tartare. — -Mœurs et coutumes des Habitons. — Leur 
respect pour les tombeaux et les propriétés. — Extrême confiance 
qu'ils nous inspirent. — Leur tendresse pour leurs enfans.- — 
Leur union entr eux. — Rencontre de quatre pirogues étrangères 
dans cette baie. — Détails géographiques que nous donnent les 
équipages. — Productions de la baie de Castries.- — Ses coquilles, 
quadrupèdes, oiseaux, pierres, plantes. 



1787. .L/impossibilité reconnue de débouquer au Nord de l'île Sé- 

Juillet. galien, ouvrait un nouvel ordre d'événemens devant nous : il était fort 
douteux que nous pussions arriver cette année au Kanitschatka. 

La baie de Castries, dans laquelle nous venions de mouiller, est située au 
fond d'un golfe, et éloignée de deux cents lieues du détroit de Sangaar, la 
seule porte dont nous fussions certains pour sortir des mers du Japon. Les 
vents du Sud étaient plus fixes, plus constans, plus opiniâtres, que dans 
les mers de Chine d'où ils nous étaient envoyés ; parce que, resserrés entre 
deux terres, leur plus grande variation n'était que de deux quarts vers l'Est 
ou vers l'Ouest : pour peu que la brise fût fraîche, la mer s'élevait d'une 
manière alarmante pour la conservation de nos mâts ; et nos vaisseaux enfin 
n'étaient pas assez bons voiliers pour nous laisser l'espoir de gagner, avant 
la fin de la belle saison, deux cents lieues au vent, dans un canal si étroit, 
où des brumes presque continuelles rendent le lou voyage extrêmement 
difficile. Cependant le seul parti qui nous restât à prendre, était de le 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



tenter, à moins d'attendre la mousson du Nord, qui pouvait être retardée 
jusqu'en Novembre, Je ne m'arrêtai pas un instant à cette dernière idée : 
je crus, au contraire, devoir redoubler d'activité, en tâchant- de pourvoir, 
dans le plus court espace de temps possible, à nos besoins d'eau et de bois 5 
et j'annonçai que notre relâche ne serait que de cinq jours. E es que nous 
fûmes affourchés, les canots et les chaloupes des deux frégates reçurent, de 
M. de Langle et de moi, leur destination particulière ; elle fut invariable 
pendant tout notre séjour. La chaloupe fit notre eau, le grand canot notre 
bois ; les petits canots furent donnés à MM. Blondelas, Bellegarde, 
Mouton, Bernizet, et Prévost le jeune, qui avaient ordre de lever le plan 
de cette baie ; nos yoles, qui tiraient peu d'eau, furent affectées à la 
pêche du saumon dans une petite rivière qui en était remplie ; nos biscay- 
ennes, enfin, nous servirent, à M. de Langle et à moi, pour aller surveiller 
nos différens travaux, et nous transporter avec les naturalistes au village 
Tartare, dans les différentes îles, et en général sur tous les points qui pa- 
raissaient susceptibles d'être observés. La première opération, la plus 
importante, était la vérification de la marche de nos horloges marines ; et 
nos voiles étaient à peine serrées, que MM. Dagelet, Lauriston, et Dar- 
baud, avaient établi leurs instrumens sur une île située à une très-petite 
distance de nos vaisseaux ; je lui ai donné le nom à' île de l'Observatoire -, 
elle devait aussi fournir à nos charpentiers le bois dont nous étions presque 
entièrement dépourvus. Une perche graduée fut fixée dans l'eau au pied 
de l'observatoire, pour faire connaître la hauteur de la marée. Le quart- 
de-cercle et la pendule à secondes furent mis en place avec une activité 
dip-ne d'un meilleur succès. Les travaux astronomiques se suivaient sans 
interruption ; le court séjour que j'avais annoncé ne permettait pas de 
prendre un instant de repos. Le matin et l'après-midi étaient employés 
à des hauteurs correspondantes ; la nuit, à des hauteurs d'étoiles. La 
comparaison de la marche de nos horloges était déjà commencée ; notre 
N° 19 nous laissait peu d'incertitude, parce que ses résultats, comparés 
avec ceux des observations de distance de la lune au soleil, avaient toujours 
été les mêmes, ou du moins n'étaient pas sortis des limites des erreurs dont 
ces sortes d'instrumens sont susceptibles: il n'en était pas de même du 
N° 18,. qui était sur l'Astrolabe ; sa marche avait varié d'une , manièra- 




1787, 

Juillet» 




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1787. 
Juillet. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

irrégulière ; et M. de Langle, ainsi que M. Lauriston, ne savaient plus 
quelle marche journalière lui assigner. La mal-adresse d'un charpentier 
détruisit toutes nos espérances ; il coupa, auprès de la tente astronomique, 
un arbre qui, en tombant, brisa la lunette du quart-de-cercle, dérangea la 
pendule de comparaison, et rendit presque nuls les travaux des deux jours 
précédens ; leur produit net se réduisit à la latitude de notre mouillage par 
51 d 29' de latitude Nord, et 139 d 4l' de longitude orientale, suivant notre 
N° 19, en calculant d'après son retard journalier de douze secondes, tel 
qu'il avait été constaté à Cavité. L'heure de la pleine mer aux nouvelles 
et pleines lunes, fut calculée à dix heures -, sa plus grande hauteur aux 
mêmes époques, à cinq pieds huit pouces ; et la vitesse du courant, à 
moins d'un demi- noeud. Les astronomes, forcés par cet événement de se 
livrer à des observations de curiosité, nous accompagnèrent les deux derniers 
jours dans nos différentes courses. La baie de Castries est la seule de 
toutes celles que nous avons visitées sur la côte de Tartarie, qui mérite la 
qualification de baie ; elle assure un abri aux vaisseaux contre le mauvais 
temps, et il serait possible d'y passer l'hiver. Le fond y est de vase, et 
monte graduellement de douze brasses jusqu'à cinq, en approchant de la 
côte, dont les battures s'étendent à trois encablures au large ; en sorte qu'il 
est très- difficile d'y aborder, même en canot, lorsque la marée est basse : 
on a d'ailleurs à lutter contre des herbes *, entre lesquelles il ne reste que 
deux ou trois pieds d'eau, et qui opposent aux efforts des canotiers une 
résistance invincible. 



Il n'y a point de mer plus fertile en fucus de différentes espèces, et la 
végétation de nos plus belles prairies n'est ni plus verte, ni plus fourrée. 
Un très-grand enfoncement, sur le bord duquel était le villap-e Tartare, et 
que nous supposâmes d'abord assez profond pour recevoir nos vaisseaux, 
parce que la mer était haute lorsque nous mouillâmes au fond de la baie, ne 
fut plus pour nous, deux heures après, qu'une vaste prairie d'herbes ma- 
rines ; on y voyait sauter des saumons qui sortaient d'un ruisseau dont les 



* Ces herbes marines ou fucus sont absolument les mêmes que celles qui servent, à Marseille, à 
emballer les différentes caisses d'huile ou de liqueur : c'est le goémon, goesmon, ou gouesmon. 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



eaux se perdaient dans ces herbes, et où nous en avons pris plus de deux 1787, 
mille en un jour. Juillet, 

Les habitans, dont ce poisson est la subsistance la plus abondante et la 
plus assurée, voyaient les succès de notre pêche sans inquiétude, parce 
qu'ils étaient certains, sans doute, que la quantité en est inépuisable. Nous 
débarquâmes au pied de leur village, le lendemain de notre arrivée dans la 
baie ; M. de Langle nous y avait précédés, et ses présens nous y procurè- 
rent des amis. 




On ne peut rencontrer, dans aucune partie du monde, une peuplade 
d'hommes meilleurs. Le chef, ou le plus vieux, vint nous recevoir sur 
la plage, avec quelques autres habitans. Il se prosterna jusqu'à terre en 
nous saluant, à la manière des Chinois, et nous conduisit ensuite dans sa 
cabane où étaient sa femme, ses belles-filles, ses enfans, et ses petits-enfans. 
Il fit étendre une natte propre, sur laquelle il nous proposa de nous asseoir $ 
et une petite graine, que nous n'avons pu reconnaître, fut mise dans une 
chaudière sur le feu avec du saumon, pour nous être offerte. Cette graine 
est leur mets le plus précieux; ils nous firent comprendre qu'elle venait du 
pays des Mantcheoux ; ils donnent exclusivement ce nom aux peuples qui 
habitent à sept ou huit journées dans le haut du fleuve Ségalien, et qui 
communiquent directement avec les Chinois. Ils firent comprendre, par 
signes, qu'ils étaient de la nation des Orotchys ; et nous montrant quatre 
pirogues étrangères, que nous avions vues arriver le même jour dans îa 
baie, et qui s'étaient arrêtées devant leur village, ils en nommèrent les 
équipages des Bitchys -, ils nous désignaient que ces derniers habitaient plus 
au Sud, mais peut-être à moins de sept à huit lieues : car ces nations 3 
comme celles du Canada, changent de nom et de langage à chaque bour- 
gade. Ces étrangers, dont je parlerai plus en détail dans la suite de ce 
chapitre, avaient allumé du feu sur le sable, au bord de la mer, auprès du 
village des Orotchys ; ils y faisaient cuire leur graine et leur poisson dans 
une chaudière de fer, suspendue par un crochet de même métal à un tré- 
pied formé par trois bâtons liés ensemble. Ils arrivaient du fleuve Ségalien, 
et rapportaient dans leur pays des nankins et de la graine qu'ils avaient eus 

TOME II. g 




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AQ, 



1787- 

Juillet. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

probablement en échange de l'huile, du poisson séché, et peut-être de 
quelques peaux d'ours ou d'élan ; seuls quadrupèdes, avec les chiens et les,: 
écureuils, dont nous ayons aperçu les dépouilles. 

Ce village des Orotchys était composé de quatre cabanes solidement 
construites avec des tronçons de sapin dans toute leur longueur, propre- 
ment entaillés dans les angles ; une charpente assez bien travaillée soutenait 
la toiture, formée par des écorces d'arbres. Une banquette, comme celle 
des cases de l'île Ségalien, régnait autour de l'appartement 5 et le foyer 
était placé de même au milieu, sous une ouverture assez large pour donner; 
issue à la fumée. . Nous avons lieu de croire que ces quatre maisons ap- 
partiennent à quatre familles différentes, qui vivent entr'elles dans la plus 
grande union et la plus parfaite confiance. Nous avons vu partir une de 
ces familles pour un voyage de quelque durée ; car elle n'a point reparu 
pendant les cinq jours que nous avons passés dans cette baie. Les pro- 
priétaires mirent quelques planches devant la porte de leur maison pour 
empêcher les chiens d'y entrer, et la laissèrent remplie de leurs effets. Nous 
fûmes bientôt tellement convaincus de l'inviolable fidélité de ces peuples, 
et du respect, presque religieux, qu'ils ont pour les propriétés, que nous 
laissions au milieu de leurs cabanes, et sous le sceau de leur probité, nos 
sacs pleins d'étoffes, de rassades, d'outils de fer, et généralement de tout 
ce qui servait à nos échanges, sans que jamais ils ayent abusé de notre ex- 
trême confiance ; et nous sommes partis de cette baie avec l'opinion qu'ils 
ne soupçonnaient même pas que le vol fût un crime. 

Chaque cabane était entourée d'une sécherie de saumons, qui restaient 
exposés sur des perches à l'ardeur du soleil, après avoir été boucanés pen- 
dant trois ou quatre jours autour du foyer qui est au milieu de leur case j 
les femmes chargées de cette opération ont le soin, lorsque la fumée les a 
pénétrés, de les porter en plein air ? où ils acquièrent la dureté du bois. 

Ils faisaient leur pêche dans la même rivière que nous, avec des filets ou 
des dards ; et nous leur voyions manger crus, avec une avidité dégoûtante, 
k museau, les ouïes, les osselets, et quelquefois la peau entière du .saumon- 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

qu'ils dépouillaient avec beaucoup d'adresse; ils suçaient le mucilage de 1787 
ces parties, comme nous avalons une huître. Le plus grand nombre de J uillet 
leurs poissons n'arrivaient à l'habitation que dépouillés, excepté lorsque la 
pêche avait été très-abondante ; alors les femmes cherchaient avec la même 
avidité les poissons entiers, et en dévoraient, d'une manière aussi dégoû- 
tante, les parties mucilagineuses, qui leur paraissaient le mets le plus exquis. 
C'est à la baie de Castries que nous apprîmes l'usage du .bourrelet de plomb 
ou d'os, que ces peuples, ainsi que ceux de l'île Ségalien, portent comme 
une bague au pouce ; il leur sert de point d'appui pour couper et dépouiller 
le saumon avec un couteau tranchant qu'ils portent tous, pendu à leur 
ceinture. 



Leur village était construit sur une langue de terre basse et marécageuse, 
exposée au Nord, et qui nous a paru inhabitable pendant l'hiver ; mais, à 
l'opposite et de l'autre côté du golfe, sur un endroit plus élevé, à l'exposi- 
tion du midi, et à l'entrée d'un bois, était un second village, composé de 
huit cabanes, plus vastes et mieux construites que les premières. Au 
dessus, et à une très-petite distance, nous avons visité trois jourtes, ou 
maisons souterraines, absolument semblables à celles des Kamtschadales, 
décrites dans le quatrième volume du dernier voyage de Cook; elles étaient 
assez étendues pour contenir, pendant la rigueur du froid, les habitans des 
huit cabanes. Enfin, sur une des ailes de cette bourgade, on trouvait plu- 
sieurs tombeaux, mieux construits et aussi grands que les maisons : chacun 
d'eux renfermait trois, quatre, ou cinq bières, proprement travaillées, 
ornées d'étoffes de Chine, dont quelques morceaux étaient de brocart, 
Des arcs, des flèches, des filets, et généralement les meubles les plus 
précieux de ces peuples, étaient suspendus dans l'intérieur de ces monu- 
mens, dont la porte, en bois, se fermait avec une barre maintenue à ses 
extrémités par deux supports. 

Leurs maisons étaient remplies d'effets comme les tombeaux : rien de ce 
•qui leur sert n'en avait été enlevé: les habillemens, les fourrures, les 
raquettes, les arcs, les flèches, les piques, tout était resté dans ce village 
.désert, qu'ils n'habitent que pendant la mauvaise saison. Ils passent l'été 








44 



1737. 
Juillet. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

de l'autre côté du golfe où ils étaient, et d'où ils nous voyaient entrer dans 
les cases, descendre même dans l'intérieur des tombeaux, sans que jamais 
ils nous y ayent accompagnés, sans qu'ils ayent témoigné la moindre crainte 
de voir enlever leurs meubles, qu'ils savaient cependant exciter beaucoup 
nos désirs, parce que nous avions déjà fait plusieurs échanges avec eux. 
Nos équipages n'avaient pas moins vivement senti que les officiers, le prix 
d'une confiance aussi grande j et le déshonneur et le mépris eussent couvert 
l'homme qui eût été assez vil pour commettre le. plus léger vol. 

Il était évident que nous n'avions visité les Orotchys que dans leurs 
maisons de campagne, où ils faisaient leur récolte de saumon, qui, comme 
le blé en Europe, fait la base de leur subsistance. J'ai vu parmi eux si 
peu de peaux d'élan, que je suis porté à croire que la chasse y est peu 
abondante. Je compte aussi pour une très-petite partie de leur nourriture 
quelques racines de lis jaune ou de saranne, que les femmes arrachent sur 
la lisière des bois, et qu'elles font sécher auprès de leur foyer. 

On aurait pu penser qu'une si grande quantité de tombeaux, car nous 
en trouvions sur toutes les îles et dans toutes les anses, annonçait une 
épidémie récente qui avait ravagé ces contrées et réduit la génération 
actuelle à un très-petit nombre d'hommes : mais je suis porté à croire que 
les différentes familles dont cette nation est composée, étaient dispersées 
dans les baies voisines pour y pêcher et sécher du saumon, et qu'elles ne 
se rassemblent que l'hiver ; elles apportent alors leur provision de poisson 
pour subsister jusqu'au retour du soleil. Il est plus vraisemblable de sup- 
poser que le respect religieux de ces peuples pour les tombeaux de leurs 
ancêtres, les porte à les entretenir, à les réparer, et à retarder ainsi, peut- 
être pendant plusieurs siècles, l'effet inévitable de la lime du temps. Je 
n'ai aperçu aucune différence extérieure entre les habitans. Il n'en est 
pas de même des morts, dont les cendres reposent d'une manière plus ou 
moins magnifique, suivant leurs richesses; il est assez probable que le 
travail d'une longue vie suffit à peine aux frais d'un de ces somptueux mau- 
solées, qui n'ont cependant qu'une magnificence relative, et dont on se 
ferait une très-fausse idée, si on les comparait aux monumens des peuples 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 

plus civilisés. Les corps des habitans les plus pauvres sont exposés en 
plein air, dans une bière placée sur un théâtre, soutenu par des piquets de 
quatre pieds de hauteur : mais tous ont leurs arcs, leurs flèches, leurs 
filets, et quelques morceaux d'étoffes, auprès de leurs monumens ; et ce 
serait vraisemblablement un sacrilège de les enlever. 

Ces peuples sembleraient, ainsi que ceux de l'île Ségalien *, ne recon- 
naître aucun chef, et n'être soumis à aucun gouvernement. La douceur 
de leurs mœurs, leur respect pour les vieillards, peuvent rendre parmi eux 
cette anarchie sans inconvénient. Nous n'avons jamais été témoins de la 
plus petite querelle. Leur affection réciproque, leur tendresse pour leurs 
enfans, offraient à nos yeux un spectacle touchant : mais nos sens étaient 
révoltés par l'odeur fétide de ce saumon, dont les maisons, ainsi que leurs 
environs, se trouvaient remplis. Les os en étaient épars, et le sang 
répandu autour du foyer -, des chiens avides, quoique assez doux et fami- 
liers, léchaient et dévoraient ces restes. Ce peuple est d'une mal-propreté 
et d'une puanteur révoltantes ; il n'en existe peut-être pas de plus faible- 
ment constitué, ni d'une physionomie plus éloignée des formes auxquelles 
nous attachons l'idée de la beauté: leur taille moyenne est au-dessous de 
quatre pieds dix pouces ; leur corps est grêle, leur voix faible et aiguë, 
comme celle des enfans ; ils ont les os des joues saillans ; les yeux petits, 
chassieux, et fendus diagonalement ; la bouche large, le nez écrasé, le 
menton court, presque imberbe, et une peau olivâtre vernissée d'huile et de 
fumée. Ils laissent croître leurs cheveux, et ils les tressent à peu près 
comme nous. Ceux des femmes leur tombent épars sur les épaules, et le 
portrait que je viens de tracer convient autant à leur physionomie qu'à celle 
des hommes, dont il serait assez difficile de les distinguer, si une légère 
différence dans l'habillement, et une gorge qui n'est serrée par aucune 
ceinture, n'annonçaient leur sexe : elles ne sont cependant assujetties à 
aucun travail forcé qui ait pu-, comme chez les Indiens de l'Amérique, 
altérer l'élégance de leurs traits, si la nature les eût pourvues de cet 




* L'île Ségalien est une de celles dont le nom a le plus varié chez les géographes; on la trouve 
sur les cartes anciennes sous les noms suivans :. SabaJien, Ula-bata, du Fleuve noir, Sagbâlien, Anga- 
bata t Amur, Amour, &c. (N. D.R.) 




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4ô 



1787. 
Juillet-. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

avantage. Tous leurs soins se bornent à tailler et à coudre leurs habits,» 
à disposer le poisson pour être séché, et à soigner leurs enfans, à qui elles 
donnent à teter jusqu'à l'âge de trois ou quatre ans ; ma surprise fut ex- 
trême d'en voir un de cet âge, qui, après avoir bandé un petit arc, tiré 
assez juste une flèche, donné des coups de bâton à un chien, se jeta sur le 
sein de sa mère, et y prit la place d'un enfant de cinq à six mois, qui 
s'était endormi sur ses genoux. 



Ce sexe paraît jouir parmi eux d'une assez grande considération. Ils 
n'ont jamais conclu aucun marché avec nous sans le consentement de leurs 
femmes ; les pendans d'oreilles d'argent, et les bijoux de cuivre servant 
à orner leurs habits, sont uniquement réservés aux femmes et aux petites 
filles. Les hommes et les petits garçons sont vêtus d'une camisole de 
nankin, ou de peau de chien ou de poisson, taillée comme les chemises 
des charretiers. Si elle descend au-dessous du genou, ils n'ont point de 
caleçon. Dans le cas contraire, ils en portent k la Chinoise, qui de- 
scendent jusqu'au gras de la jambe. Tous ont des bottes de peau de loup 
marin, mais ils les conservent pour l'hiver ; et ils portent dans tous les 
temps, et à tout âge, même a la mamelle, une ceinture de cuir à laquelle 
sont attachés un couteau à gaine., un briquet, un petit sac pour contenir 
du tabac, et une pipe. 

Le costume des femmes est un peu différent - y elles sont enveloppées 
d'une large robe de nankin, ou de peau de saumon, qu'elles ont l'art de 
tanner parfaitement et de rendre extrêmement souple. Cet habillement 
leur descend jusqu'à la cheville du pied, et il est quelquefois bordé d'une 
frange de petits ornemens de cuivre, qui font un bruit semblable à celui 
des grelots. Les saumons dont la peau sert à leur habillement, ne se 
pèchent pas en été, 'et pèsent trente ou quarante livres. Ceux que nous 
venions de prendre au mois de Juillet, étaient du poids de trois ou quatre 
livres seulement ; mais leur nombre et la délicatesse de leur goût compen- 
saient ce désavantage : nous croyons tous n'en avoir jamais mangé de 
meilleurs. Nous ne pouvons parler de la religion de ce peuple, n'ayant 
aperçu ni temples ni prêtres, mais peut-être quelques idoles, grossièrement 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 




sculptées, suspendues au plancher de leurs cabanes: elles représentaient 1787. 
des enfans, des bras, des mains, des jambes, et ressemblaient beaucoup Août - 
aux ex-voto de plusieurs de nos chapelles de campagne. Il serait possible 
que ces simulacres, que nous avons peut-être faussement pris pour des 
idoles, ne servissent qu'à leur rappeler le souvenir d'un enfant dévoré par 
des ours, ou de quelque chasseur blessé par ces animaux : il n'est cepen- 
dant guère vraisemblable qu'un peuple si faiblement constitué soit exempt 
de superstition. Nous avons soupçonné qu'ils nous prenaient quelquefois 
pour des sorciers ; ils repondaient avec inquiétude, quoique avec politesse, 
à nos différentes questions ; et lorsque nous tracions à&s caractères sur le 
papier, ils semblaient prendre les mouvemens de la main qui écrivait pour 
des signes de magie, et se refusaient à répondre à ce que nous leur deman- 
dions, en faisant entendre que c'était un mal. Ce n'est qu'avec une 
extrême difficulté et la plus grande patience, que M. Lavaux, chirurgien- 
major de l'Astrolabe, est parvenu à former le vocabulaire des Orotchys et 
celui des Bitchys. Nos présens ne pouvaient vaincre leurs préjugés à cet 
égard ; ils ne les recevaient même qu'avec répugnance, et ils les refusèrent 
souvent avec opiniâtreté. Je crus m'apercevoir qu'ils désiraient peut-être 
plus de délicatesse dans la manière de les leur offrir ; et, pour vérifier si 
ce soupçon était fondé, je m'assis dans une de leurs cases, et après avoir 
approché de moi deux petits enfans de trois ou quatre ans, et leur avoir 
fait quelques légères caresses, je leur donnai une pièce de nankin, couleur 
de rose, que j'avais apportée dans ma poche. Je vis les yeux de toute la 
famille témoigner une vive satisfaction ; et je suis certain qu'ils auraient 
refusé ce présent, si je le leur eusse directement adressé. Le mari sortit de 
sa case, et rentra bientôt après avec son plus beau chien qu'il me pria 
d'accepter : je le refusai, en cherchant à lui faire comprendre qu'il lui 
serait plus utile qu'à moi : mais il insista ; et, voyant que c'était sans 
succès, il fit approcher les deux enfans qui avaient reçu le nankin, et 
appuyant leurs petites mains sur le dos du chien, il me fit entendre que je 
ne devais pas refuser ses enfans.. La délicatesse de ces manières ne peut 
exister que chez un peuple très-policé. Je crois que la civilisation d'une 
nation qui n'a ni troupeaux ni culture, ne peut aller au delà. Je dois faire 
.observer que les chiens sont leur- bien le plus précieux :■ ils les attellent à 







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43 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

1787, de petits traîneaux fort légers, très-bien faits, absolument semblables à 
Août - ceux des Kamtschadales. Ces chiens, de l'espèce des chiens-loups, sont 
forts quoique d'une taille moyenne, extrêmement dociles, très-doux, et 
paraissent avoir le caractère de leurs maîtres ; tandis que ceux du Port des 
Français, beaucoup plus petits, mais de la même espèce, étaient sauvages 
et féroces. Un chien de ce port, que nous avions pris et conservé pen- 
dant plusieurs mois à bord, se vautrait dans le sang lorsqu'on tuait un bœuf 
ou un mouton; il courait sur les poules comme un renard : il avait plutôt 
les inclinations d'un loup, que celles d'un chien domestique. Il tomba à 
la mer pendant la nuit, dans un fort roulis, poussé peut-être par quelque 
matelot dont il avait dérobé la ration. 

Les voyageurs dont les quatre pirogues étaient échouées devant le vil- 
lage, avaient excité notre curiosité, ainsi que leur pays des Bitchys au Sud 
de la baie de Castries. Nous employâmes toute notre adresse à les ques- 
tionner sur la géographie du pays: nous traçâmes sur du papier la côte 
de Tartarie, le fleuve Ségalien, l'île de ce nom, qu'ils appellent aussi 
fohoka, vis-à-vis de cette même côte, et nous laissâmes un passage entre 
deux. Ils prirent le crayon de nos mains, et joignirent par un trait l'île 
au continent ; poussant ensuite leur pirogue sur le sable, ils nous don- 
naient à entendre qu'après être sortis du fleuve, ils avaient poussé ainsi leur 
embarcation sur le banc de sable qui joint l'île au continent, et qu'ils 
venaient de tracer ; puis arrachant, au fond de la mer, de l'herbe, dont 
j'ai déjà dit que le fond de ce golfe était rempli, ils la plantèrent sur le 
sable, pour exprimer qu'il y avait aussi de l'herbe marine sur le banc 
qu'ils avaient traversé. Ce rapport fait sur les lieux par des voyageurs qui 
sortaient du fleuve, rapport si conforme au résultat de ce que nous avions 
vu, puisque nous ne nous étions arrêtés que par les six brasses, ne nous 
laissa aucun doute. Pour qu'on puisse concilier ce récit avec celui des 
peuples de la baie de Langle, il suffit qu'à mer haute il reste, dans quelques 
points du banc, des ouvertures avec trois ou quatre pieds d'eau, quantité 
plus que suffisante pour leurs pirogues. Comme c'était cependant une 
question intéressante, et qu'elle n'avait point été résolue directement 
devant moi, je fus à terre le lendemain, et nous eûmes par signes une, 



m -. >r^asfli«^^^^g?' s 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

conversation dont le résultat fut le même. Enfin, M. de Langle et moi 1787. 
chargeâmes M. Lavaux, qui avait une sagacité particulière pour s'exprimer Ac 
et comprendre les langues étrangères, de faire de nouvelles recherches. Il 
trouva les Bitchys invariables dans leur rapport ; et j 'abandonnai alors le 
projet que j'avais formé d'envoyer ma chaloupe jusqu'au fond du golfe, 
qui ne devait être éloigné de la baie de Castries, que de dix ou douze 
lieues. Ce plan aurait d'ailleurs eu de grands inconvéniens : la plus petite 
brise du Sud fait grossir la mer, dans le fond de cette manche, au point 
qu'un bâtiment qui n'est pas ponté court risque d'être rempli par les 
lames, qui brisent souvent comme sur une barre ; d'ailleurs, les brumes 
continuelles et l'opiniâtreté des vents du Sud rendaient l'époque du retour 
de la chaloupe fort incertaine j et nous n'avions pas un instant à perdre : 
ainsi, au lieu d'envoyer la chaloupe éclaircir un point de géographie sur 
lequel il ne pouvait me rester aucun doute, je me proposai de redoubler 
d'activité pour sortir enfin du golfe dans lequel nous naviguions depuis 
trois mois, que nous avions exploré presque entièrement jusqu'au fond, 
traversé plusieurs fois dans tous les sens, et sondé constamment, autant 
pour notre sûreté que pour ne laisser rien à désirer aux géographes. La 
sonde pouvait seule nous guider au milieu des brumes dans lesquelles nous 
avons été si long-temps enveloppés ; elles n'ont pas lassé du moins notre 
patience, et nous n'avons pas laissé un seul point des deux côtes sans 
relèvement. Il ne nous restait plus qu'un point intéressant à éclaircir, 
celui de l'extrémité méridionale de l'île Ségalien, que nous connaissions 
seulement jusqu'à la baie de Langle, par 47 d 49/ ; et j'avoue que j'en 
aurais peut-être laissé le soin à d'autres, s'il m'eût été possible de débou- 
quer, parce que la saison s'avançait, et que je ne me dissimulais pas 
l'extrême difficulté de remonter deux cents lieues au vent, dans un canal 
aussi étroit, plein de brumes, et où les vents de Sud n'avaient jamais varié 
que de deux quarts vers l'Est ou vers l'Ouest. Je savais, à la vérité, par la re- 
lation du Kastricum, que les Hollandais avaient eu des vents de Nord au mois 
d'Août : mais il faut observer qu'ils avaient navigué sur la côte orientale 
de leur prétendu jesso; que nous, au contraire, nous étions engolfés entre 
deux terres dont l'extrémité se trouvait dans les mers à mousson, et que 

TOME IL, H 



p I 







^s^w^wssfÊfWÊKmsnKsr. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

1787. cette mousson règne sur les côtes de Chine et de Corée jusqu'au mois 
Â0ÛL d'Octobre. 

Il nous paraissait que rien ne pouvait détourner les vents de la première 
impulsion qu'ils avaient reçue : ces réflexions ne me rendaient que plus 
ardent à hâter notre départ, et j'en avais fixé irrévocablement l'époque au 
2 Août. Le temps qui nous restait jusqu'à ce moment, fut employé à 
reconnaître quelque partie de la baie, ainsi que les différentes îles dont elle 
est formée. Nos naturalistes firent des courses sur tous les points de la 
côte qui paraissaient devoir satisfaire notre curiosité. M. de Lamanon» 
lui-même, qui avait essuyé une longue maladie, et dont la convalescence 
était très-lente, voulut nous accompagner. Les laves, et autres matières 
volcaniques, dont il apprit que ces îles étaient formées, ne lui permirent 
pas de songer à sa faiblesse. Il reconnut, avec l'abbé Mongès et le père 
Receveur, que la plus grande partie des substances des environs de la 
baie et des îles qui en forment l'entrée étaient des laves rouges, com- 
pactes, ou poreuses ; des basaltes gris, en table, ou en boule -, et enfin 
des trapps qui paraissaient n'avoir pas été attaqués par le feu, mais qui 
avaient fourni la matière des laves et des basaltes qui s'étaient fondus 
dans le fourneau: différentes cristallisations se rencontraient parmi ces 
matières volcaniques, dont l'éruption était jugée très-ancienne. Ils ne 
purent découvrir les cratères des volcans : un séjour de plusieurs semaines 
eût été nécessaire pour étudier et suivre les traces qui pouvaient y conduire» 

M. de la Martinière parcourut, avec son activité ordinaire, les ravins, le 
cours des rivières, pour chercher sur les bords des plantes nouvelles; mais 
il ne trouva que les mêmes espèces qu'il avait rencontrées dans les baies de 
Ternai et de SufFren, et en moindre quantité. La végétation était à peu 
près au point où on la voit aux environs de Paris vers le 1 5 de Mai : les 
fraises et les framboises étaient encore en fleur, le fruit des groseillers com- 
mençait à rougir ; et le céleri, ainsi que le cresson, étaient très-rares. Nos 
conchyliologistes furent plus heureux ; ils trouvèrent des huîtres feuilletées^ 
extrêmement belles, d'une couleur vineuse et noire, mais si adhérentes au 
rocher, qu'il fallait beaucoup d'adresse pour les en détacher \ leurs feuilles 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 

étaient si minces, qu'il nous a été très-difficile d'en conserver d'entières : 
nous prîmes aussi à la drague quelques buccins d'une belle couleur, des 
peignes, de petites moules de l'espèce la plus commune, ainsi que diffé- 
rentes cames. 

Nos chasseurs tuèrent plusieurs gelinottes, quelques canards sauvages, 
des cormorans, des guillemots, des bergeronnettes blanches et noires, un 
petit gobe-mouche d'un bleu azuré, que nous n'avons trouvé décrit par 
aucun ornithologiste : mais toutes ces espèces étaient peu répandues. La 
nature de tous les êtres vivans est comme engourdie dans ces climats pres- 
que toujours glacés, et les familles y sont peu nombreuses. Le cormoran, 
le goéland, qui se réunissent en société sous un ciel plus heureux, vivent 
ici solitaires sur la cime des rochers. Un deuil affligeant et sombre semble 
régner sur le bord de la mer, et dans les bois, qui ne retentissent que du 
croassement de quelques corbeaux, et servent de retraite à des aigles à tête 
blanche, et à d'autres oiseaux de proie. Le martinet, l'hirondelle de 
rivage, paraissent seuls être dans leur vraie patrie : on en voyait des nids 
et des vols sous tous les rochers qui forment des voûtes au bord de la mer. 
Je crois que l'oiseau le plus généralement répandu sur tout le globe est 
l'hirondelle de cheminée, ou de rivage ; ayant rencontré l'une ou l'autre 
espèce dans tous les pays où j'ai abordé. 

Quoique je n'aye point fait creuser la terre, je crois qu'elle reste gelée 
pendant l'été à une certaine profondeur, parce que l'eau de notre aiguade 
n'avait qu'un degré et demi de chaleur au-dessus de la glace, et que la 
température des eaux courantes, observée avec un thermomètre, n'a jamais 
excédé quatre degrés: le mercure cependant se tenait constamment à 
quinze degrés quoiqu'en plein air. Cette chaleur momentanée ne pénètre 
point ; elle hâte seulement la végétation, qui doit naître et mourir en moins 
de trois mois ; et elle multiplie en peu de temps à l'infini, les mouches, 
les moustiques, les maringouins, et d'autres insectes incommodes. 

Les indigènes ne cultivent aucune plante ; ils paraissent cependant aimer 
-beaucoup les substances végétales : la graine des Mantcheoux, qui pour*. 




1787. 
Août, 









VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

rait bien être un petit millet mondé, faisait leurs délices. Ils ramassent 
avec soin différentes racines spontanées, qu'ils font sécher pour leur pro- 
vision d'hiver, entr'autres celle du lis jaune ou saranne, qui est un véritable 
oignon. Très -inférieurs, par leur constitution physique et par leur in- 
dustrie, aux habitans de l'île Ségalien, ils n'ont pas, comme ces derniers, 
l'usage de la navette, et ne sont vêtus que d'étoffes Chinoises les plus 
communes, et de dépouilles de quelques animaux terrestres ou de loups 
marins. Nous avons tué un de ces derniers à coups de bâton j notre jardi- 
nier, M. Collignon, le trouva endormi sur le bord de la mer : il ne différait 
en rien de ceux de la côte du Labrador et de la baie d'Hudson. Cette 
rencontre fut suivie, pour lui, d'un événement malheureux : une ondée 
de pluie l'ayant surpris dans le bois pendant qu'il y semait des graines 
d'Europe, il voulut faire du feu pour se sécher, et fit imprudemment usage 
de poudre pour l'allumer; le feu se communiqua à sa poire à poudre qu'il 
tenait à la main, l'explosion lui brisa l'os du pouce, et il fut si grièvement 
blessé, qu'il n'a dû la conservation de son bras qu'à l'habileté de M. Rollin, 
notre chirurgien-major. Je prendrai occasion de dire ici que M. Rollin, 
en partageant ses soins à tous les hommes de notre équipage, s'attachait 
particulièrement à ceux qui paraissaient jouir de la meilleure santé. H 
avait remarqué chez plusieurs un commencement de scorbut, annoncé par 
des enflures aux gencives et aux jambes; ce principe s'était développé à 
terre ; il aurait cédé à un séjour de deux semaines : mais nous ne pouvions 
les passer à la baie de Castries ; nous nous flattâmes que le moût de bière, 
h. sapinette, l'infusion de quinquina mêlée avec l'eau de l'équipage, dis- 
siperaient ces faibles symptômes, et nous donneraient le temps d'attendre 
une relâche où il nous fût possible de séjourner plus long temps. 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



53 



CHAPITRE XX. 



Départ de la baie de Castries. — Découverte du détroit qui sépare 
le Jesso de F Oku- Jesso *. — Relâche à la baie de Crillon sur la 
pointe de Pile Tchoka ou Se galien.— Détails sur ses habitans 
et sur leur village. — Nous traversons le détroit, et reconnaissons 
toutes les terres découvertes [iar les Hollandais du Kastricum. 
— Ile des Etats. — Détroit d'Uries. — Terre de la Compagnie. 
— Ile des Quatre-Frères. — -Ile de Marikan. — Nous traver- 



sons les KurileSs et faisons route liour le Kamtschatka 



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JL<e 2 Août, ainsi que je l'avais annoncé, nous mîmes à la voile avec 
une petite brise de l'Ouest, qui ne régnait qu'au fond de la baie. Les vents 
de Sud nous attendaient à une lieue au large de la pointe de Clostercam ; 
ils furent d'abord clairs et très-modérés : nous louvoyâmes avec assez de 
succès, et les bordées nous furent favorables. Je m'attachai plus parti- 
culièrement à reconnaître la petite partie de la côte de Tartarie, que nous 
avions perdue de vue depuis le 49 e degré jusqu'au 50% parce que nous 
avions serré de très-près l'île Ségalien. Je prolongeai donc, au retour, la 
côte du continent, jusqu'au point de notre dernier relèvement à vue du pic 

* Les cartes hydrographiques nous présentent presque tous les noms des anciens navigateurs adaptés 
à quelques-unes de leurs découvertes. Ces dénominations, que la modestie repousse, n'ont sans doute 
eu lieu qu'à la sollicitation des équipages ou des états-majors ; mais la Pérouse, plus modeste encore, 
n'a point voulu suivre cet usage. Son nom, trop intimement attaché au globe terrestre par ses décou* 
vertes et ses malheurs, n'a pas à craindre de tomber dans l'oubli. Obligé néanmoins, pour éviter 
toute équivoque, de changer le nom du détroit qu'il a découvert entre le Jesso et l'Oku-Jesso, je n'ai 
pas cru pouvoir le remplacer d'une manière plus conforme à l'opinion nationale, qu'en, le nommant 
détroit de la Pérouse. (N. D. R.) 



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VOYAGE AUTOUR DÛ MOND 



Lamanon. Le temps, qui avait été très-beau, devint très-mauvais le 6 ; 
nous essuyâmes un coup de vent du Sud, moins alarmant par sa violence 
que par l'agitation qu'il causait à la mer. Nous fûmes forcés de faire 
porter à nos bâtimens toute la voile que les mâts et le côté des frégates 
pouvaient supporter, afin de moins dériver, et de ne pas perdre, en un 
jour, ce que nous avions gagné dans trois. Le baromètre descendit jusqu'à 
vingt-sept pouces cinq lignes : la pluie, la brume, le vent, la position où 
nous nous trouvions dans un canal dont les terres nous étaient cachées par 
les brumes, tout contribuait à rendre notre situation au moins extrêmement 
fatigante. Mais ces bourrasques dont nous murmurions, étaient les avant- 
coureurs des vents de Nord sur lesquels nous n'avions pas compté ; ils se 
déclarèrent le 8, après un orage, et nous firent atteindre, le 9 au soir, la 
latitude de la baie de Langle d'où nous étions partis depuis le 1 4 Juillet. 
Ce point, qui avait été parfaitement déterminé en longitude à notre premier 
passage, était fort important à retrouver, après l'accident survenu à notre 
tente astronomique dans la baie de Castries -, il devait nous servir à vérifier 
la régularité de nos horloges marines, en comparant à la longitude connue 
de la baie de Langle, celle que nos horloges nous donneraient pour ce 
même point. Le résultat de nos observations fut qu'après vingt-sept jours, 
le N° 19 nous plaçait de trente-quatre minutes de degré trop dans l'Est. 
Cette erreur, répartie également sur les vingt-sept jours, supposerait une 
augmentation de cinq secondes de temps de retard dans le mouvement 
journalier de l'horloge, qui ne retardait, à Cavité, que de douze secondes 
par jour. Mais M. Dagelet, qui comparait très-fréquemment les résultats 
des observations de distance avec ceux que donnait le N° 19^ avait remarqué 
l'époque où cette horloge s'était écartée du mouvement journalier qu'elle 
avait à Cavité ; et comme il s'était en même temps assuré que ces résultats 
reviendraient à se trouver d'accord, si l'on supposait un retard de vingt 
secondes par jour, au lieu de celui de douze observé à Cavité, il a cru 
devoir établir, d'après le retard journalier de vingt secondes, les calculs de 
l'horloge N° 19, pour les vingt-sept jours écoulés entre notre départ de la 
baie de Langle et notre retour à vue de ce même point. Nous avons donc 
lieu de penser que toute la partie occidentale de l'île Ségalien, ainsi que la 
côte orientale de Tartane, qui forment les deux cotés du canal, seront 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

fixées sur notre carte avec une précision suffisante pour ne pas laisser un 1787. 
quart de degré d'incertitude sur les déterminations. Août « 

Un banc, dont le fond est très-régulier, et sur lequel il n'y a aucun 
danger, se prolonge de dix lieues du Nord au Sud, devant la baie de Lan- 
gle, et se porte à environ huit lieues dans l'Ouest. Nous le dépassâmes en 
courant au Sud, et je mis en panne à dix heures du soir jusqu'au jour, afin 
de ne pas laisser la plus petite ouverture sans la reconnaître. Le lendemain, 
nous continuâmes à prolonger la côte, à deux lieues de distance, et nous 
aperçûmes dans le Sud- Ouest une petite île plate, qui formait, avec celle 
de Ségalien, un canal d'environ six lieues. Je l'appelai île Monneron, du 
nom de l'officier du génie employé dans cette expédition. Nous dirigeâmes 
notre route entre ces deux îles, où nous ne trouvâmes jamais moins de 
cinquante brasses d'eau. Bientôt nous eûmes connaissance d'un pic dont 
l'élévation était au moins de mille ou douze cents toises ; il paraissait n'être 
composé que d'un roc vif, et conserver de la neige dans ses fentes ; on 
n'y apercevait ni arbres ni verdure : je l'ai nommé pic de Langle *. Nous 
voyions en même temps d'autres terres plus basses. La côte de l'île Ségalien 
se terminait en pointe ; on n'y remarquait plus de doubles montagnes : 
tout annonçait que nous touchions à son extrémité méridionale, et que 
les terres du pic étaient sur une autre île. Nous mouillâmes le soir avec 
cette espérance, qui devint une certitude le lendemain, où le calme nous 
força de mouiller à la pointe méridionale de l'île Ségalien. Cette pointe, 
que j'ai nommée cap Grillon, est située par 45 d Sf de latitude Nord, et 
140 d 34' de longitude orientale; elle termine cette île, une des plus 
étendues du Nord au Sud qui soient sur le globe, séparée de la Tartarie par 
une manche qui finit au Nord par des bancs, entre lesquels il n'y a point 
de passage pour les vaisseaux, mais où il reste vraisemblablement quelque 
chenal pour des pirogues, entre ces grandes herbes marines qui obstruent 




* Ce pic est par 45 d 15' de latitude Nord\ Le capitaine Uriès, commandant le Kastricum, en 
abordant la terre de Jesso au mois de Juin 1643, aperçut aussi un pic remarquable par 44 d 50' de 
latitude, qu'il nomma pic Antoine. Ces pics, situés au Sud du détroit de la Pérouse, en rendront la 
reconnaissance très-facile : au reste il est probable que la terre marquée sur les cartes sous le nom de 
Jesso] est un assemblage de plusieurs îles. (N. D, R-) 




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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

le détroit. Cette même île est l'Oku-Jesso* j et l'île de Chicha, qui était 
par notre travers, séparée de celle de Ségalien par un canal de douze lieues, 
et du Japon par le détroit de Sangaar, est le Jesso des Japonais, et s'étend 
au Sud jusqu'au détroit de Sangaar. La chaîne des îles Kuriles est beaucoup 
plus orientale, et forme, avec le Jesso et l'Oku-Jesso, une seconde mer qui 
communique avec celle d'Okhotsk, et d'où on ne peut pénétrer sur la côte 
de Tartarie, qu'en traversant, ou le détroit que nous venions de découvrir par 
45 d 40', ou celui de Sangaar, après avoir débouqué entre les Kuriles. Ce 
point de géographie, le plus important de ceux que les voyageurs modernes 
avaient laissé à résoudre à leurs successeurs f , nous coûtait bien des fatigues, 

* Oku-Jesso signifie haut Jesso, ou Jesso du Nord. Les Chinois l'appellent Ta-ban. (N.D.R.) 

f Des ténèbres impénétrables avaient enveloppé, jusqu'à ce jour, les parties du globe connues sous 
le nom de Jesso et d'Oku-Jesso, dont la position avait tellement varié dans l'opinion des géographes, 
qu'on eût été tenté de croire que leur existence était romanesque : en effet, si on consulte les cartes 
d'Asie des auteurs suivans, on voit qu'en 1Ô53 Sanson nous représente la Corée comme une île; le 
Jesso, l'Oku-Jesso, le Kamtschatka, n'existent point sur sa carte ; et on y voit le détroit d'Anian 
séparant l'Asie de l'Amérique septentrionale. 

En 1700, Guillaume de Lisle joignait le Jesso et l'Oku-Jesso, et prolongeait cet ensemble jusqu'au 
détroit de Sangaar, sous le nom de terre de Jesso. 

Banville donna, en 1732, une carte de cette partie de l'Asie beaucoup plus approchante de la 
vérité que celle qu'il nous a donnée vingt ans après, dans laquelle le golfe et le cap Aniva tiennent au 
continent, et le cap Patience forme la pointe méridionale de l'île Ségalien ; ces cartef, et une partie 
des suivantes, présentent la même erreur sur le détroit de Tessoy. 

Desnos a, comme Danville, reculé la science de la géographie par sa carte de 1770, bien infé- 
rieure à celle qu'il avait publiée en 1761. 

En 1 744, Hasius formait du Jesso, du cap Aniva, et du cap Patience, une presqu'île tenant à la 
Tartarie, dont elle était séparée par un golfe, dans lequel on entrait par le détroit de Tessoy. 

Une carte d'Asie, sans date et sans nom d'auteur, mais qui doit avoir été imprimée après le voyage du 
Kastricum, représente les deux Jesso comme deux îles indépendamment de l'île Ségalien ; le Jesso 
intermédiaire, vu par les Hollandais, comprend le golfe et le cap Aniva ; mais il est à remarquer que 
ce second Jesso est séparé de l'île Ségalien par un détroit placé à 44 d , ce qui prouve que déjà l'on 
conjecturait l'existence du détroit découvert par la Pérouse, soupçonné par le père du Halde, adopté, 
ensuite rejeté par Danville. 

Robert en 1767, Robert de Vangondy en 1775, Brion en 1784, Guillaume de Lisle et Philippe 
Buache collectivement en 1788, ont successivement copié et reproduit les mêmes erreurs, 






4^SIES»Zi»ME 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

et il avait nécessité beaucoup de précautions, parce que les brumes ren- 
dent cette navigation extrêmement difficile. Depuis le 10 Avril, époque 
de notre départ de Manille, jusqu'au jour auquel nous traversâmes le 
détroit, nous n'avons relâché que trois jours dans la baie de Ternai, 
un jour dans la baie de Langle, et cinq jours dans la baie de Cas- 
tries ; car je ne compte pour rien les mouillages en pleine côte que 
nous avons faits, quoique nous ayons envoyé reconnaître la terre, et 
que ces mouillages nous ayent procuré du poisson. C'est au cap Crillon 
que nous reçûmes à bord, pour la première fois, la visite des insulaires ; 
car, sur l'une ou l'autre côte, ils avaient reçu la nôtre sans témoigner la 
moindre curiosité ou le moindre désir de voir nos vaisseaux. Ceux-ci 
montrèrent d'abord quelque défiance, et ne s'approchèrent que lorsque 
nous leur eûmes prononcé plusieurs mots du vocabulaire que M. Lavaux 
avait fait à la baie de Langle. Si leur crainte fut d'abord assez grande, leur 
confiance devint bientôt extrême. Ils montèrent sur nos vaisseaux comme 
s'ils eussent été chez leurs meilleurs amis, s'assirent en ronde sur le gail- 
lard, y fumèrent leurs pipes. Nous les comblâmes de présens ; je leur 
fis donner des nankins, des étoffes de soie, des outils de fer, des rassades, 
du tabac, et généralement tout ce qui me paraissait leur être agréable : 
mais je m'aperçus bientôt que l'eau-de-vie et le tabac étaient pour eux 
les denrées les plus précieuses ; et ce fut néanmoins celles que je leur fis 
distribuer le plus sobrement, parce que le tabac était nécessaire à nos 
équipages, et que je craignais les suites de l'eau-de-vie. Nous remar- 
quâmes encore plus particulièrement dans la baie de Crillon, que les 
figures de ces insulaires sont belles et d'une proportion de traits fort 



5/ 



1787 

Août 



Enfin, on ne peut mieux dépeindre le chaos des idées sur cette partie du globe, dont les connaissances 
anciennes ont été si savamment discutées et rapprochées par Philippe Buache, que par ces mots 
extraits de ses Considérations gtograpk'iques, pag. 115: 

" Le Jesso, après avoir été transporté à l'Orient, attaché au Midi, ensuite à l'Occident, le fut 
" enfin au Nord " 

Ma seule intention, dans ces rapprochemens, a été d établir, par des preuves incontestables,'que la 
géographie de la partie orientale de l'Asie était dans son enfance, même en 1/88, époque postérieure 
au départ de notre infortuné navigateur, et que c'est à sa constance, à son zèle, et à son courage, 
que nous devons enfin les connaissances qui fixent nos incertitudes. (N , D. R.) 
TOME If. I 







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58 



1787. 

Août. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

régulière ; ils étaient fortement constitués, et taillés en hommes vigoureux. 
Leur barbe descend sur la poitrine, et ils ont les bras, le cou, et le dos 
couverts de poils ; j'en fais la remarque, parce que c'est un caractère 
général, car on trouverait facilement en Europe plusieurs individus aussi 
velus que ces insulaires. Je crois leur taille moyenne inférieure d'environ 
un pouce à celle des Français ; mais on s'en aperçoit difficilement, parce 
que la juste proportion des parties de leur corps, leurs différens muscles 
fortement prononcés, les font paraître en général de beaux hommes. Leur 
peau est aussi basanée que celle des Algériens ou des autres peuples de la 
côte de Barbarie. 

Leurs manières sont graves, et leurs remercîmens étaient exprimés 
par des gestes nobles j mais leurs instances pour obtenir de nouveaux 
présens furent répétées jusqu'à l'importunité. Leur reconnaissance n'alla 
jamais jusqu'à nous offrir, à leur tour, même du saumon, dont leurs 
pirogues étaient remplies, et qu'ils remportèrent en partie à terre, 
parce que nous avions refusé le prix excessif qu'ils en demandaient : ils 
avaient cependant reçu en pur don des toiles, des étoffes, des instrumens de 
fer, des rassades, &c. La joie d'avoir rencontré un détroit autre que celui 
de Sangaar, nous avait rendus généreux : nous ne pûmes nous empêcher de 
remarquer combien, à l'égard de la gratitude, ces insulaires différaient des 
Orotchys de la baie de Castries, qui, loin de solliciter des présens, les 
refusaient souvent avec obstination, et faisaient les plus vives instances pour 
qu'on leur permît de s'acquitter. Si leur morale est en cela bien inférieure 
à celle de ces Tartares, ils ont sur eux, par le physique et par leur indus- 
trie, une supériorité bien décidée. 

Tous les habits de ces insulaires sont tissus de leurs propres mains ; leurs 
maisons offrent une propreté et une élégance dont celles du continent n'ap- 
prochent pas -, leurs meubles sont artistement travaillés, et presque tous de 
fabrique Japonaise. Ils ont un objet de commerce très-important, inconnu 
dans la manche de Tartarie, et dont l'échange leur procure toutes leurs 
richesses j c'est l'huile de baleine. Ils en récoltent des quantités considéra- 
bles : leur manière de l'extraire n'est cependant pas la plus économique i 
elle consiste à couper par morceaux la chair des baleines, et à la laisser 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 

pourrir en plein air sur un talus exposé au soleil ; l'huile qui en découle, 1787. 
est reçue dans des vases d'écorce, ou dans des outres de peau de loup marin. Ao ^ L 
Il est à remarquer que nous n'avons pas vu une seule baleine sur la côte 
occidentale de l'île, et que ce cétacée abonde sur celle de l'Est. Il est 
difficib de douter que ces insulaires ne soient une race d'hommes absolu- 
ment différente de celle que nous avons observée sur le continent, quoi- 
qu'ils n'en soient séparés que par un canal de trois ou quatre lieues, obstrué 
par des bancs de sable et de goémon : ils ont cependant la même manière 
de vivre ; la chasse, et plus particulièrement la pêche, fournissent presque 
entièrement à leur subsistance. Ils laissent en friche la terre la plus fertile, 
et ils ont vraisemblablement, les uns et les autres, dédaigné l'éducation des 
troupeaux, qu'ils auraient pu faire venir du haut du fleuve Ségalien, ou du 
Japon. Mais un même régime diététique a formé des constitutions bien 
différentes: il est vrai que le froid des îles est moins rigoureux par la 
même latitude que celui des continens ; cette seule cause ne peut cepen- 
dant avoir produit une différence si remarquable. Je pense donc que 
l'origine des Bitchys, des Orotchys, et des autres Tartares du bord de la 
mer, jusqu'aux- environs de la côte septentrionale du Ségalien, leur est 
commune avec celle des Kamtschadales, des Kuriaques, et de ces espèces 
d'hommes qui, comme les Lapons et les Samoïèdes, sont à l'espèce hu- 
maine, ce que leurs bouleaux et leurs sapins rabougris sont aux arbres des 
forêts plus méridionales. Les habitans de l'île Ségalien sont, au contraire, 
très-supérieurs par leur physique aux Japonais, aux Chinois, et aux Tar- 
tares Mantcheoux ; leurs traits sont plus réguliers, et approchent davantage 
des formes Européennes. Au surplus, il est très-difficile de fouiller et de- 
savoir lire dans les archives du monde, pour découvrir l'origine des peu- 
ples ; et les voyageurs doivent laisser les systèmes à ceux qui lisent leurs 
relations. 



59 



Nos premières questions furent sur la géographie de l'île, dont nous 
connaissions une partie mieux qu'eux. Il paraît qu'ils ont l'habitude de 
figurer un terrain ; car, du premier coup, ils tracèrent la partie que nous 
venions d'explorer, jusque vis-à-vis le fleuve 'Ségalien, en laissant un 
passage assez étroit pour leurs pirogues. Ils marquèrent chaque couchée/ 





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60 



1787- 
Août. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

et lui donnèrent un nom : enfin, on ne peut pas douter que, quoiqu'é- 
loignés de l'embouchure de ce fleuve de plus de cent cinquante lieues, ils 
n'en ayent tous une parfaite connaissance ; et, sans cette rivière, formant 
le point de communication avec les Tartares Mantcheoux qui commercent 
avec la Chine, les Bitchys, les Orotchys, 1 les Ségaliens, et généralement 
tous les peuples de ces contrées maritimes, auraient aussi peu de connais- 
sance des Chinois et de leurs marchandises, qu'en ont les habitans de la 
côte d'Amérique. Leur sagacité fut en défaut lorsqu'il leur fallut dessiner 
la côte orientale de leur île ; ils la tracèrent toujours sur la même ligne 
Nord et Sud, et parurent ignorer que la direction en fût différente ; en 
sorte qu'ils nous laissèrent des doutes, et nous crûmes un instant que le 
cap Crillon nous cachait un golfe profond, après lequel l'île Segàlierï 
reprenait au Sud. Cette opinion n'était guère vraisemblable. Le fort 
courant qui venait de l'Est, annonçait une ouverture : mais comme nous 
étions en calme plat, et que la prudence ne nous permettait pas de nous 
laisser dériver à ce courant qui aurait pu nous entraîner trop près de la 
pointe, M. de Langle et moi crûmes devoir envoyer à terre un canot, 
commandé par M. de Vaujuas ; et nous donnâmes ordre à cet officier de 
monter sur le point le plus élevé du cap Crillon, et d*y relever toutes 
les terres qu'il apercevrait en delà. Il était de retour avant la nuit. Son 
rapport confirma notre première opinion ; et nous demeurâmes convaincus 
qu'on ne saurait être trop circonspect, trop en garde contre les méprises» 
lorsqu'on veut faire connaître un grand pays d'après des données aussi vagues, 
aussi sujettes à illusion, que celles que nous avions pu nous procurer. Ces. 
peuples semblent n'avoir aucun égard, dans leur navigation, au changement. 
de direction. Une crique de la longueur de trois ou quatre pirogues leur 
paraît un vaste port ; et une brasse d'eau, une profondeur presque incom- 
mensurable : leur échelle de comparaison est leur pirogue, qui tire quel- 
ques pouces d'eau et n'a que deux pieds de largeur. 

.:■ - ■■>..- ■ 

M. de Vaujuas visita, avant de revenir à bord, le village de la pointe, où 
il fut parfaitement bien reçu. Il y fit quelques échanges, et nous rapporta 
beaucoup de saumons. Il trouva les maisons mieux bâties, et sur-tout plus 
richement meublées, que celles de la baie d'Estaing ; plusieurs étaient 



KiirœaBxmŒïœri 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE» 



61 



décorées intérieurement avec de grands vases vernis du Japon. Comme 
l'Ile Ségalien n'est séparée de l'île Cbicha que par un détroit de douze 
lieues de largeur, il est plus aisé aux habitans des bords du détroit de se 
procurer les marchandises du Japon, qu'il ne l'est à leurs compatriotes 
qui sont plus, au Nord -, ceux-ci à leur tour sont plus près du fleuve Sé- 
galien et des Tartares Mantcheoux, auxquels ils vendent l'huile de baleine,, 
qui est la base de leurs échanges. 



1787. 
Août. 



T 



Les insulaires qui étaient venus nous visiter se retirèrent avant la nuit, 
et nous firent comprendre par signes qu'ils reviendraient le lendemain. 
Ils étaient effectivement à bord à la pointe du jour, avec quelques 
saumons, qu'ils échangèrent contre des haches et des couteaux : ils nous 
vendirent aussi un sabre, un habit de toile de leur pays -, et ils parurent 
voir avec chagrin que nous nous préparions à mettre à la voile. Ils nous 
engagèrent fort à doubler le cap Grillon, et à relâcher dans une anse qu'ils 
dessinaient, et qu'ils appelaient Tabouoro ; c'était le golfe d'Aniva. - 



- . : 



Il venait de s'élever une petite brise du Nord-Est ; je fis signal d'appa- 
reiller, et je dirigeai d'abord la route au Sud-Est, pour passer au large du 
cap Crillon, qui est terminé par un îlot ou une roche, vers laquelle la 
marée portait avec la plus grande force. Dès que nous l'eûmes doublée, 
nous aperçûmes du haut des mâts une seconde roche, qui paraissait à quatre 
lieues de la pointe, vers le Sud-Est; je l'ai nommée la Dangereuse, parce 
qu'elle est à fleur d'eau, et qu'il est possible qu'elle soit couverte à la 
pleine mer. Je fis route pour passer sous le vent de cette roche, et je 
l'arrondis à une lieue. La mer brisait beaucoup autour d'elle, mais je n'ai 
pu savoir si c'était l'effet de la marée, ou celui des battures qui l'environ- 
nent. A cette distance, la sonde rapporta constamment vingt-trois brasses j ; 
et lorsque nous l'eûmes doublée, l'eau augmenta, et nous tombâmes bien- 
tôt sur un fond de cinquante brasses, où le courant paraissait modéré.- 
Jusque-là nous avions traversé dans ce canal des lits de marée plus forts 
que ceux du Four ou du Raz de Brest : on ne les y éprouve pourtant, que 
sur la côte de l'île Ségalien, ou dans la partie septentrionale de ce détroit*. 
La côte méridionale, J: versifie de Çhicha, y est beaucoup moins exposée^ 



...,— .— r.^ 




62 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



1787. 
Août. 



mais nous y fûmes ballottés par une houle du large ou de l'Est, qui nous 
mit toute la nuit dans le plus grand danger d'aborder l'Astrolabe, parce 
qu'il faisait calme plat, et que ni l'une ni l'autre frégate ne gouvernaient. 
Nous nous trouvâmes, le lendemain, un peu plus Sud que notre estime, 
mais de dix minutes seulement, au Nord du village d'Acqueis, ainsi 
nommé dans le voyage du Kastricum. Nous venions de traverser le détroit 
qui sépare le Jesso de l'Oku-Jesso, et nous étions très-près de l'endroit où 
les Hollandais avaient mouillé à Acqueis. Ce détroit leur avait été sans 
doute caché par des brumes -, et il est vraisemblable que des sommets de 
montagnes qui sont sur l'une et l'autre île, leur avaient fait croire qu'ils 
étaient liés entr'eux par des terres basses : d'après cette opinion, ils avaient 
tracé une continuation de côte dans l'endroit même où nous avons passé. 
A cette erreur près, les détails de leur navigation sont assez exacts. Nous 
relevâmes le cap Aniva, presque au même rhumb que celui qui est indi- 
qué sur les cartes Hollandaises. Nous aperçûmes aussi le golfe auquel le 
Kastricum a donné le même nom d'Aniva : il est formé par le cap de ce 
nom et le cap Crillon. La latitude de ces caps ne différait que de dix à 
douze minutes, et leur longitude, depuis le cap Nabo, de moins d'un 
degré, de celles" que nous avons déterminées ; précision étonnante pour le 
temps où fut faite la campagne du Kastricum. Je me suis imposé la loi de 
ne changer aucun des noms donnés par les Hollandais, lorsque la simili- 
tude des rapports me les a fait connaître : mais une singularité assez re- 
marquable, c'est que les Hollandais, en faisant route d'Acqueis au golfe 
d'Aniva, passèrent devant le détroit que nous venions de découvrir, sans 
se douter, lorsqu'ils furent mouillés à Aniva, qu'ils étaient sur une autre 
île ; tant sont semblables les formes extérieures, les mœurs, et les manières 
de vivre de ces peuples. 



Le temps fut très-beau le lendemain ; mais nous fîmes peu de chemin à 
l'Est. Nous relevâmes le cap Aniva au Nord-Ouest, et nous en aper- 
çûmes la côte orientale qui remonte au Nord vers le cap Patience, par la 
latitude de 49 d . Ce point fut le terme de la navigation du capitaine Uriès ; 
et comme ses longitudes, depuis .le cap Nabo, sont à peu près exactes, la 
carte Hollandaise dont nous avons vérifié un nombre de points suffisant 



:m*œ&B&m£i : %E^£?Eï 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



63 



pour qu'elle mérite notre confiance, nous donne la largeur de l'île Ségalien 1787» 
jusqu'au 49 e degré. Le temps continua d'être beau, mais les vents d'Est- Aout * 
Sud-Est, qui soufflaient constamment depuis quatre jours, retardèrent 
notre marche vers les îles des États et de la Compagnie. Notre latitude 
Nord fut observée, le 1.5, de 46 d g', et notre longitude orientale de 15* 
142 d 57' '• Nous n'apercevions aucune terre, et nous essayâmes plusieurs 
fois, et toujours vainement, de trouver fond avec une ligne de deux cents 
brasses. 



Le 1 6 et le 1 7, le ciel fut couvert, blanchâtre, et le soleil ne parut pas - 3 
les vents passèrent à l'Est, et je pris la bordée du Sud, pour m'approcher 
de l'île des États, dont nous eûmes une parfaite connaissance. Le 19, nous 
relevâmes le cap Troun au Sud, et le cap Uriès au Sud-Est un quart Est ï 
c'était l'aire de vent où ils devaient nous rester, suivant la carte Hollandaise ; 
les navigateurs modernes n'auraient pu en déterminer la position avec plus 
d'exactitude. 



19, 



Le 20, nous aperçûmes l'île de la Compagnie, et reconnûmes le détroit 
d'Uriès, qui était cependant très-embrumé. Nous prolongeâmes, à trois 
ou quatre lieues, la côte septentrionale de l'île de la Compagnie ; elle est 
aride, sans arbres ni verdure, elle nous parut inhabitée et inhabitable» 
Nous remarquâmes les taches blanches dont parlent les Hollandais ; nous 
les prîmes d'abord pour de la neige ; mais un plus mûr examen nous fit 
apercevoir de larges fentes dans des rochers ; elles avaient la couleur du 
plâtre. A six heures du soir, nous étions par le travers de la pointe du 
Nord-Est de cette île, terminée par un cap très-escarpé, que j'ai nommé. 
Cap Kastricum, du nom du vaisseau à qui l'on doit cette découverte. Nous 
apercevions au delà quatre petites îles ou îlots, et au Nord un large canal 
qui paraissait ouvert à l'Est-Nord-Est, et formait la séparation des Kuriles 
d'avec l'île de la Compagnie, dont le nom doit être religieusement con- 
servé et prévaloir sur ceux qui ont pu lui avoir été imposés par les Russes 
plus de cent ans après le voyage du capitaine Uriès. 



20. 



Le 21, le 22, et le 23, furent si brumeux, qu'il nous fut impossible de 2î 
continuer notre route à l'Est, à travers les Kuriles, que nous n'aurions pu 



fiï&wmm 



64 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

1787. apercevoir à deux encablures. Nous restâmes bord sur bord à l'ouvert du 
AoÛL détroit, où la mer ne paraissait agitée par aucun courant : mais nos obser- 
vations de longitude du 23, nous firent connaître que nous avions ete 
portés, en deux jours, de 40' vers l'Ouest ; nous vérifiâmes cette obser- 
24. vation, le 24, en relevant les mêmes points aperçus le 21, précisément où 
ils devaient nous rester d'après notre longitude observée. Le temps, quoi- 
que très-brumeux, nous avait permis de faire route pendant une partie de 
cette journée, parce qu'il y eut de fréquens éclaircis ; et nous aperçûmes 
et relevâmes la plus septentrionale des îles des Quatre-Frères, et deux 
pointes de l'île Marikan, que nous prenions pour deux îles. La plus 
méridionale restait à l'Est 15 d Sud. Nous n'avions avancé, depuis trois 
jours, que de quatre lieues vers le Nord-Est; et les brumes s'étant 
beaucoup épaissies, et ayant continué sans aucun éclairci, le 24, le 25, et 
le 26, nous fûmes obligés de rester bord sur bord entre ces îles, dont nous 
ne connaissions ni l'étendue, ni la direction, n'ayant pas, comme sur les 
côtes de la Tartarie et de l'Oku-Jesso, la ressource de sonder pour con- 
naître la proximité de la terre, parce qu'ici l'on ne trouve point de fond. 
Cette situation, une des plus fatigantes et des plus ennuyeuses de la cam- 
23- pagne, ne finit que le 29- H se fit un éclairci, et nous aperçûmes des 
sommets dans l'Est; je fis route pour les approcher. Bientôt les terres 
basses commencèrent à se découvrir, et nous reconnûmes l'île Marikan, 
que je regarde comme la première des Kuriles méridionales. Son étendue, 
du Nord-Est au Sud-Ouest, est d'environ douze lieues. Un gros morne 
la termine à chacune de ses extrémités ; et un pic, ou plutôt un volcan, à 
en juger par sa forme, s'élève au milieu. Comme j'avais le projet de sortir 
des Kuriles par la passe que je supposais au Nord de l'île Marikan, je fis 
route pour approcher la pointe du Nord-Est de cette île. J'en apercevais 
deux autres à l'Est-Nord-Est; mais plus éloignées, et elles paraissaient 
laisser entre elles et la première un canal de quatre à cinq lieues : mais, à 
huit heures du soir, les vents passèrent au Nord et faiblirent ; la mer étant 
fort houleuse, je fus obligé de virer de bord et de porter à l'Ouest, pour 
m'éloigner de la côte, parce que la lame nous jetait à terre, et que nous 
n'avions pas trouvé fond à une lieue du rivage, avec une ligne de deux 
cents brasses. Ces vents du Nord me décidèrent à débouquer par le canal 
qui est au Sud de l'île Marikan et au Nord des Quatre-Frères ; il m'avait 



\>ir^yg&£mw 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



65 



paru large; sa direction était au Sud, parallèle à peu près à celle du canal 1787. 
d'Uriès, ce qui m'éloignait de ma route : mais les vents ne me laissaient Aout ' 
pas le choix d'un autre parti; et les jours clairs étaient si rares, que je 
crus devoir profiter du seul que nous eussions eu depuis dix jours. 

Nous forçâmes de voiles pendant la nuit pour arriver à l'entrée de ce 30. 
canal ; il ventait fort peu, et la mer était extrêmement grosse. Au jour, 
nous relevâmes au Sud-Est, à environ deux lieues de distance, la pointe 
du Sud-Ouest de Marikan, que j'ai nommée cap RoIIin, du nom de notre 
chirurgien-major; et nous restâmes en calme plat, sans avoir la ressource 
de mouiller, si nous étions portés à terre ; car la sonde ne rapportait point de 
fond. Heureusement, le courant nous entraînait sensiblement vers le milieu 
du canal ; et nous avançâmes d'environ cinq lieues vers l'Est-Sud-Est, sans 
qu'il y eût assez de vent pour gouverner. Nous apercevions, dans le Sud- 
Ouest, les îles des Quatre-Frères ; et comme de très-bonnes observations 
de longitude nous permettaient d'en déterminer la position, ainsi que celle 
du cap Rollin de l'île Marikan, nous nous sommes assurés que la largeur 
du canal est d'environ quinze lieues. La nuit fut très-belle ; les vents se 
fixèrent à l'Est-Nord-Est, et nous donnâmes dans la passe, au clair de la 
lune : je l'ai nommée canal de la Boussole, et je crois que ce canal est le 
plus beau de tous ceux qu'on peut rencontrer entre les Kuriles. Nous 
fîmes très-bien de saisir cet intervalle ; car le temps se couvrit à minuit, et 
la brume la plus épaisse nous enveloppa le lendemain à la pointe du jour, 
avant que nous eussions la certitude d'être entièrement débouqués. Je 
continuai la bordée du Sud au milieu de ces brumes, avec le projet d'ap- 
procher au premier éclairci les îles situées au Nord, et de les relever, s'il 
était possible, jusqu'à la pointe de Lopatka; mais les brumes étaient encore 
plus constantes ici que sur la côte de Tartarie. Depuis dix jours, nous 
n'avions eu de clarté que pendant vingt-quatre heures ; encore ce temps 
fut-il passé en calme presque plat ; et nous fûmes heureux de profiter 'de la 
moitié d'une belle nuit pour débouquer. 



A six heures du soir, je pris la bordée du Nord, • vers la terre, dont je 
me supposais éloigné de douze lieues : la brume était toujours aussi épaisse, 

TOME II. K 



1 



T =K-3»* 



66 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



1787 
Août. 



Vers minuit, les vents passèrent à l'Ouest, et je fis route à l'Est, atten- 
dant le jour pour me rapprocher de la côte. Le jour parut sans que la 
brume se dissipât ; le soleil perça cependant deux fois dans la matinée, et 
il étendit pendant quelques minutes seulement notre horizon à une ou deux 
lieues : nous en profitâmes pour prendre des hauteurs absolues du soleil, 
afin de connaître l'heure et d'en conclure la longitude. Ces observations 
nous laissaient quelque incertitude, parce que l'horizon n'était pas terminé ; 
elles nous apprirent néanmoins que nous avions été portés d'environ dix 
lieues dans le Sud-Est, ce qui était très-conforme aux résultats des dif- 
férens relèvemens que nous avions faits la veille pendant le calme. La 
brume reprit avec opiniâtreté ; elle fut aussi épaisse le lendemain : alors, 
comme la saison s'avançait, je me décidai à abandonner l'exploration des 
Kuriles septentrionales, et à faire route pour le Kamtschatka. Nous 
avions déterminé les plus méridionales ; c'étaient celles qui avaient laissé 
des incertitudes aux géographes. La position géographique de l'île Ma- 
rikan étant bien fixée, ainsi que celle de la pointe de Lopatka, il me parut 
impossible qu'il restât une erreur de quelque importance dans la direction 
des îles qui sont entre ces deux points ; je crus donc ne pas devoir sacrifier 
à une recherche presque inutile, la santé des équipages, qui commençaient 
à avoir besoin de repos, et que les brumes continuelles entretenaient dans 
une humidité très-mal-saine, malgré les précautions que nous prenions 
pour les en garantir. En conséquence, je fis route à l'Est-Nord-Est, et 
je renonçai au projet que j'avais de mouiller à l'une des Kuriles, pour y 
observer la nature du terrain et les mœurs des habitans : je suis assuré 
qu'ils sont le même peuple que celui de Tchoka et de Chicha, d'après les 
relations des Russes, qui ont donné un vocabulaire de la langue de ces 
insulaires, parfaitement semblable à celui que nous avons formé à la baie 
de Langle. La seule différence consiste dans la manière dont nous avons 
entendu et exprimé leur prononciation, qui ne peut pas avoir frappé d'une 
manière pareille des oreilles Russes et des oreilles Françaises. D'ailleurs, 
l'aspect des îles méridionales, que nous avons prolongées de très-près, est 
horrible ; et je crois que la terre de la Compagnie, celle des Quatre- 
Frères, l'île Marikan, &c. sont inhabitables. Des rochers arides, sans ver- 
dure, sans terre végétale, ne peuvent que servir de refuge à des naufragés,. 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



6T 



qui n'auraient ensuite rien de mieux à faire que de gagner promptement ï 787. 
les îles de Chicha ou de Tchoka, en traversant les canaux qui les Septembre, 
séparent. 

La brume fut aussi opiniâtre, jusqu'au 5 Septembre qu'elle l'avait été 5* 
précédemment : mais comme nous étions au large, nous forçâmes de voiles 
au milieu des ténèbres ; et, à six heures du soir de ce même jour, il se fit 
un éclairci qui nous laissa voir la côte du Kamtschatka. Elle s'étendait de 
l'Ouest un quart Nord-Ouest au Nord un quart Nord-Ouest; et les mon- 
tagnes que nous relevâmes à cette aire de vent, étaient précisément celles 
du volcan qui est au Nord de Saint-Pierre et Saint-Paul, dont nous étions 
cependant éloignés de plus de trente-cinq lieues, puisque notre latitude 
n'était que de 51 d S0 ; '. Toute cette côte paraissait hideuse; l'œil se 
reposait avec peine, et presque avec effroi, sur ces masses énormes de 
rochers que la neige couvrait encore au commencement de Septembre, et 
qui semblaient n'avoir jamais eu aucune végétation. 



Nous fîmes route au Nord. Pendant la nuit, les vents passèrent au 
Nord-Ouest. Le lendemain, le temps continua d'être clair. Nous avions 
approché la terre : elle était agréable à voir de près, et la base de ces 
sommets énormes, couronnés de glaces, éternelles, était tapissée de la plus 
belle verdure, du milieu de laquelle on voyait s'élever différens bouquets 
d'arbres. 

Nous eûmes connaissance, le 6 au soir, de l'entrée de la baie d'Avatscha 
ou Saint- Pierre et Saint- Paul. Le phare que les Russes ont élevé sur la 
pointe de l'Est de cette entrée, ne fut point allumé pendant la nuit : le 
gouverneur nous dit, le lendemain, qu'il avait fait de vains efforts pour en 
entretenir le feu -, le vent avait sans cesse éteint la mèche du fanal, qui 
n'était abritée que par quatre planches de sapin mal jointes. Le lecteur 
s'apercevra que ce monument, digne du Kamtschatka, n'a été calqué sur 
aucun des phares de l'ancienne Grèce, de l'Egypte, ou de l'Italie -, mais 
aussi faudrait-il peut-être remonter aux temps héroïques qui ont précédé 
le siège de Troye, pour trouver une hospitalité aussi affectueuse que celle 



6\ 




u^m. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



1787. qu'on exerce dans ce pays sauvage. Nous entrâmes dans la baie le 7, à 
Septembre. feux heures après midi. Le gouverneur vint à cinq lieues au-devant de 
nous, dans sa pirogue : quoique le soin du fanal l'eût occupé toute la nuit,. 
il s'imputait la faute de n'avoir pu réussir à tenir sa mèche allumée. Il 
nous dit que nous étions annoncés depuis long- temps, et qu'il croyait que le 
gouverneur général de la presqu'île, qui était attendu à Saint-Pierre et 
Saint-Paul dans cinq jours, avait des lettres pour nous. 

A peine avions-nous mouillé, que nous vîmes monter à bord le bon 
curé de Paratounka, avec sa femme et tous ses enfans. Dès-lors nous 
prévîmes que nous pourrions voir paraître et qu'il nous serait facile de 
remettre sur la scène une partie des personnages dont il est question dans le 
dernier voyage de Cook* 








VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



CHAPITRE XXL 

Supplément aux Chapitres précédent. — Nouveaux détails sur la 
cote orientale de la Tartarie. — Doute sur la prétendue pêcherie 
de perles, dont parlent les Jésuites. — Différences physiques 
entre les insulaires de ces contrées et les continentaux. — Pau- 
vreté du pays. — Impossibilité d'y faire aucun commerce utile, 
* — Vocabulaire des Habit ans de Vîle Tchoha ou Ségalien. 

iNotre navigation, depuis Manille jusqu'à l'île Quelpaert, sur la 1787». 
côte méridionale de la Corée, n'était nouvelle que pour nous; car les Se P tembre - 
Hollandais font depuis long-temps le commerce du Japon, et envoient 
tous les ans un ou deux vaisseaux à Nangasacki -, mais j'ignore s'ils dirigent 
leur route par le canal de Formose, ou s'ils passent dans l'Est de cette île. 
On m'a assuré que les capitaines faisaient serment, avant leur départ de 
Batavia, de tenir secrets les détails de leur navigation, et de ne permettre à 
personne de prendre copie des cartes manuscrites qui leur sont remises. 
Une semblable précaution annoncerait- elle que d'autres Européens seraient 
reçus au Japon, et pourraient y faire le commerce concurremment avec 
eux ? ou la prestation de ce serment n'est-elle qu'un ancien usage qu'on a 
négligé de réformer ? 

Quoi qu'il en soit, nous croyons que le moment est arrivé où tous les 
voiles qui couvrent les navigations particulières vont être levés : l'art des 
navigateurs a fait assez de progrès dans ces derniers temps, pour n'être plus 
arrêté par de pareils obstacles. Bientôt la géographie ne sera plus une 
science problématique, parce que l'esprit de discussion et de critique de- 
viendra inutile, lorsque tous les points principaux seront assujettis à des- 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



ii 



1787. déterminations exactes de latitude et de longitude -, et nous touchons au 
t eptem ie. m0 jiient où tous les peuples connaîtront l'étendue des mers qui les environ- 
nent, et des terres qu'ils habitent. Quoique les mers de Tartarie que nous 
avons explorées soient les limites du continent le plus anciennement habité, 
elles étaient aussi ignorées des Européens que le détroit d'Anian ou 
l'archipel de Saint-Lazare ; et les Jésuites, dont les relations nous ont si 
bien fait connaître la Chine, n'avaient pu donner aucun éclaircissement sur 
la partie orientale de ce vaste empire. On n'avait pas permis à ceux qui 
faisaient le voyage de Tartarie, de s'approcher des bords de la mer ; cette 
précaution, et la défense faite dans tous les temps par l'empereur du Japon, 
de naviguer au Nord de ses états, étaient un motif de croire que cette 
partie de l'Asie recelait des richesses que la politique Japonaise et Chinoise 
craignait de laisser connaître aux Européens. Les détails des chapitres 
précédens ont dû prouver aux lecteurs, que la côte de la Tartarie orientale 
est encore moins habitée que celle du Nord de l'Amérique. Séparée, en 
quelque sorte, du continent par le fleuve Ségalien, dont le cours est pres- 
que parallèle à sa direction, et par des montagnes inaccessibles, elle n'a 
jamais été visitée des Chinois et des Japonais, que vers les bords, du côté 
de la mer; le très-petit nombre d'habitans qu'on y rencontre, tirent leur 
origine des peuples qui sont au Nord de l'Asie, et ils n'ont rien de com- 
mun à cet égard avec les Tartares Mantcheoux, et encore moins avec les 
insulaires de l'Oku-Jesso, du Jesso, et des Kuriles. On sent qu'un pareil 
pays, adossé à des montagnes éloignées de moins de vingt lieues des bords 
de la mer, ne peut avoir de rivière considérable : le fleuve Ségalien, qui 
est au delà, reçoit toutes les eaux dont la partie est dirigée vers l'Ouest ; 
celles qui coulent à l'Est se divisent en ruisseaux dans toutes les vallées, et 
il n'est aucun pays mieux arrosé, ni d'une fraîcheur plus ravissante pendant 
la belle saison. Je n'évalue pas à trois mille habitans le nombre total des 
individus composant les petites peuplades de cette contrée, depuis le point 
sur lequel nous avons attérî, par les 42 degrés, jusqu'à la baie de Castries, 
aux environs de l'embouchure du fleuve Ségalien. Cette rivière, que les 
Tartares Mantcheoux ont descendue en pirogues jusqu'à la mer, d'où ils se 
sont répandus sur les côtes, au Nord et au Sud, forme la seule voie ouverte 
au jpommerce de l'intérieur: elle est à la vérité très-fréquentée aujour- 



tJtrmaan&MflŒœjÀ 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 

d'hui; il n'y a peut-être pas un seul individu sur cette partie du continent, 1787. 
et sur les îles de Jesso et d'Oku -Jesso, qui ne connaisse le Ségalien, comme Septembre 
les habitans de l'Egypte et de la Judée connaissaient le Nil; mais le com- 
merce ne s'y fait qu'à huit ou dix journées dans le haut de cette rivière : il 
paraît que son embouchure, comme celle du Gange, offre des bords inha- 
bités i et on doit sans doute l'attribuer à la stérilité du pays, qui est presque 
noyé, couvert de marais, et où les troupeaux, la principale richesse des 
Tartares, ne peuvent trouver une subsistance salubre. J'ai dit que les 
Jésuites avaient annoncé qu'il se faisait une pêche de perles sur cette côte. 
Nous avons effectivement trouvé des huîtres qui en contenaient j mais 
j'avoue que je ne sais où placer cette pêcherie, à moins que ce ne soit sur 
les confins de la Corée, ou à l'embouchure du Ségalien ; alors je sup- 
poserais qu'elle n'est en rien comparable à celles de Bassora ou du golfe 
Monaar, qui occupent cinq ou six mille personnes. Il est possible que 
quelques familles de pêcheurs s'y réunissent pour chercher des perles 
qu'elles échangent ensuite contre des nankins et d'autres objets de com- 
merce de la Chine, de peu de valeur: j'ai cependant essayé de montrer 
aux Bitchys et aux insulaires de l'Oku- Jesso des perles fausses, parfaite- 
ment imitées, et je ne me suis pas aperçu qu'ils en ayent été plus frappés 
que des rassades ordinaires. 

On se ferait la plus fausse idée de ce pays, si l'on supposait qu'on peut y 
aborder par les rivières qui viennent de l'intérieur, et que les Chinois y 
font quelque commerce. Nous avons prolongé la côte de très-près, sou- 
vent à une portée de canon, sans apercevoir aucun village. Nous avons 
vu, à la baie de Ternai, les ours, les biches, les faons, paître comme des 
animaux domestiques, et, levant leur tête, regarder avec étonnement l'ar- 
rivée de nos vaisseaux dans la baie. Un tombeau et quelques arbres brûlés 
annonçaient seuls que ce pays avait d'autres habitans. La baie de Suffren 
n'était pas moins déserte. Vingt-cinq ou trente personnes paraissaient 
composer la peuplade de la baie de Castries, qui aurait pu en contenir dix 
mille. 




Nos naturalistes n'ont trouvé, sur le bord de la mer et à l'embouchure. 



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73 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



1787. des rivières, ni pyrites, ni morceaux de mine roulés, ni grains d'or disse- 
Septembre. m j n ^ s dans j ç sab j ej rien enfin qui annon ce un pays ou il y ait des métaux. 

Nous avons rencontré des silex, des calcédoines, des cristaux de spath, des 
zéolites, du porphyre, et quantité de matières volcaniques, qui contenaient 
fort peu de schorls, mais beaucoup de cristallisations assez belles, et d'in- 
crustations qu'on rencontre fréquemment dans les laves des volcans éteints. 
La côte de TOku-Jesso, qui forme la partie orientale de la manche de 
Tartarie, est encore plus fertile en plantes que celle du continent qui lui 
est opposée : il m'a paru que la végétation y avoit plus de force ; mais 
les insulaires n'en fatiguent pas davantage le sol. Le règne animal 
fournit presque en entier à leur subsistance ; car je compte pour rien 
quelques oignons de saranne et d'ail, que les femmes font sécher, et 
qu'elles trouvent sur la lisière des bois. Je suis même porté à croire que 
la chasse est, pour ces peuples, plutôt un amusement qu'un travail; le 
poisson frais ou séché est, comme le blé en France, la base de leur nourriture. 
Deux chiens qui m'avaient été donnés à la baie de Castries, refusèrent 
d'abord de manger de la viande, et se jetèrent sur le poisson avec une 
voracité qu'on ne peut comparer qu'à celle des loups qui ont souffert une 
brigue faim. La nécessité seule les a accoutumés peu à peu à une autre 
nourriture. 

Quelques peaux d'ours et d'élan, dont ces peuples étaient vêtus, ne me 
laissent pas douter qu'ils ne fassent, l'hiver, la chasse à ces animaux : mais 
les continentaux sont en général trop faibles, pour oser les attaquer avec 
leurs flèches ; ils nous ont exprimé par signes, qu'ils leur tendaient des 
pièges, en attachant une amorce à un arc fortement bandé : l'animal, en 
dévorant cette amorce, fait partir une détente qui pousse une flèche dirigée 
vers l'appât. Les insulaires, plus généreux parce qu'ils sont plus robustes, 
paraissaient s'enorgueillir de plusieurs cicatrices qu'ils se plaisaient à nous 
montrer, en nous faisant entendre qu'ils avaient combattu des ours avec des 
pieux, après les avoir blessés à coups de flèches. 

Les pirogues sont faites d'un sapin creusé, et peuvent contenir sept à 
huit personnes. Ils les manœuvrent avec des avirons très-légers, et 



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YOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

entreprennent, sur ces frêles bâtimens, des voyages de deux cents lieues, 
depuis l'extrémité méridionale de l'Oku-jesso et du Jesso, par les 42 de- 
grés, jusqu'au fleuve Ségalien,. par 53 degrés: mais ils ne s'éloignent ja- 
mais de terre d'une portée de pistolet, excepté lorsqu'ils traversent la mer 
d'une île à l'autre ; et ils attendent pour cela un calme absolu. Le vent, 
qui suit toujours la direction du canal, ne pousse jamais la lame sur 
le rivage; en sorte qu'on peut aborder dans toutes les anses, comme 
dans les rades les mieux fermées : chaque soir, ils échouent leurs pirogues 
sur le sable du rivage : ils- portent avec eux des écorces de bouleau; 
qui, avec quelques branches de sapin, leur servent à construire, dans 
l'instant, une cabane. Des ruisseaux, remplis de saumons, leur offrent 
une subsistance assurée -, chaque patron de pirogue a sa chaudière, son 
trépied, son briquet, son amadou. Dans quelque lieu qu'ils abordent, la 
cabane est dressée, le poisson dardé, et la cuisine faite, une heure après 
la descente. Cette navigation est aussi sûre que celle du canal de Langue- 
doc : ils arrivent dans un nombre de jours déterminé, et s'arrêtent tous les 
soirs aux mêmes anses et auprès des mêmes ruisseaux.. Ils marquèrent sur 
notre carte le nombre de leurs couchées depuis le cap Grillon jusqu'au 
fleuve Ségalien, et il en résulte qu'ils faisaient onze lieues par jour. Quoi- 
que leurs pirogues n'ayent ni mâts ni vergues, ils attachent quelquefois 
une chemise à deux avirons en croix, et vont ainsi à la voile avec moins de 
fatigue qu'à la rame. On voit, auprès des villages, de petites pirogues, 
pour un ou deux hommes seulement ; elles ne servent pas pour les longs 
voyages, elles sont destinées a entrer dans les ruisseaux où ils font leur 
pêche. La légèreté en est telle, que lorsque le fond n'a que douze ou 
quinze pouces d'eau, ils se servent de petites béquilles au lieu de perches, 
et, restant assis, ils poussent sur le fond, et communiquent à leur bateau 
une très-grande vitesse : lorque l'eau est plus profonde, ils manœuvrent ces 
petites embarcations avec des pagaies. Les usages et les mœurs des deux 
peuples ne diffèrent que par des nuances : même manière de vivre, même 
architecture navale et civile, même respect pour les vieillards. Mais, dans 
ce parallèle, je suis convaincu que les Tartares l'emportent par le moral, 
et les insulaires par l'industrie, et principalement par le caractère, et les 
autres vertus qui tiennent à l'opinion de ses propres forces. Nous avons 

TOME II.. h 




1787. 
Septembre 




n 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



1787. cru remarquer dans l'Oku-Jesso une distinction d'état qui n'existe pas en 
Septembre. Tartarie ; il y avait dans chaque pirogue un homme avec lequel les autres 
ne faisaient pas société, il ne mangeait pas avec eux, et leur paraissait ab- 
solument subordonné: nous avons soupçonné qu'il pouvait être esclave ; 
ce n'est qu'une simple conjecture, mais il était au moins d'un rang très- 
inférieur au leur. 

Les Jessois et les Oku-Jessois ont un objet de commerce très-considé- 
rable, . qui manque absolument aux Bitchys et aux Orotchys ; c'est l'huile 
de baleine. Ce cétacée abonde sur la côte orientale de leurs îles, où nous 
en avons aperçu un aussi grand nombre que dans le détroit de le Maire j 
mais nous n'en avons pas vu un seul dans la manche de Tartarie. La 
communication plus directe des insulaires avec le Japon, donne aux meubles 
de leurs cabanes un air d'opulence qu'on ne trouve pas sur le continent, 
-excepté dans les tombeaux, pour lesquels les Tartares réservent toutes leurs 
richesses ; nous n'avons rencontré chez les Ségaliens aucun monument de 
ce genre ainsi décoré. Nous avons remarqué, comme dans la baie de 
Castries, des simulacres suspendus au plancher de leurs cabanes : le patron 
d'une des pirogues de la baie de Crillon, auquel j 'avais donné une bouteille 
d'eau-de-vie., en jeta, avant de partir, quelques gouttes dans la mer, nous 
faisant comprendre que cette libation était une offrande qu'il adressait à 
l'Etre suprême. Il paraît que le ciel sert ici de voûte à son temple, et 
que les chefs de famille sont ses ministres. 

Il est aisé de conclure de cette relation, qu'aucun motif de commerce 
ne peut faire fréquenter ces mers aux Européens ; un peu d'huile de baleine, 
et du poisson séché ou fumé, sont, avec quelques peaux d'ours ou d'élan, 
de bien petits articles d'exportation pour couvrir les dépenses d'un si long 
voyage : je dois même ajouter, comme une maxime générale, qu'on ne 
peut se flatter de faire un commerce un peu considérable, qu'avec une 
grande nation ; et si ces objets étaient de quelque importance, on ne parv 
viendrait pas à en compléter le chargement d'un vaisseau de trois cents 
tonneaux sur ces différentes côtes qui ont un développement de plus de 
mille lieues. Quoique le saumon séché de la baie de Castries m'eût paru 
4'u ne bonne qualité, et qu'il me fût très-possible d'en acheter, j'avoue que 



::»rfflBaraûiM?£ 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE 



je m'en fis un scrupule, dans la crainte que ces malheureux ne nous ven- 1787. 
dissent leurs provisions d'hiver, et qu'ils ne mourussent de faim pendant Se P tembre ° 
cette saison. 

Nous n'avons aperçu aucune loutre de mer ; nous leur avons montré 
des échantillons de nos peaux, et il nous a paru que ces fourrures leur étaient 
inconnues : ils ne semblaient pas y mettre plus de prix qu'à celles des loups 
marins, dont ils font leurs bottes. Il est vraisemblable que cet amphibie 
ne se trouve que dans la partie orientale des Kuriîes septentrionales ; ce 
qui indique que sa vraie patrie est à l'Est de l'Asie, vers les côtes de l'Amé- 
rique, où, comme je l'ai dit, il est répandu en très-grande quantité depuis 
la pointe d'Oonolaska jusqu'à Saint-Diégo, sur la côte occidentale de la 
Californie.. En lisant les différentes relations qui avaient donné bien des 
idées fausses du vaste pays que nous venons de reconnaître, on y trouve 
Beaucoup de vérités éparses, mais qu'il était fort difficile de démêler. Le 
père des Anges avait certainement connu ces peuples, et la description 
qu'il fait de cette contrée est exacte : mais, placé à l'extrémité méridionale 
du Jesso, vis-à-vis le Japon, il n'avait ni pu embrasser ni osé supposer 
une si grande étendue de pays : et le détroit de Tessoy dont il parle, et 
que les insulaires lui ont dit être embarrassé d'herbes marines, et si près du: 
continent, qu'on aperçoit à la vue simple un cheval paître sur l'autre bord, 
n'est autre que le fond du golfe où nous avons pénétré, et d'où nous avons 
aperçu la pointe Boutin, sur l'île de l'Oku- Jesso, s'avancer vers le continent., 
et se terminer vers la mer, comme un banc de sable d'une toise ou deux 
d'élévation. Les relations de Kjempfer, les lettres du père Gaubil con- 
tenaient aussi quelques vérités * ; mais l'un et l'autre rapportaient ce que 
les Japonais ou les Tartares leur avaient dit, et ils s'étaient entretenus avec 
des hommes trop ignorans pour que leur rapport fût exact. Les Russes 
enfin niaient l'existence de ces deux îles, plus considérables que les îles 
Britanniques ; ils les confondaient avec les Kuriles, et ne supposaient 




* " C'est aux Russes (dit le père Gaubil) à nous instruire si de gros vaisseaux peuvent passer par 3e 
*' détroit qui sép'àre le Jesso de la Tartarie." Ce Jésuite éclairé ne pouvait prévoir que ce problème 
devrait sa solution aux navigateurs Français. (N. D. R.) 



:6 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



1787. aucune terre intermédiaire entre ces îles et le continent de l'Asie *. Dans 
Septembre. cette hypothèse, les mers du Japon et de la Corée étaient ouvertes à leurs 
vaisseaux d'Okhotsk: mais cette supposition anéantissait le voyage des 
Hollandais en 1634 ; et nous osons assurer que la navigation du capitaine 
Uriès est la plus exacte qui ait pu être faite dans un temps où les méthodes 
d'observation étaient très-grossières. Il paraît que les Hollandais cher- 
chaient à compenser ce désavantage par les soins les plus minutieux sur 
l'-estime des routes et l'exactitude des relèvemens. Si le détroit que nous 
avons découvert a échappé à leurs recherches, les marins qui connaissent 
les parages à brumes, en seront peu surpris. La latitude et la longitude 
de ce détroit ont été déterminées dans notre voyage d'une manière si pré- 
cise, qu'il n'y a plus aucune difficulté à pénétrer par cette passe dans les 
mers de la Corée. Le pic de Langle, élevé de plus de douze cents toises 
au-dessus du niveau de la mer, et qu'on peut apercevoir, de quarante 
lieues, par un temps clair, est une excellente reconnaissance de la côte 

* Quoique l'on ne puisse supposer qu'on veuille un jour chercher à enlever aux navigateurs Fran- 
çais l'honneur de l'importante découverte de la terre de Jesso ou île Chicha, située au Nord du Japon, 
1e dois démontrer ici l'ignorance dans laquelle sont les Russes sur l'existence de cette île ; j'en tirerai 
la preuve .de la traduction. d'un passage de la relation Russe de Kracheninïkoff, au retour d'un voyaga 
au Kamtschatka, page 34, second alinéa du premier volume i?i-4°. 

« Les Kàmtscnadales possédaient des ustensiles en fer avant même l'arrivée des Russes dans cette 
« presqu'île; et ils s'en sont pourvus par l'entremise des Japonais, qui faisaient des voyages dans les 
« îles Kurilés, quoiqu'ils s'étendissent rarement jusqu'à la rivière Bolchaia-Reka." Il ajoute, pour 
étayer son assertion : " Les Karrrtschadales donnent aux Japonais le nom de Cbicha-wann, parce que 
« les aiguilles s'appellent dans leur langue chisch, et que ce sont les Japonais qui leur ont donné les 
« premiers la connaissance des aiguilles en fer ou en acier." 

Si l'auteur Russe avait eu, comme la Pérouse, la facilité de visiter les îles situées au Nord du Japon, 
il en aurait trouvé une portant le nom de Chicha \ et au lieu de chercher uneécymologie aussi ridicule, 
il se serait borné à celle qui se présente naturellement, c'est-à-dire qu'il eut ajouté à Chicha la syllabe 
mann, usitée dans le dialecte de plusieurs peuples pour personnifier le nom de leur pays ; ce qui signi. 
fierait homms de Chicha, et non homme d'aiguille. 

11 résulte de cette remarque, que les Russes, habitant depuis long-temps le Kamtschatka, et très- 
proches voisins de ces îles, n'ont, quoiqu'ils fassent de fréquens voyages aux îles Kurdes, aucune 
notion positive, sur l'existence de celles situées au Nord du Japon : cela est d'autant moins à révoquer 
en dente, que les Russes, d'après cet exposé, prennent ces insulaires pour des Japonais. 

Je dois la traduction du passage de Kracheninikoff à Lesseps, interprète Russe, faisant partie dr 
l'expédition de la Pérouse. (N. D. R.) 



: irfrwaflRûftàîîsas^iES 






VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



77 



méridionale de ce canal, qu'il convient de ranger préférablement à celle du 1787. 
Nord, parce que les courans y sont plus modérés. La connaissance précise eptem r 
de la géographie de cette partie du continent, que les fatigues de notre 
campagne auront procurée à la France et aux autres nations de l'Europe, 
pourra devenir d'une utilité prochaine aux Russes, qui peut-être auront un 
jour une grande navigation à Okhotsk, et feront fleurir les arts et les 
sciences de l'Europe dans ces contrées, habitées aujourd'hui par quelques 
hordes de Tartares errans, et plus particulièrement par des ours et d'autres 
animaux des forêts. 



Je n'essaierai point d'expliquer comment le Jesso, l'Oku-Jesso, et toutes 
les Kuriles, sont peuplés d'une race d'hommes différente de celle des 
Japonais, des Chinois, des Kamtschadales, et des Tartares, dont les Oku- 
Jessois ne sont séparés au Nord que par un canal peu large et peu profond. 
En ma qualité de voyageur, je rapporte les faits et j'indique les différences j 
assez d'autres réduiront ces données en système. Quoique je n'aye point 
abordé aux Kuriles, je suis certain, d'après les relations des Russes, et 
l'identité du langage des Kuriliens avec celui dont le vocabulaire suit ce 
chapitre, que les habitans des Kuriles et ceux du Jesso et de l'Oku-Jesso 
ont une origine commune. Leurs mœurs, leur manière de vivre, diffèrent 
aussi très-peu de celles des continentaux ; mais la nature a imprimé une 
différence si marquée dans le physique de ces deux peuples, que cette 
empreinte, mieux qu'une médaille ou tout autre monument, est une 
preuve incontestable que cette partie du continent n'a point peuplé ces îles, 
et que leurs habitans sont une colonie peut-être même étrangère à l'Asie. 
Quoique l'Oku-Jesso soit à plus de cent cinquante lieues à l'Occident des 
Kuriles, et qu'il soit impossible de faire cette traversée avec d'aussi frêles 
bâtimens que leurs pirogues de sapin, ils peuvent cependant communiquer 
ensemble avec facilité, parce que toutes ces îles, séparées entr'elles par 
des canaux plus ou moins larges, forment une espèce de cercle, et qu'au- 
cun de ces canaux ne présente une étendue de quinze lieues : il serait 
donc possible d'aller en pirogue du Kamtschatka à l'embouchure du neuve 
Ségalien, en suivant la châine de ces îles jusqu'à l'île Marikan, et passant 
de l'île Marikan à celles des Quatre- Frères, de la Compagnie, des États, 



I 






E&ssaçff! 



78 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 






1787- du Jesso, et enfin de l'Oku-Jesso, et d'atteindre ainsi les limites de la Tar~ 
eptem re, tar j e R usse# Mais on prononcerait vainement chez tous ces insulaires les 
noms de Jesso et d'Oku-Jesso, qui vraisemblablement sont Japonais ; ni 
les Tartarés, ni les prétendus Jessois et Oku-Jessois, n'en ont aucune con- 
naissance : ceux-ci donnent à leur île le nom de Tcboka, , et au Jesso celui 
de Chicha. Cette confusion de noms nuit beaucoup aux progrès de la 
géographie, ou du moins fatigue très-inutilement la mémoire ; je crois 
que, lorsque les noms des pays sont connus, ils doivent être religieusement 
conservés, ou, à leur défaut, ceux qui ont été donnés par les plus anciens 
navigateurs : ce plan, dont je me suis fait une loi, a été fidèlement suivi 
dans les cartes qui ont été dressées pendant ce voyage; et si l'on s'en est 
écarté, ce n'est que par ignorance, et jamais pour la vaine et ridicule 
gloire d'imposer un nom nouveau. 



ii 



.ï*r«5aûMH^\k } l^E«*« 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



VOCABULAIRE 

DES HABITANS DE L'ILE TCHOKA, 

Formé à la Baie de Langle. 

Quelques mots de la langue des habitans de Tchoka se prononcent de la 
gorge; mais la prononciation doit en être douce, et ressembler à celle 
des personnes qui grasseyent légèrement : je l'ai exprimé par eh. Le qs 9 
qui se trouve au commencement de quelques mots, sert à exprimer un 
certain sifflement qu'il est nécessaire de faire sentir avant d'articuler les syl- 
labes qui le suivent. 

NOMS DES PRINCIPALES PARTIES DU CORPS HUMAIN. 



TCHOKA. 



Chy 
Tara 

Quechetau 
Etou 

Notamekann 
Tsara 
Yma 
Aon 

Mochtchlri 
.Téhé 
Qs-chara 
Chapa 
Ocheiourou 
Saitourou 
Tap'inn ehinn 
Tacts sonk 
Tay 
Tay ha 
Tay pompé 



FRANÇAIS. 

Œil, les yeux. 

Les sourcils. 

Le front. 

Le nez. 

Les joues» 

La bouche. 

Les dents. 

La langue. 

Le menton. , 

La barbe. 

Les oreilles» 

Les cheveux. 

La nuque. 

Le dos. 

L'épaule. 

Le bras. 

L'avant-bras. 

Le poignet. 

La main, et les doigts en général. 





*mïïm 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Le pouce. 

L'index. 

Le médius. 

L'annulaire. 

L'auriculaire. 

Le devant et le haut de la poitrine. 

Les mamelles. 

Le ventre. 

Parties naturelles de l'homme. 

Parties naturelles de la femme,. 

Les fesses. 

Les cuisses. 

Les genoux. ■ 

Le jarret, ou pli du genou. 

Les jambes. 

Le gras de la jambe. 

Les malléoles, ou chevilles des pieds, 

Le dessus des pieds. 

Les talons. 

La plante des pieds. 

Le pouce du pied. 

L'index. 

Le médius. 

Pour l'annulaire et l'auriculaire. 



NOMS DE DIVERS OBJETS. 



- Nom de la grande île qu'ils habitent. 

- Autre nom qu'ils donnent à cette terre ; mais 

le plus grand nombre l'a nommée Tchoka. 

- Nom d'une île ou d'un peuple qu'ils indiquent 

dans le Sud de la terre de Tchoka. 

- Peuples de la Tartarie, voisins du fleuve Amur 

ou Ségalien et de l'île Tchoka. Les insu- 
laires indiquèrent ces peuples dans le Nord- 
Ouest, et montrèrent que les vaisseaux 
pouvaient passer dans le canal qui les sé- 
pare. 

- La mer. 

- Navire, vaisseau. 

- Pirogue. 

- Toulet de pirogue. 



vjrwakMsyM&iiîsag!^ 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Oukannessi 
Koch-koûm 



Ouachekakai 



Soitta 
Twatte 



Moncara 

Ho - - - 

Couhou 

Haï 

Tassehaï 

Etanto - 

Ta s sir o 

Matsira'inltû et Maklri 



Matsiré 
Hakame 



Kaine 

Tchlkotampé 
Achka 
Tobéka 

Achtoussa 

Sétarouss 
Tetarapé 



Otoumouchi 




■ Avirons, ou pagaies. 1787 
. Petit vase quarré, d'écorce de bouleau» et mu- Septembre. 

ni d'une queue. Il sert à boire, ainsi qu'à 
vider l'eau des pirogues. 

■ Sorte de pelle en bois, servant à jeter l'eau des 

pirogues. 
Banc de pirogue. 

Très-longue et forte courroie de six à huit 
lignes de- largeur: elle sert principalement à 
amarrer les pirogues. 
Hache de fer* (m). 
Grande lance de fer damasquinée (m). 
Arc. 
Flèches ordinaires, en fer, à langue de serpent, 

les unes barbelées, les autres unies (m). 
Flèches fourchues à deux branches, également. 

en fer (m). 
Flèches en bois, à bout de massue. 
Grand coutelas (m). 

Petic couteau à gaine: il est suspendu à la 
ceinture de cuir qui sert à tenir leurs casa- 
ques croisées (m). 
Nom qu'ils donnent à notre couteau à gaine. 
Gros anneau de fer, de plomb, de bois, ou de 
dent de vache marine : instrument placé 
avec force au pouce de la main gauche (m). 
Aiguille à coudre. 
Nos cravates ou mouchoirs. 
Chapeau ou bonnet. 

Peau de veau marin, en forme de longue casa- 
que. 
Casaque tissue de fine écorce de bouleau très- 

artistement préparée. 
Grande casaque, ou redingote, de peau de chien. 
Sorte de chemise d'étoffe gros.ière, et ornée 
d'un liséré de nankin bleu au bas, ainsi 
qu'au collet. 
Petits boutons de veste, en cuivre jaune, à tête 
ronde (m). 



* Le signe (m) indique les objets qui leur sont fournis par les Tartares Mantcbeoux, avec, lesquels 
ils commercent.. 



TOME II, 



vHKL«»^ 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



- Bas, ou bottines de peau, cousues aux souliers. 

- Souliers de forme Chinoise, dont le bout en 

pointe est très-recourbé en haut. 

- Petit sac de cuir, à quatre cornes en volutes : 

il leur tient lieu de poche, et est suspendu à 
la ceinture de cuir. 

- Pendans d'oreilles, communément composés de 

six à huit grains de rassade bleue (m). 

- Grains de rassade bleue isolés. Tous les peu- 

ples naturels ont un goût décidé et de pré- 
férence pour cette couleur bleue. 

- Petit parasol, ou garde-vue, en forme d'éven- 

tail, qui garantit du soleil les yeux des vieil- 
lards. 

- Grande et forte natte, sur laquelle ils s'assey- 

ent et se couchent. 

- Le feu. 

- Un chien. - 

- Un fusil. 

- Seau à puiser, d'écorce de bouleau, de la forme 

des nôtres, avec son anse. 

- Eau douce. 

- Eau de la mer. 

- Petite corde. 

- Grand cuiller de bois. 

- Chaudière de cuivre (m). 

- Perche, ou gaule. 

- Cabane, ou maison. 

- Les cases, ou le village. 

- La plaine où sont élevées ces cases. 

- Rivière qui coule dans cette même plaine. 

- Le soleil. 

- Le firmament. 

- Les nuages. 

- Le vent. 

- Le froid. 

- L'hiver, ou saison de la neige. 

- Pierre, terme générique. 

- Tronc d'arbre, et bois en général, 

- Planche de sapin. 

- Ecorce de bouleau brute, en grands morceaux. 

- Herbages en général, ou prairies. 



>■ rwakWjyMkVîî^aEr, 



Choulakl 
Tsiboko 
Mahouni 
TaroTio 

Mahatù 

Pech houtou 

Tsita 

Qs-lari 

Etouchka 

Tsikaha 

Mâchi 

Omoch 
Afacomaie 

Pipa 
Otassi 
Toukochich 
Emoê 

Chauboûn 

Pautù 

Chidarapé 



He et H 

Hya - 
Houaka 

Ta-sa - 

Tap ou tapi 

Coukaha 

Jjbi 

Cbuha 

Mouaro 

Etaro 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 

- '*■ Mousse, plante. 
*■ Ache, ou céleri sauvage. 

- Le rosier naturel. 

- Fleur du rosier, vulgairement appelée rofe de 

chien. 

- - Sorte de tulipe. 
----- Angélique, plante. 

- Oiseau en général, ou chant d'oiseau» 
- - - Plume d'oiseau. 

- Choucas, sorte de corbeau. 

- Petite hirondelle commune, 

- Goéland, oiseau palmipède des bords de la 

mer. 

- Mouche commune, à deux ailes, ou diptère. 

- Grande came d'espèce commune, coquille bi- 

valve. 
----- Grande telline-nacre, coquille idem, 

- Grondin, espèce de poisson. 

- Le saumon. 

- Poisson en général, ou le nom particulier 

d'une espèce de barbeau. 
----- Espèce de carpe, ou poisson du genre de la 

carpe. 

- Arrête ou colonne épinière des poissons, qu'on 

fait griller et qu'on réserve par tas. 

- - " Laitances, œufs, et vessie aérienne des pois-* 

sons, qu'ils reservent également. 

QUELQUES MOTS USUELS. 

- Oui. 
- Non. 

- Non, cela ne se peut pas ;. je ne puis, ou 

ne veux pas. 
° Qui ? Quoi ? Qu'est-ce ? pronom interne 

gatif. 

- - - - Ceci, cela, celle-ci, celui-là.: pronom démon- 

stratif. 

- Venez ici. 
----- Manger. (Action de) 

- -is Boire. 

- Coucher, ou ronfler. 

-.-'.«- Dormir, 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 




Si dans cette langue il y a quelque différence du singulier au pluriel, la 
prononciation ne l'exprime pas. 

Je n'ai ni vu danser, ni entendu chanter ces insulaires ; mais ils savent 
tous tirer des sons agréables de la tige principale d'un grand céleri, ou 
d'une espèce d'euphorbe, ouverte par les deux extrémités ; ils soufflent 
par le petit bout : ces sons imitent assez, bien les tons adoucis de la trom- 
pette. L'air qu'ils jouent est indéterminé ; c'est une suite de tons hauts et 
bas, dont la totalité peut aller à une octave et demie ou deux octaves, 
c'est-à-dire à douze ou seize notes. Nous ne leur avons pas reconnu 
d'autre instrument de musique. 



SE3He»y3&\œae?T.« 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



CHAPITRE XXII. 

Mouillage dans la baie d'Avatscha. — Accueil obligeant du lieu- 
tenant Kaborof. — Arrivée de M. Kasloff-Ougrenin, gouver- 
neur d'Okhotsk, au havre de S. -Pierre et S. -Paul — // 
est suivi à bord [iar M. Schmaleff, et Jiar le malheureux 
Ivaschkin, qui nous inspire le Jilus vif intérêt. — Bienveillance 
officieuse du gouverneur a notre égard. — Bal des Kamtscha- 
dales. — Un courrier, arrivant d'Okhotsk, nous apporte nos 
lettres de France. — Nous découvrons le tombeau de M. de la 
Croyère, et nous y attachons, ainsi qu'à celui du capitaine 
Clerke, une inscription gravée sur le cuivre. — Nouvelles vues 
d'administration de M. Kasloff, relatives au Kamtschatka. — 
Nous obtenons la permission d'envoyer notre interprète en 
France avec nos paquets. — Départ de la baie d'Avatscha. 

INous n'étions pas encore affourchés devant îe port de Saint- 1787., 
Pierre et Saint-Paul, lorsque nous reçûmes la visite du toyon ou chef Se P tembre 
du village, et de plusieurs autres habitans; ils nous apportaient chacun 
quelques présens en saumons ou en raies, et nous offraient leurs services 
pour aller chasser aux ours, ou aux canards dont les étangs et les rivières 
sont couverts ; nous acceptâmes ces offres, nous leur prêtâmes des fusils, 
nous leur donnâmes de la poudre et du plomb, et nous ne manquâmes pas 
de gibier pendant notre séjour dans la baie d'Avatscha : ils ne demandaient 
aucun salaire pour prix de leurs fatigues ; mais nous avions été si abondam- 
ment pourvus, à Brest, d'objets très -précieux pour des Kamtschadales, 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

1737. que nous insistâmes pour leur faire accepter des marques de notre recon- 
Septembre. na i ssance) et nc tre richesse nous permettait de les proportionner à leurs 
besoins plus encore qu'aux présens de leur chasse. Le gouvernement du 
Kamtschatka était entièrement changé depuis le départ des Anglais j il 
n'était plus qu'une province de celui d'Okhotsk, et les différens postes de 
cette presqu'île avaient des commandans particuliers, qui ne devaient des 
comptes qu'au seul commandant -général d'Okhotsk. Le capitaine Schma- 
leff, le même qui avait succédé par intérim au major Behm, était encore 
dans le pays avec le titre de commandant particulier des Kamtschadaîes ; 
M. Reinikin, le vrai successeur du major Behm, et qui était arrivé au 
Kamtschatka peu de temps après le départ des Anglais, n'avait gouverné 
le pays que pendant quatre ans, et il était retourné à Petersbourg en 1784. 
Nous apprîmes ces détails du lieutenant Kaborof, qui commandait au 
havre de Saint-Pierre et Saint-Paul, et avait sous ses ordres un sergent et 
un détachement de quarante soldats ou Cosaques. Cet officier nous combla 
de politesses -, sa personne, celles de ses soldats, tous ses moyens, étaient à 
notre disposition; il ne voulut pas permettre que je fisse partir moi-même 
un officier pour Bolcheretsk, où, par le plus heureux hasard, se trouvait 
le gouverneur d'Okhotsk, M. Kasloff-Ougrenin, qui faisait sa tournée 
dans cette province. Il me dit que, sous très-peu de jours, ce gouverneur 
devait arriver à Saint- Pierre et Saint-Paul, et que vraisemblablement il 
était déjà en chemin ; il ajouta que ce voyage était beaucoup plus con- 
sidérable que nous ne pouvions le penser, parce que la saison ne permettait 
pas de le faire en traîneau, et qu'il fallait absolument voyager moitié 
à pied, et moitié en pirogue par les rivières d'Avatscha et de Bol- 
cheretsk : M. Kaborof me proposa en même temps de faire partir un 
Cosaque pour porter mes dépêches à M. Kasloff, dont il parlait avec 
un enthousiasme et une satisfaction qu'il était difficile de ne pas par- 
tager ; il se félicitait à chaque instant de ce que nous aurions occasion de 
communiquer et de traiter avec un homme dont l'éducation, les manières, 
et les connaissances, ne le cédaient à celles d'aucun officier de l'empire de 
Russie, ou de toute autre nation. M. de Lesseps, notre jeune interprète, 
parlait la langue Russe avec la même facilité que le Français ; il traduisit 
les discours du lieutenant, et il adressa en mon nom une lettre Russe au 



m. '*trmùs&mm*3^' t 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

gouverneur d'Okhotsk, auquel j'écrivis de mon côté en Français. Je lui 1787- 
marquais que la relation du troisième voyage du capitaine Cook avait rendu " eptc 
célèbre l'hospitalité du gouvernement du Kamtschatka, et que j'osais me 
flatter de recevoir le même accueil que les navigateurs Anglais, puisque 
notre voyage, comme le leur, avait eu pour but l'utilité commune de 
toutes les nations maritimes. La réponse de M. Kasloff ne pouvait nous 
parvenir qu'après un intervalle de cinq ou six jours ; et le bon lieutenant 
nous dit qu'il prévenait ses ordres et ceux de l'impératrice de Russie, en 
nous priant de nous regarder comme dans notre patrie, et de disposer de 
tout ce que le pays offrait. On voyait dans ses gestes, dans ses yeux, et 
dans ses expressions, que, s'il avait été en son pouvoir de faire un miracle, 
ces montagnes, ces marais, seraient devenus pour nous des lieux en- 
chanteurs. Le bruit se répandit que M. Kasloff" n'avait point de lettres 
pour nous, mai$ que l'ancien gouverneur du Kamtschatka, M. Steinheil, 
auquel M. Schmaleff a succédé en qualité de capitan-ispravnik ou inspec- 
teur des Kamtschadales, et qui résidait a Verkhneï- Kamtschatka, pouvait 
en avoir; et à l'instant, sur ce simple bruit qui n'avait presque aucune vrai- 
semblance, il fit partir un exprès qui devait faire à pied plus de cent cin- 
quante lieues. M. Kaborof savait combien nous désirions recevoir des 
lettres : M. de Lesseps lui avait fait connaître quelle avait été notre dou- 
leur, lorsque nous apprîmes qu'il n'était arrivé à Saint-Pierre et Saint-Paul 
aucun paquet à notre adresse. Il paraissait aussi affligé que nous ; sa sol- 
licitude et ses soins semblaient nous dire qu'il irait lui-même chercher nos 
lettres en Europe, s'il avait l'espoir de nous retrouver à son retour. Le 
sergent et tous les soldats montraient le même empressement pour nous 
servir. M. d - Kaborof avait aussi la politesse la plus aimable ; sa maison 
nous était ouverte à toutes les heures de la journée ; on nous y offrait du 
thé et tous les rafraîchissemens du pays. Chacun voulait nous faire des 
présens ; et malgré la loi que nous nous étions faite de n'en pas recevoir, 
nous ne pûmes résister aux pressantes sollicitations de M. àc Kaborof, qui 
força nos officiers, M. de Langle, et moi, d'accepter quelques peaux de 
martre-zibeline, de renne, et de renard, beaucoup plus utiles, sans doute 
à ceux qui nous les offraient qu'à nous qui devions retourner vers les tro- 
piques. Heureusement^ nous avions les moyens de nous acquitter ; et nous 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE; 

1737. demandâmes avec instance qu'il nous fût permis, à notre tour, d'offrir ce 
Septembre. ^- p 0uva ; t ne p as se trouver au Kamtschatka. Si nous étions plus riches 
que nos hôtes, nos manières ne pouvaient présenter cette bonté naïve et 
touchante bien supérieure à tous les présens, 

je fis témoigner à M. Kaborof par M. de Lesseps, que je désirais former 
un petit établissement à terre- pour loger nos astronomes et placer un quart- 
de-cercle et une pendule. La maison la plus commode du village nous fut 
offerte sur-le-champ ; et comme nous ne la visitâmes que quelques heures 
après cette demande, nous crûmes pouvoir l'accepter sans indiscrétion, 
parce qu'elle nous parut inhabitée -, mais nous apprîmes depuis, que le 
lieutenant avait délogé le caporal, son secrétaire, la troisième personne du 
pays, pour nous placer chez lui. La discipline Russe est telle que ces 
mouvemens s'exécutent aussi promptement que ceux de l'exercice mili- 
taire, et qu'ils sont ordonnés par un simple signe de tête. 

Nos astronomes eurent à peine dressé leur observatoire, que nos natu- 
ralistes, qui n'avaient pas moins de zèle, voulurent aller visiter le volcan 
dont la distance paraissait moindre de deux lieues, quoiqu'il y en eût huit 
au moins à faire pour parvenir jusqu'au pied de cette montagne, presque 
entièrement couverte de neige, et au sommet de laquelle se trouve, le 
cratère. La bouche de ce cratère, tournée vers la baie d'Avatscha, offrait 
sans cesse à nos yeux des tourbillons de fumée ; nous vîmes une seule fois, 
pendant la nuit, des flammes bleuâtres et jaunes 5 mais elles ne s'élevèrent 
qu'à une très-petite hauteur. 

Le zèle de M. Kaborof fut aussi ardent pour nos naturalistes que pour 
nos astronomes ; huit Cosaques furent commandés aussitôt pour accom- 

gner MM. Bernizet, Mongès, et Receveur; la santé de M. Lamanon 
n'était pas encore assez affermie pour qu'il pût entreprendre un pareil 
voyage. On n'en avait peut-être jamais fait pour les sciences, d'aussi 
pénible ; et aucun des savans, soit Anglais, soit Allemands ou Russes, qui 
avaient voyagé au Kamtschatka, n'avait tenté une entreprise aussi difficile. 
L'aspect de la montagne me la faisait croire inaccessible ; on n'y aperce- 



adrfflEHJSÈX^-ae^ 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



S 9 



vait aucune verdure, mais seulement un roc vif, et dont le talus était ex- 1787. 
trêmement roide. Nos intrépides voyageurs partirent dans l'espoir de Se P terai>re < 
vaincre ces obstacles. Les Cosaques étaient chargés de leur bagage, qui 
consistait en une tente, différentes fourrures, et des vivres dont chacun 
s'était pourvu pour quatre jours. L'honneur de porter les baromètres, les 
thermomètres, les acides, et les autres objets propres aux observations, fut 
réservé aux naturalistes eux-mêmes, qui ne pouvaient confier à d'autres ces 
fragiles instrumens : leurs guides d'ailleurs ne devaient les conduire qu'au 
pied du pic; un préjugé, aussi ancien peut-être que le Kamtschatka, 
faisant croire aux Kamtschadales et aux Russes, qu'il sort de la montagne 
des vapeurs qui doivent étouffer tous ceux qui auront la témérité d'y mon- 
ter. Ils se flattaient sans doute que nos physiciens s'arrêteraient comme 
eux au pied du volcan ; et quelques coups d'eau-de-vie qu'on leur avait 
donnés avant le départ, leur avaient inspiré vraisemblablement ce tendre 
intérêt pour eux: ils partirent gaiement avec cet espoir. La première 
station fut au milieu des bois, à six lieues du havre de Saint-Pierre et 
Saint-Paul. On avait toujours voyagé sur un terrain peu difficile, couvert 
de plantes, et d'arbres dont le plus grand nombre était de l'espèce des 
bouleaux ; les sapins qui s'y trouvaient étaient rabougris et presque nains : 
une de ces espèces porte des pommes de pin dont les graines ou petites 
noix sont bonnes à manger j et de l'écorce du bouleau découle une liqueur 
fort saine et assez agréable, que les Kamtschadales ont soin de recevoir dans 
des vases, et dont ils font un très-grand usage. Des baies de toute espèce, 
rouges et noires, de toutes les nuances, s'offraient aussi sous les pas des 
voyageurs ; leur saveur est généralement un peu acide, mais le sucre les 
rend fort agréables. Au coucher du soleil, la tente fut dressée, le feu 
allumé, et toutes les dispositions prises pour la nuit, avec une promptitude 
inconnue aux peuples accoutumés à passer leur vie sous des toits. On prit 
de grandes précautions pour que le feu ne s'étendît point aux arbres de la 
forêt : des coups de bâton sur le dos des Cosaques n'auraient pu expier une 
faute aussi grave, parce que le feu met en fuite toutes les zibelines. Après 
un pareil accident on n'en trouve plus pendant l'hiver, qui est la saison de 
la chasse ; et comme la peau de ces animaux est la seule richesse du pays, 
celle qu'on donne en échange de toutes les denrées dont on a besoin, celle 

TOME II. n 



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90 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



1787. qui doit solder le tribut annuel dû à la couronne, on sent l'énorrnité d'un 
Septembre. cr j me q U i p r i ve ] es Kamtschadales de tous ces avantages. Aussi les Cosa- 
ques eurent-ils le plus grand soin de couper l'herbe autour du foyer, et de 
creuser, avant le départ, un trou profond pour recevoir les charbons qu'ils 
étouffèrent en les couvrant de terre arrosée de beaucoup d'eau. On n'aper- 
çut dans cette journée d'autre quadrupède qu'un lièvre, presque blanc ; on 
ne vit ni ours, ni algali, ni renne, quoique ces animaux soient très-com- 
muns dans le pays. Le lendemain, à la pointe du jour, on continua le 
voyage : il avait beaucoup neigé pendant la nuit ; et ce qui était pis encore, 
un brouillard épais couvrait la montagne du volcan, dont nos physiciens 
n'atteignirent le pied qu'à trois heures du soir. Leurs guides s'arrêtèrent, 
suivant leur convention, dès qu'ils furent arrivés aux limites de la terre 
végétale; ils dressèrent leurs tentes et allumèrent du feu. Cette nuit de 
repos était bien nécessaire avant d'entreprendre la course du lendemain. 
MM. Bernizet, Mongès, et Receveur, commencèrent à gravir à six heures 
du matin, et ne s'arrêtèrent qu'à trois heures après midi sur le bord même 
du cratère, mais dans sa partie inférieure. Ils avaient eu souvent besoin 
de s'aider de leurs mains pour se soutenir entre ces rochers broyés, dont les 
intervalles présentaient des précipices très-dangereux. Toutes les substan- 
ces dont cette montagne est composée, sont des laves plus ou moins 
poreuses, et presque dans l'état de ponce ; ils rencontrèrent, sur le sommet, 
des matières gypseuses et des cristallisations de soufre, mais beaucoup 
moins belles que celles du pic de Ténériffe -, et généralement les schorls 
qu'ils trouvèrent, et toutes les autres pierres, nous parurent inférieures en 
beauté à celles de cet ancien volcan, qui n'a pas été en éruption depuis un 
siècle, tandis que celui-ci a jeté des matières en 1778, pendant le séjour 
du capitaine Clerke dans la baie d'Avatscha. Ils rapportèrent cependant 
quelques morceaux de chrysolite assez beaux; mais ils essuyèrent un si 
mauvais temps, et ils parcoururent un chemin si difficile, qu'on doit être 
fort étonné qu'ils ayent pu ajouter de nouveaux poids à ceux des baromè- 
tres, des thermomètres, et de leurs autres instrumens : leur horizon n'eut 
jamais plus d'une portée de fusil d'étendue, excepté pendant quelques 
minutes seulement, durant lesquelles ils aperçurent la baie d'Avatscha, et 
nos frégates qui, de cette élévation, leur paraissaient moins grosses que de 



*r««a«yai\à?ï*as!?T« 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



91 



petites pirogues. Leur baromètre, sur le bord du cratère, descendit à dix- 1787. 
neuf pouces onze lignes JL; le nôtre, pendant ce même temps, indiquait Se P temb, ' e 
sur nos frégates, où nous faisions des observations d'heure en heure, vingt- 
sept pouces neuf lignes -^. Leur thermomètre était à deux degrés et demi 
au-dessous de la glace, et différait de douze degrés de la température du 
bord de la mer ; ainsi, en admettant les calculs des physiciens qui croient 
à cette manière de mesurer la hauteur des montagnes, et faisant les correc- 
tions relatives au thermomètre, nos voyageurs auraient monté à environ 
quinze cents toises *, hauteur, prodigieuse, relativement aux difficultés 
qu'ils eurent à vaincre. Mais ils furent si contrariés par les brouillards, 
qu'ils se déterminèrent à recommencer cette course le lendemain, si le 
temps était plus favorable : les difficultés n'avaient qu'accru leur zèle ; ils 
descendirent la montagne avec cette courageuse résolution, et arrivèrent à 
leurs tentes. La nuit étant commencée, leurs guides avaient déjà fait des 
prières pour eux, et avalé une partie des liqueurs qu'ils ne croyaient plus 
nécessaires à des morts. Le lieutenant, informé, au retour, de cette pré- 
cipitation, fit donner aux plus coupables cent coups de bâton, qui leur 
furent comptés avant que nous en fussions instruits et qu'il nous eût été 
possible de demander grâce. La nuit qui suivit ce voyage fut affreuse ; la 
neige redoubla, il en tomba plusieurs pieds d'épaisseur en quelques heures : 
il ne fut plus possible de songer à l'exécution du plan de la veille, et on 
arriva le soir même au village de Saint-Pierre et Saint-Paul, après un trajet 
de huit lieues, moins fatigant au retour par la pente naturelle du terrain. 



Pendant que nos lithologistes et nos astronomes employaient si bien leur 
temps, nous remplissions d'eau nos futailles, notre cale de bois, et nous 
coupions et faisions sécher du foin pour les bestiaux que nous attendions, 
car il ne nous restait plus qu'un seul mouton. Le lieutenant avait écrit à 
M. Kasloff pour le prier de rassembler le plus de bœufs qu'il pourrait ; il 
calculait avec douleur qu'il nous était impossible d'attendre ceux que les 
ordres du gouverneur faisaient sans doute venir de Verkhneï, parce que le 
trajet en devait être de six semaines. L'indifférence des habitans du Kamt- 

* Voyez, à ce sujet, la note insérée dans le premier volume, chap. 1. (N. D. R.) 

- ■ -■ 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

schatka pour les troupeaux n'a pas permis de les voir se multiplier dans la 
partie méridionale de cette presqu'île, où, avec quelques soins, on pour- 
rait en avoir autant qu'en Irlande. L'herbe la plus fine et la plus épaisse 
s'élève dans des prairies naturelles à plus de quatre pieds ; et l'on pourrait 
y faucher une immense quantité de fourrages pour l'hiver, qui dure sept à 
huit mois dans ce climat ; mais les Kamtschadales sont incapables de pareils 
soins ; il faudrait des granges, des écuries vastes et à l'abri du froid : il leur 
paraît plus commode de vivre du produit de la chasse, et sur-tout du sau- 
mon, qui, tous les ans, dans la même saison, vient, comme la manne du 
désert, remplir leurs filets, et leur assure la subsistance de l'année. Les 
Cosaques et les Russes, plus soldats que cultivateurs, ont adopté ce même 
régime. Le lieutenant et le sergent avaient seuls de petits jardins remplis 
de pommes de terre et de navets : leurs exhortations, leur exemple, ne 
pouvaient influer sur leurs compatriotes, qui mangeaient cependant très-vo- 
lontiers des pommes de terre, mais qui n'auraient pas voulu, pour s'en 
procurer, se livrer à un autre genre de travail qu'à celui de les arracher, si 
la nature les leur avait offertes spontanément dans les champs, comme la 
saranne, l'ail, et sur-tout les baies, dont ils font des boissons agréables, et 
des confitures qu'ils réservent pour l'hiver. Nos graines d'Europe s'étaient 
très-bien conservées : nous en avons donné une grande quantité à M. 
Schmaleff, au lieutenant, et au sergent ; nous espérons apprendre un jour 
qu'elles auront parfaitement réussi. Au milieu de ces travaux, il nous 
restait du temps pour nos plaisirs ; et nous fîmes différentes parties de 
chasse sur les rivières d'Avatscha et de Paratounka, car notre ambition était 
de tuer des ours, des rennes, ou des algalis j il fallut cependant nous con- 
tenter de quelques canards ou sarcelles, qui ne valaient pas les courses 
longues et pénibles que nous faisions pour un si chétif gibier. Nous fûmes 
plus heureux par nos amis les Kamtschadales ; ils nous apportèrent, pen- 
dant notre séjour, quatre ours, un algali, et un renne, avec une telle quan- 
tité de plongeons et de macareux, que nous en distribuâmes à tous nos 
équipages, qui étaient déjà lassés de poisson. Un seul coup de filet que 
nous donnions très-près de nos frégates, aurait suffi à la subsistance 
de six bâtimens ; mais les espèces de poissons étaient peu variées ; nous 
ne prîmes guère que de petites morues, des harengs, des plies, et des 



r*rm»Bisœ!as?«25 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



93 



saunions: je donnai ordre d'en saler quelques barriques seulement, parce 1787. 
qu'on me représenta que tous ces poissons étaient si petits et si tendres, Se P tembre * 
qu'ils ne résisteraient pas à l'activité corrosive du sel, et qu'il valait mieux 
conserver ce sel pour les cochons que nous trouverions sur les îles de la mer 
du Sud. Pendant que nous passions des jours qui nous paraissaient si doux 
après les fatigues de l'exploration que nous venions de faire des côtes de 
l'Oku-Jesso et de la Tartarie, M. Kasloff s'était mis en route pour le havre 
de Saint-Pierre et Saint-Paul; mais il voyageait lentement, parce qu'il 
voulait tout observer, et que son voyage avait pour objet d'établir dans 
cette province la meilleure administration possible. Il savait qu'on ne peut 
former à cet égard un plan général qu'après avoir examiné les productions 
d'un pays, et celles dont une culture soignée et relative au climat le rend 
susceptible. Il voulait aussi connaître les pierres, les minéraux, et géné- 
ralement toutes les substances du sol de la province. Ses observations 
l'avaient retenu quelques jours aux Eaux- chaudes qui sont à vingt lieues de 
Saint- Pierre et Saint- Paul ; il en rapporta différentes pierres et autres ma- 
tières volcaniques, avec une gomme que M. Mongès soumit à l'analyse : 
il dit fort honnêtement en arrivant, qu'ayant appris par les papiers publics, 
que plusieurs naturalistes habiles avaient été embarqués sur nos frégates, il 
avait voulu profiter de cette circonstance heureuse, pour connaître les dif- 
férentes substances de la presqu'île du Kamtschatka, et s'instruire ainsi lui- 
même. Les politesses de M. Kasloff, ses procédés, étaient absolument 
les mêmes que ceux des habitans les mieux élevés des grandes villes d'Eu- 
rope ; il parlait Français ; il avait des connaissances sur tout ce qui faisait 
l'objet de nos recherches, tant en géographie qu'en histoire naturelle: nous 
étions surpris qu'on eût placé au bout du monde, dans un pays si sauvage, 
un officier d'un mérite qui eût été distingué chez toutes les nations de 
l'Europe. Il est aisé de sentir que des liaisons même d'intimité durent 
bientôt s'établir entre le colonel Kasloff et nous. Le lendemain de son 
arrivée, il vint dîner à mon bord, avec M. Schmaleff et le curé de Para- 
tounka ; je le fis saluer de treize coups de canon. Nos visages, qui an- 
nonçaient une meilleure santé que celle même dont nous jouissions à notre 
départ d'Europe, le surprirent extrêmement ; je lui dis que nous la devions 
un peu à nos soins, et beaucoup à l'abondance où nous étions dans soa 



94 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



1787. gouvernement. M. Kasloff parut partager notre heureuse situation ; mais il 
Septembre. nous t é mo igna la plus vive douleur de l'impossibilité où il était de rassem- 
bler plus de sept bœufs avant l'époque de notre départ, qui était trop pro- 
chain pour songer à en faire venir de la rivière du Kamtschatka, distante 
de cent lieues de Saint-Pierre et Saint-Paul. Il attendait, depuis six mois, 
le bâtiment qui devait apporter d'Okhotsk des farines et les autres provisions 
nécessaires à la garnison de cette province, et il présumait avec chagrin 
que ce bâtiment devait avoir essuyé quelque malheur : la surprise où nous 
étions de n'avoir reçu aucune lettre diminua, lorsque nous apprîmes de lui 
que, depuis son départ d'Okhotsk, il n'en avait reçu aucun courrier: il 
ajouta qu'il allait y retourner par terre, en côtoyant la mer d'Okhotsk, 
voyage presque aussi long ou du moins plus difficile que celui d'Okhotsk à 
Pétersbourg. 

Le gouverneur dîna le lendemain avec toute sa suite à bord de l'Astro- 
labe ; il y fut également salué de treize coups de canon ; mais il nous pria 
avec instance de ne plus faire de compliment, afin que nous pussions nous 
voir à l'avenir avec plus de liberté et de plaisir. 

Il nous fut impossible de faire accepter au gouverneur le prix des 
bœufs: nous eûmes beau représenter qu'à Manille nous avions acquitté 
toutes nos dépenses, malgré l'étroite alliance de la France avec l'Espagne ; 
M. Kasloff nous dit que le gouvernement Russe avait d'autres principes, 
et que son regret était d'avoir aussi peu de bestiaux à sa disposition. Il 
nous invita, pour le jour suivant, à un bal qu'il voulut donner, à notre oc- 
casion, à toutes les femmes, tant Kamtschadales que Russes, de Saint- 
Pierre et Saint-Paul. Si l'assemblée ne fut pas nombreuse, elle était au 
moins extraordinaire : treize femmes, vêtues d'étoffes de soie, dont dix 
Kamtschadales avec de gros visages, de petits yeux, et des nez plats, étaient 
assises sur des bancs autour de l'appartement ; les Kamtschadales avaient, 
ainsi que les Russes, des mouchoirs de soie qui leur enveloppaient la tête, 
à peu près comme les portent les femmes mulâtres de nos colonies : 
mais les dessins de M. Duché peindront mieux ces costumes, que je ne 
pourrais les décrire. On commença par des danses Russes dont les airs sont 



^irflHcœj&vi-M^ffîE 



m* 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



95 



très-agréables, et qui ressemblent beaucoup à la Cosaque- qu'on a dansée à 1787. 
Paris il y a peu d'années. Les danses Kamtschadales leur succédèrent ; Se P tembre - 
elles ne peuvent être comparées qu'à celles des convulsionnaires du fameux 
tombeau de Sâint-Médard : il ne faut que des bras, des épaules, et presque 
point de jambes, aux danseurs de cette partie de l'Asie ; les danseuses Kamt- 
schadales, par leurs convulsions et leurs mouvemens de contraction, in- 
spirent un sentiment pénible à tous les spectateurs ; il est encore plus vive- 
ment excité par le cri de douleur qui sort du creux de la poitrine de ces 
danseuses, qui n'ont, que cette musique pour mesure de leurs mouvemens. 
Leur fatigue est telle, pendant cet exercice, qu'elles sont toutes dégout- 
tantes de sueur, et restent étendues par terre, sans avoir la force de se re- 
lever. Les abondantes exhalaisons qui émanent de leur corps, parfument 
l'appartement d'une odeur d'huile et de poisson, à laquelle des nez Euro- 
péens sont trop peu accoutumés pour en sentir les délices. Comme les 
danses de tous les peuples ont toujours été imitatives, et qu'elles ne sont en 
quelque sorte que des pantomimes, je demandai ce qu'avaient voulu ex- 
primer deux de ces femmes qui venaient de faire un exercice si violent. 
On me répondit qu'elles avaient figuré une chasse d'ours : la femme qui 
se roulait à terre, représentait l'animal ; et l'autre, qui tournait autour 
d'elle, le chasseur : mais les ours, s'ils parlaient et voyaient une pareille 
pantomime, auraient beaucoup à se plaindre d'être si grossièrement imités. 
Cette danse, presque aussi fatigante pour les spectateurs que pour les ac- 
teurs, était à peine finie, qu'un cri de joie annonça l'arrivée d'un courrier 
d'Okhotsk ; il était chargé d'une grosse malle remplie de nos paquets. Le 
bal fut interrompu, et chaque danseuse renvoyée avec un verre d'eau-de- 
vie, digne rafraîchissement de ces Terpsichores. M. Kasloff s 'aperce- 
vant de l'impatience où nous étions d'apprendre des nouvelles de tout ce 
qui nous intéressait en Europe, nous pria avec instance de ne pas différer ce 
plaisir. Il nous établit dans sa chambre, et se retira pour ne pas gêner 
l'épanchement des divers sentimens dont nous pouvions être affectés, sui- 
vant les nouvelles que chacun de nos recevrait de sa famille ou de ses amis. 
Elles furent heureuses pour tous, mais plus particulièrement pour moi^ 
qui, par une faveur à laquelle je n'osais aspirer, avais été promu au grade 
de chef d'escadre. Les complimens que chacun s'empressait de me faire â 



" 



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m VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

1787. parvinrent bientôt à M. Kasloff, qui voulut célébrer cet événement par le 
Septembre. bruit ^ Q toute l'artillerie de sa place ; je me rappellerai, toute ma vie, avec 
l'émotion la plus vive, les marques d'amitié et d'affection que je reçus de 
lui dans cette occasion. Je n'ai point passé, avec ce gouverneur, un in- 
stant, qui ne fût marqué par quelques traits de bonté ou d'attention ; et 
il est inutile de dire que, depuis son arrivée, tous les habitans du pays chas- 
saient ou péchaient pour nous ; nous ne pouvions suffire à consommer tant 
de provisions. Il y joignait des présens de toute espèce pour M. de Lan- 
gle et pour moi ; nous fûmes forcés d'accepter un traîneau de Kamtscha- 
dales pour la collection des curiosités du roi, et deux aigles royaux pour la 
ménagerie, ainsi que beaucoup de zibelines. Nous lui offrîmes, à notre 
tour, ce que nous imaginions pouvoir lui être utile ou agréable ; mais nous 
n'étions riches qu'en effets de traite pour des sauvages, et nous n'avions rien 
qui fût digne de lui. Nous le priâmes d'accepter la Relation du troisième 
voyage de Cook, qui paraissait lui faire grand plaisir } il avait à sa suite 
presque tous les personnages que l'éditeur a mis sur la scène, M. Schma- 
leff, le bon curé de Paratounka, le malheureux Ivaschkin ; il leur traduisait 
tous les articles qui les regardaient, et ils répétaient, à chaque fois, que 
tout était de la plus exacte vérité. Le sergent seul qui commandait alors 
au havre de Saint-Pierre et Saint-Paul était mort; les autres jouissaient de 
la meilleure santé, et habitaient encore le pays, excepté le major Behm, 
qui était retourné à Pétersbourg, et Port, qui résidait à Irkoutsk. Je 
témoignai à M. Kasloff ma surprise de trouver le vieillard Ivaschkin au 
Kamtschatka, les relations Anglaises annonçant qu'il avait enfin obtenu la 
permission d'aller habiter Okhotsk. Nous ne pûmes nous empêcher de 
prendre le plus vif intérêt à cet infortuné, en apprenant que son seul délit 
consistait dans quelques propos indiscrets tenus sur l'impératrice Elisabeth, 
au sortir d'une partie de table, où le vin avait égaré sa raison ; il était alors 
âgé de moins de vingt ans, officier aux gardes, d'une famille distinguée de 
Russie, d'une figure aimable que le temps ni les malheurs n'ont pu changer : 
il fut dégradé, envoyé en exil au fond du Kamtschatka, après avoir reçu le 
knout et avoir eu les narines fendues. L'impératrice Catherine, dont les 
regards s'étendent jusque sur les victimes des règnes qui ont précédé le sien, 
a fait grâce depuis plusieurs années à cet infortuné : mais un séjour de plus 



iîESE?: 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

de cinquante ans au milieu des vastes forêts du Kamtschatka, le souvenir 1787. 
amer du supplice honteux qu'il a subi, peut-être un secret sentiment de Se P tembre 
haine pour une autorité qui a si cruellement puni une faute que les circon- 
stances pouvaient excuser; ces divers motifs l'ont rendu insensible à cet 
acte tardif de justice, et il se proposait de mourir en Sibérie. Nous le 
priâmes d'accepter du tabac, de la poudre, du plomb, du drap, et géné- 
ralement tout ce que nous jugions lui être utile : il avait été élevé à Paris, 
il entendait encore un peu le Français, et il retrouva beaucoup de mots 
pour nous exprimer sa reconnaissance ; il aimait M. Kasloff comme son 
père, il l'accompagnait dans son voyage par affection, et ce bon gouverneur 
avait pour lui des égards bien propres à opérer dans son ame l'entier oubli 
de ses malheurs Pi II nous rendit le service de nous faire connaître le 
tombeau de M. de la Croyère, qu'il avait vu enterrer au Kamtschatka en 
1 7-i 1 . Nous y attachâmes l'inscription suivante, gravée sur le cuivre, et 
composée par M. Dagelet, membre, comme lui, de l'académie des sci- 
ences : 



*' Ci gît Louis de l'Isle de la Croyère, de l'académie royale des sciences 
" de Paris, mort en 1741, au retour d'une expédition faite par ordre du 
" czar, pour reconnaître les côtes d'Amérique ; astronome et géographe, 
" émule de deux frères célèbres dans les sciences, il mérita les regrets de 
" sa patrie. En 1786, M. le comte de la Pérouse, commandant les fré- 
" gâtes du roi, la Boussole et l'Astrolabe, consacra sa mémoire en donnant 
" son nom aune île, près des lieux où ce savant avait abordé." 

■ . ■ 

* Le souvenir et la honte d'un supplice injuste poursuivaient le malheureux Ivaschkin, au point 
de le déterminer à se soustraire aux yeux des étrangers. Huit jours seulement après l'arrivée des fré- 
gates Françaises, Lesseps parvint à le découvrir. Cet interprète, touché de sa position, en rendit 
compte à la Pérouse, qui, admirant le caractère d'un vieillard dont il respectait le malheur, démanda 
à le voir. Ce ne fut qu'avec peine et en se servant de l'empire du colonel Kasloff sur son esprit, 
qu'on vint à bout de lui faire quitter sa retraite. L'aménité de la Pérouse inspira bientôt la plus 
grande confiance à Ivaschkin, qui, toujours reconnaissant des honnêtetés qu'il recevait, témoigna 
encore plus vivement sa gratitude, lorsque le général Français lui fit des présens utiles, et dont il avait 
le plus pressant besoin. 

Ce fait, qui m'a été raconté plusieurs fois par Lesseps, devait trouver ici sa place. (N. D. R.) 
TOME II. 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 

1787. Nous demandâmes aussi à M. Kasloff la permission de faire graver sur 
Septembre. une pi a q Ue du même métal, l'inscription du tombeau du capitaine Clerke, 
qui n'était que tracée au pinceau sur le bois, matière trop destructible pour 
perpétuer la mémoire d'un navigateur si estimable. Le gouverneur eut la 
bonté d'ajouter aux permissions qu'il nous donna, la promesse de faire 
élever incessamment un monument plus digne de ces deux hommes cé- 
lèbres, qui ont succombé dans leurs pénibles travaux, à une grande 
distance de leur patrie. Nous apprîmes de lui que M. de la Croyère s'était 
marié à Tobolsk, et que sa postérité y jouissait de beaucoup de considé- 
ration. L'histoire des navigations de Behring et du capitaine Tschirikow 
était parfaitement connue de M. Kasloff : il nous dit, à cette occasion, 
qu'il avait laissé à Okhotsk M. Billings, chargé par l'état de faire construire 
deux bâtimens pour continuer les découvertes des Russes dans les mers du 
Nord. Il avait donné des ordres pour que tous les moyens dont il pou- 
vait disposer fussent employés afin d'accélérer cette expédition -, mais son 
zèle, sa bonne volonté, son extrême désir de remplir les vues de Fimpéra- 
trice, ne pouvaient vaincre les obstacles qui devaient se rencontrer dans un 
pays presque aussi brut qu'il l'était le premier jour de sa découverte, et où 
la rigueur du climat suspend les travaux pendant plus de huit mois de 
l'année. Il sentait qu'il eût été plus économique, et beaucoup plus prompt* 
de faire partir M. Billings d'un port de la Baltique, où il aurait pu pourvoir 
à tous ses besoins pour plusieurs années. 

Nous levâmes le plan de la baie d'Avatscha, ou, pour mieux dire, 
nous vérifiâmes celui des Anglais, qui est fort exact, et M. Bernizet en fit 
un dessin très-élégant, qu'il pria le gouverneur d'accepter ; M. Blondelas 
lui offrit aussi une copie de la vue de l'ostrog {Atlas, N° 56) ; et MM. les 
abbés Mongès et Receveur lui firent présent d : une petite boîte d'acides, 
pour l'analyse des eaux et la connaissance des différentes substances dont le 
sol du Kamtschatka est composé. La chimie et la minéralogie n'étaient 
pas des sciences étrangères à M. Kasloff: il avait un goût particulier pour 
les travaux chimiques : mais il nous dit, par une raison dont l'évidence est 
bien aisée à sentir, qu'avant de s'occuper des minéraux d'un pays inculte, le 
premier soin d'une administration sage et éclairée devait tendre à procurer 




^as^aESîHSHyo 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 

du pain à ses habitans, en accoutumant les indigènes à la culture. La 1787. 
végétation du terrain annonçait une grande fertilité, et il ne doutait pas Se F tembre 
qu'au défaut du blé-froment, qui pouvait ne pas germer à cause du froid, 
le seigle ou l'orge, du moins, ne donnassent d'abondantes récoltes. Il 
nous fit remarquer la beauté de plusieurs petits champs de pommes de 
terre, dont les graines 'étaient venues d'Irkoutsk depuis quelques années; 
et il se proposait d'adopter des moyens doux, mais certains, pour rendre 
cultivateurs les Russes, les Cosaques, et les Kamtschadales. La petite 
vérole en 1 769 a diminué des trois quarts le nombre des individus de cette 
nation, qui est réduite aujourd'hui, dans toute la presqu'île, à moins de 
quatre mille indigènes ; et elle disparaîtra bientôt entièrement, par le 
mélange continuel des Russes et des Kamtschadales, qui se marient fré- 
quemment ensemble. Une race de métis, plus laborieux que les Russes qui 
ne sont propres qu'à être soldats, beaucoup plus forts et d'une forme moins 
disgraciée de la nature que les Kamtschadales, naîtra de ces marriages, et 
succédera aux anciens habitans. Les naturels ont déjà abandonné les yourtes 
dans lesquelles ils se terraient, comme des blaireaux, pendant tout l'hiver, 
et où ils respiraient un air infect qui occasionnait beaucoup de maladies. 
Les plus riches d'entr'eux construisent aujourd'hui des isbas ou maisons de 
bois, à la manière des Russes : elles ont absolument la même forme que 
les chaumières de nos paysans ; elles sont divisées en trois petites chambres ; 
un poile en brique les échauffe, et y entretient une chaleur de plus de 
trente degrés, insupportable aux personnes qui n'en ont pas l'habitude. 
Les autres passent l'hiver, comme l'été, dans des balagans, qui sont des 
espèces de colombiers de bois, couverts en chaume, élevés sur des piquets 
de douze à treize pieds de hauteur, et où les femmes, ainsi que les hommes, 
montent par des échelles très-difficiles : mais bientôt ces derniers bâtimens 
disparaîtront ; les Kamtschadales ont l'esprit imitatif, ils adoptent presque 
tous les usages de leurs vainqueurs ; les femmes sont déjà coiffées et presque 
entièrement vêtues à la manière des Russes, dont la langue prévaut dans 
tous les ostrogs ; ce qui est fort heureux, parce que chaque village Kamt- 
schadale avait un jargon diffèrent, et les habitans d'un hameau n'entendaient 
pas ceux du hameau voisin. On peut dire à la louange des Russes, que, 
quoiqu'ils aient établi dans ces âpres climats un gouvernement despotique, 







'ii«v*3* 



100 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



1 787. il est tempéré par des principes de douceur et d'equite qui en rendent les 
" p em re " inconvéniens nuls. Les Russes n'ont pas de reproches d'atrocité à se faire, 
comme les Anglais au Bengale, et les Espagnols au Mexique et au Pérou. 
L'impôt qu'ils lèvent sur les Kamtschadales est si léger, qu'il ne peut être 
considéré que comme un tribut de reconnaissance envers la Russie ; et le 
produit d'une demi-journée de chasse acquitte l'impôt d'une année. On 
est surpris de voir dans ces chaumières, plus misérables à la vue que celles 
du, hameau le plus pauvre de nos pays de montagnes, une circulation 
d'espèces qui paraît d'autant plus considérable, qu'elle n'existe que parmi 
un petit nombre d'habitans; ils consomment si peu d'effets de Russie et de 
Chine, que la balance du commerce est absolument en leur faveur, et 
qu'il faut nécessairement leur payer en roubles l'excédant de ce qui leur 
est dû. Les pelleteries, au Kamtschatka, sont à un prix beaucoup plus 
haut qu'à Canton, ce qui prouve que, jusqu'à présent, les marchés de 
Kiatcha ne se sont pas ressentis des avantages du nouveau débouché qui 
s'est ouvert en Chine : les marchands Chinois ont eu sans doute l'adresse 
de faire écouler ces pelleteries d'une manière insensible, et de se procurer 
ainsi des richesses immenses -, car, à Macao, ils nous achetèrent pour le 
prix modique de dix piastres, ce qui en valait cent vingt à Pékin. Une 
peau de loutre vaut à Saint-Pierre et Saint-Paul trente roubles ; une de 
zibeline, trois ou quatre : le prix des renards ne peut être fixé ; je ne parle 
pas des renards noirs, qui sont trop rares pour être comptés, et qu'on vend 
plus de cent roubles. Les gris et blancs varient depuis deux jusqu'à vingt 
roubles, suivant qu'ils approchent plus du noir ou du roux : ces derniers 
ne diffèrent de ceux de France que par la douceur et le fourré de leui? 
poil. 

Les Anglais, qui, par l'heureuse constitution de leur compagnie, peuvent 
laisser au commerce particulier de l'Inde toute l'activité dont il est suscep- 
tible, avaient envoyé, l'année dernière, un petit bâtiment au Kamtschatka; 
il était expédié par une maison du Bengale, et commandé par le capitaine 
Peters, qui fit remettre au colonel Kasloff une lettre en Français, dont il 
m'a donné lecture ; il demandait, au nom de l'étroite alliance qui règne 
en Europe entre les deux couronnes, la permission de commercer au 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



101 



Kamtschatka, en y apportant les divers effets de l'Inde et de la Chine, tant 1787. 
en étoffes qu'en sucre, thé, arack, et il offrait de recevoir en paiement les e P tembre 
pelleteries du pays. M. Kasloff était trop éclairé pour ne pas sentir 
qu'une pareille proposition était ruineuse pour le commerce de la Russie, 
qui vendait avec un grand bénéfice ces mêmes objets aux Kamtschadales, 
et qui en faisait un plus grand encore sur les peaux que les Anglais vou- 
laient exporter ; mais il savait aussi que certaines permissions limitées ont 
quelquefois été données, au détriment de la métropole, pour l'accroisse- 
ment d'une colonie, qui enrichit ensuite la mère-patrie, lorsqu'elle est 
parvenue au degré où elle n'a plus besoin du commerce étranger : ces con- 
sidérations avaient empêché M. Kasloff de décider la question ; et il avait 
permis que les Anglais fissent passer cette proposition à la cour de Péters- 
bourg. Il sentait cependant que, quand même leur demande serait 
accordée, le pays consommait trop peu d'effets de l'Inde et de la Chine, 
et trouvait un débouché de pelleteries trop avantageux dans les marchés de 
Kiatcha, pour que les négocians du Bengale pussent suivre avec profit 
cette spéculation. D'ailleurs, le bâtiment même qui avait apporté cette 
ouverture de commerce, fît naufrage sur l'île de Cuivre, peu de jours après 
sa sortie de la baie d'Avatscha, et il ne s'en sauva que deux hommes, aux- 
quels je parlai et fis fournir des habillemens dont ils avaient le plus grand 
besoin r ainsi les vaisseaux du capitaine Cook et les nôtres sont les seuls, 
jusqu'à présent, qui ayent abordé heureusement dans cette partie de l'Asie. 
Je devrais aux lecteurs quelques détails plus particuliers sur le Kamt- 
schatka, si les ouvrages de Coxe et ceux de Stel>jr laissaient quelque chose 
à désirer*. L'éditeur du troisième Voyage du capitaine Cook a puisé 
dans ces sources, et a rappelé avec intérêt tout ce qui est relatif à ce pays, 
sur lequel on a déjà beaucoup plus écrit que sur plusieurs provinces inté- 
rieures de l'Europe, et qui, pour le climat et les productions du sol, peut 
et doit être comparé à la côte de Labrador des environs du détroit de 
Belle-île ; mais les hommes, comme les animaux, y sont très-différens :. 
les Kamtschadales m'ont paru être les mêmes peuples que ceux de la baie 

* Des détails très-curieux, et qui méritent d'être rapprochés de ceux donnés par Coxe et parSteller, 
nous ont été fournis par Lesseps, dans son intéressant Voyage du Kamtschatka en France. Cet ouvrage 
se trouve à Paris, chez Moutard 3 imprimeur-libraire, rue des. Mathurins, (N. D. R.) 



~ 



102 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



1787. de Castries, sur la côte de Tartarie; leur douceur, leur probité, est la 
Septembre. m ê me ^ e t leurs formes physiques sont très-peu différentes j ainsi ils ne 
doivent pas plus être comparés aux Eskimaux, que les zibelines aux mar- 
tres du Canada. La baie d'Avatscha est certainement la plus belle, la plus 
commode, la plus sûre, qu'il soit possible de rencontrer dans aucune partie 
du monde ; l'entrée en est étroite, et les bâtimens seraient forcés de passer 
sous le canon des forts qu'on pourrait y établir ; la tenue y est excellente, 
le fond est de vase -, deux ports vastes, l'un sur la côte de l'Est et l'autre 
sur celle de l'Ouest, pourraient recevoir tous les vaisseaux de la marine de 
France et d'Angleterre. Les rivières d'Avatscha et de Paratounka ont leur 
embouchure dans cette baie, mais elles sont embarrassées de bancs, et l'on 
ne peut y entrer qu'à la pleine mer. Le village de Saint-Pierre et Saint- 
Paul est situé sur une langue de terre, qui, semblable à une jetée faite de 
main d'homme, forme derrière ce village un petit port, fermé comme un 
cirque, dans lequel trois ou quatre bâtimens désarmés peuvent passer l'hi- 
ver : l'ouverture de cette espèce de bassin est de moins de vingt-cinq toises -, 
et la nature ne peut rien offrir de plus sûr et de plus commode. C'est sur 
le bord de ce bassin, que M. KaslofF se propose de tracer le plan d'une 
ville, qui sera quelque jour la capitale du Kamtschatka, et peut-être le 
centre d'un grand commerce avec la Chine, le Japon, les Philippines, et 
l'Amérique. Un vaste étang d'eau douce est situé au Nord de l'emplace- 
ment de cette ville projetée ; et à trois cents toises seulement, coulent 
divers petits ruisseaux dont la réunion très-facile procurerait à ce terrain 
toutes les commodités nécessaires à un grand établissement. M. KaslofF 
connaissait le prix de ces avantages ; mais " avant tout," répétait-il cent 
fois, " il faut du pain et des bras, et nous en avons bien peu." Il avait 
cependant donné des ordres qui annonçaient une prochaine réunion de 
divers ostrogs à celui de Saint-Pierre et Saint-Paul, où il se proposait de 
faire bâtir incessamment une église. La religion Grecque a été établie 
parmi les Kamtschadales sans persécution, sans violence, et avec une 
.extrême facilité. Le curé de Paratounka est fils d'un Kamtschadale et 
d'une Russe : il débite ses prières et son catéchisme avec une bonho- 
mie qui est fort du goût des indigènes; ceux-ci reconnaissent ses soins par 
des offrandes ou des aumônes, mais ils ne lui payent point de dîmes, Lt 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 

rit Grec permet aux prêtres de se marier, d'où l'on peut conclure que les i 78 7. 
curés en ont de meilleures mœurs ; je les crois fort ignorans, et il m'est Septembre 
impossible de supposer qu'ils puissent de long-temps avoir besoin de plus 
de science. La fille, la femme, la sœur du curé, étaient de toutes les 
femmes celles qui dansaient le mieux, et elles paraissaient jouir de la 
meilleure santé. Ce bon prêtre savait que nous étions très-catholiques, ce 
qui nous valut une ample aspersion d'eau bénite, et il nous fit aussi baiser 
la croix qui était portée par son clerc: ces cérémonies se passaient au 
milieu du village ; son presbytère était sous une tente, et son autel en plein 
air : mais sa demeure ordinaire est à Paratounka, et il n'était venu à Saint- 
Pierre et Saint-Paul, que pour nous faire visite. 

Il nous donna divers détails sur les Kuriles, dont il est aussi curé, et où 
il fait une tournée tous les ans. Les Russes ont trouvé plus commode de 
substituer des numéros aux anciens noms de ces îles, sur lesquels les 
auteurs ont beaucoup varié ; ainsi ils disent : la première, la deuxième, 
&c. jusqu'à la vingt- unième ; cette dernière est celle qui termine les pré- 
tentions des Russes. D'après le rapport du curé, cette île pourrait être 
celle de Marikan ; mais je n'en suis pas très-certain, parce que le bon 
prêtre était fort diffus ; et nous avions cependant un interprète qui entendait 
lé Russe comme le Français ; mais M. Lesseps croyait que le curé ne s'en- 
tendait pas lui-même. Néanmoins voici les détails sur lesquels il n'a pas 
varié, et qu'on peut regarder comme à peu près certains. Des vingt-une 
îles qui appartiennent à la Russie, quatre seulement sont habitées : la pre- 
mière, la deuxième, la treizième, et la quatorzième ; ces deux dernières 
pourraient n'être comptées que pour une, parce que les habitans de la 
treizième passent tous l'hiver sur la quatorzième, et reviennent sur îa 
treizième passer l'été ; les autres sont absolument inhabitées, et les insu- 
laires n'y abordent en pirogue que pour la chasse des loutres et des renards., 
Plusieurs de ces dernières îles ne sont que des îlots ou de gros rochers, et 
l'on ne trouve du bois sur aucune. Les courans sont très-violens entre les 
îles, et à l'ouvert des canaux, dont quelques-uns sont embarrassés de 
roches à fleur d'eau. Le curé n'a jsmais fait le voyage d'Avatscha aux 
Kuriles qu'en pirogue, que les Russes appellent baidar -, et il nous a dit 





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104 

1787. 
Septembre. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

qu'il avait été plusieurs fois sur le point de faire naufrage, et sur-tout de 
mourir de faim, ayant été poussé hors de vue de terre ; mais il est persuadé 
que son eau bénite et son étole l'ont préservé du danger. Les habitans 
réunis des quatre îles habitées forment au plus une population de quatorze 
cents personnes ; ils sont très-velus, portent de longues barbes, et ne vivent 
que de phoques, de poisson, et de chasse ; ils viennent d'être dispensés, 
pour dix ans, de payer le tribut qu'ils doivent à la Russie, parce que les 
loutres sont devenues très-rares sur ces îles : au surplus, ils sont bons, 
hospitaliers, dociles, et ils ont tous embrassé la religion Chrétienne. Les 
insulaires plus méridionaux, et indépendans, traversent quelquefois en 
pirogue les canaux qui les séparent des Kuriles Russes, pour y échanger 
quelques marchandises du Japon contre des pelleteries. Ces îles font partie 
du gouvernement de NI. KaslofF; mais comme il est très-difficile d'y 
aborder, et qu'elles sont peu intéressantes pour la Russie, il ne se propo- 
sait pas de les visiter; et quoiqu'il regrettât d'avoir laissé à Bolcheretsk une 
carte Russe de ces îles, il ne paraissait pas cependant y mettre beaucoup 
de confiance : il nous en marquait une si grande, que nous aurions bien 
voulu, à notre tour, lui communiquer les détails de notre campagne ; son 
extrême discrétion à cet égard mérite nos éloges. 

Nous lui donnâmes néanmoins un petit précis de notre voyage, et nous 
ne lui laissâmes pas ignorer que nous avions doublé le cap Horn, visité la 
côte du Nord-Ouest de l'Amérique, abordé à la Chine, aux Philippines, 
d'oii nous étions arrivés au Kamtschatka. Nous ne nous permîmes pas 
d'entrer dans d'autres détails; mais je l'assurai que, si la publication de 
notre campagne était ordonnée, je lui adresserais un des premiers exem- 
plaires de notre relation: j'avais déjà obtenu la permission d'envoyer mon 
journal en France par M. de Lesseps, notre jeune interprète Russe. Ma 
confiance dans M. KaslofF et dans le gouvernement de Russie ne m'aurait 
certainement laissé aucune inquiétude, si j'avais été obligé de remettre mes 
paquets à la poste ; mais je crus rendre service à ma patrie, en procurant 
à M. de Lesseps l'occasion de connaître par lui-même les diverses provinces 
de l'empire de Russie, où vraisemblablement il remplacera un jour son 
père, notre consul général à Pétersbourg. M. KaslofF me dit obligeam- 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



10, 



ment qu'il l'acceptait pour son aide-de-camp jusqu'à Okhotsk, d'où il lui 1787. 
faciliterait les moyens de se rendre à Pétersbourg, et que, dès ce moment, Septembre 
il faisait partie de sa famille. Une politesse si douce, si aimable, est plus 
vivement sentie qu'exprimée ; elle nous faisait regretter le temps que nous 
avions passé dans la baie d'Avatscha pendant qu'il était à Bolcheretsk. 

Le froid nous avertissait qu'il était temps de songer à partir; le terrain 
que nous avions trouvé, à notre arrivée le 7 Septembre, du plus beau vert,, 
était aussi jaune et aussi brûlé, le 25 du même mois, qu'il Test à la fin de 
Décembre aux environs de Paris ; toutes les montagnes élevées de deux 
cents toises au-dessus du niveau de la mer, étaient couvertes de neige. Je 
donnai ordre de tout disposer pour le départ, et nous mîmes sous voiles le 
29. M. KaslofF vint prendre congé de nous ; et le calme nous ayant forcés 29» 
de mouiller au milieu de la baie, il dîna à bord. Je l'accompagnai à terre 
avec M. de Langle et plusieurs officiers ; il nous y donna un très-bon 
souper et un nouveau bal : le lendemain, à la pointe du jour, les vents 
ayant passé au Nord, je fis signal d'appareiller. Nous étions à peine sous 
voiles, que nous entendîmes un salut de toute l'artillerie de Saint-Pierre et, 
Saint-Paul. Je fis rendre ce salut, qui fut renouvelé lorsque nous fûmes 
dans le goulet, le gouverneur ayant envoyé un détachement pour nous faire 
rendre les honneurs de départ à l'instant où nous passerions devant la petite 
batterie qui est au Nord du fanal de l'entrée. 

Nous ne pûmes quitter sans attendrissement M. de Lesseps, que ses 
qualités précieuses nous avaient rendu cher, et que nous laissions sur une 
terre étrangère au moment d'entreprendre un voyage aussi long que péni- 
ble. Nous emportâmes de ce pays le souvenir le plus doux, avec la cer- . 
titude que dans aucune contrée, dans aucun siècle, on n'a jamais porté plus 
loin les égards et les soins de l'hospitalité *. 

* Je renvoie le lecteur curieux de plus amples détails sur le Kamtschatka, au journal de Lesseps: 
il y verra avec intérêt la pénible situation de cet interprète pendant sa route du havre Saint-Pierre et 
Saint-Paul à Paris, et les soins particuliers qu'il s'est donnés pour remplir sa mission, et pour apporter 
en France une des parties les plus intéressantes du Voyage de la Pérouse. (N. D. R.) 

TOME II. P 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



CHAPITRE XXIII. 

Détails sommaires sur le Kamt s chatk a. —Indications pour entrer 
da?is la baie d'Avatscha et en sortir sans risques. — Nous 
parcourons, sur le parallèle de 37 d 30', un espace de trois 
cents lieues, pour chercher une terre découverte, dit-on, par 
les Espagnols en 1620. — Nous coupons la Ligne pour la 
troisième fois. — Nous avons connaissance des îles des Naviga- 
teurs, après avoir passé sur Vile du Danger de Byron. — Nous 
sommes visités par beaucoup de pirogues, nous faisons des 
échanges avec leurs équipages, et nous mouillons à Vile Maounai 



1787. Oe n'est point aux navigateurs étrangers que ia Russie doit ses 

•ptcmbie. ^couvertes et ses établissemens sur les côtes de la Tartarie orientale, et sur 
celle de la presqu'île du Kamtschatka. Les Russes, aussi avides de pelle- 
teries, que les Espagnols d'or et d'argent, ont, depuis très-longtemps, 
entrepris par terre les voyages les plus longs et les plus difficiles, pour se 
procurer les précieuses dépouilles des zibelines, des renards, et des loutres 
de mer; maïs plus soldats que chasseurs, il leur a paru plus commode 
d'assujettir les indigènes à un tribut, en les subjuguant, que de partager 
avec eux les fatigues de la chasse. Ils ne découvrirent la presqu'île du 
Kamtschatka que sur la fin du dernier siècle ; leur première expédition 
contre la liberté de ses malheureux habitans eut lieu en 169G. L'autorité 
de la Russie ne fut pleinement reconnue dans toute la presqu'île, qu'en 
171:1 -, les Kamtschadales acceptèrent alors les conditions d'un tribut assez 
lé^er, et qui suffit à peine pour solder les frais d'administration : trois cents 
zibelines, deux cents peaux de renard gris ou rouge, quelques peaux de 



itjr^BB*MA£fe\i î raE.f s™ 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



107 



loutre, forment les revenus de la Russie dans cette partie de l'Asie, où elle 1787. 
entretient environ quatre cents soldats, presque tous Cosaques ou Sibériens, Septembre, 
et plusieurs officiers qui commandent dans les différens districts. 

La cour de Russie a changé plusieurs fois la forme du gouvernement de 
cette presqu'île ; celle que les Anglais y trouvèrent établie en 1778, 
n'exista que jusqu'en 1784: le Kamtschatka devint, à cette époque, une 
province du gouvernement d'Okhotsk, qui lui-même dépend de la cour 
souveraine d'Irkoutsk. 

L'ostrog de Bolcheretsk, précédemment la capitale du Kamtschatka, où 
le major Behm faisait sa résidence à l'arrivée des Anglais, n'est commandé 
aujourd'hui que par un sergent, nommé Martinof. M. Kaborof, lieutenant, 
commande, comme on l'a dit, à Saint-Pierre et Saint-Paul; le major Eleo- 
noff, à Nijenei-Kamtschatka, ou ostrog du bas Kamtschatka ; Vercknei 
enfin, ou le haut Kamtschatka, est sous les ordres du sergent MomayerF. Ces 
divers commandans ne se doivent l'un à l'autre aucun compte: ils rendent 
chacun le leur directement au gouverneur d'Okhotsk, qui a établi un 
officier-inspecteur, ayant grade de major, pour commander en particulier 
aux Kamtschadales, et les garantir, sans doute, des vexations présumées du 
gouvernement militaire. 

Ce premier aperçu du commerce de ces contrées ferait connaître très- 
imparfaitement les avantages que la Russie retire de ses colonies à l'Orient 
de l'Asie, si le lecteur ignorait qu'aux voyages par terre ont succédé des 
navigations dans l'Est du Kamtschatka, vers les côtes de l'Amérique : celles 
de Behring et de Tschirikow sont connues de toute l'Europe. Après les 
noms de ces hommes célèbres par leurs expéditions et par les malheurs qui 
en ont été la suite, on peut compter d'autres navigateurs qui ont ajouté aux 
possessions de la Russie, les îles Aleutiennes, les groupes plus à l'Est 
connus sous le nom d'Oonolaska, et toutes les îles au Sud de la presqu'île. 

La dernière campagne du capitaine Cook a déterminé des expéditions 
encore plus à l'Est; mais j'ai appris, au Kamtschatka, que les indigènes 
des pays où ont abordé les Russes, s'étaient refusés jusqu'à présent à leur 





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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

1787. payer le tribut, et même à faire aucun commerce avec eux: ceux-ci vrai- 
Septembre. sem bi a bi emen t ont eu la mal-adresse de leur laisser connaître le dessein 
qu'ils avaient formé de les subjuguer -, et on sait combien les Américains 
sont fiers de leur indépendance, et jaloux de leur liberté. 

La Russie ne fait que très -peu de dépense pour étendre ses possessions : , 
des négocians ordonnent des armemens à Okhotsk, où ils construisent, à 
frais immenses, des bâtimens de quarante-cinq à cinquante pieds de lon- 
gueur, ayant un seul mât au milieu, à peu près comme nos cutters, et 
montés par quarante ou cinquante hommes, tous plus chasseurs que marins; 
ceux-ci partent d'Okhotsk au mois de Juin, débouquent ordinairement 
entre la pointe de Lopatka et la première des Kuriles, dirigent leur route à 
l'Est, et parcourent différentes îles pendant trois ou quatre ans, jusqu'à ce 
qu'ils ayent ou acheté aux naturels du pays, ou tué eux-mêmes, une assez 
°rande quantité de loutres pour couvrir les frais de l'armement, et donner 
aux armateurs un profit, au moins de cent pour cent, pour leurs avances. 

La Russie n'a encore formé aucun établissement à l'Est du Kamtschatka : 
chaque bâtiment en fait un dans le port où il hiverne,- et lorsqu'il part, il 
le détruit, ou le cède à quelqu'autre vaisseau de sa nation. Le gouverne- 
ment d'Okhotsk a grand soin d'ordonner aux capitaines de ces cutters de 
faire reconnaître l'autorité de la Russie par tous les insulaires qu'ils visitent j 
et il fait embarquer sur chaque vaisseau une espèce d'officier des douanes, 
chargé d'imposer et de lever un tribut pour la couronne. On m'a rap- 
porté qu'il devait partir incessamment un missionnaire d'Okhotsk, pour 
prêcher la foi chez les peuples subjugués,, et acquitter, en quelque sorte,, 
par des biens spirituels, les compensations que leur doivent les Russes pour: 
les tributs qu'ils ont imposés sur eux par le seul droit du plus fort. 

On sait que les fourrures se vendent très-avantageusement à Kiatcha, sub- 
ies frontières de la Chine et de la Russie ; mais ce n'est que depuis la pub- 
lication de l'ouvrage de M. Coxe, que l'on connaît en Europe l'étendue de 
cet objet de commerce, dont l'importation et l'exportation se montent à 
près de dix-huit millions de livres par an. On m'a assuré que vingt-cinq 




>1-ZBST S^Z^ÉSOiLJ 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

bâtimens, dont les équipages s'élèvent à environ mille hommes, tant 1787- 
Kamtschadales que Russes ou Cosaques, étaient envoyés cette année à eptem re " 
la recherche des fourrures vers l'Est du Kamtschatka; ces bâtimens 
doivent être dispersés depuis la rivière de Cook jusqu'à l'île Behring : une 
longue expérience leur a appris que les loutres ne fréquentent guère les 
latitudes plus septentrionales que les 60 degrés, ce qui détermine à cet 
égard toutes les expéditions vers les parages de la presqu'île d'Alaska, ou 
plus à l'Est, mais jamais au détroit de Behring, sans cesse obstrué de glaces 
qui ne fondent jamais. 

Lorsque ces bâtimens reviennent, ils relâchent quelquefois à la baie 
d'Avatscha, mais ils font constamment leur retour à Okhotsk, où résident 
leurs armateurs, et les négocians qui vont directement commercer avec les. 
Chinois, sur la frontière des deux empires. Comme les glaces permettent 
dans tous les temps, d'entrer dans la baie d'Avatscha, les navigateurs Russes 
y relâchent lorsque la saison est trop avancée pour qu'ils puissent arriver à 
Okhotsk avant la fi m de Septembre : un règlement très- sage de l'impératrice 
de Russie a défendu de naviguer dans la mer d'Okhotsk après cette époque, 
à laquelle commencent les ouragans et les coups de vent, qui ont occa- 
sionné sur cette mer de très-fréquens naufrages. 

Les glaces ne s'étendent jamais, dans la baie d'Avatscha, qu'à trois ou 
quatre cents toises du rivage ; il arrive souvent, pendant l'hiver, que les 
vents de terre font dériver celles qui embarrassent l'embouchure des rivières 
de Paratounka et d'Avatscha, et la navigation en devient alors praticable. 
Comme l'hiver est généralement moins rigoureux au Kamtschatka qu'à 
Pétersbourg et dans plusieurs provinces de l'empire de Russie, les Russes 
en parlent comme les Français de celui de. Provence ; mais les neiges dont 
nous étions environnés dès le 20 Septembre, la gelée blanche dont la 
terre était couverte tous les matins, et la verdure qui était aussi fanée que 
l'est celle des environs de Paris au mois de Janvier, tout nous faisait pres- 
sentir que l'hiver doit y être d'une rigueur insupportable pour les peuples 
méridionaux de l'Europe. 




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F=K3BEI 



110 

1787. 
Septembre. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Nous étions cependant, à certains égards, moins frileux que les habi- 
tons, Russes ou Kamtschadales, de l'ostrog de Saint-Pierre et Saint-Paul ; 
ils étaient vêtus des fourrures les plus épaisses, et la température de l'inté- 
rieur de leur isbas, dans lesquels ils ont toujours des poiles allumés, était 
de 28- ou 30 degrés au-dessus de la glace: nous ne pouvions respirer dans 
un air aussi chaud, et le lieutenant avait le soin d'ouvrir ses fenêtres lorsque 
nous étions dans son appartement : ces peuples se sont accoutumés aux 
extrêmes; on sait que leur usage, en Europe comme en Asie, est de pren- 
dre des bains de vapeurs dans des étuves, d'où ils sortent couverts de sueur, 
et vont ensuite se rouler sur la neige. L'ostrog de Saint-Pierre avait deux 
de ces bains publics, dans lesquels je suis entré avant qu'ils fussent allumés; 
ils consistent en une chambre très-basse, au milieu de laquelle est un four 
bâti en pierre sèche, qu'on chauffe comme les fours destinés à cuire le 
pain ; sa voûte est entourée de bancs disposés en ampithéâtre, pour ceux 
qui veulent se baigner, de sorte que la chaleur est plus ou moins forte, 
suivant qu'on est placé sur un gradin supérieur ou inférieur: on jette de 
l'eau sur le sommet de la voûte, lorsqu'elle est rougie par le feu qui est 
dessous ; cette eau s'élève aussitôt en vapeurs, et excite la transpiration la 
plus abondante. Les Kamtschadales ont adopté cet usage, ainsi que beau- 
coup d'autres, de leurs vainqueurs ; et sous très-peu d'années, ce carac- 
tère primitif qui les distinguait des Russes d'une manière si marquée, sera 
entièrement effacé. Leur population n'excède pas- aujourd'hui quatre mille 
âmes dans toute la presqu'île, qui s'étend cependant depuis le 5 I e degré 
jusqu'au 63 e , sur une largeur de plusieurs degrés en longitude : ainsi l'on 
voit qu'il y a plusieurs lieues quarrées par individu. Ils ne cultivent aucune 
production de la terre ; et la préférence qu'ils ont donnée aux chiens sur 
les rennes, pour le service des traîneaux, les empêche d'élever ni cochons, 
ni moutons, ni jeunes rennes, ni poulains, ni veaux, parce que ces ani- 
maux seraient dévorés avant qu'ils eussent acquis des forces suffisantes pour 
se défendre. Le poisson est la base de la nourriture de leurs chiens d'atte- 
lage, qui font cependant jusqu'à vingt-quatre lieues par jour; on ne leur 
donne à manger que lorsqu'ils ont achevé leur course. 



i F 



Le lecteur a déjà vu que cette manière de voyager n'est pas particulière 



■Jl-^B^SSL 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



111 



aux Kamtschadales ; les peuples de Tchoka, et les Tartares de la baie de 1787- 
Castries, n'ont pas d'autres attelages. Nous avions un extrême désir de ep e 
savoir si les Russes ont quelque connaissance de ces différens pays, et nous 
apprîmes de M. KaslofF, que les bâtimens d'Okhotsk avaient aperçu plu- 
sieurs fois la pointe septentrionale de l'île qui est à l'embouchure du 
fleuve Amur, mais qu'ils n'y étaient jamais descendus, parce qu'elle 
est en-delà des limites des établissemens de l'empire de Russie sur cette 
côte. 

La baie d'Avatscha ressemble beaucoup à celle de Brest, mais elle lui est 
infiniment supérieure par la qualité du fond, qui est de vase -, son entrée 
et aussi plus étroite, et conséquemment plus facile à défendre. Nos litho- 
logistes et nos botanistes ne rencontrèrent sur ses rivages que des substances 
extrêmement communes en Europe. Les Anglais ont donné un très-bon 
plan de cette baie : on doit faire attention à deux bancs situés à l'Est et à 
l'Ouest de l'entrée, et séparés par un large chenal pour le passage des vais- 
seaux ; on est certain de les éviter, en laissant deux rochers isolés qui sont 
sur la côte de l'Est, ouverts par la pointe du fanal, et en tenant, au con- 
traire, fermée par la côte de l'Ouest, une grosse roche qu'on laisse 
à bâbord, et qui n'est séparée de la terre que par un canal de moins 
d'une encablure de largeur. Tous les mouillages de la baie sont également 
bons ; et l'on peut s'approcher plus ou moins de Tostrog, selon le désir que 
L'on a de communiquer avec le village.. 

D'après les observations de M. Dagelet, la maison du lieutenant Kaborof 
est située par 53 d Y de latitude Nord, et l56 d 30 / de longitude orientale : 
les marées y sont très- régulières ; la mer est haute à trois heures et demie, 
aux nouvelles et pleines lunes; son élévation, dans le havre, est de quatre 
pieds. Nous observâmes que notre horloge N° 19 retardait chaque jour 
de ÎO", ce qui différait de 2" du retardement journalier attribué, à Cavité,, 
six mois auparavant, à cette même horloge. 

Les vents du Nord, qui nous étaient si favorables^ pour sortir de la baie 



" 



^•«P 1 



Ta 



112 

1737. 
Octobre. 



14. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

d'Avatscha, nous abandonnèrent à deux lieues au large ; ils se fixèrent à 
l'Ouest, avec une opiniâtreté et une violence qui ne me permirent pas de 
suivre le plan que je m'étais proposé, de reconnaître et de relever les Ku- 
rdes jusqu'à l'île Marikan. Les coups de vent et les orages se succédèrent 
si rapidement, que je fus obligé de mettre souvent à la cape à la misaine j 
et je me trouvai écarté de la côte de quatre vingts lieues, je ne cherchai 
pas à lutter contre ces obstacles, parce que la reconnaissance de ces îles était 
peu importante ; et je dirigeai ma route pour couper, par les l6ô â de lon- 
gitude, le parallèle de 37 d 30' sur lequel quelques géographes ont placé 
une grande île riche et bien peuplée, découverte, dit- on, en 1620, par 
les Espagnols. La recherche de cette terre avait fait partie de l'objet des 
instructions du capitaine Uriès ; et l'on trouve un mémoire qui contient 
quelques détails sur cette île, dans le quatrième volume de la Collection 
académique, partie étrangère. Il me paraissait que, parmi les différentes 
recherches qui m'étaient plutôt indiquées qu'ordonnées par mes instruc- 
tions, celle-là méritait la préférence. Je n'atteignis le parallèle des 37 d 
30' que le 14, à minuit : nous avions vu, dans cette même journée, cinq 
ou six petits oiseaux de terre, de l'espèce des linots, se percher sur nos 
manœuvres ; et nous aperçûmes, le même soir, deux vols de canards ou 
de cormorans, oiseaux qui ne s'écartent presque jamais du rivage. Le 
temps était fort clair, et sur l'une et l'autre frégate, des vigies furent con- 
stamment au haut des mâts. Une récompense assez considérable était 
promise à celui qui le premier apercevrait la terre ; ce motif d'émulation 
était peu nécessaire : chaque matelot enviait l'honneur de faire le premier 
une découverte qui, d'après ma promesse, devait porter son nom. Mais, 
malgré les indices certains du voisinage d'une terre, nous ne découvrîmes 
rien, quoique l'horizon fût très-étendu : je supposai que cette île devait 
être au Sud, et que les vents violens qui avaient récemment soufflé de cette 
partie, avaient écarté vers le Nord les petits oiseaux que nous avions vus 
se poser sur nos agrès j en conséquence, je fis route au Sud jusqu'à minuit. 
Étant alors précisément, comme je l'ai dit, par 37 d 30' de latitude Nord, 
j'ordonnai de gouverner à l'Est, à très-petites voiles, attendant le jour avec 
Ja y lus vive impatience. Il se fit, et nous vîmes encore deux petits 



! «S25s 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

oiseaux i je continuai la route à l'Est : une grosse tortue passa, le même 1787. 
soir, le long du bord. Le lendemain, en parcourant toujours le même 0ctobr " 
parallèle vers l'Est, nous vîmes un oiseau plus petit qu'un roitelet de 
France, perché sur le bras du grand hunier, et un troisième vol de canards : 
ainsi, à chaque instant, nos espérances étaient soutenues ; mais nous n'avions 
jamais le bonheur de les voir se réaliser *. 

Nous éprouvâmes, pendant cette recherche, un malheur trop réel ; un 
matelot du bord de l'Astrolabe tomba à la mer en serrant le petit 
perroquet; soit qu'il se fût blessé dans sa chute, ou qu'il ne sût pas 
nager, il ne reparut point, et tous nos soins pour le sauver furent 
inutiles. 



Les indices de terre continuèrent le 18 et le la, quoique nous eussions 
fait beaucoup de chemin à l'Est. On aperçut, chacun de ces jours, des 
vols de canards ou d'autres oiseaux de rivage : un soldat prétendit même 
avoir vu passer quelques brins de goémons : mais comme ce fait n'était 
soutenu d'aucun autre témoignage, nous rejetâmes unanimement son récit, 
en conservant cependant les plus fortes espérances de la découverte pro- 
chaine de quelque terre. A peine eûmes-nous atteint les 175 d de longi- 
tude orientale, que tous les indices cessèrent ; je continuai cependant la 
même route jusqu'au 22, à midi : mais à cette époque, la longitude indi- 
quée par l'horloge N° 19, me plaçant à 20' au-delà des 180 d à l'Orient de 
Pari?, limites qui m'avaient été fixées pour la recherche de cette île, j'or- 
donnai la route au Sud, afin de trouver des mers plus tranquilles. Depuis 
notre départ du Kamtschatka, nous avions toujours navigué au milieu des 
plus grosses lames ; un coup de mer avait même emporté notre petit canot, 

* La Pérora: aurait-il ignoré que le parallèle Nord de 3f* 30' avait été parcouru infructueusement, 
sur un espace de quatre cent cinquante milles vers l'Est du Japon, par le vaisseau le Kastricum, ou 
a-t-il craint de s'écarter de ses instructions, et de l'indication qui lui était donnée dans la quarante- 
huitième note géographique insérée dans le premier volume? Quel que soit le motif qui l'a déter- 
miné, les fréquens indices de terre qu'ont eus les navigateurs, doivent faire regretter que la Pérouse 
n'ait pas pris le parti de suivre le 3/= ou le 38= parallèle. Les terres anciennement découvertes s'étant 
presque toutes retrouvées de nos jours, cette île sera sûrement l'objet de nouvelles recherches, et il y 
a heu d'espérer qu'on la trouvera en parcourant le parallèle de 3ô d 30'. (N.D. R.) 



T0M.E II, 



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114 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



1787. saisi sur le passe-avant, et avait jeté à bord plus de cent barriques d'eau; 
Octobre. œs cont rariétés auraient à peine été remarquées, si, plus heureux, nous 
eussions rencontré l'île dont la recherche nous coûtait tant de fatigues, et 
qui certainement existe dans les environs de la route que nous avons par- 
courue. Les indices de terre ont été trop fréquens et d'une nature trop 
marquée, pour que nous puissions en douter. Je suis porté à croire que 
nous avons couru sur un parallèle trop septentrional -, et, si j'avais à recom- 
mencer cette recherche, je naviguerais en suivant le parallèle de 35 i , depuis 
160 jusqu'à 170 degrés de longitude : c'est sur cet espace que nous aper- 
çûmes le plus d'oiseaux de terre; ils me paraissaient venir du Sud, et 
avoir été poussés par la violence des vents qui avaient soufflé de cette partie. 
Le plan ultérieur de notre campagne ne me laissait pas le temps de vérifier 
cette conjecture, en faisant vers l'Ouest le même chemin que nous venions 
de parcourir à l'Est : les vents qui soufflent presque sans cesse de l'Occi- 
dent, ne m'auraient pas permis de faire, en deux mois, le trajet que j'avais 
fait en huit jours. Je dirigeai ma navigation vers l'hémisphère Sud, dans 
ce vaste champ de découvertes où les routes des Quiros, des Mendana, des 
Tasman, &c. sont croisées en tout sens par celles des navigateurs mo- 
dernes, et où chacun de ceux-ci a ajouté quelques îles nouvelles aux îles 
déjà connues, mais sur lesquelles la curiosité des Européens avait a désirer 
des détails plus circonstanciés que ceux qui se trouvent dans les relations 
des premiers navigateurs. On sait que, dans cette vaste partie du grand 
océan équatorial, il existe une zone, de 12 à 1 5 degrés environ du Nord 
au Sud, et de 140 degrés de l'Est à l'Ouest, parsemée d'îles qui sont, sur 
le globe terrestre, ce qu'est la voie lactée dans le ciel. Le langage, les 
mœurs de leurs habitans ne nous sont plus inconnus ; et les observations 
qui ont été faites par les derniers voyageurs, nous permettent même de 
former des conjectures probables sur l'origine de ces peuples, qu'on peut 
attribuer aux Malais, comme celle de différentes colonies des côtes d'Es- 
pagne et d'Afrique, aux Phéniciens. C'est dans cet archipel que mes 
instructions m'ordonnaient de naviguer pendant la troisième année de notre 
campagne : la partie occidentale et méridionale de la nouvelle Calédonie, 
dont la côte orientale fut découverte par le capitaine Cook, dans son se- 
cond voyage - 3 les îles du Sud de l'archipel des Arsacides, dont celles du 



*m*£fcVi ïraKT" szl 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Nord avaient été reconnues par Survilîe ; la partie septentrionale des 1787. 
terres de la Louisiade, que M. de Bougainville n'avait pu explorer, ° ctobre - 
mais dont il avait, le premier, prolongé la côte du Sud-Est : tous ces 
points de géographie avaient principalement fixé l'attention du gouverne- 
ment, et il m'était enjoint d'en marquer les limites, et de les assujettir à des 
déterminations précises de latitude et de longitude. Les îles de la Société, 
celles des Amis, celles des Hébrides, &c. étaient connues, et ne pouvaient 
plus intéresser la curiosité des Européens ; mais comme elles offraient des 
ressources en vivres, il m'était permis d'y relâcher suivant le besoin que 
j'en aurais; et l'on avait présumé, avec raison, qu'en sortant du Kamt- 
schatka, j'aurais une bien petite provision de vivres frais, si nécessaires à la 
conservation de la santé des marins. 

Il ne me fut pas possible d'avancer assez rapidement au Sud pour éviter un 
coup de vent qui souffla de cette partie le £3 Octobre ; la mer était ex- 
trêmement grosse, et nous fûmes obligés de passer la nuit à la cape à la 
misaine : les vents furent très-variables et les mers très-agitées, jusqu'au 
30 e degré de latitude, parallèle que nous atteignîmes le 29 Octobre. 
Notre santé se trouva généralement affectée du passage trop rapide du froid 
au plus grand chaud ; mais nous n'éprouvâmes que de légères incommo- 
dités qui n'obligèrent personne à garder le lit. 

- ' ' ' 
Le premier Novembre, par 26 d 27' de latitude Nord, et 175 d 38' de Novembre 

longitude occidentale, nous vîmes un grand nombre d'oiseaux, entr'autres , * - 
des courlieux et des pluviers, espèces qui ne s'éloignent jamais de terre. 
Le temps était couvert et par grains ; mais toutes les parties de l'horizon 
s'éclaircirent successivement, excepté vers le Sud, où de gros nuages re- 
staient constamment fixés, ce qui me fit croire qu'une terre pouvait se 
trouver dans cette aire de vent. Je fis suivre cette route : le 2, le 3, et le 
4, nous continuâmes à voir des oiseaux ; peu à peu les indices de terre ces- 
sèrent, mais il est vraisemblable que nous passâmes assez près de quelque 
île ou basse, dont nous n'eûmes point connaissance, et que le hasard offrira 
peut-être à un autre navigateur. Nous commençâmes alors à jouir d'un 
cieî pur, et il nous fut enfin possible d'obtenir des longitudes par des di- 








VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 

1787. stances de la lune au soleil, observations que nous n'avions pu faire depuis 
Novembre. notre départ | u Kamtschatka : les longitudes observées différaient de celles 
de notre horloge, N° 19, d'un degré vers l'Occident. Nous prîmes 
quelques dorades, et deux requins, qui furent pour nous des mets délicieux, 
parce que nous étions tous réduits au lard salé qui même commençait à se 
ressentir de l'influence des climats brûlans. Nous répétâmes les mêmes 
observations de distance les jours suivans, et la différence fut constamment 
la même. Nous avions enfin atteint le Tropique ; le ciel devenait plus 
beau, et notre horizon était très-étendu : nous n'aperçûmes aucune terre y 
mais nous vîmes tous les jours des oiseaux de rivage qu'on ne rencontre 
jamais à une grande distance. Le 4 Novembre, nous étions par 23 d 40=' 
de latitude Nord, et 175 d 58' 47" de longitude occidentale suivant une suite 
de distances prises dans le même jour - 3 nous prîmes à bord un pluvier 
doré, qui était encore assez gras, et qui ne pouvait être depuis long- temps 
égaré sur les mers. Le 5, nous coupâmes la ligne de notre route, de 
Monterey à Macao ; le 6 f celle du capitaine Clerke, des îles Sandwich au 
Kamtschatka : les oiseaux avaient absolument disparu. Nous étions ex- 
trêmement fatigués par une grosse lame de l'Est, qui, comme celle de 
l'Ouest dans l'océan Atlantique, règne constamment sur cette vaste mer,, 
et nous ne trouvions ni bonites, ni dorades ; à peine apercevions-nous 
quelques poissons volans ; nos provisions fraîches étaient absolument con- 
sommées, et nous avions un peu trop compté sur le poisson, pour adoucir 
l'austérité de notre régime. Le 9, nous passâmes sur la pointe méridionale 
de la basse de Villa Lobos, d'après la position qui lui avait été assignée sur 
les cartes qui m'avaient été remises par M. de Fleurieu. Je réglai la 
voilure de manière à dépasser sa latitude pendant le jour : mais comme 
nous n'aperçûmes ni oiseaux, ni goémons, je suis porté à croire que, si 
cette batture existe, il faut lui assigner une position plus occidentale, les 
Espagnols ayant toujours placé trop près des côtes de l'Amérique leurs 
découvertes dans le grand océan. La mer se calma un peu à cette époque* 
et les brises furent plus modérées ; mais le ciel se couvrit de nuages épais,, 
et nous eûmes à peine atteint le 1 e degré de latitude Nord, que nous es- 
suyâmes une pluie presque constante, au moins pendant le jour, car les 
nuits étaient assez belles. La chaleur fut étouffante» et l'hygromètre n'avait 




£^2£filiO 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



117 



jamais marqué plus d'humidité depuis notre départ d'Europe j nous respi- 1787* 
rions un air sans ressort, qui, joint aux mauvais alimens, diminuait nos Novem re * 
forces, et nous aurait rendus presque incapables de travaux pénibles, si les 
circonstances l'eussent exigé. Je redoublai de soins pour conserver la santé 
des équipages pendant cette crise, produite par un passage trop subit du 
froid au chaud et à l'humide ; je fis distribuer, chaque jour, du café au 
déjeûner ; j'ordonnai de sécher et aérer le dessous des ponts ; l'eau de la 
pluie servit à laver les chemises des matelots, et nous mîmes ainsi à profit 
l'intempérie du climat que nous étions obligés de traverser, et dont je crai- 
gnais plus l'influence que celle des latitudes élevées que nous avions par- 
courues. Nous prîmes, le 6 Novembre, pour la première fois, huit 
bonites, qui procurèrent un bon repas à tout l'équipage, et aux officiers, 
qui, ainsi que moi, n'avaient plus d'autres alimens que ceux de la cale. 
Ces pluies, ces orages, et ces grosses mers, cessèrent vers le 15, lorsque 15, 
nous eûmes atteint les 5 degrés de latitude Nord ; nous jouîmes alors du 
ciel le plus tranquille j un horizon de la plus grande étendue, au moment 
du coucher du soleil, nous rassurait sur la route de la nuit ; d'ailleurs, l'air 
était si pur, le ciel si serein, qu'il en résultait une clarté à l'aide de laquelle 
nous eussions aperçu les dangers comme en plein jour. Ce beau temps 
nous accompagna en-delà de l'Equateur, que nous coupâmes le 21 Novem- 21. 
bre, pour la troisième fois depuis notre départ de Brest: nous nous en 
étions éloignés trois fois d'environ 6 degrés au Nord ou au Sud; et le plan 
ultérieur de notre voyage ne devait nous ramener vers l'hémisphère Nord 
que dans la mer Atlantique, lorsque nous retournerions en Europe. Rien 
n'interrompait la monotonie de cette longue traversée ; nous faisions une 
route à peu près parallèle à celle que nous avions parcourue, l'année pré- 
cédente, en allant de l'île de Pâque aux îles Sandwich ; pendant cette 
route, nous avions été sans cesse environnés d'oiseaux et de bonites, qui 
nous avaient fourni une nourriture saine et abondante: dans celle-ci, au 
contraire, une vaste solitude régnait autour de nous ; l'air et les eaux de 
cette partie du globe étaient sans habitans_ Nous prîmes cependant; le 23, 23» 
deux requins qui fournirent deux repas aux équipages, et nous tuâmes, le 
même jour, un courlieu très-maigre, et qui paraissait très-fatigué ; nous 
pensâmes qu'il "pouvait venir de l'île du Duc d'York, dont nous étions- 







1787. 
Novembre. 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE^ 

éloignés d'environ cent lieues ; il fut mangé à ma table, apprêté en salmi, 
et il n'était guère meilleur que les requins. A mesure que nous avancions 
dans l'hémisphère Sud, les foux, les frégates, les hirondelles de mer, et les 
paille-en-culs, volaient autour des bâtimens ; nous les prîmes pour les 
avant-coureurs de quelque île que nous avions une extrême impatience de 
rencontrer: nous murmurions de la fatalité qui nous avait fait parcourir, 
depuis notre départ du Kamtschatka, une longue ligne sans faire la plus 
petite découverte. Ces oiseaux, dont la quantité devint innombrable 
lorsque nous eûmes atteint les quatre degrés de latitude Sud, nous don- 
naient, à chaque instant, l'espoir de rencontrer quelque terre - 3 mais 
quoique l'horizon fût de la plus vaste étendue, aucune ne s'offrait à notre 
vue : nous faisions, à la vérité, peu de chemin. Les brises cessèrent 
lorsque nous fûmes par les deux degrés de latitude Sud, et il leur succéda 
des vents très-faibles du Nord à l'Ouest-Nord-Ouest, avec lesquels je 
m'élevai un peu dans l'Est, parce que je craignais d'être porté sous le vent 
des îles des Amis. Pendant ces calmes,, nous prîmes quelques requins, que 
nous préférions aux viandes salées, et nous tuâmes des oiseaux de mer, que 
nous mangeâmes en salmi ; quoique très-maigres, et d'un goût et d'une 
odeur de poisson insupportables, ils nous parurent, dans la disette de vivres 
frais où nous nous trouvions, presque aussi bons que des bécasses. Les 
goélettes noires, ou absolument blanches, sont particulières à la mer du 
Sud, et je n'en ai jamais aperçu dans l'océan Atlantique ; nous en avons 
beaucoup plus tué que de foux et de frégates : celles-ci volaient en si 
grande quantité autour de nos bâtimens, sur-tout pendant la nuit, que nous 
étions assourdis par le bruit qu'elles faisaient, et on avait de la peine à sui- 
vre une conversation sur le gaillard : nos chasses, qui étaient assez heu- 
reuses, nous vengeaient de leurs criailleries, et nous procuraient un aliment 
supportable ; mais elles disparurent lorsque nous eûmes dépassé le sixième 
degré. Les vents du Nord-Ouest à l'Ouest, qui avaient commencé vers 
le troisième degré de latitude Sud, mais très- faibles et fort clairs, régnèrent 
alors impérieusement, et ils ne cessèrent que par les 1 2 degrés. Une grosse 
houle de l'Ouest rendait notre navigation extrêmement fatigante : nos cor- 
dages, pourris par l'humidité constante que nous avions éprouvée pendant 
notre navigation sur la côte de Tartarie, cassaient à chaque instant, et nous 



JC3BBtfflMfaD8&k T?m~r «S^ 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



119 



ne les remplacions qu'à la dernière extrémité, de crainte d'en manquer; 1787. 
les grains, les orages, la pluie, nous accompagnèrent constamment jusque ecem re ' 
par les 10 d 50', que nous atteignîmes le 2 Décembre. Les vents, sans S. 
cesser d'être à l'Ouest, devinrent plus modérés et très-clâirs j nous fîmes 
des observations de distance qui rectifièrent l'erreur de nos montres : depuis 
notre départ du Kamtschatka, elles paraissaient avoir retardé de cinq mi- 
nutes de temps, où d'un degré ] 5 minutes dont elles donnaient la dongitude 
plus orientale. Nous passâmes, suivant nos longitudes obtenues par dés 
distances de la lune au soleil, dont le résultat était de 1 70 d Y de longitude 
occidentale, précisément sur le point assigné aux îles du Danger de Byron; 
car nous étions par leur latitude, et comme nous n'aperçûmes aucune 
terre, ni le moindre indice qu'il y en eût une à notre proximité, il est évi- 
dent qu'il faut assigner à ces îles une autre longitude : le commodore By- 
ron n'avait navigué que d'après les méthodes fautives de l'estime. Le 
lendemain, 3 Décembre, nous étions, par 1 l d 34' 47" de latitude Sud, et 3, 
170 d ?" ' l" de longitude occidentale suivant nos observations de distance, 
précisément sur le parallèle de l'île de la Belle-Nation de Quiros, et un 
degré plus à l'Est. J'aurais voulu courir quelques degrés dans l'Ouest pour 
la rencontrer ; mais les vents soufflaient directement de cette partie ; et l'île 
est placée d'une manière trop incertaine pour la chercher en louvoyant : je 
crus donc devoir profiter de ces mêmes vents d'Ouest pour atteindre le par- 
allèle des îles des Navigateurs de Bougainville, qui sont une découverte des 
Français, et où nous pouvions espérer de trouver quelques rafraîchissemens 
dont nous avions grand besoin. 






Nous eûmes connaissance de l'île la plus orientale de cet archipel, le 
6 Décembre, à trois heures après midi ; nous fîmes route pour l'ap- 
procher, jusqu'à onze heures du soir, et nous nous tînmes bord sur bord 
le reste de la nuit. Comme je me proposais d'y mouiller, si j'y trouvais 
un ancrage, je passai par le canal qui est entre la grande et la petite île que 
M. de Bougainville avait laissées dans le Sud : il est étroit et n'a guère 
qu'une lieue de largeur, mais il paraissait sain et sans aucun danger. Nous 
étions dans la passe à midi, et nous y observâmes, à un mille de la côte, 
14 d 7 / de latitude .méridionale ; la pointe du Sud de l'une de ces îles nous 



■■ ■» 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 




1787. restait alors au Sud 36* Ouest : ainsi la pointe méridionale de cette île est 

Décembre. située ^ ^ g , de j^^ g^ 

Nous n'aperçûmes de pirogues que lorsque nous fûmes dans le canal : 
nous avions vu des habitations au vent de l'île ; et un groupe considérable 
d'Indiens, assis en rond sous des cocotiers, paraissait jouir, sans émotion, 
du spectacle que la vue de nos frégates leur donnait ; ils ne lancèrent alors 
aucune pirogue à la mer, et ne nous suivirent pas le long du rivage. Cette 
terre, d'environ deux cents toises d'élévation, est très-escarpée, et cou- 
verte, jusqu'à la cime, de grands arbres, parmi lesquels nous distinguions 
un grand nombre de cocotiers : les maisons en sont bâties à peu près à mi- 
côte ; et dans cette, position, les insulaires y respirent un air plus tempéré. 
Nous remarquions auprès, quelques terres défrichées, qui devaient être 
plantées vraisemblablement en patates ou en ignames ; mais en totalité, 
cette île paraît peu fertile ; et, dans toute autre partie de la mer du Sud, 
je l'aurais crue inhabitée: mon erreur eût été d'autant plus grande, que 
même deux petites îles qui forment le côté occidental du canal par lequel 
nous avons passé, ont aussi leurs habitans ; nous vîmes s'en détacher cinq 
pirogues, qui se joignirent à onze autres, sorties de l'île de l'Est ; les pi- 
rogues, après avoir fait plusieurs fois le tour de nos deux bâtimens avec 
un air de méfiance, se hasardèrent enfin à nous approcher, et à former 
avec nous quelques échanges, mais si peu considérables, que nous n'en ob- 
tînmes qu'une vingtaine de cocos et deux poules-sultanes bleues. 'Ces 
insulaires étaient, comme tous ceux de la mer du Sud, de mauvaise foi dans 
leur commerce ; et lorsqu'ils avaient reçu d'avance le prix de leurs cocos, 
il était rare qu'ils ne s'éloignassent pas sans avoir livré les objets d'échange 
convenus : ces vols étaient, à la vérité, de bien peu d'importance, et 
quelques colliers de rassade, avec de petits coupons de drap rouge, ne va- 
laient guère la peine d'être réclamés. Nous sondâmes plusieurs fois dans 
le canal, et une ligne de cent brasses ne rapporta point de fond, quoiqu'à 
moins d'un mille de distance du rivage. Nous continuâmes notre route 
pour doubler une pointe derrière laquelle nous espérions trouver un abri • 
mais l'île n'avait pas la largeur indiquée sur le plan de M. de Bougainville : 
elle se termine au contraire en pointe, et son plus grand diamètre est au 



s'jrwwafcûKWïras^'jES 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



plus d'une lieue. Nous trouvâmes la brise de l'Est battant sur cette côte, 1787. 
qui est hérissée de ressifs ; et il nous fut prouvé qu'on y chercherait en Decembre - 
vain un mouillage. Nous dirigeâmes alors notre route en dehors du canal, 
dans le dessein de prolonger les deux îles de l'Ouest, qui sont ensemble 
à peu près aussi considérables que la plus orientale : un canal de moins de 
cent toises sépare l'une de l'autre } et l'on aperçoit, à leur extrémité occi- 
dentale, un îlot, que j'aurais appelé un gros rocher s'il n'eût été couvert 
d'arbres. Avant de doubler les deux pointes méridionales du canal, nous 
restâmes en calme plat, ballottés par une assez grosse houle qui me fit 
craindre d'aborder l'Astrolabe ; heureusement, quelques folles brises nous 
tirèrent bientôt de cette situation désagréable : elle ne nous avait pas 
permis de faire attention à la harangue d'un vieux Indien, qui tenait une 
branche de kava à la main, et prononçait un discours assez long. Nous 
savions, par la lecture de difFérens voyages, que c'était un signe de paix ; 
et, en lui jetant quelques étoffes, nous lui répondîmes par le mot tayo, 
qui veut dire ami dans l'idiome de plusieurs peuples des îles de la mer du 
Sud : mais nous n'étions pas encore assez exercés pour entendre et pro- 
noncer distinctement les mots des vocabulaires que nous avions extraits des 
Voyages de Cook. 




Lorsque nous fûmes enfin atteints par la brise, nous fîmes de la voile 
pour nous écarter de la côte et sortir de la lisière des calmes. Toutes les 
pirogues nous abordèrent alors ; elles marchent en général assez bien à la 
voile, mais très -médiocrement à la pagaie : ces embarcations ne pourraient 
servir à des peuples moins bons nageurs que ceux-ci; elles chavirent à 
chaque instant ; mais cet accident les surprend et les inquiète moins que 
chez nous la chute d'un chapeau : ils soulèvent sur leurs épaules la pirogue 
submergée; et, après en avoir vidé l'eau, ils y rentrent, bien certains 
d'avoir à recommencer cette opération une demi-heure après, l'équilibre 
étant presque aussi difficile à garder dans ces frêles bâtimens que l'est celui 
de nos voltigeurs sur leurs cordes. Ces insulaires sont généralement grands, 
et leur taille moyenne me parut être de cinq pieds sept à huit pouces ; la 
couleur de leur peau est à peu près celle des Algériens ou des autres peu- 
ples de la côte de Barbarie -, leurs cheveux sont longs et retroussés sur le 
tome II. 



JR 



" 













VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

1787. sommet de la tête ; leur physionomie paraissait peu agréable. Je ne vis 
Décembre. q ue ( j eux f emmeS) e t leurs traits n'avaient pas plus de délicatesse : la plus 




jeune, à laquelle on pouvait supposer dix-huit ans, avait, sur une jambe, 
un ulcère affreux et dégoûtant. Plusieurs de ces insulaires avaient des plaies 
considérables ; et il serait possible que ce fût un commencement de lèpre, 
car je remarquai parmi eux deux hommes dont les jambes ulcérées, et aussi 
grosses que le corps, ne pouvaient laisser aucun doute sur le genre de leur 
maladie. Ils nous approchèrent avec crainte et sans armes, et tout annonce 
qu'ils sont aussi paisibles que les habitans des îles de la Société ou des 
Amis. Nous croyions qu'ils étaient partis sans retour, et leur pauvreté 
apparente ne nous laissait qu'un faible regret ■> mais la brise ayant beaucoup 
molli dans l'après-midi, les mêmes pirogues, auxquelles se joignirent plu- 
sieurs autres, vinrent, à deux lieues au large, nous proposer de nouveaux 
échanges : elles avaient été à terre en nous quittant, et elles retournaient 
un peu plus richement chargées que la première fois. Nous obtînmes des 
insulaires, à cette reprise, plusieurs curiosités relatives à leurs costumes, 
cinq poules, dix poules-sultanes, un petit cochon, et la plus charmante 
tourterelle que nous eussions vue ; elle était blanche, sa tête du plus beau 
violet, ses ailes vertes, et sa guimpe semée de petites taches rouges et 
blanches, semblables à des feuilles d'anémone : ce petit animal était privé, 
mangeait dans la main et dans la bouche -, mais il n'était guère vraisembla- 
ble qu'il pût arriver vivant en Europe : en effet, sa mort ne nous permit 
que de conserver sa robe, qui perdit bientôt tout son éclat. Comme 
l'Astrolabe nous avait toujours précédés dans cette route, les pirogues 
avaient toutes commencé leurs échanges avec M. de Langle, qui avait 
acheté des Indiens deux chiens, que nous trouvâmes très-bons. 



Quoique les pirogues de ces insulaires soient artistement construites, et 
qu'elles forment une preuve de leur habileté à travailler le bois, nous ne 
pûmes jamais parvenir à leur faire accepter nos haches ni aucun instrument 
de fer; ils préféraient quelques grains de verre, qui ne pouvaient leur 
être d'aucune utilité, à tout ce que nous leur offrions en fer et en étoffes. 
Ils nous vendirent un vase de bois, rempli d'huile de coco ; ce vase avait 
absolument la forme d'un de nos pots de terre, et un ouvrier Européen 



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— -. 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

n'aurait jamais cru pouvoir le façonner autrement que sur le tour. Leurs 1787. 
cordes sont rondes, et tressées comme nos chaînes de montres ; leurs nattes D 6061 ™^ 
sont très-fines, mais leurs étoffes inférieures, par la couleur et le tissu, à 
celles des îles de Pâque, et de Sandwich ; il paraît d'ailleurs qu'elles sont 
fort rares, car tous ces insulaires étaient absolument nuds, et ils ne nous en 
vendirent que deux pièces. Comme nous étions certains de rencontrer 
plus à l'Ouest une île beaucoup plus considérable, auprès de laquelle nous 
pouvions nous flatter de trouver au moins un abri, si même il n'y avait un 
port, nous remîmes à faire des observations plus étendues après notre ar- 
rivée dans cette île, qui, suivant le plan de M. de Bougainville, ne doit 
être séparée du dernier îlot que nous avions par notre travers à l'entrée de 
la nuit, que par un canal de huit lieues. Je ne fis que trois ou quatre 
lieues à l'Ouest après le coucher du soleil, et je passai le reste de la nuit 
bord sur bord, à petites voiles ; je fus très-surpris, au jour, de ne pas voir 
la terre sous le vent, et je n'en eus connaissance qu'à six heures du matin, 
parce que le canal est infiniment plus large que celui indiqué sur le plan 
qui m'avait servi de guide : il serait à désirer que les cartes d'un voyage 
qui, par l'exactitude des observations, par l'étendue et l'importance des 
découvertes, ne le cède qu'aux voyages du capitaine Cook, — il serait, dis- 
je, à désirer que les plans particuliers en eussent été dressés avec plus dé 
soin et sur une plus grande échelle. 

Nous n'atteignîmes la pointe du Nord-Est de l'île Maouna qu a cinq 
heures du soir; étant dans l'intention d'y chercher un mouillage, je fis 
signal à l'Astrolabe de serrer le vent, afin de tenir bord sur bord pendant 
la nuit, au vent de l'île, et d'avoir toute la journée du lendemain pour eh 
explorer les plus petits détails. Quoiqu'à trois lieues de terre, trois ou 
quatre pirogues vinrent, ce même soir, à bord, nous apporter des cochons 
et des fruits qu'elles échangèrent contre des rassades, ce qui nous donna là 
meilleure opinion de la richesse de cette île. 

Le 9, au matin, je rapprochai la terre, et nous la prolongeâmes à une 
demi-lieue de distance : elle est environnée d'un ressif de corail, sur lequel 
la mer brisait avec fureur -, mais ce ressif touchait presque le rivage, et la 







VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

1787. côte formait différentes petites anses, devant lesquelles on voyait des inter- 
pecembre. va u es p ar ou pouvaient passer les pirogues, et même vraisemblablement nos 
canots et chaloupes. Nous découvrions des villages nombreux au fond de 
chacune de ces anses, d'où il était sorti une innombrable quantité de 
pirogues chargées de cochons, de cocos, et d'autres fruits, que nous 
échangions contre des verroteries : une abondance aussi grande augmentait 
le désir que j'avais d'y mouiller; nous voyions d'ailleurs l'eau tomber en 
cascades du haut des montagnes au pied des villages. Tant de biens ne me 
rendaient pas difficile sur l'ancrage : je fis serrer la côte de plus près ; et 
à quatre heures, ayant trouvé, à un. mille du rivage et par. trente brasses, 
un banc composé de coquillages pourris et de très-peu de corail, nous y 
laissâmes tomber l'ancre; mais nos fûmes ballottés par une houle très^forte, 
qui portait à terre, quoique le vent vînt de la côte. Nous mimes aussi- 
tôt nos canots à la mer ; et le même jour, M. de Langle et plusieurs 
officiers, avec trois canots armés des deux frégates, descendirent au village, 
où ils furent reçus des habitans de la manière la plus amicale. La nuit 
commençait, lorsqu'ils abordèrent au rivage; les Indiens allumèrent un 
grand feu pour éclairer le lieu du débarquement; ils apportèrent des 
oiseaux, des cochons, des fruits : après un séjour d'une heure, nos canots 
retournèrent à bord. Chacun paraissait satisfait de cet accueil ; et nos 
seuls regrets étaient de voir nos vaisseaux mouillés dans une si mauvaise 
rade, où les frégates roulaient comme en pleine mer. Quoique nous 
fussions à l'abri des vents du Nord au Sud par l'Est, le calme suffisait pour 
nous exposer au plus grand danger, si nos cables se fussent coupés ; et 
l'impossibilité d'appareiller ne nous laissait aucune ressource contre une 
brise un peu forte du Nord-Ouest. Nous savions, par les relations des 
voyageurs qui nous avaient précédés, que les vents alizés sont peu constans 
dans ces parages ; qu'il y est presque aussi aisé de remonter à l'Est que de 
descendre à l'Ouest, ce qui facilite les grandes navigations de ces peuples 
sous le vent : nous avions nous-mêmes fait l'épreuve de cette inconstance 
des vents, et ceux de TOuest ne nous avaient quittés que par les 12 degrés. 
Ces réflexions me firent passer une nuit d'autant plus mauvaise, qu'il se 

formait un orage vers le Nord, d'où les vents soufflèrent avec assez de via* 

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lence ; mais heureusement,, la brise de terre prévalut 



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VOYAGE AUTOUR PU MONDE, 



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CHAPITRE XXIV. 









Mœurs, coutumes, arts, et usages, des insulaires de Maouna. — 
Contraste de ce flays riant et fertile avec la férocité de ses 
habit ans. — La houle devient tr es-for te ; nous sommes con- 
traints d'ajijiareiller. — M* de Dangle, voulant faire de Veau, 
descend à terre avec quatre chaloujies armées.- — Il est assassiné ; 
onze hersonnes des deux equifiages ehrouvént le même sort. — 
Récit circonstancié de cet événement. 

fwi T -, i • t i j 1 •■■ m fât i ali tu* 9. 

JL-ie lendemain, le lever du soleil m annonça une belle journée ; 

je formai la résolution d'en profiter pour reconnaître le pays, observer les 
habitans dans leurs propres foyers, faire de Feau, et appareiller ensuite, la 
prudence ne nie permettant pas de passer une seconde nuit dans ce mouil- 
lage. M. de Langle avait aussi trouvé cet ancrage trop dangereux pour 
y faire un plus long séjour : il fut donc convenu que nous appareillerions 
dans l'après-midi, et que la matinée, qui était très-belle, serait employée, 
en partie, à traiter des fruits et des cochons. Dès la pointe du jour, les 
insulaires avaient conduit autour des deux frégates, cent pirogues remplies 
de différentes provisions quiîs ne voulaient échanger que contre des ràs- 
sades: c'étaient pour eux des diamans du plus grand prix; ils dédaignaient 
nos haches, nos étoffes, et tous nos autres articles de traite. Pendant 
qu'une partie de l'équipage était occupée à-- contenir ' les Indiens, et 
à faire le commerce avec eux, le reste remplissait les ' canots èr. lès cha- 
loupes de futailles vides, pour aller faire de l'eau : nos deux' cha- 
loupes armées, commandées par MM. de Clonard et Colinét, celles de 
l'Astrolabe par MM. de Mohty et Beliegarde, partirent, dans cette vue, 
à tinq heures du mâtin» pour une baie éloignée d'environ une lieue, et lin 



1787. 
Décembre*, 






126 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE» 



1787. peu au vent, situation assez commode, parce que nos canots chargés d'eau 
" pouvaient revenir à la voile et grand largue. Je suivis de très-près MM. 
de Clonard et Monty, dans ma biscayenne, et j'abordai au rivage en même 
temps qu'eux : malheureusement, M. de Langle voulut, avec son petit 
canot, aller se promener dans une seconde anse éloigne'e de notre aiguade 
d'environ une lieue ; et cette promenade, d'où il revint enchanté, trans- 
porté par la beauté du village qu'il avait visité, fut, comme on le verra, 
la cause de nos malheurs. L'anse vers laquelle nous dirigeâmes la route 
de nos chaloupes, était grande et commode ; les canots et les chaloupes y 
restaient à flot, à la marée basse, à une demi-portée de pistolet du rivage ; 
l'aiguade était belle et facile : MM. de Clonard et Monty y établirent le 
meilleur ordre. Une haie de soldats fut postée entre le rivage et les In- 
diens ; ceux-ci étaient environ deux cents, et dans ce nombre, il y avait 
beaucoup de femmes et d'enfans : nous les engageâmes tous à s'asseoir sous 
des cocotiers qui n'étaient qu'à huit toises de distance de nos chaloupes. 
Chacun d'eux avait auprès de lui des poules, des cochons, des perruches, 
des pigeons, des fruits ; tous voulaient les vendre à la fois, ce qui occa- 
sionnait un peu de confusion. 

Les femmes, dont quelques-unes étaient très-jolies, offraient, avec leurs 
fruits et leurs poules, leurs faveurs à tous ceux qui avaient des rassades à 
leur donner. Bientôt elles essayèrent de traverser la haie des soldats, et 
ceux-ci les repoussaient trop faiblement pour les arrêter ; leurs manières 
étaient douces, gaies, et engageantes. Des Européens, qui ont fait le tour 
du monde, des Français, sur-tout, n'ont point d'armes contre de pareilles 
attaques : elles parvinrent, sans beaucoup de peine, à percer les rangs -, 
alors les hommes s'approchèrent, et la confusion augmenta: mais des 
Indiens, que nous prîmes pour des chefs, parurent armés de bâtons, et 
rétablirent l'ordre \ chacun retourna à son poste, et le marché recommença, 
à la grande satisfaction des vendeurs et des acheteurs. Cependant, il s'était 
passé, dans notre chaloupe, une scène qui était une véritable hostilité, et 
que je voulus réprimer sans effusion de sang. Un Indien était monté sur 
Carrière de notre chaloupe ; là, il s'était emparé d'un maillet, et en avait 
assené plusieurs coups sur les bras et le dos d'un de nos matelots. J'or- 



i*r:«a3- J -«f rT vr3 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

donnai à quatre des plus forts marins de s'élancer sur lui, et de le jeter à 1737. 
la mer, ce qui fut exécuté sur-le-champ. Les autres insulaires parurent Décembre * 
improuver la conduite de leur compatriote, et cette rixe n'eut point de 
suite. Peut-être un exemple de sévérité eût-il été nécessaire pour imposer 
davantage à ces peuples, et leur faire connaître combien la force de nos 
armes l'emportait sur leurs forces individuelles; car leur taille d'environ 
cinq pieds dix pouces, leurs membres fortement prononcés et dans les pro- 
portions les plus colossales, leur donnaient d'eux-mêmes une idée de su- 
périorité, qui nous rendait bien peu redoutables à leurs yeux ; mais n'ayant 
que très-peu de temps à rester parmi ces insulaires, je ne crus pas devoir 
infliger de peine plus grave à celui d'entr'eux qui nous avait offensés ; et 
pour leur donner quelque idée de notre puissance, je me contentai de faire 
acheter trois pigeons, qui furent lancés en l'air, et tués à coups de fusil 
devant l'assemblée : cette action' parut leur avoir inspiré quelque crainte ; 
et j'avoue que j'attendais plus de ce sentiment, que de celui de la bien- 
veillance, dont l'homme à peine sorti de l'état sauvage est rarement sus- 
ceptible. 

Pendant que tout se passait avec la plus grande tranquillité, et que nos 
futailles se remplissaient d'eau, je crus pouvoir m'écarter d'environ deux 
cents pas pour aller visiter un village charmant, placé au milieu d'un bois, 
ou plutôt d'un verger, dont les arbres étaient chargés de fruits. Les mai- 
sons étaient placées sur la circonférence d'un cercle,, d'environ cent cin- 
quante toises de diamètre, dont le centre formait une vaste place, tapissée 
de la plus belle verdure -, les arbres qui l'ombrageaient, entretenaient une 
fraîcheur délicieuse. Des femmes, des enfans, des vieillards, m'accom- 
pagnaient, et m'engageaient à entrer dans leurs maisons ; ils étendaient 
les nattes les plus fines et les plus fraîches sur le sol formé par de petits 
cailloux choisis, et qu'ils avaient élevé d'environ deux pieds pour se ga- 
rantir de l'humidité. J'entrai dans la plus belle de ces cases, qui, vrai- 
semblablement, appartenait au chef; et ma surprise fut extrême, de voir 
un vaste cabinet de treillis, aussi bien exécuté qu'aucun de ceux des en- 
virons de Paris. Le meilleur architecte n'aurait pu donner une courbure 
plus élégante aux extrémités de l'ellipse qui terminait cette case ; un rang 




VH VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

1787. de colonnes, à cinq pieds de distance les unes des autres, en formait le 
Décembre. p 0urtour : C es colonnes étaient faites de troncs d'arbres très-proprement 
travaillés, entre lesquels des nattes fines, artistement recouvertes les unes 
par les autres en écailles de poisson, s'élevaient ou se baissaient avec des 
cordes, comme nos jalousies j le reste de la maison était Couvert de feuilles 
de cocotier. 

.Ce pays charmant réunissait encore le double avantage d'une terre fer- 
tile sans culture, et d'un climat qui n'exigeait aucun vêtement. Des 
arbres à pain, des cocos, des bananes, des goyaves, des oranges, présen- 
taient à ces peuples fortunés une nourriture saine et abondante ; des poules, 
des cochons, des chiens, qui vivaient de l'excédant de ces fruits, leur 
offraient une agréable variété de mets. Ils étaient si riches, ils avaient si 
peu de besoins* qu'ils dédaignaient nos instrumens de fer et nos étoffes, et 
ne voulaient que des rassades ; comblés de biens réels, ils ne désiraient 
que des inutilités.. 

Ils avaient vendu, à notre marché, plus de deux cents pigeons-ramiers 
privés, qui ne voulaient manger que dans la main; ils avaient aussi 
échangé les tourterelles et les perruches les plus charmantes, aussi privées 
que les pigeons. Quelle imagination ne se peindrait le bonheur dans un 
séjour aussi délicieux ? Ces insulaires, disions-nous sans cesse, sont sans 
doute les plus heureux habitans de la terre ; entourés de leurs femmes et 
de leurs enfans, ils coulent .au sein du repos des jours purs et tranquilles ; 
ils n'ont d'autre soin que celui d'élever des oiseaux, et, comme le premier 
homme, de cueillir, sans aucun travail, les fruits qui croissent sur leurs 
têtes. Nous nous trompions ; ce beau séjour n'était pas celui de l'inno- 
cence : nous n'apercevions, à la vérité, aucune arme ; mais les corps de 
ces Indiens, couverts de cicatrices, prouvaient qu'ils étaient souvent en 
guerre, ou en querelle entr'eux j et leurs traits annonçaient une férocité 
qu'on n'apercevait pas dans la physionomie des femmes. La nature avait 
!&ns doute laissé cette empreinte sur la figure de ces Indiens, pour avertir 
que l'homme presque sauvage et dans l'anarchie est un être plus méchant 
que les animaux les plus féroces. 



"tfLSi 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Cette première visite se passa sans aucune rixe capable d'entraîner des 
suites fâcheuses ; j'appris cependant qu'il y avait eu des querelles particu- 
lières, mais qu'une grande prudence les avait rendues nulles : on avait jeté 
des pierres à M. Rollin, notre chirurgien-major ; un insulaire, en feignant 
d'admirer un sabre de M. de Monneron, avait voulu le lui arracher, et, 
n'étant resté maître que du fourreau, il s'était enfui tout effrayé en voyant 
le sabre nu. Je m'apercevais qu'en général ces insulaires étaient très-tur- 
bulens, et fort peu subordonnés à leurs chefs; mais je comptais partir 
dans l'après-midi, et je me félicitais de n'avoir donné aucune importance 
aux petites vexations que nous avions éprouvées. Vers midi, je retournai 
à bord, dans ma biscayenne, et les chaloupes m'y suivirent de très-près : 
il me fut difficile d'aborder, parce que les pirogues environnaient nos deux 
frégates, et que notre marché ne désemplissait point. ' J'avais chargé M. 
Boutin du commandement de la frégate lorsque j'étais descendu à terre, et 
je l'avais laissé maître d'établir la police qu'il croirait convenable, en per- 
mettant à quelques insulaires de monter à bord, ou en s'y opposant absolu- 
ment, suivant les circonstances. Je trouvai sur le gaillard sept à huit 
Indiens, dont le plus vieux me fut présenté comme un chef. M. Boutin 
me dit qu'il n'aurait pu les empêcher de monter à bord qu'en ordonnant de 
tirer sur eux ; que lorsqu'ils comparaient leurs forces physiques aux nôtres, 
ils riaient de nos menaces, e£ se moquaient de nos sentinelles ; que, de son 
côté, connaissant mes principes de modération, il n'avait pas voulu em- 
ployer des moyens violens, qui cependant pouvaient seuls les contenir: il 
ajouta que, depuis la présence du chef, les insulaires qui l'avaient précédé, 
à bord, étaient devenus plus tranquilles et moins insolens. Je fis à ce chef 
beaucoup de présens, et lui donnai les marques de la plus grande bien- 
veillance : voulant ensuite lui inspirer une haute opinion de- nos forces, je 
fis faire devant lui différentes épreuves sur l'usage de nos armes j mais leur- 
effet fit peu d'impression sur lui, et il me parut qu'il ne les croyait propres 
qu'à détruire des oiseaux. Nos chaloupes arrivèrent changées d'eau, et je 
fis disposer tout pour appareiller et profiter d'une petite brise de terre qui 
nous faisait espérer d'avoir le temps 'de nous éloigner un peu de la côte; 
M. de Langle revint au même instant de sa promenade ; il me rapportai 
qu'il était descendu dans un superbe port de bateaux,, situé au pied d'un 

TOME II. s 




1787. 

Décembre 






30 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



1787. village charmant, et près d'une cascade de l'eau la plus limpide. En passant 
Décembre, à son bord, il avait donné des ordres pour appareiller ; il en sentait comme 
moi la nécessité; mais il insista avec la plus grande force, pour que nous 
restassions bord sur bord, à une lieue de la côte, et que nous fissions encore 
quelque chaloupées d'eau avant de nous éloigner de l'île : j'eus beau lui 
représenter que nous n'en avions pas le moindre besoin ; il avait adopté le 
système du capitaine Cook ; il croyait que l'eau fraîche était cent fois pré- 
férable à celle que nous avions dans la cale ; et comme quelques personnes 
de son équipage avaient de légers symptômes de scorbut,, il pensait, avec 
raison, que nous leur devions tous les moyens de soulagement. Aucune 
île, d'ailleurs, ne pouvait être comparée à celle-ci pour l'abondance des 
provisions : les deux frégates avaient déjà traité plus de cinq cents cochons, 
une grande quantité de poules, de pigeons, et de fruits ; et tant de biens ne 
nous avaient coûté que quelques grains de verre- 

Je sentais la vérité de ces réflexions, mais un secret pressentiment m'em- 
pêcha d'abord d'y acquiescer ; je lui dis que je trouvais ces insulaires trop 
turbulens pour risquer d'envoyer à terre des canots et des chaloupes qui 
ne pouvaient être soutenus par le feu de nos vaisseaux ; que notre modéra- 
tion n'avait servi qu'à accroître la hardiesse de ces Indiens, qui ne calcu- 
laient que nos forces individuelles, très-inférieures aux leurs : mais rien ne 
put ébranler la résolution de M. de Langle ; il me dit que ma résistance 
me rendrait responsable des progrès du scorbut qui commençait à se mani- 
fester avec assez de violence, et que, d'ailleurs, le port dont il me parlait était 
beaucoup plus commode que celui de notre aiguade ; il me pria enfin de 
permettre qu'il se mît à la tête de la première expédition, m'assurant que, 
dans trois heures, il serait de retour à bord avec toutes les embarcations 
pleines d'eau. M. de Langle était un homme d'un jugement si solide et 
d'une telle capacité, que ces considérations, plus que tout autre motif, 
déterminèrent mon consentement, ou plutôt firent céder ma volonté à la 
sienne : je lui promis donc que nous tiendrions bord sur bord toute la nuit* 
que nous expédierions le lendemain nos deux chaloupes et nos deux canots» 
armés comme il le jugerait à propos, et que le tout serait à ses ordres. 
L'événement acheva de nous convaincre qu'il était temps d'appareiller : en 



'. '^àOéMMA^msi. a.raa-: 




r ni i ■ i 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 13: 

levant l'ancre, nous trouvâmes un toron du cable coupé par le corail j et 1737- 
deux heures plus tard, le cable l'eût été entièrement. Comme nous ne 
mîmes sous voiles qu'à quatre heures après midi, il était trop tard pour 
songer à envoyer nos chaloupes à terre, et nous remîmes leur départ au 
lendemain. La nuit fut orageuse, et les vents qui changeaient à chaque 
instant, me firent prendre le parti de m'éloigner de la côte d'environ trois 
lieues. Au jour, le calme plat ne me permit pas d'en approcher : ce ne 
fut qu'à neuf heures qu'il s'éleva une petite brise du Nord-Est, avec la-* 
quelle j'accostai l'île, dont nous n'étions, à onze heures, qu'à une petite lieue 
de distance ; j'expédiai alors ma chaloupe et mon grand canot, commandés 
par MM. Boutin et Mouton, pour se rendre à bord de l'Astrolabe, aux or- 
dres de M. de Langle ; tous ceux qui avaient quelques légères atteintes de 
scorbut, y furent embarqués, ainsi que six soldats armés, ayant à leur tête 
le capitaine d'armes : ces deux embarcations contenaient vingt-huit hom- 
mes, et portaient environ vingt barriques d'armement, destinées à être rem- 
plies à l'aiguade. MM. de Lamanon et Colinet, quoique malades, furent 
du nombre de ceux qui partirent de la Boussole. D'un autre côté, M. de 
Vaujuas, convalescent, accompagna M. de Langle dans son grand canot ) 
M. Gobien, garde de la marine, commandait la chaloupe, et MM. de la 
Martinière, Lavaux, et le père Receveur, faisaient partie des trente-trois 
personnes envoyées par l'Astrolabe. Parmi les soixante-un individus qui 
composaient l'expédition entière, se trouvait l'élite de nos équipages. M. de 
Langle fit armer tout son monde de fusils et de sabres -, et six pierriers 
furent placés dans les chaloupes : je l'avais généralement laissé le maître de 
se pourvoir de tout ce qu'il croinit nécessaire à sa sûreté. La certitude 
où nous étions de n'avoir eu avec ces peuples aucune rixe dont ils pussent 
conserver quelque ressentiment, l'immense quantité de pirogues qui nous 
environnait au large, l'air de gaieté et de confiance qui régnait dans nos 
marchés, tout tendait à augmenter sa sécurité, et je conviens que la mienne 
ne pouvait être plus grande : mais il était contre mes principes d'envoyer 
à terre sans une extrême nécessité, et sur-tout au milieu d'un peuple nom- 
breux, des embarcations qu'on ne pouvait ni soutenir ni même apercevoir 
de nos vaisseaux. Les chaloupes débordèrent l'Astrolabe à midi et demi; 
et en moins de trois quarts d'heure, elles furent arrivées, au lieu de l'aiguade. 






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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



1737. 
Décembre 



Quelle fut la surprise de tous les officiers, celle de M. de Langle lui-même, 
de trouver, au lieu d'une baie vaste et commode, une anse rempli de co- 
rail, dans laquelle on ne pénétrait que par un canal tortueux de moins de 
vingt-cinq pieds de largeur, et où la houle déferlait comme sur une barre ! 
Lorsqu'ils furent en dedans, ils n'eurent pas trois pieds d'eau ; les chaloupes 
échouèrent, et les canots ne restèrent à flot que parce qu'ils furent halés à 
l'entrée de la passe, assez loin du rivage. Malheureusement, M. de Langle 
avait reconnu cette baie à la mer haute ; il n'avait pas supposé que dans 
ces îles la marée montât de cinq ou six pieds ; il croyait que ses yeux le 
trompaient. Son premier mouvement fut de quitter cette baie pour aller 
dans celle où nous avions déjà fait de l'eau, et qui réunissait tous les avan- 
tages : mais l'air de tranquillité et de douceur des peuples qui l'attendaient 
sur le rivage, avec une immense quantité de fruits et de cochons ; les 
femmes et les enfans qu'il remarqua parmi ces insulaires, qui ont soin de 
les écarter lorsqu'ils ont des vues hostiles ; toutes ces circonstances réunies 
firent évanouir ses premières idées de prudence, qu'une fatalité inconceva- 
ble l'empêcha de suivre. Il mit à terre les pièces à eau des quatre em- 
barcations avec la plus grande tranquillité ; ses soldats établirent le meilleur 
ordre sur le rivage ; ils formèrent une haie qui laissa un espace libre à 
nos travailleurs : mais ce calme ne fut pas de longue durée ; plusieurs des 
pirogues qui avaient vendu leurs provisions à nos vaisseaux, étaient retour- 
nées à terre, et toutes avaient abordé dans la baie de l'aiguade, en sorte que, 
peu à peu, elle s'était remplie : au lieu de deux cents habitans, y compris 
les femmes et les enfans, que M. de Langle y avait rencontrés en arrivant 
à une heure et demie, il s'en trouva mille ou douze cents à trois heures. 
Le nombre des pirogues qui, le matin, avaient commercé avec nous, était 
si considérable, que nous nous étions à peine aperçus qu'il eût diminué 
dans l'après-midi ; je m'applaudissais de les tenir occupées à bord, espérant 
que nos chaloupes en seraient plus tranquilles : mon erreur était extrême -, 
la situation de M. de Langle devenait plus embarrassante de moment en 
moment : il parvint néanmoins, secondé par MM. de Vaujuas, Boutin, Co- 
linet, et Gobien, à embarquer son eau ; mais la baie était presque à sec, et 
il ne pouvait pas espérer de déchouer ses chaloupes avant quatre heures du 
soir : il y entra cependant, ainsi que son détachement, et se posta en avant 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



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avec son fusil et ses fusiliers, défendant de tirer avant qu'il en eût donné 1787. 
l'ordre. Il commençait néanmoins à sentir qu'il y serait bientôt forcé : ^ ecembre ' 
déjà les pierres volaient, et ces Indiens, qui n'avaient de l'eau que jusqu'aux 
genoux, entouraient les chaloupes à moins d'une toise de distance ; les sol- 
dats, qui étaient embarqués, faisaient de vains efforts pour les écarter. Si 
la crainte de commencer les hostilités et d'être accusé de barbarie n'eût 
arrêté M. de Langle, il eût sans doute ordonné de faire sur les Indiens une 
décharge de mousqueterie et de pierriers qui aurait certainement éloigné 
cette multitude : mais il se flattait de les contenir sans effusion de sang, et 
il fut victime de son humanité. Bientôt une grêle des pierres, lancées à 
une très-petite distance avec la vigueur d'une fronde, atteignit presque 
tous ceux qui étaient dans la chaloupe. M. de Langle n'eut que le temps 
de tirer ses deux coups de fusil ; il fut renversé, et tomba malheureusement 
du côté de bâbord de la chaloupe, où plus de deux cents Indiens le massa- 
crèrent sur-le-champ, à coups de massue et de pierres. {Atlas,, N° 66.) 
Lorsqu'il fut mort, ils l'attachèrent par un de ses bras à un tollet de la 
chaloupe, afin, sans doute, de profiter plus sûrement de ses dépouilles. La 
chaloupe de la Boussole, commandée par M. Boutin, était échouée à deux 
toises de celle de l'Astrolabe, et elles laissaient, parallèlement entr'elles, 
un petit canal qui n'était pas occupé par les Indiens : c'est par là que se 
sauvèrent à la nage tous les blessés qui eurent le bonheur de ne pas tomber 
du côté du large -, ils gagnèrent nos canots, qui, étant très-heureusement 
restés à flot, se trouvèrent à portée de sauver quarante-neuf hommes sur 
les soixante-un qui composaient l'expédition. M-. Boutin avait imité tous 
les mouvemens et suivi toutes les démarches de M. de Langle ; ses pièces 
à eau, son détachement, tout son monde, avaient été embarqués en même 
temps et placés de la même manière, et il occupait le même poste sur l'a- 
vant de sa chaloupe. Quoiqu'il craignît les mauvaises suites de la modé- 
ration de M., de Langle, il ne se permit de tirer, et n'ordonna la décharge 
de son détachement, qu'après le feu de son commandant. On sent qu'à la 
distance de quatre ou cinq pas, chaque coup de fusil dut tuer un Indien ; 
mais on n'eut pas le temps de recharger. M. Boutin fut également ren- 
versé par une pierre ; il tomba heureusement entre les deux chaloupes. 
En moins de cinq minutes, il ne resta pas un seul homme sur les deux em- 




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1S4 



VOYAGE AUTOUR DU .MONDE. 






1787. barcations échouées ; ceux qui s'étaient sauvés à la nage vers les deux 
Décembre. canotSj avaient chacun plusieurs blessures, presque toutes à la tête. Ceux, 
au contraire, qui eurent le malheur d'être renversés du côté des Indiens, 
furent achevés dans l'instant, à coups de massue : mais l'ardeur du pillage 
fut telle, que ces insulaires coururent s'emparer des chaloupes, et y mon- 
tèrent au nombre de plus de trois ou quatre cents ; ils brisèrent les bancs, 
et mirent l'intérieur en pièces, pour y chercher nos prétendues richesses. 
Alors, ils ne s'occupèrent presque plus de nos canots, ce qui donna le 
temps à MM. de Vaujuas et Mouton de sauver le reste de l'équipage, et de 
s'assurer qu'il ne restait plus au pouvoir des Indiens que ceux qui avaient 
été massacrés et tués dans l'eau à coups de patow. Ceux qui montaient 
nos canots, et qui jusque-là avaient tiré sur les insulaires et en avaient tué 
plusieurs, ne songèrent plus qu'à jeter à la mer leurs pièces à eau, pour 
que les canots pussent contenir tout le monde : ils avaient, d'ailleurs, pres- 
que épuisé leurs munitions ; et la retraite n'était pas sans difficulté, avec 
une si grande quantité de personnes dangereusement blessées, qui, étendues 
.sur les bancs, empêchaient le jeu des avirons. On doit à la sagesse de 
M. de Vaujuas, au bon ordre qu'il établit, à la ponctualité avec laquelle 
M. Mouton, qui commandait le canot de la Boussole, sut le maintenir, le 
salut des quarante-neuf personnes des deux équipages. M. Boutin, qui 
avait cinq blessures à la tête et une dans l'estomac, fut sauvé entre deux 
eaux par notre patron de chaloupe, qui était lui-même blessé. M. Coli- 
net fut trouvé sans connaissance sur le cablot du canot, un bras fracturé, 
un doigt cassé, et ayant deux blessures à la tête. M. Lavaux, chirurgien- 
major de l'Astrolabe, fut blessé si fortement qu'il fallut le trépaner ; il avait 
nagé néanmoins jusqu'aux canots, ainsi que M. de la Martinière, et le père 
Receveur, qui avait reçu une forte contusion dans l'œil. M. de Lamanon 
jet M. de Langle furent massacrés avec une barbarie sans exemple, ainsi que 
Talin, capitaine d'armes de la Boussole, et neuf autres personnes des deux 
équipages. Le féroce Indien, après les avoir tués, cherchait encore à assou- 
vir sa rage sur leurs cadavres, et ne cessait de les frapper à coups de massue. 
M. Gobien, qui commandait la chaloupe de l'Astrolabe sous les ordres de 
M. de Langle, n'abandonna cette chaloupe que lorsqu'il s'y vit seul ; après 
avoir épuisé ses munitions, il sauta dans l'eau, du côté du petit chenal for- 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

mé par les deux chaloupes, qui, comme je l'ai dit, n'était pas occupé par 1787. 
les Indiens, et malgré ses blessures, il parvint à se sauver dans l'un des Decembre '. 
canots : celui de l'Astrolabe était si chargé, qu'il échoua. Cet événement 
fit naître aux insulaires l'idée de troubler les blessés dans leur retraite ; ils 
se portèrent en grand nombre vers les ressifs de l'entrée, dont les canots 
devaient nécessairement passer à dix pieds de distance : on épuisa, sur ces 
forcenés, le peu de munitions qui restait ; et les canots sortirent enfin de 
cet antre, plus affreux par sa situation perfide et par la cruauté de ses habi-* 
tans, que le repaire, des tigres et. des lions.. 

Us arrivèrent à bord à cinq heures, et- nous apprirent cet événement 
désastreux. Nous avions dans ce moment, autour de nous, cent pirogues, 
ou les naturels vendaient des provisions avec une sécurité qui prouvait leur 
innocence : mais c'étaient les frères, les enfans, les compatriotes de ces bar- 
bares assassins ; et j'avoue que j'eus besoin de toute ma raison pour contenir 
la colère dont j'étais animé, et pour empêcher nos équipages de les massa- 
crer. Déjà les soldats avaient sauté sur les canons, sur les armes : j'arrêtai 
ces mouvemens, qui cependant étaient bien pardonnables, et je fis tirer 
un seul coup de canon à poudre, pour avertir les pirogues de s'éloigner. 
Une petite embarcation, partie de la côte, leur fit part, sans doute, de ce 
qui venait de se passer -, car, en moins d'une heure, il ne resta aucune piro- 
gue à notre vue. Un Indien, gui était sur le gaillard d'arrière de ma 
frégate, lorsque notre canot arriva, fut arrêté par mon ordre et mis aux 
fers i le lendemain, ayant rapproché la côte, je lui permis de s'élancer à la 
mer : la sécurité avec laquelle il était resté sur la frégate, était une preuve 
non équivoque de son innocence. 

Mon projet fut d'abord d'ordonner une nouvelle expédition, pour 
venger nos malheureux compagnons de voyage, et reprendre les débris de 
nos chaloupes. Dans cette vue, j'approchai la côte pour y chercher un 
mouillage ; mais je ne trouvai que ce même fond de corail, avec une 
houle qui roulait à terre et faisait briser les ressifs :, l'anse où s'était exé- 
cuté ce massacre, était d'ailleurs très-enfoncée du côté de l'île, et il ne 
me paraissait guère possible d'en approcher à la portée du canon. M. Bou- 




136 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



1787. 
Décembre 



tin, que ses blessures retenaient alors dans son lit, mais qui avait conservé 
toute sa tête, me représentait en outre que la situation de cette baie était 
telle, que si nos canots, avaient le malheur d'y échouer, ce qui était très- 
probable, il n'en reviendrait pas un seul homme ; car les arbres qui tou- 
chent presque le bord de la mer, mettant les Indiens à l'abri de notre mous- 
queterie, laisseraient les Français que nous débarquerions, exposés à une 
grêle de pierres d'autant plus difficiles à éviter, que, lancées avec beaucoup 
de force et d'adresse, elles faisaient presque le même effet que nos balles, et 
avaient sur elles l'avantage de se succéder plus rapidement : M. de Vaujuas 
était aussi de cet avis. Je ne voulus cependant y donner mon assentiment, 
que lorsque j'eus entièrement reconnu l'impossibilité de mouiller à portée 
de canon du village : je passai deux jours à louvoyer devant la baie ; j'aper- 
çus encore les débris de nos chaloupes échouées sur le sable, et autour 
d'elles une immense quantité d'Indiens. Ce qui paraîtra, sans doute, in- 
concevable, c'est que, pendant ce temps, cinq ou six pirogues partirent de 
la côte, et vinrent avec des cochons, des pigeons, et des cocos, nous propo- 
ser des échanges : j'étais, à chaque instant, obligé de retenir ma colère, 
pour ne pas ordonner de les couler bas. Ces Indiens, ne connaissant d'autre 
portée de nos armes que celle de nos fusils, restaient, sans crainte, à cin- 
quante toises de nos bâtimens, et nous offraient leurs provisions avec beau- 
coup de sécurité. Nos gestes ne les engageaient pas à s'approcher, et ils 
passèrent ainsi une heure entière de l'après-midi du 1 2 Décembre. Aux. 
offres d'échanger des provisions, ils firent succéder les railleries, et je 
m'aperçus aussitôt que plusieurs autres pirogues se détachaient du rivage 
pour venir les joindre. Comme ils ne se doutaient point de la portée de 
nos canons, et que tout me faisait pressentir que je serais bientôt obligé de 
m'écarter de mes principes de modération, j'ordonnai de tirer un coup de 
canon au milieu des pirogues. Mes ordres furent exécutés de la manière 
la plus précise ; l'eau que le boulet fit jaillir entra dans ces pirogues, qui 
dans l'instant s'empressèrent de gagner la terre, et entraînèrent dans leur 
fuite celles qui étaient parties de la côte. 



J'avais de la peine à m'arracher d'un lieu si funeste, et à laisser les corps 
de nos compagnons massacrés; je perdais un ancien ami, homme plein 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

d'esprit, de jugement, de connaissances, et un des meilleurs officiers de la 1787. 
marine Française ; son humanité avait causé sa mort : s'il eût osé se per- Décembre 
mettre de faire tirer sur les premiers Indiens qui entrèrent dans l'eau pour 
environner ses chaloupes, il eût prévenu sa perte, celle de M. de Lamanon, 
et des dix autres victimes de la férocité Indienne : vingt personnes des deux 
frégates étaient en outre grièvement blessées ; et cet événement nous pri- 
vait, pour l'instant, de trente-deux hommes, et de deux chaloupes, les 
seuls bâtimens à rames qui pussent contenir un nombre assez considérable 
d'hommes armés pour tenter une descente. Ces considérations dirigèrent 
ma conduite ultérieure : le plus petit échec m'eût forcé de brûler une des 
deux frégates pour armer l'autre. J'avais à la vérité une chaloupe en 
pièces, mais je ne pouvais la monter qu'à ma première relâche. S'il n'avait 
fallu à ma colère que le massacre de quelques Indiens, j'avais eu occasion 
de détruire, de couler bas, de briser cent pirogues qui contenaient plus de 
cinq cents personnes ; mais je craignis de me tromper au choix des vic- 
times : le cri de ma conscience leur sauva la vie. Ceux à qui ce récit rap- 
pellera la catastrophe du capitaine Cook, ne doivent pas perdre de vue que 
ses- bâtimens étaient mouillés dans la baie de Karakakooa; que leurs canons 
les rendaient maîtres des bords de la mer ; qu'ils pouvaient y faire la loi, et 
menacer de détruire les pirogues restées sur le rivage, ainsi que les villages 
dont la côte était bordée : nous, au contraire, nous étions au large, hors 
de la portée du canon, obligés de nous éloigner de la côte lorsque nous 
avions à craindre le calme ; une forte houle nous portait toujours sur les 
ressifs, où nous aurions pu, sans doute, mouiller avec des chaînes de fer, 
mais c'eût été hors de portée de canon du village -, enfin la houle, suffisait 
pour couper le cable à l'écubier, et par-là exposer les frégates au danger 
le plus imminent. J'épuisai donc tous les calculs de probabilité avant de 
quitter cette île funeste ; et il me fut démontré que le mouillage était im- 
praticable, et l'expédition téméraire sans le secours des frégates -, le succès 
même eût été inutile, puisque bien certainement il ne restait pas un seul 
homme en vie au pouvoir des Indiens, que nos chaloupes étaient brisées 
et échouées, et que nous avions à bord les moyens de les remplacer. Je 
fis route en conséquence, le 14, pour une troisième île, que j'apercevais à 14. 
l'Ouest un quart Nord-Ouest, et dont M. de Bougainville avait eu con- 

TOME II. T 








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138 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



1737. naissance du haut des mâts seulement, parce que le mauvais temps l'en 
cem re " avait écarté : elle est séparée de celle de Maouna, par un canal de neuf 
lieues. Les Indiens nous avaient donné les noms des dix îles qui composent 
leur archipel ; ils en avaient marqué grossièrement la place sur un papier ; 
et quoiqu'on ne puisse guère compter sur le plan qu'ils en tracèrent, il pa- 
raît cependant probable que les peuples de ces diverses îles forment en- 
tr'eux une espèce de confédération, et qu'ils communiquent très-fréquem- 
ment ensemble. Les découvertes ultérieures que nous avons faites, ne nous 
permettent pas de douter que cet archipel ne soit plus considérable, aussi 
peuplé et aussi abondant en vivres, que celui de la Société ; il est même 
vraisemblable qu'on y trouverait de très-bons mouillages : mais n'ayant plus 
de chaloupe, et voyant l'état de fermentation des équipages, je formai la 
résolution de ne mouiller qu'à la baie Botanique, dans la nouvelle Hollande:, 
où je me proposais de construire une nouvelle chaloupe avec les pièces que 
j'avais à bord. Je voulais néanmoins, pour le progrès de la géographie> 
explorer les différentes îles que je rencontrerais, et déterminer exactement 
leur longitude et leur latitude; j'espérais aussi pouvoir commercer avec ces 
insulaires en restant bord sur bord, près de leurs îles : je laisse volontiers à 
d'autres le soin d'écrire l'histoire très-peu intéressante de ces peuples bar- 
bares. Un séjour de 24- heures, et la relation de nos malheurs, suffisent 
pour faire connaître leurs mœurs atroces, leurs arts, et les productions d'un 
des plus beaux pays de la nature. 

Avant de continuer le récit de notre route, le long des îles de cet archi- 
pel, je crois devoir donner la relation de M. de Vaujuas, qui commanda la 
retraite de la baie de Maouna. Quoiqu'il n'eût été à terre que comme con- 
valescent, et qu'il n'y fût point en service, les circonstances lui rendirent 
ses forces, et il ne sortit de la baie qu'après s'être assuré qu'il ne restait pas 
un seul Français au pouvoir des Indiens. 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



1787. 
Décembre. 



Relation de M. de Vaujuas. 

" Le Mardi, 1 1 Décembre, à onze heures du matin, M. de la Pérou se 
envoya sa chaloupe et son canot, chargés de futailles, avec un détache- 
ment de soldats armés, pour faire partie d'une expédition aux ordres de 
M. de Langle. M. Eoutin avait déjà pris des renseignemens sur les 
moyens de maintenir l'ordre et de pourvoir à notre sûreté quand les ca- 
nots iraient à terre. A la même heure, notre capitaine fit aussi mettre 
ses embarcations à la mer, et les fit également charger de futailles et 
d'armes. A midi et demi, les frégates étant à trois quarts de lieue de 
terre, les amures à bâbord, les quatre embarcations partirent pour aller 
faire de l'eau dans une anse reconnue par M. de Langle. Cette aiguade 
était sous le vent de celle où l'on avait déjà été : M. de Langle l'avait 
jugée préférable, parce qu'elle lui paraissait moins habitée et aussi com- 
mode ; mais la première avait sur celle-ci l'avantage d'avoir une entrée 
beaucoup plus facile, et assez de profondeur pour que les chaloupes ne 
courussent pas risque d'y échouer. 

" M. de Langle me proposa, quoique je fusse convalescent et faible, de 
l'accompagner pour me promener et prendre l'air de terre ; il se chargea 
du commandement du canot, et confia celui de la chaloupe à M. Gobien; 
M. Boutin commandait celle de la Boussole, et M. Mouton, le canot. 
M. Colinet et le père Receveur, tous deux malades, MM. de Lamanon, 
la Martinière, et Lavaux, nous accompagnèrent, ainsi que plusieurs per- 
sonnes des deux frégates ; nous formions, y compris les équipages des 
deux canots, un détachement de soixante -une personnes. 



" Quand nous fûmes en route, nous vîmes avec peine qu'une grande partie 
" des pirogues qui étaient le long du bord, nous suivait et venait à la même 
" anse ; nous vîmes aussi, le long des rochers qui la séparent des baies 
" voisines, beaucoup de naturels qui s'y rendaient des autres villages. Ar- 
" rivés au ressif qui forme l'anse de Faiguade, et qui ne laisse pour les 



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140 



1787. 
Décembre. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

" canots qu'un passage étroit et peu profond, nous reconnûmes que la mer 
" était basse, et que les chaloupes ne pouvaient entrer dans l'anse sans 
" échouer : effectivement, elles touchèrent à demi-portée de fusil du 
" rivage, dont nous n'approchâmes qu'en les poussant sur le fond avec les 
" avirons. Cette baie s'était présentée au capitaine sous un point de vue 
" plus favorable, parce que la mer était moins basse quand il en avait fait 
" la reconnaissance. 



" A notre arrivée, les sauvages qui bordaient la côte, au nombre de sept 
à huit cents, jetèrent dans la mer, en signe de paix, plusieurs branches 
de l'arbre dont les insulaires de la mer du Sud tirent leur boisson en- 
ivrante. En abordant, M. de Langle donna des ordres pour que chaque 
embarcation fût gardée par un soldat armé et un matelot, tandis que les 
équipages des chaloupes s'occuperaient à faire de l'eau, sous la pro- 
tection d'une double haie de fusiliers qui s'étendrait des chaloupes 
à l'aiguade. Les futailles remplies, on les embarqua tranquillement ; 
les insulaires se laissaient assez contenir par les soldats armés : il y 
avait parmi eux un certain nombre de femmes et de filles très-jeunes, 
qui s'offraient à nous de la manière la plus indécente, et dont les 
avances ne furent pas universellement rejetées ; nous n'y vîmes que 
quelques enfans. 

" Vers la fin du travail, le nombre des naturels augmenta encore, et ils 
devinrent plus incommodes. Cette circonstance détermina M. de Lan- 
gle à renoncer au projet qu'il avait eu d'abord de traiter de quelques 
vivres ; il donna ordre de se rembarquer sur-le-champ; mais auparavant, 
et ce fut, je crois, la première cause de notre malheur, il fit présent de 
quelques rassades à des espèces de chefs, qui avaient contribué à tenir 
les insulaires un peu écartés : nous étions pourtant certains que cette 
police n'était qu'un jeu ; et si ces prétendus chefs avaient en effet de 
l'autorité, elle ne s'étendait que sur un très-petit nombre d'hommes. 
Ces présens distribués à cinq ou six individus, excitèrent le mécontente- 
ment de tous les autres ; il s'éleva dès-lors une rumeur générale, et nous 
ne fûmes plus maîtres de les contenir : cependant ils nous laissèrent 
monter dans nos chaloupes ; mais une partie de ces insulaires entra dans 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

«* la mer pour nous suivre, tandis que les autres ramassaient des pierres sur 1787. 
« le rivage. Décembre. 



" Comme les chaloupes étaient échouées un peu loin de la grève, il 
fallut nous mettre dans l'eau jusqu'à la ceinture pour y arriver ; et dans 
ce trajet, plusieurs soldats mouillèrent leurs armes : c'est dans cette 
situation critique que commença la scène d'horreur dont je vais parler. 
A peine étions-nous montés dans les chaloupes, que M. de Langle donna 
ordre de les déchouer et de lever le grappin : plusieurs insulaires des 
plus robustes voulurent s'y opposer, en retenant le cablot. Le capi- 
taine, témoin de cette résistance, voyant le tumulte augmenter, et 
quelques pierres arriver jusqu'à lui, essaya, pour intimider les sauvages, 
de tirer un coup de fusil en l'air ; mais, bien loin d'en être effrayés, ils 
firent le signal d'une attaque générale : bientôt une grêle de pierres lan- 
cées avec autant de force que de vitesse fond sur nous ; le combat s'en- 
gage de part et d'autre, et devient général : ceux dont les fusils sont en 
état de tirer, renversent plusieurs de ces forcenés ; mais les autres In- 
diens n'en sont nullement troublés, et semblent redoubler de vigueur ; 
une partie d'entr'eux s'approche de nos chaloupes, tandis que les autres, 
au nombre de six à sept cents, continuent la lapidation la plus effrayante 
et la plus meurtrière. 



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" Au premier acte d'hostilité, je m'étais jeté à la mer pour passer dans 
le canot de l'Astrolabe, qui était dépourvu d'officiers : la circonstance 
me donna des forces pour le petit trajet que j'avais à faire, et, malgré 
ma faiblesse et quelques coups de pierres que je reçus dans ce moment, 
je montai dans le canot sans aucun secours. Je vis avec désespoir qu'il 
ne s'y trouvait presque pas une arme qui ne fût mouillée, et qu'il ne 
me restait d'autre parti à prendre, que de tâcher de le mettre à flot en 
dehors du ressif, le plutôt possible. Cependant le combat continuait, et 
les pierres énormes lancées par les sauvages, blessaient toujours 
quelques-uns de nous : à mesure qu'un blessé tombait à la mer du 
côté des sauvages, il était achevé à l'instant, à coups de pagaie ou de 
massue. 



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142 



VOYAGE AUTOUIl DU MONDE. 



1787. " M. de Langle fut la première victime de la férocité de ces barbares, 
m " auxquels il n'avait fait que du bien. Dès le commencement de l'atta- 
" que, il fut renversé sanglant de dessus le traversin de la chaloupe, où il 
" était monté, et il tomba à la mer avec le capitaine d'armes et le maître 
" charpentier, qui se trouvaient à ses côtés : la fureur avec laquelle les in- 
" sulaires s'acharnèrent sur le capitaine, sauva ces deux-ci, qui vinrent à 
" bout de gagner le canot ; ceux qui étaient dans les chaloupes, subirent 
" bientôt le même sort que notre malheureux chef, à l'exception cepen- 
" dant de quelques-uns, qui, en s'esquivant, purent gagner le ressif, d'où ils 
" nagèrent vers les canots. En moins de quatre minutes, les insulaires se 
" rendirent maîtres des deux chaloupes, et j'eus la douleur de voir massa- 
£{ crer jios infortunés compagnons, sans pouvoir leur porter aucun secours. 
" Le canot de l'Astrolabe était encore en dedans du ressif, et je m'atten- 
f< dais, à chaque instant, à lui voir éprouver le sort des chaloupes : mais 
" l'avidité des insulaires le sauva ; le plus grand nombre se précipita dans 
" ces chaloupes, et les autres se contentèrent de nous jeter des pierres : 
" plusieurs néanmoins vinrent nous attendre dans la passe et sur les ressifs. 
" Quoique la houle fût forte et le vent debout, nous parvînmes cependant, 
il malgré leurs pierres, et les blessures dangereuses de beaucoup d'entre 
" nous, à quitter cet endroit funeste, et à joindre en dehors M. Mouton, 
*' commandant le canot de la Boussole : celui-ci, en jetant à la mer ses 
«' pièces à eau, avait allégé son canot, pour faire place à ceux qui at- 
•" teignaient son bord. J'avais recueilli dans celui de l'Astrolabe, M M. 
" Boutin et Colinet, ainsi que plusieurs autres personnes. Ceux qui 
•" s'étaient sauvés dans les canots étaient tous plus ou moins blessés ; ainsi 
iC les canots se trouvaient sans défense, et il était impossible de songer à 
" rentrer dans une baie, dont nous étions trop heureux d'être sortis, pour 
" aller faire tête à mille barbares en fureur : c'eût été nous exposer, sans 
" utilité, à une mort certaine. 






" Nous fîmes donc route pour revenir à bord des deux frégates, qui, à 
" trois heures, au moment du massacre, avaient pris le bord du large : on 
fC ne s'y doutait seulement pas que nous courussions le moindre danger; la 
" brise était fraîche, et les frégates étaient fort loin au vent, circonstance 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

fâcheuse pour nous, et sur-tout pour ceux dont les blessures exigeaient 1787. 
un pansement prompt : à quatre heures, elles reprirent le bord de terre. Décembre J 
Dès que nous fumes en dehors des ressifs, je mis à la voile au plus près 
pour m'éloigner de la côte, et je fis jeter à la mer tout ce qui pouvait 
retarder la marche du canot, qui était rempli de monde. Heureusement, 
les insulaires, occupés du pillage des chaloupes, ne songèrent point à 
nous poursuivre : nous n'avions pour toute défense que quatre ou cinq 
sabres, et deux outrais coups de fusil à tirer, faible ressource contre 
deux ou trois cents barbares, armés de pierres et de massues, et qui 
montent des pirogues très-légères, avec lesquelles ils se tiennent à la 
distance qui leur convient. Quelques-unes de ces pirogues se détachè- 
rent de la baie peu après notre sortie ; mais elles firent voile le long de 
la côte, d'où l'une d'elles partit pour aller avertir celles qui étaient 
restées à bord des frégates : en passant, cette pirogue eut l'insolence de 
nous faire des signes menaçans ; ma position m'obligeait à suspendre ma 
vengeance, et à réserver pour notre défense les faibles moyens qui nous 
restaient. 



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' Quand nous fûmes au large, je fis nager debout au vent, vers les fré- 
gates ; nous mîmes un mouchoir rouge à la tête du mât, et, en appro- 
chant, nous tirâmes nos trois derniers coups de fusil ; M. Mouton fit 
aussi, avec deux mouchoirs, le signal de demander du secours : mais 
l'on ne nous aperçut que lorsque nous fûmes près du bord. Alors 
l'Astrolabe, qui était la frégate la plus voisine, arriva sur nous; j'y 
déposai, à quatre heures et demie, les plus blessés ; M. Mouton en fit 
autant, et nous nous rendîmes, sur-le-champ, à bord de la Boussole, où 
j'appris au général cette triste nouvelle : sa surprise fut extrême, d'après 
les précautions que sa prudence lui avait inspirées, et la juste confiance 
qu'il avait dans celle de M. de Langïe; je ne puis comparer sa désolation 
qu'à celle que j'éprouvais moi-même. Ce désastre nous rappela vive- 
ment celui du 13 Juillet 1786, et acheva de répandre l'amertume sur 
notre voyage ; trop heureux encore, dans cette circonstance malheu- 
reuse, que la plus grande partie de ceux qui étaient à terre se fût sauvée t 




ïït;«3p 



144 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



1787. " si l'ardeur du pillage n'eût arrêté ou fixé un moment la fureur des 
Décembre (( sauva g es> aucun de nous n'eût échappé. 

" Il est impossible d'exprimer la sensation que ce funeste événement 
" causa sur les deux frégates ; la mort de M. de Langle, qui avait la con- 
" fiance et l'amitié de son équipage, mit, à bord de l'Astrolabe, tout le 
" monde au désespoir j les insulaires qui se trouvaient le long du bord, 
" lorsque j'y arrivai, et qui ignoraient cet événement, furent sur le point 
" d'être immolés à la vengeance de nos matelots, que nous eûmes la plus 
" grande peine à contenir. L'affliction générale qui régna à bord, est le 
" plus bel éloge funèbre qu'on puisse faire du capitaine. Pour moi, j'ai 
" perdu en lui un ami bien plus qu'un commandant, et l'intérêt qu'il me 
** témoignait, me le fera regretter toute ma vie \ trop heureux si j'avais 
" pu lui donner des marques de mon attachement et de ma reconnaissance, 
" en me sacrifiant pour lui ! Mais ce brave officier, plus exposé que les 
" autres, fut la première proie des bêtes féroces qui nous assaillirent. Dans 
" l'état de faiblesse où me tenait ma convalescence, j'avais été à terre sans 
*« armes et sous la sauve-garde des autres; toutes les munitions étaient 
" épuisées ou mouillées, lorsque j'arrivai au canot, et je ne pus qu'y 
" donner des ordres malheureusement trop inutiles. 

** Je serais injuste envers ceux qui eurent comme moi le bonheur de se 
« sauver, si je ne déclarais qu'ils se conduisirent avec toute la bravoure et 
" le sang-froid possibles. MM. Boutin et Colinet, qui, malgré leurs 
te graves blessures, avaient conservé la même force de tête, voulurent bien 
" m'aider de leurs conseils, qui me furent très-utiles ; je fus encore par- 
" faitement secondé par M. Gobien, qui fut le dernier à quitter la cha- 
« loupe, et dont l'exemple, l'intrépidité, et les discours, ne contribuèrent 
" pas peu à rassurer ceux des matelots qui auraient pu éprouver quelques 
" craintes. Les officiers mariniers, matelots, et soldats, exécutèrent, avec 
" autant de zèle que de ponctualité, les ordres qui leur furent donnés. M. 
" Mouton n'eut également qu'à se louer de l'équipage du canot de la 
46 Boussole. 



25.~ 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



"145 



*' Toutes les personnes qui étaient à terre peuvent attester, comme moi, 1787. 
** qu'aucune violence, qu'aucune imprudence de notre part, ne précéda J - )ecembrc - 
" l'attaque des sauvages. Notre capitaine avait donné, à cet égard, les 
" ordres les plus stricts, et personne ne s'en écarta." 

Signé Vaujuas. 



Etat des individus massacrés jiar les Sauvages de Vîle Maouna y 

le II Décembre 1787. 






M. De Langle 
Yves Hamon 
Jean Redellec 
François Feret 
Laurent Robin 
Un Chinois 
Louis David 
Jean Geraud 



L'ASTROLABE. 

- - - Capitaine de vaisseau, commandant. 



_ J 



> Matelots. 



Canonnier servant. 
Domestique. 



M. Lamanon 
Pierre Talin 
André Roth 
Joseph Rayes 



LA BOUSSOLE. 



Physicien et naturaliste. 
Maître canonnier. 

> Canonniers servans. 



Les autres personnes de l'expédition ont toutes été plus ou moins griève- 
ment blessées.. 



TOME II. 



V 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE» 



CHAPITRE XXV. 

Déjiart de Vite Maouna. — Description de Vile d'Oyolava. — 
Échanges avec ses habita?is. — Vue de l'île de Pola. — Nou- 
veaux détails sur les mœurs, les arts, les usages des naturels 
de ces îles, et sur les productions de leur sol.— Rencontre des 
îles des Cocos et des Traîtres. 



1787. -Le 14 Décembre, je fis route vers l'île d'Oyolava, dont noua 

Décembre. av ions eu connaissance cinq jours avant d'atteindre le mouillage qui nous- 
fut si funeste. M. de Bougainville en avait reconnu de très-loin la partie 
méridionale indiquée sur le plan qu'il a donné de cet archipel : cette île est 
séparée de celle de Maouna ou du Massacre, par un canal d'environ neuf 
lieues ; et l'île de Taïti peut à peine lui être comparée pour la beauté, 
l'étendue, la fertilité, et l'immense population. Parvenus à la distance de 
trois lieues de sa pointe du Nord-Est, nous fûmes environnés d'une in- 
nombrable quantité de pirogues, chargées de fruits à pain, de cocos, de 
bananes, de cannes à sucre, de pigeons, de poules-sultanes, mais de très- 
peu de cochons. Les habitans de cette île ressemblaient beaucoup à ceux 
de l'île Maouna, qui nous avaient si horriblement trahis ; leur costume, 
leurs traits, leur taille gigantesque, en différaient si peu, que nos matelots 
crurent reconnaître plusieurs des assassins, et j'eus beaucoup de peine à les 
empêcher de tirer sur eux : mais j'étais certain que leur colère les aveu- 
glait; et une vengeance que je n'avais pas cru pouvoir me permettre sur 
des pirogues de l'île même de Maouna, au moment où j'appris cet affreux 
événement, ne pouvait être licitement exercée quatre jours après, dans une 
autre île, à quinze lieues du champ de bataille. Je parvins donc à appaiser 
cette fermentation, et nous continuâmes nos échanges : il y régna beau- 
coup plus de tranquillité et de bonne foi qu'à l'île Maouna, parce que les 



aEnasaJiMiiftYi a.-."3K.r : 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

plus petites injustices étaient punies par des coups, ou réprimées par des 1787. 
paroles et des gestes menaçans. A quatre heures après midi, nous mîmes Decem Ie 
en panne par le travers du village le plus étendu peut-être qui soit dans 
aucune île de la mer du Sud, ou plutôt vis-à-vis une très-grande plaine 
couverte de maisons depuis la cime des montagnes jusqu'au bord de la 
mer : ces montagnes sont à peu près au milieu de l'île, d'où le terrain 
s'incline en pente douce, et présente aux vaisseaux un amphithéâtre cou- 
vert d'arbres, de cases, et de verdure ; on voyait la fumée s'élever du sein 
de ce village, comme du milieu d'une grande ville ; la mer était couverte 
de pirogues qui toutes cherchaient à s'approcher de nos bâtimens ; plusieurs 
n'étaient pagayées que par des curieux, qui, n'ayant rien à nous vendre, 
faisaient le tour de nos vaisseaux, et paraissaient n'avoir d'autre objet que 
de jouir du spectacle que nous leur donnions. 

La présence des femmes et des enfans qui se trouvaient parmi eux, pou- 
vait fair présumer qu'ils n'avaient aucune mauvaise intention ; mais nous 
avions de trop puissans motifs pour ne plus nous fier à ces apparences, et 
nous étions disposés à repousser le plus petit acte d'hostilité, d'une manière 
qui eût rendu les navigateurs redoutables à ces insulaires. Je suis assez 
porté .*à croire que nous sommes les premiers qui ayons commercé avec ces 
peuples: ils n'avaient aucune connaissance du fer; ils rejetèrent constam- 
ment celui que nous leur offrîmes, et ils préféraient un seul grain de ras- 
sade à une hache, ou à un clou de six pouces ; ils étaient riches des biens 
de la nature, et ne recherchaient dans leurs échanges que des superfluités 
et des objets de luxe. Parmi un assez grand nombre de femmes, j'en re- 
marquai deux ou trois d'une physionomie agréable, et qu'on croirait avoir 
servi de modèle au dessin de la porteuse de présens du troisième Voyage de 
Cook ; leurs cheveux, ornés de rieurs, et d'un ruban vert, en forme de ban- 
deau, étaient tressés avec de l'herbe et de la mousse ; leur taille était élé- 
gante, la forme de leurs bras arrondie, et dans les plus justes proportions ; 
leurs yeux, leur physionomie, leurs gestes, annonçaient de la douceur, tan- 
dis que ceux des hommes peignaient la surprise et la férocité. 

A l'entrée de la nuit, nous continuâmes notre route en prolongeant l'île. 






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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

1787. et les pirogues retournèrent vers la terre ; le rivage, couvert de brisans, ne 
jjecem rc. présentait point d'abri à nos vaisseaux, parce que la mer du Nord-Est s'élève 
et bat avec fureur contre la côte du Nord sur laquelle nous naviguions. Si 
j'avais eu dessein de mouiller, j'aurais probablement trouvé un excellent 
abri dans la partie de l'Ouest : en général, entre les tropiques, ce n'est pres- 
que jamais que sous le vent des îles que les navigateurs doivent chercher des 
ancrages. Je restai en calme plat toute la journée du lendemain ; il y eut 
beaucoup d'éclairs, suivis de coups de tonnerre et de pluie. Nous ne fûmes 
accostés que par très-peu de pirogues, ce qui me fit croire qu'on avait ap- 
pris à Oyolava notre événement de l'île Maouna ; cependant comme il était 
possible que l'orage et les éclairs eussent retenu les pirogues dans leurs 
ports, mon opinion pouvait n'être qu'une conjecture ; mais elle acquit beau- 
coup de probabilité le 17. En effet, lorsque nous fûmes le long de l'île 
de Pola, que nous rangeâmes beaucoup plus près que la précédente, nous 
ne fûmes visités par aucune pirogue : je jugeai alors que ces peuples n'a- 
vaient pas encore fait assez de progrès dans la, morale, pour savoir que la 
peine ne devait retomber que sur les coupables, et que la punition des 
seuls assassins eût surfî à notre vengeance. L'île de Pola, un peu moins 
grande que celle d' Oyolava, mais aussi belle, n'en est séparée que par uEf 
canal d'environ quatre lieues* coupé lui-même par deux îles assez considé- 
rables, dont une, fort basse et très-boisée, et probablement habitée. La 
côte du Nord de Pola, comme celle des autres îles de cet archipel, est in- 
abordable pour les vaisseaux j mais, en doublant la pointe Ouest de cette 
île, on trouve une mer calme et sans brisans, qui promet d'excellentes radesv 

Nous avions appris des insulaires de Maouna, que l'archipel des Naviga- 
teurs est composé de dix îles; savoir: Opoun, la plus à l'Est; Léoné> 
Fanfoué, Maouna, Oyolava, Câlinasse, Pola, Shika, Ossamo, et Ouera. 



Nous ignorons la position des trois dernières : les Indiens, sur le plan 
qu'ils tracèrent de cet archipel, les placèrent dans le Sud d'Oyolava ; mais 
si elles avaient eu la position qu'ils leur assignèrent, il est certain, d'après 
la route de M. de Bougainville, que ce navigateur en aurait eu connais- 
sance. Malgré la patience et la sagacité ds M. Blondelas, qui s'était parti-* 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



149 



culièrement attaché à tirer quelques éclaircissemens géographiques des in- 1787. 
sulaires, il ne put parvenir à former aucune conjecture sur leur gisement; Décembre « 
mais la suite de notre navigation nous a appris que deux de ces trois îles 
pouvaient être celles des Cocos et des Traîtres*, placées, d'après les obser- 
vations du capitaine Wallis, l d 15 / trop à l'Ouest. 

Opoun, la plus méridionale comme la plus orientale de ces îles, est par 
14 d Y de latitude Sud, et par 171 d 27' l" de longitude occidentale. Un 
coup d'ceil sur le plan {Atlas> N° 64) fera connaître la position respective 
de ces îles, leur grandeur, et leur distance relative : un point de chacune 
d'elles est assujetti à des déterminations exactes de latitude et de longitude, 
marquées sur ce même plan, et déduites du résultat de plusieurs distances 
de la lune au soleil, qui ont servi à corriger l'erreur de nos horloges marines. 
Plusieurs géographes attribuent à Roggewein la découverte de ces îles, 
auxquelles, selon eux, il donna, en 1721, le nom d'îfes Beauman ; mais, ni 
les détails historiques sur ces peuples, ni la position géographique que 
l'historien du Voyage de Roggewein -f assigne à ces îles, ne s'accordent 
avec cette opinion. Voici comme il s'explique à ce sujet : 

" Nous découvrîmes trois îles à la fois, sous le 1 2 e degré de latitude ; 
elles paraissaient très-agréables à la vue : nous les trouvâmes garnies de 
beaux arbres fruitiers, et de toutes sortes d'herbes, de légumes, et de 
plantes ; les insulaires qui venaient au-devant de nos vaisseaux, nous 
offraient toutes sortes de poissons, des cocos, des bananes, et d'autres 
fruits excellens : il fallait que ces îles fussent bien peuplées, puisqu'à 
notre arrivée, le rivage était rempli de plusieurs milliers d'hommes et de 
femmes ; la plupart de ceux-là portaient des arcs avec des flèches. Tous 
ceux qui habitent ces îles sont blancs, et ne diffèrent des Européens qu'en 
ce que quelqu'uns d'entr'èux ont la peau brûlée par l'ardeur du soleil : 
ils paraissaient bonnes gens, vifs et gais dans leurs conversations, doux et 
humains les uns envers les autres; et dans leurs. manières, on ne pouvait 



* Wallis a nommé ces îles Boscaiven et Kèppel (N. D. R.> 

f La relation historique du Voyage de Roggewein, rapportée par le président Desbrosses, z-.êté- 
écrite en langue Française, en 1739, par un Allemand, natif de Meckelbourg, sergent-major de* 
troupes embarquées sur la flotte de Roggevœin,. 



:;*r. : «3**« 



150 



YOÎAGE AUTOUR DU MONDE. 



1787. "apercevoir rien de sauvage ; ils n'avaient pas non plus le corps peint 
Décembre. (C comme ce ux des îles que nous ayions découvertes auparavant; ils étaient 
*' vêtus, depuis la ceinture jusqu'au talon, de franges d'une étoffe de soie 
t( artistement tissue ; ils ayaient la tête couverte d'un chapeau pareil, très- 
*' £n et très-large, pour les garantir de l'ardeur du soleil. Quelques-unes 
" de ces îles avaient dix, quatorze, et jusqu'à vingt milles de circuit : nous 
*' les appelâmes îles de Beauman, du nom du capitaine du vaisseau Tien- 
•" hoven, qui les avait vues le premier. Il faut avouer (ajoute l'auteur) 
*' que c'est la nation la plus humanisée et la plus honnête que nous ayons 
*' rencontrée dans les îles de la mer du Sud. Toutes les côtes de ces îles 
.<* sont d'un bon ancrage ; on y mouille sur treize jusqu'à vingt brasses 
** d'eau." 

On verra dans la suite de ce chapitre, que ces détails n'ont presque aucun 
rapport avec ceux que nous avons à donner sur les peuples des îles des 
Navigateurs : comme la position géographique ne s'y rapporte pas davan- 
tage, et qu'il existe une carte Allemande, sur laquelle la route de Rogge- 
wein est tracée, et qui place ces îles par 15 d , je suis fondé à croire que les 
îles Beauman ne sont pas les mêmes que celles auxquelles M. de Bougain- 
ville a donné le nom à' îles des Navigateurs - 3 il me paraît cependant néces- 
saire de leur conserver cette dénomination, si l'on ne veut porter dans la 
géographie une confusion très-nuisible au progrès de cette science. Ces 
îles, situées vers le 1 4 e degré de latitude Sud, et entre les 171 et 1 75 de- 
grés de longitude occidentale, forment un des plus beaux archipels de la 
mer du Sud, aussi intéressant par ses arts, ses productions, et sa population, 
que les îles de la Société ou celles des Amis, dont les voyageurs Anglais 
nous ont donné une description qui ne laisse rien à désirer. Quant à la 
moralité de ces peuples, quoique nous ne les ayons vus qu'un instant, nous 
avons appris, par nos malheurs, à bien connaître leur caractère, et nous ne 
craignons pas d'assurer qu'on chercherait en vain à exciter, par des bien- 
faits, la reconnaissance de ces âmes féroces, qui ne peuvent être contenues 
que par la crainte. 

Ces insulaires sont les plus grands et les mieux faits que nous ayons encore 
rencontrés ; leur taille ordinaire est de cinq pieds neuf, dix, ou onze pouces ; 



>'ï- ^K.~' - dr™ 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

mais ils sont moins étonnans encore par leur taille que par les proportions 1787. 
colossales des différentes parties de leur corps. Notre curiosité, qui nous D écembre, 
portait à les mesurer très-souvent, leur fit faire des comparaisons fréquentes 
de leurs forces physiques avec les nôtres : ces comparaisons n'étaient pas à 
notre avantage, et nous devons peut-être nos malheurs à l'idée de supério- 
rité individuelle qui leur est restée de ces différens essais. Leur physiono- 
mie me parut souvent exprimer un sentiment de dédain, que je crus détrui- 
re en ordonnant de faire devant eux usagé de nos armes ; mais mon objet 
n'aurait pu être rempli qu'en les faisant diriger sur des victimes humaines ; 
car, autrement, ils prenaient le bruit pour un jeu, et l'épreuve pour une 
plaisanterie. 

Parmi ces insulaires, un très-petit nombre est au-dessous de la taille que 
j ai indiquée; j'en ai fait mesurer qui n'avaient que cinq pieds quatre 
pouces, mais ce sont les nains du pays ; et quoique la taille de ces derniers 
semble se rapprocher de la nôtre, cependant leurs bras forts et nerveux, 
leurs poitrines larges, leurs jambes, leurs cuisses, offrent encore une propor- 
tion très-différente : on peut assurer qu'ils sont aux Européens ce que les 
chevaux Danois sont à ceux des différentes provinces de France. 

Les hommes ont le corps peint ou tatoué, de manière qu'on les croirait 
habillés, quoiqu'ils soient presque nus ; ils ont seulement autour des reins 
une ceinture d'herbes marines, qui leur descend jusqu'aux genoux, et les 
fait ressembler à ces fleuves de la fable qu'on nous dépeint entourés de ro- 
seaux. Leurs cheveux sont très-longs ; ils les retroussent souvent autour 
de la tête, et ajoutent ainsi à la férocité de leur physionomie : elle exprime 
toujours, ou l'étonnement, ou la colère ; la moindre dispute entr'eux est 
suivie de coups de bâton, de massue, ou de pagaie, et souvent, sans doute, 
elle coûte la vie aux combattans ; ils sont presque tous couverts de cica- 
trices qui ne peuvent être que la suite de ces combats particuliers. La 
taille des femmes est proportionnée à celle des hommes ; elles sont grandes, 
sveltes, et ont de la grâce ; mais elles perdent, avant la fin de leur prin- 
temps, cette douceur d'expression, ces formes élégantes, dont la nature n'a 
pas brisé l'empreinte chez ces peuples barbares, mais qu'elle paraît ne leur 





tt*m 



L. su* 

- Mm*. 



152 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



1787. laisser qu'un instant et à regret : parmi un très-grand nombre de femmes, 
Décembre. ^ ue j,^ ^ ^ portée de voir, je n'en ai distingué que trois de jolies ; l'air 
grossièrement effronté des autres, l'indécence de leurs mouvemens, et l'offre 
rebutante qu'elles faisaient de leurs faveurs, les rendaient bien dignes d'être 
les mères ou les femmes des êtres féroces qui nous environnaient. Comme 
l'histoire de notre voyage peut ajouter quelques feuillets à celle de l'Homme, 
je n'en écarterai pas des tableaux qui pourraient sembler indécens dans tout 
autre ouvrage, et je rapporterai que le très-petit nombre de jeunes et jolies 
insulaires dont j'ai déjà parlé, eut bientôt fixé l'attention de quelques Fran- 
çais, qui, malgré ma défense, avaient cherché à former des liaisons avec 
elles : les regards de nos Français exprimaient des désirs qui furent bientôt 
devinés ; de vieilles femmes se chargèrent de la négociation ; l'autel fut 
dressé dans la case du village la plus apparente ; toutes les jalousies furent 
baissées, et les curieux écartés : la victime fut placée entre les bras d'un 
vieillard, qui, pendant la cérémonie, l'exhortait à modérer l'expression de 
sa douleur ; les matrones chantaient et hurlaient, et le sacrifice fut consommé 
en leur présence, et sous les auspices du vieillard qui servait d'autel et de 
prêtre. Toutes les femmes et les enfans du village étaient autour de la maison, 
soulevant légèrement les jalousies, et cherchant les plus petites ouvertures 
entre les nattes, pour jouir de ce spectacle. Quoi qu'en ayent pu dire les 
voyageurs qui nous ont précédés, je suis convaincu qu'au moins dans les 
îles des Navigateurs, les jeunes filles, avant d'être mariées, sont maîtresses 
de leurs faveurs, et que leur complaisance ne les déshonore pas ; il est 
même plus que vraisemblable qu'en se mariant, elles n'ont aucun compte 
à rendre de leur conduite passée : mais je ne doute pas qu'elles ne soient 
obligées à plus de réserve, lorsqu'elles ont un mari. 

Ces peuples ont certains arts qu'ils cultivent avec succès : j'ai déjà parlé 
de la forme élégante qu'ils donnent à leurs cases : ils dédaignent, avec 
quelque raison, nos instrumens de fer ; car ils façonnent parfaitement leurs 
ouvrages, avec des haches, faites d'un basalte très-fin et très- compact, et 
ayant la forme d'herminettes. Ils nous vendirent, pour quelques grains de 
verre, de grands plats de bois à trois pieds, d'une seule pièce, et tellement 
polis, qu'ils semblaient être enduits du vernis le plus fin : il eût fallu plu- 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

sieurs jours à un bon ouvrier d'Europe, pour exécuter un de ces ouvrages, 1787. 
qui, par le défaut d'instrumens convenables, devait leur coûter plusieurs Décembre 
mois de travail ; ils n'y mettaient cependant presque aucun prix, parce 
qu'ils en attachent peu à l'emploi de leur temps. Les arbres à fruits et les 
racines nourrissantes, qui croissent spontanément autour d'eux, assurent 
leur subsistance, celle de leurs cochons, de leurs chiens, et de leurs poules ; 
et si quelquefois ils se livrent au travail, c'est pour se procurer des jouis- 
sances plus agréables qu'utiles. Ils fabriquent des nattes extrêmement fines 
et quelques étoffes-papier : je remarquai deux ou trois de ces insulaires, qui 
me parurent être des chefs ; ils avaient, au lieu d'une ceinture d'herbes, 
une pièce de toile qui les enveloppait comme une jupe ; le tissu en est fait 
avec un vrai fil, tiré sans doute de quelque plante ligneuse, comme l'ortie 
ou le lin ; elle est fabriquée sans navette, et les fils sont absolument passés 
comme ceux des nattes. Cette toile, qui réunit la souplesse et la solidité 
des nôtres, est très-propre pour les voiles de leurs pirogues; elle nous 
parut avoir une grande supériorité sur l'étoffe-papier des îles de la Société 
et des Amis, qu'ils fabriquent aussi ; ils nous en vendirent plusieurs pièces ; 
mais ils en font peu de cas et très-peu d'usage. Les femmes préfèrent à 
cette étoffe les nattes fines dont j'ai parlé. 

Nous n'avions d'abord reconnu aucune identité entre leur langage et 
celui des peuples des îles de la Société et des Amis, dont nous avions les 
vocabulaires ; mais un plus mûr examen nous apprit qu'ils parlaient un 
dialecte de la même langue. Un fait qui peut conduire à le prouver, et 
qui confirme l'opinion des Anglais sur l'origine de ces peuples, c'est qu'un 
jeune domestique Manillois, né dans la province de Tagayan au Nord de 
Manille, entendait et nous expliquait la plus grande partie des mots des in- 
sulaires : on sait que le Tagayan, le Talgale, et généralement toutes les 
langues des Philippines, dérivent du Malais ; et cette langue, plus répan- 
due que ne le furent celles des Grecs et des Romains, est commune aux 
peuplades nombreuses qui habitent les îles de la mer du Sud. Il me pa- 
raît démontré que ces différentes nations proviennent de colonies Malaises, 
qui, à des époques extrêmement reculées, firent la conquête de ces îles ; 
et peut-être les Chinois et les Egyptiens, dont on vante tant l'ancienneté, 

TOME II. x 





S£E 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 

1787. sont-ils des peuples modernes, en comparaison de ceux-ci. Quoi qu'il en 
Décembre. sQ ^ j e suis conva i ncu q Ue les indigènes des Philippines, de Formose, de 
la nouvelle Guinée, de la nouvelle Bretagne, des Hébrides, des îles des; 
Amis, &c. dans l'hémisphère Sud, et ceux des Carolines, des Mariannes,. 
des îles Sandwich, dans l'hémisphère Nord, étaient cette race d'hommes 
crépus que l'on trouve encore dans l'intérieur de l'île Luçon et de l'île 
Formose : ils ne purent être subjugués dans la nouvelle Guinée, dans la 
nouvelle Bretagne, aux Hébrides: mais vaincus dans les îles plus à l'Est, 
trop petites pour qu'ils pussent y trouver une retraite dans le centre, ils se 
mêlèrent avec les peuples conquérans, et il en est résulté une race 
d'hommes très-noirs,, dont la couleur conserve encore quelques nuances de 
plus que celle de certaines familles du pays, qui, vraisemblablement, se- 
sont fait un point d'honneur de ne pas se mésallier. Ces deux races, très- 
distinctes, ont frappé nos yeux aux îles des Navigateurs^ et je ne leur at- 
tribue pas d'autre origine. 

Les descendans des Malais ont acquis dans ces îles une vigueur, une 
force, une taille, et des proportions, qu'ils ne tiennent pas de leurs pères, 
et qu'ils doivent, sans doute, à l'abondance des subsistances, à la douceur 
du climat, et à l'influence de différentes causes physiques, qui ont agi con- 
stamment et pendant une longue suite de générations.. Les arts qu'ils 
avaient peut-être apportés, se seront perdus par le défaut de matières et 
d'instrumens propres à les exercer ; mais l'identité de langage, semblable 
au fil d'Ariane, permet à l'observateur de suivre tous les détours de ce 
nouveau labyrinthe. Le gouvernement féodal s'y est aussi conservé : ce 
gouvernement,, que de petits tyrans peuvent regretter, qui a souillé l'Eu- 
rope pendant quelques siècles, et dont les restes Gothiques subsistent 
encore dans nos lois, et sont les médailles qui attestent notre ancienne bar- 
barie ; ce gouvernement, dis -je, est le plus propre à maintenir la férocité 
.des mœurs, parce que les plus petits intérêts y suscitent des guerres de 
village à village, et ces sortes de guerres se font sans magnanimité, sans 
courage ; les surprises, les trahisons, y sont employées tour à tour ; et 
dans ces malheureuses contrées, au lieu de guerriers généreux, on ne trouve 
que des assassins. Les Malais sont encore aujourd'hui k nation la plus per= 



•*E2£ 



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fide de l'Asie; et leurs enfans n'ont pas dégénéré, parce que les mêmes 
Causes ont préparé et produit les mêmes effets. On objectera peut-être, 
qu'il a dû être très-difficile aux Malais de remonter de l'Ouest vers l'Est, 
pour arriver dans ces différentes îles; mais les vents de l'Ouest sont au 
moins aussi fréquens que ceux de l'Est, aux environs de l'Equateur, dans 
une zone de sept à huit degrés au Nord et au Sud, et ils sont si variables, 
qu'il n'est guère plus difficile de naviguer vers l'Est que vers l'Ouest. 
D'ailleurs, ces différentes conquêtes n'ont pas eu lieu à la même époque ; 
ces peuples se sont étendus peu à peu, et ont introduit de proche en proche 
cette forme de gouvernement, qui existe encore dans la presqu'île de Ma- 
laca, à java, Sumatra, Bornéo, et dans toutes les contrées soumises à cette 
barbare nation. 

Parmi quinze ou dix-huit cents insulaires que nous eûmes occasion 
d'observer, trente, au moins, s'annoncèrent à nous comme des chefs; ils 
exerçaient une espèce de police, et donnaient de grands coups de bâton ; 
mais l'ordre qu'ils avaient l'air de vouloir établir, était transgressé en moins 
d'une minute : jamais souverains ne furent moins obéis : jamais l'insubor- 
dination et l'anarchie n'excitèrent plus de désordres. 

C'est avec raison que M. de Bougainville les a nommés les Navigateurs ; 
tous leurs voyages se font en pirogue, et ils ne vont jamais à pied d'un vil- 
lage à l'autre. Ces villages sont tous situés dans des anses sur les bords de 
la mer, et n'ont de sentiers que pour pénétrer dans l'intérieur du pays. Les 
îles que nous avons visitées étaient couvertes, jusqu'à la cime, d'arbres 
chargés de fruits, sur lesquels reposaient des pigeons-ramiers, des tourte- 
relles vertes, couleur de rose, et de différentes couleurs ; nous y avons vu 
des perruches charmantes, une espèce de merle, et même des perdrix : ces 
insulaires soulagent l'ennui de leur oisiveté, en apprivoisant des oiseaux ; 
leurs maisons étaient pleines de pigeons-ramiers, qu'ils échangèrent avec 
nous par centaines ; ils nous vendirent aussi plus de trois cents poules-sul- 
tanes du plus beau plumage. 

Leurs pirogues sont à balancier, très-petites, et ne contiennent assez 








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1787. ordinairement que cinq ou six personnes ; quelques-unes cependant peuvent 
Décembre. en C0Iî tenir jusqu'à quatorze, mais c'est le plus petit nombre : elles ne pa- 
raissent pas, au surplus, mériter l'éloge que les voyageurs ont fait de la- 
célérité de leur marche ; je ne crois pas que leur vitesse excède sept nœuds 
à la voile ; et, à la pagaie, elles ne pouvaient nous suivre lorsque nous 
faisions quatre milles par heure. Ces Indiens sont si habiles nageurs, qu'ils 
semblent n'avoir de pirogues que pour se reposer : comme au moindre faux 
mouvement elles se remplissent, ils sont obligés, à chaque instant, de se 
jeter à la mer, pour soulever sur leurs épaules ces pirogues submergées, et 
en vider l'eau. Ils les accolent quelquefois deux à deux, au moyen d'une 
traverse en bois, dans laquelle ils pratiquent un étambrai pour placer leur 
mât -, de cette manière, elles chavirent moins, et ils peuvent conserver, 
leurs provisions pour de longs voyages. Leurs voiles, de natte, ou de 
toile nattée, sont à livarde, et ne méritent pas une description parti- 
culière. 

Il ne pèchent qu'à la ligne ou à l'épervier -, ils nous vendirent des filets, 
et des hameçons de nacre et de coquille blanche très-artistement travaillés y 
ces instrumens ont la forme de poissons volans, et servent d'étui à un ha- 
meçon d'écaillé de tortue assez fort pour résister aux thons, aux bonites, et 
aux dorades. Ils échangeaient les plus gros poissons contre quelques grains 
de verre, et on voyait, à leur empressement, qu'ils ne craignaient pas de j 
manquer de subsistances. 

Les îles de cet archipel que j'ai visitées, m'ont paru volcaniques ; toutes 
les pierres du rivage, sur lequel la mer brise avec une fureur qui fait rejaillir 
l'eau à plus de cinquante pieds, ne sont que des morceaux de lave, de ba- 
salte roulé, ou de corail dont l'île, entière est environnée. Ces coraux lais- 
sent, au milieu de presque toutes les anses, un passage étroit, mais suffisant 
pour des pirogues, ou même pour des canots et des chaloupes, et forment 
ainsi de petits ports pour la marine des insulaires, qui d'ailleurs ne laissent, 
jamais leurs pirogues sur l'eau : en arrivant, ils les remisent auprès 
de leurs misons, et les placent à l'ombre sous des arbres; elles sont 



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si- légères, que deux hommes peuvent les porter aisément sur leurs 1787. 
épaules. Décembre 

L'imagination- la plus riante se peindrait difficilement des sites plus 
agréables que ceux de leurs villages ; toutes les maisons sont bâties sous 
des arbres à fruit, qui entretiennent dans ces demeures une fraîcheur déli- 
cieuse ; elles sont situées au bord d'un ruisseau qui descend des montagnes, 
et le long duquel est pratiqué un sentier- qui s'enfonce dans l'intérieur de 
l'île. Leur architecture a pour objet principal de les préserver de la cha- 
leur, et j'ai déjà dit qu'ils savaient y joindre l'élégance: ces maisons sont 
assez grandes pour loger "plusieurs familles; elles sont entourées de jalousies- 
qui se lèvent du côté du vent et se ferment du côté du soleil. Les insu- 
laires dorment sur des nattes très-fines, très-propres, et parfaitement à 
l'abri de l'humidité. Nous n'avons aperçu aucun morai,.et nous ne pouvons 
rien dire de leurs cérémonies religieuses. 




Les cochons, les chiens, les poules, les oiseaux, et le poisson, abondent 
dans ces îles ; elles sont couvertes aussi de cocotiers, de goyaviers, de ba- 
naniers, et d'un autre arbre qui produit une grosse amande qu'on mange 
cuite, et à laquelle nous avons trouvé le goût du marron : les cannes à. 
sucre y croissent spontanément sur le bord des rivières ; mais elles sont, 
aqueuses, et moins sucrées que celles de nos colonies: cette différence 
vient sans doute de ce qu'elles se multiplient à l'ombre, sur un terrain- 
trop gras et qui n'a jamais été travaillé; on y trouve aussi des souches 
dont les racines approchent beaucoup de celles de l'igname ou du ca- 
magnoc. 

Quelque dangereux qu'il fût de s'écarter dans l'intérieur de l'île, MM. 
de la Martinière et Colignon suivirent plus les impulsions de leur zèle 
que les règles de la prudence ; et lors de la descente qui nous fut si fatale, . 
ils s'avancèrent dans les terres pour faire des découvertes en botanique.. 
Les Indiens exigeaient un grain de verre pour chaque plante que M. dg - 
la Martinière ramassait, et ils menaçaient de l'assommer lorsqu'il refusait : 
de payer cette, rétribution : poursuivi à coups de pierres, , au moment du ;. 





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LUUMULU 



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1787. massacre, il gagna nos canots à la nage, son sac de plantes sur le dos, et 
Decembie. p arv i n t ainsi à les conserver. Nous n'avions aperçu jusqu'alors d'autre 
arme que des massues ou patow-patow -, mais M. Boutin m'assura qu'il avait 
vu dans leurs mains plusieurs paquets de flèches, sans aucun arc : je suis 
porté à croire que ces flèches ne sont que des lances qui leur servent à 
darder le poisson ; leur effet serait bien moins dangereux dans les combats 
que celui des pierres de deux ou trois livres qu'ils lancent avec une adresse 
et une vigueur inconcevables. Ces îles sont extrêmement fertiles, et je 
crois leur population très -considérable : celles de l'Est, Opoun, Leone, 
Farîfoué, sont petites ; les deux dernières sur-tout n'ont qu'environ cinq 
milles de circonférence ; mais Maouna, Oyolava, et Pola, doivent être 
comptées parmi les plus grandes et les plus belles îles de la mer du Sud. 
Les relations des différens voyageurs n'offrent rien à l'imagination qui 
puisse être comparé à la beauté et à l'immensité du village sous le vent 
duquel nous mîmes en panne sur la côte du Nord d'Oyolava ; quoiqu'il fût 
presque nuit lorsque nous y arrivâmes, nous fûmes en un instant environnés 
de pirogues, que la curiosité, ou le désir de commercer avec nous, avait fait 
sortir de leurs ports ; plusieurs n'apportaient rien, et venaient seulement 
jouir d'un coup d'oeil nouveau pour elles : il y en avait d'extrêmement 
petites qui ne contenaient qu'un seul homme ; ces dernières étaient très-or- 
nées ; comme elles tournaient autour des bâtimens sans faire aucun commerce, 
nous les appelions les cabriolets ; elles en avaient les inconvéniens, car le 
plus petit choc des autres pirogues les faisait chavirer à chaque instant. 
Nous vîmes aussi de très-près la grande et superbe île de Pola ; mais nous 
n'eûmes aucune relation avec ses habitans : en tournant cette dernière île 
dans sa partie occidentale, nous aperçûmes une mer tranquille, qui paraissait 
promettre de bons mouillages, au moins tant que les vents seraient du 
Nord au Sud par l'Est ; mais la fermentation était encore trop grande dans 
nos équipages, pour que je me décidasse à y mouiller. Après l'événement 
qui nous était arrivé, je ne pouvais prudemment envoyer nos matelots à 
terre, sans armer chaque homme d'un fusil, et chaque canot d'un pierrier; 
et alors, le sentiment de leur force, augmenté par le désir de la vengeance, 
les eût portés peut-être à réprimer à coups de fusil le plus petit acte d'in- 
justice commis par les insulaires : d'ailleurs, dans ces mauvais mouillages, 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 

un bâtiment est exposé à se perdre,, lorsqu'il n'a pas un bateau capable de 1787. 
porter une ancre sur laquelle il puisse se touer. C'est d'après ces con- Décembre 
sidérations, que je me déterminai, comme je l'ai dit, à ne mouiller qu'à la 
baie Botanique, en me bornant à parcourir, dans ces divers archipels, les 
routes qui pouvaient me conduire à de nouvelles découvertes, 

Lorsque nous eûmes doublé la côte occidentale de l'île de Pola, nous 
n'aperçûmes plus aucune terre ; nous n'avions pu voir les trois îles que les 
insulaires avaient nommées Shika, Ossamo, Ouera, et qu'ils avaient placées 
dans le Sud d'Oyolava, Je fis mes efforts pour gouverner au Sud-Sud-Estj 
les vents. d'Est-Sud-Est me contrarièrent d'abord ; ils étaient très-faibles, et 
nous ne faisions que huit à dix lieues par jour : ils passèrent enfin au Nord, 
et successivement au Nord -Ouest, ce qui me permit de faire prendre de 
l'Est à ma route, et j'eus connaissance, le 20, d'une île ronde, précisé- 
ment au Sud d'Oyoïava, mais à près de quarante lieues. M. de Bougain- 
ville, qui avait passé entre ces deux îles, n'avait pas aperçu la première, 
parce qu'il était quelques lieues trop au Nord : le calme ne me permit 
pas de l'approcher ce même jour ; mais le lendemain, je l'accostai à deux 
milles, et je vis au Sud deux autres îles, que je reconnus bien parfaitement 
pour être les îles des Cocos et des Traîtres de Schouten. L'île des Cocos 
a la forme d'un pain de sucre très-élevé; elle est couverte d'arbres jusqu'à 
la cime, et son diamètre est à peu près d'une lieue : elle est séparée de l'île 
des Traîtres par un canal d'environ trois milles, coupé lui-même par un 
îlot que nous vîmes à la pointe du Nord-Est de cette dernière île ; celle-ci 
est basse et plate, et a seulement, vers le milieu, un morne assez élevé ; 
un canal de cent cinquante toises d'ouverture la divise en deux parties ? 
Schouten n'a pas eu occasion de le voir, parce qu'il faut se trouver pour 
cela dans l'aire de vent où ce passage est ouvert, et nous ne l'aurions pas 
même soupçonné, si nous n'eussions prolongé l'île de très-près dans cette 
partie. Nous ne doutâmes plus que ces trois ÎIes r dont deux seulement 
méritent ce nom, ne fussent du nombre des dix qui, d'après le récit des 
sauvages, composent l'archipel des Navigateurs. Comme il ventait très- 
grand frais du Nord-Ouest, que le temps avait très-mauvaise apparence, et 
qu'il était tard,, nous fûmes peu surpris de ne voir venir à bord aucune 






VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

pirogue, et je me décidai à passer la nuit bord sur bord, afin de reconnaî- 
tre ces îles le lendemain, et de commercer avec les insulaires pour en tirer 
quelques rafraîchissemens. Le temps fut à grains, et les vents ne varièrent 
pue du Nord-Ouest au Nord-Nord- Ouest. J'avais aperçu quelques brisans 
sur la pointe du Nord-Ouest de la petite île des Traîtres, ce qui me fit lou- 
voyer un peu au large. Au jour, je rapprochai cette dernière île, qui, 
étant basse et plus étendue que celle des Cocos, me parut devoir être plus 
peuplée : et à huit heures du matin, je mis en panne à l'Ouest-Sud-Ouest, 
à deux milles d'une large baie de sable, qui est dans la partie occidentale 
ûq la grande île des Traîtres, et où je ne doutai pas qu'il n'y eût un mouil- 
lage, à l'abri des vents d'Est. Vingt pirogues environ se détachèrent à 
l'instant de la cote, et s'approchèrent des frégates pour faire des échanges j 
plusieurs étaient sorties du canal qui divise l'île des Traîtres : elles étaient 
chargées des plus beaux cocos que j'eusse encore vus, d'un très-petit nom- 
bre de bananes, et de quelques ignames ; une seule avait un petit cochoa 
et trois ou quatre poules. On s'apercevait que ces Indiens avaient déjà vu 
des Européens ou en avaient entendu parler -, ils s'approchèrent sans crainte, 
firent leur commerce avec assez de bonne foi, et ne refusèrent jamais, 
comme les naturels de l'archipel des Navigateurs, de donner leurs fruits 
avant d'en avoir reçu le paiement ; ils acceptèrent les morceaux de fer et 
les clous avec autant d'empressement que les rassades. Ils parlaient d'ail- 
leurs la même langue, et avaient le même air de férocité : leur costume, 
leur tatouage, et la forme de leurs pirogues, étaient aussi les mêmes, et 
l'on ne pouvait douter que ce ne fût le même peuple : ils en différaient 
.cependant en ce que tous avaient les deux phalanges du petit doigt de la 
main gauche coupées, et je n'avais aperçu, aux îles des Navigateurs, que 
deux individus qui eussent souffert cette amputation ; ils étaient aussi 
beaucoup moins grands et moins gigantesques : cette différence vient sans 
doute de ce que le sol de ces îles, moins fertile, y est aussi moins propre à 
l'accroissement de l'espèce humaine. Chaque île que nous apercevions 
nous rappelait un trait de perfidie de la part des insulaires : les équipages 
de Roggewein avaient été attaqués et lapidés aux îles de la Récréation, dans 
l'Est de -celles des Navigateurs; ceux de Schouten, à l'île des Traîtres, 
qui était à notre vue, et au Sud de l'île de Maouna, où nous avions été 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

nous-m â mes assassinés d'une manière si atroce. Ces réflexions avaient 1787. 
changé nos manières d'agir à l'égard des Indiens ; nous réprimions par la décembre, 
force les plus petits vols et les plus petites injustices -, nous leur montrions, 
par l'effet de nos armes, que la - fuite ne les sauverait pas de notre ressenti- 
ment ; nous leur refusions la permission de monter à bord, et nous mena- 
cions de punir de mort ceux qui oseraient y venir malgré nous. Cette 
conduite était cent fois préférable à notre modération passée-; et si nous 
avons quelque regret à former, c'est d'être arrivés chez ces peuples avec 
des principes de douceur et de patience : la raison et le bon sens disent 
qu'on a le droit d'employer la force contre l'homme dont l'intention bien 
connue serait d'être votre assassin, s'il n'était retenu par la crainte. 

Le 23, à midi, pendant que nous faisions le commerce de cocos avec les 
Indiens, nous fumes assaillis d'un fort grain de l' Ouest-Nord -Ouest, qui 
dispersa les pirogues ; plusieurs chavirèrent, et après s'être relevées, elles 
nagèrent avec force vers la terre : le temps était menaçant; nous fîmes 
cependant le tour de l'île des Traîtres, pour en découvrir toutes les pointes, - 
et en lever le plan avec exactitude. M. Dagelet avait fait, à midi, de très- 
bonnes observations de latitude, et, dans la matinée, il avait observé la 
longitude des deux îles, ce qui l'avait mis en état de rectifier la position 
que leur avait assignée le capitaine Wallis. A quatre heures, je signalai la 
route au Sud-Sud-Est, vers l'archipel des Amis ; je me proposais d'en 
reconnaître les îles que le capitaine Cook n'a pas eu l'occasion d'explorer^ 
et. qui, d'après sa relation,, doivent être au Nord d'Inahomooka, 



TOME II, 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 




CHAPITRE XXVI. 

Départ des îles des Navigateurs.— Nous dirigeons notre route 
vers celles des Amis. — Rencontre de Vîle Vavao et de diffé- 
rentes îles de cet archipel, tres-mal placées sur les cartes. — 
Les habit ans de Tongataboo s' empressent de venir à bord et de 
lier commerce avec nous. — Nous mouillons à Vîle Norfolk. — 
Description de cette île. — -Arrivée à Botany-Bay. 



j_iA nuit qui suivit notre départ de l'île des Traîtres fut affreuse ; 

Décembre. | es vent:s passèrent à l'Ouest, très-grand frais, avec beaucoup de pluie: 

comme l'horizon n'avait pas une lieue d'étendue au coucher du soleil, je 

restai en travers jusqu'au jour, le cap au Sud-Sud-Ouest ; les vents d'Ouest 

continuèrent avec force, et furent accompagnés d'une pluie abondante. 

Tous ceux qui avaient des symptômes de scorbut, souffraient extrême- 
ment de l'humidité : aucun individu de l'équipage n'était attaqué de cette 
maladie ; mais les officiers, et particulièrement nos domestiques, commen- 
çaient à en ressentir les atteintes; j'en attribuai la cause à la disette de 
vivres frais, moins sensible pour nos matelots que pour les domestique?, 
qui n'avaient jamais navigué, et qui n'étaient pas accoutumés à cette priva- 
tion. Le nommé David, cuisinier des officiers, mourut le 10, d'une hydro- 
pisie scorbutique : depuis notre départ de Brest, personne, sur la Boussole, 
n'avait succombé à une mort naturelle ; et si nous n'avions fait qu'un voyage 
ordinaire autour du monde, nous aurions pu être de retour en Europe sans 
"avoir perdu un seul homme. Les derniers mois d'une campagne sont, à 
la vérité, les plus difficiles à soutenir ; les corps s'affaiblissent avec le temps ; 
les vivres s'altèrent : mais si, dans la longueur des voyages de découvertes, 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

il est des bornes qu'on ne peut passer, il importe de connaître celles qu'il 1787. 
est possible d'atteindre ; et je crois qu'à notre arrivée en Europe, l'expéri- Décembre, 
ence à cet égard sera complète. De tous les préservatifs connus contre le 
scorbut, je pense que la mélasse et le spruce-beer sont les plus efficaces : 
nos équipages ne cessèrent d'en boire dans les climats chauds ; on en distri- 
buait chaque jour une bouteille par personne, avec une demi-pinte de vin 
et un petit coup d'eau-de-vie, étendus dans beaucoup d'eau ; ce qui leur 
faisait trouver les autres vivres supportables. La quantité de porcs que nous 
nous étions procurée à Maouna, n'était qu'une ressource passagère ; nous 
ne pouvions ni les saler, parce qu'ils étaient trop petits, ni les conserver, 
faute de vivres pour les nourrir : je pris le parti d'en faire distribuer deux 
fois par jour à l'équipage ; alors les enflures des jambes, et tous les sym- 
ptômes de scorbut, disparurent : ce nouveau régime fit sur notre physique 
l'effet d'une longue relâche, ce qui prouve que les marins ont un besoin 
moins pressant de l'air de terre, que d'alimens salubres. 

Les vents de Nord-Nord-Ouest nous suivirent au-delà de l'archipel 
des Amis ; ils étaient toujours pluvieux, et souvent aussi forts que les 
vents d'Ouest qu'on rencontre l'hiver sur les côtes de Bretagne : nous 
savions très-bien que nous étions dans la saison de l'hivernage, et con- 
séquemment des orages et des ouragans ; mais nous ne nous étions pas 
attendus à éprouver des temps aussi constamment mauvais. Le 27 Décem- 
bre, nous découvrîmes l'île de Vavao, dont la pointe septentrionale nous 
restait, à midi, précisément à l'Ouest ; notre latitude était de 18 d 3V. 
Cette île, que îe capitaine Cook n'avait jamais visitée, mais dont il avait 
eu connaissance par le rapport des habitans des îles des Amis, est une des 
plus considérables de cet archipel ; elle est à peu près égale, en étendue, à 
celle de Tongataboo ; mais elle a sur elle un avantage, c'est que, plus éle- 
vée, elle ne manque point d'eau douce ; elle est au centre d'un grand 
nombre d'autres îles, qui doivent porter les noms dont le capitaine Cook a 
donné la liste, mais qu'il nous serait difficile de classer. Nous ne pourrions 
sans injustice nous attribuer l'honneur de cette découverte, qui est due au 
pilote Maurelle, et qui ajoute à l'archipel des Amis un nombre d'îles pres- 
que aussi considérable que celui qui avait déjà été exploré, par le capitaine" 
Cook» 





IP^^ 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Je m'étais procuré à la Chine l'extrait d'un journal de ce pilote Espagnol, 
qui partit de Manille, en 1781, chargé d'une commission pour l'Amérique; 
il se proposait d'y arriver par l'hémisphère austral, en faisant à peu près la 
route de M. de Surville, et cherchant à gagner les latitudes élevées, où il 
comptait avec raison rencontrer des vents d'Ouest. Ce navigateur ne con- 
naissait pas les nouvelles méthodes de déterminer les longitudes, et il n'avait 
jamais lu aucune des relations des voyageurs modernes ; il naviguait d'après 
les anciennes cartes Françaises de Bélin, et suppléait, par la plus grande 
exactitude dans ses estimes et dans ses relèvemens, à l'imperfection de 
ses méthodes, de ses instrumens, et de ses cartes. Il côtoya, comme M. de 
Surville, la nouvelle Irlande, aperçut plusieurs petites îles, dont MM. de 
Bougainville, Carteret, et Surville, avaient déjà eu connaissance ; il en dé- 
couvrit trois ou quatre nouvelles ; et se croyant près des îles Salomon, il 
rencontra d'abord au Nord de Vavao une île, qu il appela la Mar goura, 
parce qu'elle ne lui offrit aucun des rafraîchissemens dont il commençait à 
avoir besoin : il n'eut pas occasion de voir, à l'Est de la première, une 
seconde île que nous avons parfaitement reconnue, et qu'on ne peut aper- 
cevoir que de trois ou quatre lieues, parce qu'elle est très-plate ; et il arriva 
enfin à Vavao, où il mouilla dans un port assez commode, dans lequel il 
se procura de l'eau et une quantité assez considérable de vivres. Les détails 
de sa relation étaient si vrais qu'il était impossible de méconnaître les îles 
des Amis, et même de se méprendre sur le portrait de Poulaho, qui, chef 
principal de toutes ces îles, habite indifféremment dans plusieurs, mais pa- 
raît faire sa résidence plus particulière à Vavao : je n'entrerai pas dans 
d'autres détails sur ce voyage, dont je ne fais mention que par un motif de 
justice pour le pilote Maurelle. Il avait nommé le groupe de Vavao 
îles de Majorca, du nom du vice-roi de la, nouvelle Espagne, et celui 
d'Hapaee île de Gahes, du nom du frère du ministre des Indes : mais per- 
suadé qu'il est infiniment préférable de conserver les noms du pays, j'ai 
cru devoir les employer dans le plan de M. Bernizet. Ce plan a été dressé 
d'après des latitudes et des longitudes déterminées par M. Dagelet, bien 
plus exactes que celles du navigateur Espagnol, qui portait ces îles six 
degrés environ trop à l'Ouest ; cette erreur, copiée de siècle en siècle, et 
consacré par les géographes, eût donné naissance à un nouvel archipel, qui 
n'aurait eu de réalité que sur les cartes. 



kk.; 



■ 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Nous courûmes difFérens bords dans la journée du 2,7, pour approcher 1787. 
î'île Vavao, d'où les vents d'Ouest-Nord-Ouest nous éloignaient un peu. 1 - )ecemb,e * 
Ayant poussé pendant la nuit ma bordée au Nord, afin d'étendre ma vue 
douze ou quinze lieues au-delà de l'île, j'eus connaissance de celle de la 
Margoura de Maurelle, qui me- restait à l'Ouest ; et l'ayant approchée, je 
vis une seconde île très-plate, couverte d'arbres : l'île de la Margoura est, 
au contraire, assez élevée, et il est vraisemblable qu'elles sont habitées 
l'une et l'autre, Après que nous eûmes fait tous nos relèvemens, j'ordon- 
nai d'arriver vers l'île de Vavao, qu'on n'apercevait que du haut des mâts : 
elle est la plus considérable de l'archipel des Amis ; les autres îles éparses 
au Nord ou à l'Ouest, ne peuvent être comparées à cette dernière. Vers 
midi, j'étais à l'entrée du port dans lequel le navigateur Maurelle avait 
mouillé -, il est formé par de petites îles assez élevées, qui laissent entr'elîes 
des passages étroits, mais très-profonds, et mettent les vaisseaux parfaite- 
ment à l'abri des vents du large. Ce port, très-supérieur à celui de 
Tongataboo, m'aurait infiniment convenu pour y passer quelques jours; 
mais le mouillage est à deux encablures de terre, et dans cette position, 
une chaloupe est souvent nécessaire pour porter une ancre au large et 
s'éloigner de la côte, • A chaque instant, j'étais tenté de renoncer au plan 
que j'avais formé, en partant de Maouna, de ne faire aucune relâche jusqu'à 
Botany-Bay ; mais la raison et la prudence m'y ramenaient. Je voulus 
former du moins des liaisons avec les insulaires ; je mis en panne assez près 
de terre ; aucune pirogue ne s'approcha des frégates : le temps était si 
mauvais et le ciel si menaçant que j'en fus peu surpris • et comme à chaque 
minute l'horizon se chargeait davantage, je fis moi-même route avant la 
nuit à l'Ouest, vers l'île Latte, que j'apercevais, et qui est assez élevée 
pour être vue de vingt lieues par un temps clair: ce nom de Latte est 
compris dans la liste des îles des Amis, donnée par le capitaine Gook ; et il 
avait été assigné à cette même île par le navigateur Maurelle, dans son 
journal, d'après le rapport des insulaires de Vavao, qui lui dirent en outre 
qu'elle était habitée, et qu'on pouvait y mouiller. On peut reconnaître 
ici combien il est important pour la géographie de conserver les noms du 
pays : car si, comme les anciens voyageurs, ou comme Maurelle lui-même, 
nous eussions eu sept ou huit degrés d'erreur en longitude, nous aurions pu 




• I 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

17 87. supposer, en rencontrant cette île, que nous étions à une grande distance 
■■ de l'archipel des Amis ; la conformité du langage, des mœurs, et du cos- 



i -^>- 





tume, n'eût pas suffi pour lever nos doutes, parce qu'on sait que tous ces 
peuples se ressemblent, quoique fort éloignés les uns des autres; au lieu 
que l'identité de nom, et la plus légère description de la figure de l'île et 
de son étendue, formaient une preuve certaine de l'identité de lieu. 

La nuit suivante fut affreuse ; les ténèbres qui nous environnaient étaient 
si épaisses, qu'il était impossible de rien distinguer autour de nous :' dans 
cet état, il eût été très-imprudent de faire route au milieu de tant d'îles % 
et je pris le parti de courir de petits bords jusqu'au point du jour ; mais il fut 
encore plus venteux que la nuit : le baromètre avait baissé de trois lignes, 
et si un ouragan pouvait être plus fort, il ne pouvait s'annoncer par un 
temps de plus mauvaise apparence, je fis route néanmoins vers l'île 
Latte ,- je l'approchai à deux milles, bien certain cependant qu'aucune 
pirogue ne hasarderait de se mettre en mer : je fus chargé, sous cette île, 
d'un grain qui me força de porter vers les îles Kao et Toofoa, dont nous 
devions être assez près, quoique la brume ne nous permît pas de les distin- 
guer. Ces deux îles étaient indiquées les premières sur le plan du capitaine 
Cook ; il avait passé dans le canal de deux milles de largeur qui les sépare 
l'une de l'autre, et en avait parfaitement déterminé la latitude et la longi- 
tude ; il nous importait extrêmement d'y comparer les longitudes de nos 
montres : je me proposais, à la vérité, d'approcher assez Tongataboo, 
pour achever entièrement cette comparaison. M. Dagelet regardait avec 
raison l'observatoire de Tongataboo comme celui de Greenwich, puisque 
sa détermination était le résultat de plus de dix mille distances, prises dans 
l'espace de quatre ou cinq mois, par l'infatigable Cook. A cinq heures 
du soir, un éclairci nous donna connaissance de l'île Kao, dont la forme 
est celle d'un cône très-élevé, et qu'on pourrait apercevoir de trente lieues. 
par un temps clair ; l'île Toofoa, quoique aussi très-haute, ne se montra 
point, et resta dans le brouillard. Je passai la nuit, comme la précédente, 
bord sur bord, mais sous le grand hunier et la misaine seulement, car il 
ventait si frais, que nous ne pouvions porter d'autres voiles. Le lende- 
main, le jour fut assez clair; et au lever du soleil, nous eûmes connais- 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



sance des deux îles Kao et Toofoa. J'approchai celle de Toofoa à une 1787. 
demi-lieue, et je m'assurai qu'elle était inhabitée, au moins dans les trois l^ ecembre 
quarts de sa circonférence; car j'en vis les bords d'assez près pour distin- 
guer les pierres du rivage. Cette île est très-montueuse, très-escarpée, et 
couverte d'arbres jusqu'à la cime ; elle peut avoir quatre lieues de tour ; 
je pense que les insulaires de Tongataboo et des autres îles des Amis y 
abordent souvent dans la belle saison, pour y couper des arbres, et vrai- 
semblablement y fabriquer leurs pirogues ; car ils manquent de bois dans 
leurs îles plates, où ils n'ont conservé d'autres arbres que ceux qui, comme 
le coco, portent des fruits propres à leur subsistance. En prolongeant 
l'île, nous vîmes plusieurs glissoires, par où les arbres coupés sur le pen- 
chant des montagnes, roulent jusqu'au bord de la mer ; mais il n'y avait ni 
cabanes ni défrichés dans le bois, rien enfin qui annonçât une habitation. 
Continuant ainsi notre route vers les deux petites îles de Hoonga-tonga et 
de Hoonga-hapaee, nous mîmes l'île Kao par le milieu de l'île Toofoa, de 
sorte que-la première ne paraissait être que le sommet de la seconde, et 
nous la relevâmes ainsi au Nord 27 degrés Est. L'île Kao est environ trois 
fois plus élevée que l'autre, et ressemble au soupirail d'un volcan; sa 
base nous parut avoir moins de deux milles de diamètre. Nous obser- 
vâmes aussi sur la pointe du Nord-Est de l'île Toofoa, du côté du canal 
qui la sépare de Kao, un pays absolument brûlé, noir comme du charbon, 
dénué d'arbres et de toute verdure, et qui vraisemblablement aura été 
ravagé par des débordemens de lave. Nous eûmes connaissance, l'après- 
midi, des deux îles de Hoonga-tonga et de Hoonga-hapaee : elles sont 
comprises dans une carte des îles des Amis, insérée dans le troisième 
Voyage de Cook; mais on n'y trouve point un banc de ressifs, très- dange- 
reux, de deux lieues d'étendue, dont la direction est à peu près Nord 
quart Nord-Ouest et Sud quart Sud-Est ; sa pointe septentrionale est à 
cinq lieues au Nord de Hoonga-hapaee, et sa pointe méridionale à 
trois lieues au Nord de Hoonga-tonga, formant avec les deux îles un dé- 
troit de trois lieues : nous la rangeâmes à une très-grande lieue dans 
l'Ouest, et nous aperçûmes ses brisans qui s'élevaient comme des mon- 
tagnes ; mais il est possible que, dans un temps plus calme, il marque 
moins, et alors il serait beaucoup plus dangereux. Les deux petites îles 




WllfUMiia 



168 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



1787. de Hoonga-tonga et de Hoonga-hapaee ne sont que de gros rochers in- 
ecembie. habitables, assez élevés pour être aperçus de quinze lieues : leur forme 
changeait à chaque instant, et la vue qu'il eût été possible d'en tracer 
n'aurait pu convenir que dans un point bien déterminé ; elles me parurent 
être d'une égale étendue, et avoir chacune moins d'une demi-lieue de tour; 
un canal d'une lieue sépare ces deux îles situées Est-Nord-Est et Ouest- 
Sud-0,uest : elles sont placées à dix lieues au Nord de Tongataboo ; mais 
comme cette dernière île est basse, il faut être à moitié de cette distance 
31. pour pouvoir la reconnaître. Nous l'aperçûmes du haut des mâts, le 31 
Décembre, à six heures du matin ; on ne voyait d'abord que la cime des 
arbres qui paraissaient, croître dans la mer : à mesure que nous nous ap- 
prochions, le terrain s'élevait, mais de deux ou trois toises seulement ■; 
bientôt nous reconnûmes la pointe de Van-Diemen, et le banc des Brisansj 
qui est au large de cette pointe ; elle nous restait, à midi, à l'Est, à en* 
viron deux lieues. Comme les vents étaient au Nord, je fis gouverner sur 
la côte méridionale de l'île, qui est très-saine, et dont on peut s'approcher 
à trois portées de fusil. La mer brisait avec fureur sur toute la côte, mais 
ces brisans étaient à terre, et nous apercevions au delà les vergers les plus 
rians ; toute l'île paraissait cultivée 5 les arbres bordaient les champs, qui 
étaient du plus beau vert y il est vrai que nous étions alors dans la saison 
des pluies, car, malgré la magie de ce coup d'œil, il est plus que vraisem- 
blable que, pendant une partie de l'année, il doit régner sur une île si 
plate une horrible sécheresse : on n'y voyait pas un seul monticule, et la 
mer elle-même n'a pas, dans un temps calme,, une surface plus égale,. 

Les cases des insulaires n'étaient pas rassemblées en village, mais éparses 
dans les champs, comme les maisons de campagne dans nos plaines les 
mieux cultivées.. Bientôt sept ou huit pirogues furent lancées à la mer, et 
s'avancèrent vers nos frégates : mais ces insulaires, plus cultivateurs que 
marins, les manœuvraient avec timidité; ils n'osaient approcher de nos- 
bâtimens, quoiqu'ils fussent en panne, et que la mer fût très-belle ; ils se 
jetaient à la nage, à huit ou dix toises de nos frégates, tenant dans chaque- 
main des noix de cocos, qu'ils échangeaient de bonne foi contre des mor- 
ceaux de. fer, des clous, ou de petites haches. Leurs pirogues ne diffé* 



_«Vi 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



169 



raient en rien de celles des habitans des îles des Navigateurs; mais aucune 1787. 
n'avait des voiles, et il est vraisemblable qu'ils n'auraient pas su les manœu- Décembrè * 
vrer. La plus grande confiance s'établit bientôt entre nous ; ils montèrent 
à bord ; nous leur parlâmes de Poulaho, de Féenou j nous avions l'air d'être 
de vieilles connaissances qui se revoient et s'entretiennent de leurs amis. 
Un jeune insulaire nous donna à entendre qu'il était fils de Féenou, et ce 
mensonge, ou cette vérité, lui valut plusieurs présens ; il faisait un cri de 
joie en les recevant, et cherchait à nous faire comprendre par signes, que si 
nous allions mouiller sur la côte, nous y trouverions des vivres en abon- 
dance, et que les pirogues étaient trop petites pour nous les apporter en 
pleine mer. En effet, il n'y avait ni poules ni cochons sur ces embarca- 
tions ; leur cargaison consistait en quelques bananes et cocos ; et, comme 
la plus petite lame faisait chavirer ces frêles bâtimens, les animaux eussent 
été noyés avant que d'être arrivés à bord. Ces insulaires étaient bruyans 
dans leurs manières ; mais leurs, traits n'avaient aucune expression de féro- 
cité ; et, ni leur taille, ni la proportion de leurs membres, ni la force pré- 
sumée de leurs muscles, n'auraient pu nous imposer, quand même ils 
n'eussent pas connu l'effet de nos armes ; leur physique, sans être inférieur 
au notre, ne paraissait avoir aucun avantage sur celui de nos matelots : 
du reste, leur -langage, leur tatouage, leur costume, tout annonçait en eux 
une origine commune avec les habitans de l'archipel des Navigateurs, et 
il est évident que la différence qui existe dans les proportions individuelles 
de ces peuples, ne provient que de l'aridité du sol, et des autres causes phy- 
siques du territoire et du climat de l'archipel des Amis. Des cent cin- 
quante îles qui composent cet archipel, le plus grand nombre ne consiste 
qu'en rochers inhabités et inhabitables, et je ne craindrais pas d'avancer 
que la seule île d'Oyolava l'emporte en population, en fertilité, et en forces 
réelles, sur toutes ces îles jéunies, où les insulaires sont obligés d'arroser 
de leurs sueurs les champs qui fournissent à leur subsistance. C'est peut- 
être à ce besoin de l'agriculture qu'ils doivent les progrès de leur civilisa- 
tion, et la naissance de quelques arts qui compensent la force naturelle qui 
leur manque, et les garantissent de l'invasion de leurs voisins. Nous n'a- 
vons cependant vu chez eux d'autre arme que des paiow-patow ; nous leur 
en achetâmes plusieurs, qui ne pesaient pas le tiers de ceux que nous nous 

TOME II. z 






VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



1787. étions procurés à Maouna, et dont les habitans des îles des Amis n'auraient 
iJecembre. p ag eu j a f orce ^ e ge serv i r# 




La coutume de se couper les deux phalanges du petit doigt est aussi 
répandue chez ces peuples qu'aux îles des Cocos et des Traîtres -, et cette 
marque de douleur pour la perte d'un parent ou d'un ami, est presque in- 
connue aux îles des Navigateurs. Je sais que le capitaine Cook pensait 
que les îles des Cocos et des Traîtres faisaient partie de celles des Amis ; 
il appuyait son opinion sur le rapport de Poulaho, qui avait eu connaissance 
du commerce que le capitaine Wallis avait fait dans ces deux îles, et qui 
même possédait dans son trésor, avant l'arrivée du capitaine Cook, quelques 
morceaux de fer provenant des échanges de la frégate le Dauphin avec les 
habitans de l'île des Traîtres. J'ai cru, au contraire, que ces deux îles 
étaient comprises dans les dix qui nous avaient été nommées par les insu- 
laires de Maouna, parce que je les ai trouvées précisément dans Taire de 
vent désignée par eux, et plus à l'Est que ne les avait indiquées le capitaine 
Wallis ; et j'ai pensé qu'elles pouvaient former, avec l'île de la Belle- 
Nation de Quiros, le groupe complet du plus beau et du plus grand archi- 
pel de la mer du Sud : mais je conviens que les insulaires des îles des Cocos 
et des Traîtres ressemblent beaucoup plus, par leur stature et leurs formes 
extérieures, aux habitans des îles des Amis, qu'à ceux des îles des Naviga- 
teurs, dont ils sont à peu près à égale distance. Après avoir expliqué 
ainsi les motifs de mon opinion, il m'en coûte peu de me ranger, dans 
toutes les occasions, à celle du capitaine Cook, qui avait fait de si longs 
séjours dans les différentes îles de la mer du Sud» 

Toutes nos relations avec les habitans de Tongataboo se réduisirent à 
une simple visite, et Ton en fait rarement de si éloignées ; nous ne re- 
çûmes d'eux que les mêmes rafraîchissemens qu'on offre à la campagne, en 
collation, à des voisins : mais M. Dagelet eut l'occasion de vérifier la 
marche de nos horloges. Le grand nombre d'observations faites, comme 
je l'ai dit, à Tongataboo, par le capitaine Cock, ne lui laissait aucun 
doute sur l'exactitude de la position de l'observatoire de la Résolution, et 
il crut devoir en faire, en quelque sorte, un premier méridien, en y rap- 



.*■ 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

portant les positions relatives de tout l'archipel des Amis, et même des 
autres îles que nous avions visitées dans l'hémisphère Sud. Le résultat de 
ses observations, obtenu par un très-grand nombre de distances de la lune 
au soleil, différait de moins de sept minutes de celui du capitaine Cook : 
ainsi, M. Dagelet, en admettant les longitudes de ce célèbre navigateur, 
suivait aussi les siennes ; et il s'était convaincu que les comparaisons. sur 
des points déterminés pouvaient bien augmenter la confiance dans les 
montres, mais qu'elles n'étaient point nécessaires à leur vérification ; une 
suite de distances de la lune au soleil, prises dans des circonstances favo- 
rables, ne laissant rien à désirer à cet égard. On peut conclure de la con- 
formité de nos déterminations, qu'en supposant que nous n'eussions 
eu aucune connaissance des navigations du capitaine Cook, l'archipel 
des Navigateurs et le groupe «des îles Vavao n'auraient pas moins eu 
sur nos cartes, à cinq ou six minutes près, les mêmes positions géo^> 
graphiques. 



171 



1787. 
Décembre. 




Janvier, 
1 er . 



Le 1 er Janvier, à l'entrée de la nuit, ayant perdu tout espoir d'obtenir, 1788. 
en louvoyant ainsi au large, assez de vivres pour compenser au moins notre 
consommation, je pris le parti d'arriver à l'Ouest-Sud-Ouest, et de courir 
sur Botany-Bay, en prenant une route qui n'eût encore été suivie par aucun 
navigateur. Il n'entrait point dans mon plan de reconnaître l'île Plistard, 
découverte par Tasman, et dont le capitaine Cook avait déterminé la posi- 
tion j mais les vents, ayant passé du Nord à l'Ouest-Sud-Ouest, me for- 
cèrent de prendre la bordée du Sud j et le 2 au matin, j'aperçus cette île, 
dont la plus grande largeur est d'un quart de lieue ; elle est fort escarpée, 
n'a que quelques arbres sur la côte du Nord-Est, et ne peut servir de re- 
traite qu'à des oiseaux de mer. 



Cette petite île, ou plutôt ce rocher, nous restait à l'Ouest, à dix 
heures et demie du matin ; sa latitude, observée à midi par M. Dagelet, 
fut trouvée de 2G d sa', c'est-à-dire, quatre minutes plus Nord que la lati- 
tude assignée par le capitaine Cook, qui, l'ayant déterminée d'après des 
relèvemens éloignés, pouvait avoir commis quelque erreur. 





^O^^ 



Ï3. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Les calmes nous procurèrent beaucoup trop d'occasions de vérifier et de 
rectifier nos observations ; nous restâmes pendant trois jours en vue de ce. 
rceher. Le soleil, que nous avions au zénith, entretenait ces calmes, plus 
ennuyeux cent fois pour les marins, que les vents contraires. Nous atten- 
dions, avec la plus vive impatience, les brises du Sud-Est, que nous 
espérions trouver dans ces parages, et qui devaient nous conduire à la nou- 
velle Hollande. Les vents avaient constamment pris de l'Ouest depuis le. 
1 7 Décembre ; et, quel que fût leur degré de force, ils ne variaient que 
du Nord-Ouest au Sud-Ouest ; ainsi les vents alizés sont bien peu fixes 
dans ces parages : ils soufflèrent cependant de l'Est, le 6 Janvier, et va- 
rièrent jusqu'au Nord-Est ; le temps devint très-couvert, et la mer fort 
grosse i ils continuèrent ainsi, avec beaucoup de pluie et un horizon fort 
peu étendu, jusqu'au 8 : nous eûmes alors des brises fixes, mais très-fortes*, 
du Nord-Est au Sud-Est ; le temps fut très-sec, et la mer extrêmement, 
agitée. Comme nous avions doublé la latitude de toutes les îles, les vents 
avaient repris leur cours, qui avait été absolument interrompu depuis la 
Ligne jusqu'au £6 e degré Sud.; la température était aussi beaucoup 
changée, et le thermomètre avait baissé de 6 degrés,, soit parce que nous 
avions dépassé le soleil, ou, ce qui est. plus vraisemblable, parce que ces 
fortes brises de l'Est, et un ciel blanchâtre, arrêtaient son influence, car il. 
n'était qu'à quatre degrés de notre zénith, et ses rayons avaient bien peu, 
d'obliquité. Le 13,.. nous eûmes connaissance de l'île Norfolk,, et des 
deux îlots qui sont à sa pointe méridionale: la mer était, si grosse, et de- 
puis si long-temps, que j'eus peu d'espoir de rencontrer un abri sur la. 
côte du Nord-Est, quoique les vents fussent, dans ce moment, au Sud;, 
ceoendant, en approchant, Je trouvai une mer plus tranquille,, et je me. 
décidai à laisser tomber l'ancre à un mille de terre, par vingt-quatre brasses* 
fond de sable dur, mêlé de très-peu de corail, je n'avais d'autre objet que 
d'envoyer reconnaître le sol et les productions de cette île par nos natu- 
ralistes et nos botanistes,, qui, depuis notre départ du Kamtschatka, avaient 
eu bien peu d'occasions d'ajouter de nouvelles observations à leurs jour- 
naux. Nous voyions cependant la mer briser avec fureur autour de l'île j 
mais je me flattais que nos canots trouveraient quelque abri derrière de 
grosses roches qui bordaient la côte. Cependant, comme nous avions 



tT i»C1 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

appris, à nos dépens, qu'il ne faut jamais s'écarter des règles de la pru- 17 8S* 
dence, je chargeai M. de Clonard, capitaine de vaisseau, le second officier J anvier - 
de l'expédition, du commandement de quatre petits canots envoyés par les 
deux frégates,, et je lui enjoignis de ne pas risquer le débarquement, sous 
quelque prétexte que ce pût être, si nos biscayennes couraient le moindre 
risque d'être chavirées par la lame. Son exactitude et sa prudence ne me 
laissaient aucune crainte ; et cet officier, que je destinais à prendre le com- 
mandement de l'Astrolabe, dès que nous arriverions à Botany-Bay, mé- 
ritait mon entière confiance. Nos frégates étaient mouillées par le travers 
de deux pointes situées sur l'extrémité Nord du côté du Nord-Est de l'île 
vis-à-vis de l'endroit où nous supposions que le capitaine Cook avait dé- 
barqué : nos canots firent route vers cette espèce d'enfoncement ; mais ils 
y trouvèrent une lame qui déferlait sur de grosses roches, avec une fureur 
qui en rendait l'approche impossible. Ils côtoyèrent le rivage à une demi- 
portée de fusil, en remontant vers le Sud-Est, et firent ainsi une demi- 
lieue, sans trouver un seul point où il fût possible de débarquer.. Ils 
voyaient l'île entourée d'une muraille formée par la lave qui avait coulé 
du sommet de la montagne, et qui, s'étant refroidie dans sa chute, avait 
laissé, en beaucoup d'endroits,, une espèce de toit avancé de plusieurs pieds 
sur le côté de l'île. Quand le débarquement eût été possible, on n'aurait 
pu pénétrer dans l'intérieur qu'en remontant, pendant quinze ou vingt 
toises, le cours très-rapide de quelques torrens qui avaient formé des ra- 
vines.. Au-delà de ces barrières naturelles, l'île était couverte de pins, et 
tapissée de la plus belle verdure ; nous y aurions vraisemblablement ren- 
contré quelques plantes potagères, et cet espoir augmentait encore notre 
désir, de visiter une terre où, le capitaine Cook avait débarqué, avec la plus 
Grande facilité : il est vrai qu'il s'était trouvé dans ces parages par un beau 
temps soutenu depuis plusieurs jours, tandis, que nous avions constamment 
navigué dans des mers si grosses, que depuis huit jours nos sabords et nos 
fenêtres n'avaient pas été ouverts.. Je suivis du bord, avec ma lunette, le 
mouvement des canots; et voyant qu'à l'entrée de la nuit ils n'avaient pas 
trouvé de lieu commode pour débarquer, je fis- le signal de ralliement, et 
bientôt après je donnai l'ordre d'appareiller : j'aurais peut-être perdu beau- 
coup de temps à attendre un instant plus favorable* et la reconnaissance, d© 





v=»3KF=] 



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VOYAGE 'AUTOUR 'DU MONDE. 

cette île ne valait pas ce sacrifice. Comme je me disposais à mettre à la 
voile, un signal de l'Astrolabe, qui m'apprendt que le feu était à son bord, 
me jeta dans les plus vives inquiétudes. J'expédiai sur-le-champ un canot 
pour voler à son secours ; mais il était à peine à moitié chemin, qu'un 
second signal me marqua que le feu était éteint ; et bientôt après, M. de 
Monti me dit de son bord, avec le porte-voix, qu'une caisse d'acide, ou 
d'autres liqueurs chimiques, appartenant au père Receveur, et placée sous 
le gaillard, avait pris feu d'elle-même, et répandu une fumée si épaisse sous 
les ponts, qu'il avait été très-difficile de découvrir le foyer de l'incendie : 
on était parvenu à jeter cette caisse dans la mer, et l'accident n'avait pas eu 
d'autres suites.. Il est vraisemblable que quelque flacon d'acide s'étant 
cassé dans l'intérieur de la caisse, avait occasionné cet incendie, qui s'était 
communiqué aux flacons d'esprit-de-vin cassés ou mal bouchés. Je m'ap- 
plaudis d'avoir ordonné, dès le commencement de la campagne, qu'une 
pareille caisse appartenant à M. l'abbé Mongès, fût placée en plein air sur 
le gaillard d'avant de ma frégate, où le feu n'était point à craindre. 

L'île Norfolk, quoique très-escarpée, n'est guère élèvéte de plus de soix- 
ante-dix ou quatre-vingts toises au-dessus du niveau de la mer; les pins 
dont elle est remplie sont vraisemblablement de la même espèce que ceux 
de la nouvelle Calédonie, ou de la nouvelle Zélande. Le capitaine Cook 
dit qu'il y trouva beaucoup de choux-palmistes ; et le désir de nous en 
procurer n'était pas un des moindres motifs de l'envie que nous avions 
-eue d'y relâcher : il est probable que les palmiers qui donnent ces choux 
sont très-petits, car nous n'aperçûmes aucun arbre de cette espèce. Comme 
cette île n'est pas habitée, elle est couverte d'oiseaux de mer, et particu- 
lièrement de paille- en-queue, qui ont tous leur longue plume rouge ; on 
y voyait aussi beaucoup de foux et de goélettes, mais pas une frégate. Un 
banc de sable, sur lequel il y a vingt à trente brasses d'eau, s'étend à trois 
ou quatre lieues au Nord et à l'Est de cette île, et peut-être même tout 
autour^ mais nous ne sondâmes pas dans l'Ouest. Pendant que nous 
étions au mouillage, nous prîmes sur le banc quelques poissons rouges, de 
l'espèce qu'on nomme capitaine à l'Ile de France, ou sarde, et qui nous 
procurèrent un excellent repas. A huit heures du soir, nous étions sous 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 

voile i je fis route à l'Ouest-Nord-Ouest, et je laissai arriver successive- 
ment jusqu'au Sud-Ouest quart d'Ouest, faisant petites voiles, et sondant 
sans cesse sur ce banc, où il était possible qu'il se rencontrât quelque haut 
fond ; mais le sol en était, au contraire, extrêmement uni, et l'eau aug- 
menta pied à pied, à mesure que nous nous éloignâmes de l'île : à onze 
heures du soir, une ligne de soixante brasses ne rapporta plus de fond ; 
nous étions alors dans l'Ouest-Nord-Ouest à dix milles de la pointe la plus 
septentrionale de l'île Norfolk. Les vents s'étaient fixés à l'Est-Sud-Esf, 
par. grains un peu brumeux, mais le temps était très- clair dans les inter- 
valles des grains. Au jour, je forçai de voiles vers Botany-Bay, qui n'était 
plus éloignée de nous que de trois cents lieues; le 14 au soir, après le 
coucher du soleil, je fis signal de mettre en panne, et de sonder, en filant 
deux cents brasses de ligne : le plateau de l'île Norfolk m'avait fait croire 
que le fond pouvait se continuer jusqu'à la nouvelle Hollande ; mais cette 
conjecture était fausse, et nous continuâmes notre route avec une erreur de 
moins dans l'esprit* car je tenais beaucoup à cette opinion. Les vents de 
l'Est-Sud-Est au Nord-Est furent fixes, jusqu'à vue de la nouvelle Hol- 
lande -, nous faisions beaucoup de chemin le jour, et très-peu la nuit, parce 
que nous n'avions été précédés par aucun navigateur dans la route que nous= 
parcourions. 

Le 17, par 31 d 28' de latitude Sud, et 15Q d 15' de longitude orientale, 
nous fûmes environnés d'une innombrable quantité de goélettes, qui nous 
faisaient soupçonner que nous passions auprès de quelque île ou rocher ; et 
il y eut plusieurs paris pour la découverte d'une nouvelle terre avant notre 
arrivée à Botany-Bay, dont nous n'étions cependant qu'à cent quatre-vingts 
îieues i ces oiseaux nous suivirent jusqu'à quatre-vingts lieues de la nou- 
velle Hollande, et il est assez vraisemblable que nous avions laissé derrière 
nous quelque îlot ou rocher, qui sert d'asile à ces sortes d'oiseaux, car ils 
sont beaucoup moins nombreux auprès d'une terre habitée. Depuis l'île 
de Norfolk jusqu'à la vue de Botany-Bay, nous sondâmes tous les soirs, en 
filant deux cents brasses, et nous ne commençâmes à trouver fond qu'à 
huit lieues de la côte, par quatre-vingt-dix brasses, Nous en eûmes con- 
naissance le 23 Janvier ; elle était peu élevée, et il n'est guère possible de 





wwBnmzm 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 

1788. l'apercevoir de plus de douze lieues. Les vents devinrent alors très- va~ 
janvier. r i a bles, et nous éprouvâmes, comme le capitaine Cook, des courans qui 
nous portèrent, chaque jour, quinze minutes au Sud de notre estime ; en 
-sorte que nous passâmes la journée du 24 à louvoyer à la vue de Botany- 
Bay, sans pouvoir doubler la pointe Solander qui nous restait à une lieue au 
Nord ; les vents soufflaient avec force de cette partie, et nos bâtimens 
étaient trop mauvais voiliers pour vaincre à la fois la force du vent et des 
courans: mais nous eûmes, ce même jour, un spectacle bien nouveau pour 
nous depuis notre départ de Manille ; ce fut celui d'une flotte Anglaise, 
mouillée dans Botany-Bay., dont nous distinguions les flammes et les pa- 
villons. 

Des Européens sont tous compatriotes à cette distance de leur pays, et 
nous avions la plus vive impatience de gagner le mouillage : mais le temps 
fut si brumeux le lendemain, qu'il nous fut impossible de reconnaître la 
26\ terre, et nous n'atteignîmes le mouillage que le 26, à neuf heures du ma- 
tin ; je laissai tomber l'ancre à un mille de la côte du Nord, sur un fond 
de sept brasses de bon sable gris, par le travers de la seconde baie. Au mo- 
ment où je me présentais dans la passe, un lieutenant et un midshipman 
Anglais furent envoyés à mon bord par le capitaine Hunter, commandant 
la frégate Anglaise le Sirius ; ils m'offrirent de sa part tous les services qui 
dépendraient de lui, ajoutant néanmoins, qu'étant sur le point d'appareiller 
pour remonter vers le Nord, les circonstances ne lui permettraient de nous 
donner ni vivres, ni munitions, ni voiles ; de sorte que leurs offres de ser- 
vice se réduisaient à des vœux pour le succès ultérieur de notre voyage. 
J'envoyai un officier pour faire mes remercîmens au capitaine Hunter, qui 
était déjà à pic, et avait ses huniers hissés; je lui fis dire que mes besoins 
se bornaient à de l'eau et du bois, dont nous ne manquerions pas dans cette 
baie, et que je savais que des bâtimens destinés à former une colonie à une 
si grande distance de l'Europe, ne pouvaient être d'aucun secours à des na- 
vigateurs. Nous apprîmes du lieutenant que la flotte Anglaise était com- 
mandée par le commodore Phillip, qui, la veille, avait appareillé de Bo- 
tany-Bay, sur la corvette le Spey, avec quatre vaisseaux de transport, pour 
aller chercher vers le Nord un lieu plus commode à son établissement. Le 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

lieutenant Anglais paraissait mettre beaucoup de mystère au plan du corn- 
modore Phillip, et nous ne nous permîmes de lui faire aucune question à 
ce sujet : mais nous ne pouvions douter que l'établissement projeté ne fût 
très-près de Botany-Bay; car plusieurs canots et chaloupes étaient à la voile 
pour s'y rendre -, et il fallait que le trajet fût bien court, pour que l'on eût 
jugé inutile de les embarquer sur les bâtimens. Bientôt les matelots du 
canot Anglais, moins discrets que leur officier, apprirent aux nôtres qu'ils 
n'allaient qu'au port Jackson, seize milles au Nord de la pointe Banks, où 
le commodore Phillip avait reconnu lui-même un très-bon havre qui s'en- 
fonçait de dix milles vers le Sud-Ouest ; les bâtimens pouvaient y mouiller 
à portée de pistolet de terre, dans une mer aussi tranquille que celle d'un 
bassin. Nous n'eûmes, par la suite, que trop d'occasions d'avoir des nou- 
velles de l'établissement Anglais, dont les déserteurs nous causèrent beau- 
coup d'ennui et d'embarras *. 

* Ici se termine le journal de la Pérouse. Je ne répéterai point ce que j'ai dit dans le discours 
préliminaire sur le sort de cet illustre infortuné. Je crois avoir complètement réfuté les assertions 
absurdes sur les probabilités de son existence. J'y renvoie le lecteur, et je l'engage à lire, dans la 
suite de ce volume, la dernière lettre qu'il a écrite de Botany-Bay, au ministre de la marine. Il y 
rend compte de la route qu'il va tenir avant d'arriver à l'Ile de France; et d'après les combinaisons 
simples qu'elle offre aux navigateur^ il n'est plus possible de se livrer à aucun espoir sur son retour. 
( N. D. E. ) 




1788. 

Janvier, 



TOME II. 




A B L 



DE LA ROUTE DE LA BOUSSOLE 



PENDANT LES ANNEES 




1785, 1786, 1787, 1788, 






DEPUIS 



SON DÉPART D'EUROPE JUSQU'À BOTANY-BAY. 



Nota. Ces Tables indiquent la position du vaisseau à midi ; la déclinaison de 
l'aiguille aimantée, observée le matin ou le soir du même jour, et distinguée par 
la lettre A lorsqu'elle est le résultat d'une observation d'azimuth j le degré du 
thermomètre de Réaumur, et la hauteur du baromètre, au lever du soleil ; enfin, 
l'inclinaison de l'aiguille aimantée, aux époques où elle a peu être observée. 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque,. 1785. 



Août. 



Inclinaifon 

de l'aiguille. 



1 

2 
3 
4 
5 
6 

7 
8 

9 
10 
11 

12 



13 

14 
15 

16. 



17 

18 



39 



20 
21 

22 
23 
24 
25 
26 
27 



Z>. ilf. 5. 



Therm. 



D. 

H è 
14 

12 1 
14 

14 | 
15 
15 
15 

15 i 

16 T 

17 

17 

18 



Baromètre. 



P. 

28 
27 



Z,. 
02,0 
11,0 



27 07,5 

27 10,5 

28 04,0 
28 04,0 
28 04,0 
28 02,5 
28 04,2 • 
28 03,0 
28 02,8 

28 02,8 



28 04,0 



Vents, état du Ciel, et Remarques 



E. Le temps couvert, de la pluie, 

S. S. E. bon frais, nébuleux. 

S. par raffales, couvert, de la pluie. 

N. E. petit frais, beau. 

N. O. petit frais, beau. 

N. N. E. petit frais, nuageux. 

N. E. bon frais, nuageux. 

Idem. 

N. E. bon frais, beau. 

N. E. petit frais, beau. 

N. N. E. petit frais, beau. , 

N. N. E. petit frais, nébuleux. A 8 heures 

du soir, vu les îles Désertes. 
E. S. E. petit frais, beau. A 8 heures du 
soir, mouillé dans la rade de Funchal, 
île de Madère. 
S. E. très-faible, nuageux. 
S. E. faible, beau. 

E. petit frais, beau. A g heures du matin, 
appareillé de Madère. Pris pour point 
du départ la latitude et la longitude ci- 
contre. 
E. petit frais, beau. 
N. E. bon frais. Vu les îles Salvage. 
N. E. bon frais. A 4 heures du matin, vu 
les îles Canaries, dans le S. S. O. à 2 
lieues. A 1 heure après midi, mouillé 
dans la rade de Sainte-Croix, île de 
Ténériffe. 
N. N. E. petit frais, beau. 
Idem. 
Idem, 
Idem. 

N. E. bon frais, beau. 
N. N. E. petit frais, beau. 
Idem. 
Idem. 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



Epoque, 1785. 



Août. 



Sept c mire. 



28 
29 

30 

31 
1 

2 
3 
4 
5 
6 
7 

8 

9 
10 
11 
12 
13 
14 
15 
16 

17 

*K 

19 

20 

21 

22 
23 
24 
25 
20 
27 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 



Therm. 



20 00 00 



D. 



20 

20 

20 
20 
20 
20 
20 



Baromètre. 



19 


28 


03,5 


18 


28 


03,0 


18 | 


28 


03,0 


19 


28 


03,0 


19 


28 


04,0 


20 


28 


03,0 


20 


28 


02,8 


20 i 


28 


02,8 


22 


28 


02,3 


22 


28 


02,1 


22 | 


28 


02,1 


21 


28 


02,3 


20 -£ 


28 


02,8 


19 


28 


03,0 


* 5 


28 


02,5 


21 


28 


02,1 


21 


28 


02,6 


20 | 


28 


02,4 


20 i 


28 


02,0 


21 


28 


02,8 


19 


28 


02,5 



28 02,7 

28 03,0 

28 03,1 

28 03,3 

28 03,2 

28 03 y 2 

28 03,0 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques 



E. N. E. petit frais, beau. 
N. N. E. petit frais, beau. 
'N. N. E. bon frais, beau. Pris pour point 
du départ la latitude et la longitude por- 
tées à la colonne du 30, jour de notre 
départ de Sainte-Croix. 
N. N. E. petit frais, beau. 
N. E. bon frais, beau. 
N. N. E. petit frais, nébuleux. 
N. E. petit frais, beau. 
N. petit frais, beau. 
N. E. petit frais, beau, 
N. E. bon frais, beau. 
Idem. 

E. calme, orageux. 
S. S. E. calme, orageux, 
E. très-faible, beau. 
S. S. E. calme, orageux. 
S. S. E. petit frais, orageux. 
N. N. E. petit frais, orageux. 
N. petit frais, beau. 
N. N. O. petit frais, beau. 
S. O. petit frais, nébuleux. 
S. O. bon frais, nuageux. 
S. O. petit frais, nuageux. 
O. N. O. faible, beau. 
N. O. petit frais, nébuleux. 
S. S. O. petit frais, de la pluie. Vu des 

oiseaux. 
S. S. O. bon frais, de la pluie. 
S. O. par grains, couvert. 
S. O. petit frais, beau. 
S. S. E. petit frais, de la pluie. 
S. petit frais, nuageux, 
Idem, 



mmnsu 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1/85. 



Septembre. 28 
29 



Octobre. 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



30 
1 
2 
3 
4 
5 
6 

7 
8 

9 
10 
11 

12 

13 

14 
15 

16 

17 

18 

19 
20 
21 
22 
23 
24 
25 

26 

27 



D. M. S. 
18 00 Nord 
17 00 00 



17 00 00 
16 00 00 



10 30 00 



15 00 00 

14 30 00 

17 15 00 

13 30 00 

13 45 00 

17 Qfi 00 



20 00 00 



Therm. 



8 


30 


00 


7 


00 


00 


3 


30 


00 


00 à 8 heures 
du matin. 





13 Sud. 





30 


00 


2 


30 


00 


4 


00 


00 


5 


30 


00 


8 


30 


00 


12 


15 


00 


13 


45 


00 



TOME lï. 



D. 

19 i 
19 i 

19 

19 

19 

19 

19 

19 

19 

19 I 

19 1 



18 | 
18 i 
18* 
18 

17 T 
17 

17 1 

17 I 



14 T 3 o 
18 A 

17 

17 
17 
16 1 

lô 
16 i 

16 \ 
17 



Baromètre. 



P. L. 

28 02,5 
28 02,5 



28 03,0 

28 03,0 

28 03,3 

28 03,5 

28 03,6 

28 03,5 

28 03,2 

28 03,6 

28 04,4 

28 04,0 

28 03,6 

28 03,8 

28 04,7 

28 04,3 

28 04,8 

28 03,9 

28 03,3 



2S 02,5 
28 02,9 



28 
28 



02,7 

02,3 



28 03,0 

28 0-1,6 

28 03,6 

28 00,6 

28 01,1 

28 00,2 



Vents, état du Ciel, et Remarques. 



S. S. E. bon frais, par grains, de la pluie 
S. S. E. bon frais, de la pluie. 



S. E. bon frais, nuageux. 

S. E. petit frais, beau. 

S. E. bon frais, beau. 

S. E. i E. bon frais, beau. 

S. S. E. bon frais, beau. 

S. E. bon frais, beau. 

S. E. par grains, nébuleux. 

E. S. E. bon frais, nébuleux. 

E. S. E. par grains, nuageux. 

E. S. E. bon frais, nuageux. 

S. E. £ E. bon frais, brumeux. 

S. E. petit frais, nébuleux. 

Idem. 

E. S. E. bon frais, couvert. 

E. N. E-. bon frais, beau. 

N. E. bon frais, beau. 

N. petit frais. Vu les îles de Martin-Vas, 
l'Ouest 34 d Nord, à environ 10 lieues." 

N. N. O. petit frais, beau. A 6 heures du 
matin du 17, vu l'île de la Trinité, à 
l'Ouest l/ d Nord, à environ 8 lieues. 

N. N. O. petit fraiSj nébuleux. 

S. S. E. bon frais, beau. 

S. E. bon frais, couvert. 

S. E. petit frais, de la pluie. 

S. S. E. bon frais, beau. 

S. E. petit frais, beau. 

E. N. E. petit frais, beau. 

N. E. bon frais, delà pluie. 
ÇO. N. O. grand frais, de la pluie et du ton» 
( nërre. 

O. N. O. bon frais, nuageux. 



tas 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1785. 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



Octobre. 



Novembre, 



28 
29 

30 

31 
1 
2 
3 



10 
11 

12 

13 
14 
15 
16 
17 
18 



D. M. S. 
20 00 00 
20 30 00 



29 30 00 



Thertn. 



D. 

17 

loi 

16 $ 



17 \ 


28 


00,7 


16 -h 


28 


02,2 


15 i 


28 


01,2 


15 


28 


01,1 



14 



14 



15 



Baromètre. 



P. L. 

28 02,0 

28 02,0 

28 01,0 



27 09,3 



28 02,0 



28 01,0 



Vents, état du Ciel, et Remarques. 



O. N. O. bon frais, nuageux. 
O. S. O. petit frais, beau. 

E. N. E. petit frais, beau. Vu des alba- 
tros. 
S. E. petit frais, de la pluie. 
S. E. bon frais, brumeux. 
N. N. E. petit frais, beau. 
S. S. E. petit frais, orageux, de la pluie. 

S. S. E. petit frais, nébuleux. A 3 heures 
après midi, vu le continent du Brésil à 
l'Ouest 15 d Sud, à environ 10 lieues de 
distance. 

S. petit frais, beau. Trouvé le fond à 37 et 
40 brasses, sable vaseux. 

N. N. E. bon frais, beau. A 4 heures après 
midi, mouillé à Sainte- Catherine, par 7 
brasses, fond de sable vaseux. 

S. bon frais, beau. 

S. variable au N. E. bon frais,, beau, 

N. N. E. petit frais, beau. Changé de 
mouillage. 

N. N. E. bon frais beau. 

N. N. E. variable à l'E. S. E. bon frais, 
orageux, de la pluie. 

E- S- E. variable au Sud, bon frais, bru- 
meux. 

S. petit frais, nébuleux. 

N. variable au N. E. très-faible, beau 

S. orageux, du tonnerre. 

N. N. E*. petit frais, beau. 

N. orageux, des éclairs et du tonnerre. 

N. presque calme, orageux. 







VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1785. 



Novembre \g 



Décembre. 



Latitude, 
Sud. 



D. M. S. 



17 21 00 



27 27 00 

27 59 00 

28 52 00 

30 50 00 

31 34 00 

32 35 00 

33 36 00 
35 03 00 
35 24 00 

35 44 00 

36 26 44 

37 38 00 

38 36 00 
40 01 00 
40 4g 00 

42 31 00 

43 48 00 

44 34 00 

45 03 00 
44 13 00 
44 44 00 
44 51 00 

44 38 00 

45 19 00 
44 00 00 

43 27 00 

44 13 00 
44 42 00 
44 53 00 
44 35 00 



Longitude 

estimée,. 

Occidentale. 



D. M. S. 



50 00 00 



40 15 00 
48 33 00 
48 02 00 
46 50 00 
46 20 00 
45 38 00 

41 32 00 
43 1Q 00 

43 39 00 

42 53 00 
41 58 00 
40 21 00 
39 30 00 
3/ 58 00 
37 02 00 
36 51 00 
36 26 00 
35 38 00 
35 28 00 

35 45 00 

36 39 00 

37 11 00 

38 02 00 

38 52 00 

39 10 00 

40 16 00 

41 34 00 

41 49 00 

42 55 00 

44 32 00 



Longitude 

occidentale, 

par la montre 

N° ig. 



D. M. S. 

r Point de départ 
de Ste. Cathe- 
rine. 

La longitude 

est celle qu'a 

donnée la mon- 

1 tre N° 19. 



45 33 00 



44 10 00 

42 5g 00 

41 41 00 

39 29 00 



33 09 00 



34 44 00 



34 09 00 



36 26 00 

38 Ofi 00 

39 25 00 



Longitude 

occidentale, 

par les distances 

de la (r au 0. 



D. M. S. 



48 53 00 

47 40 00 
46 43 30 



34 10 00 



35 50 00 



Déclinaison 

de l'aiguille, 

Est. 



D. M. S. 



12 00 00 



11 00 00 

10 00 00 

11 16 00 
9 00 00 

7 31 00 

7 20 00 

7 20 00 

8 07 A. 

7 10 00 

8 21 00 
8 52 00 



7 32 00 

7 34 00 

8 32 A. 
6 5Q 00 



8 27 00 



8 33 CO 

9 20 00 
8 32 00 

10 47 00 

11 52 00 
11 56 00 



VOYAGÉ AUTOUR DU MONDE. 



189 



Epoque, 1785. 



Décembre. 



Novembre. 1Q 



20 
21 
22 
23 
24 
25 
26 

27 

28 
20 
30 
1 
2 
3 
4 
5 
6 

7 

8 

9 
10 
11 
12 
13 
14 
15 
l6 
17 
18 

19 



Inclinaison 
de l'aiffuille. 



D. M. S. 



30 30 00 



33 00 00 



41 00 00 



43 00 00 



43 30 00 



50 00 00 



51 00 00 



Therm. 



D. 



17 
15 
16 
15 
■16 
17 

15 

14 

13 

13 

14 

14 

13 

11 

10 

10 

8 

6 

7 

9 

9 

5 

7 
7 
7 



7 

7 

10 



Baromètre. 



P. L. 



28 
28 
28 
28 
28 
28 
28 
28 

27 

28 
28 
28 

27 

27 

28 
28 
27 

V 
27 
27 
27 
27 

28 

n 

28 
28 

27 
28 
28 
28 



02,0 
02,3 
01,0 
00,0 
02,0 
02,0 
01,2 
00,1 

117 
02,2 
03,1 
03,1 
11,5 
11,5 
00,1 
02,0 
10,3 
11,6 
11,5 
10,5 
002 
05,0 

oo,7 

10,4 
01,6 
04,2 

10,7 

02,0 
00,8 

oi,7 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques 



r S. S. O. très-faible, beau. Appareillé à 5 
heures du matin. A 11 heures, calme. 
Mouillé à 2 lieues au N. du premier 
mouillage. A 2 heures après midi, appa- 

*- reillé. 

S. O. bon frais, nuageux. 
S. O. bon frais, beau. 
N. E. calme, beau. 
N. E. bon frais, beau. 
S. E. petit frais, nébuleux. 
N. E. petit frais, nébuleux. 
N. E. variable à TE. S. E. très-faible, beau. 
E. petit frais, de la pluie. 
S. par grains, nuageux. 
O. petit frais. 
N. N. O. très-faible, beau. 
O. N. O. bon frais, beau. 
S. S. O. bon frais, de la pluie. 
Idem. ] . 

S. O. bon frais, beau. 
O. N. O. bon frais, beau. 
S. O. bon frais, couvert. 
_Idem. 

N. O. faible, beau. 
O. N. O. par grains, de la pluie. 
N. bon frais, beau. 
S. O. par rafrales, de la pluie. 
N. N. O. bon frais, de la pluie. 
S. O. |f O. par grains, de la pluie» 
N. O. petit frais, beau. 
O. S. O. bon frais, nuageux. 
N. N. E. très-faible, nuageux. 
O. petit frais, beau. 
O. N. O. petit frais, brumeux, 
Idem. 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1785. 



Décembre. 



1786. 

Janvier. 



21 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 



50 00 00 



51 00 00 
51 45 00 



55 30 00 





59 


30 


00 


51 


15 


00 




51 


00 


00 



Therm. 



10 



Baromètre. 



P. L. 

28 00,4 

28 00,4 

28 00,2 

27 10,0 

2S 00,4 

27 07,1 

28 00,3 
28 00,3 
27 11,0 

27 11,4 

28 00,2 
28 01,4 

28 00,4 

28 02,6 

27 11,0 

28 00,6 

27 09,6 

27 09,2 

27 11,6 

27 06,9 

27 06,7 

27 05,9 

27 1 1 ,0 

27 08,4 

28 02,0 
27 - 08,9 
27 05,8 

27 09,6 

28 01,9 
28 04,9 
28 05,0 
28 02,2 

28 00,9 



Vents, Etat du Ciel, et.Remî 



O. N. O. petit frais, brumeux. 
O. N. O. petit frais, nébuleux. 
N. O. petit frais, nébuleux. 
O. S. O, petit frais, beau. 
Idem. 

S. O. petit frais, de la pluie. 
S. S. O. par raffales, beau. 
S. S. E. calme, de la pluie. 
S. E. presque calme, beau. 
N. O. très-faible, beau. 
S. S. O. par grains, de la pluie. 
O. N. O. bon frais, nuageux. 

S. O. petit frais, beau. 
_N. N. O. bon frais, beau. 

O. bon frais, beau. 

N. N. E. petit frais, beau. 

N. N. O. bon frais, nuageux. 

O. S. O. calme, beau. 

N. O. par grains, nuageux. 

S. O. bon frais, beau. 

O. i N. O. petit frais, beau. 

S. O. x O. bon frais, nébuleux. 

S. O. bon frais, beau. 

S. S. O. très-faible, beau. 
S. S. O. par raffales, beau. 
S. O. petit frais, beau. 
O. N. O. bon frais, beau. 
N. O. petit frais, beau, 
S. S. E. bon frais, beau. 
S. petit frais, beau. 
N. E. petit frais, beau. 
N. O. très-faible, beau. 
S. S. E. petit frai, beau. A 4 heures du 
matin, vu lacôte des Patigons. 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1786. 


Inclinaison 
de l'aiguille. 


Thêta. 


Baromètre. 


Vents, Etat du Ciel, et Remarques. 




D. M. S. 


D. 


P. 


L. 


r N. petit frais, beau. Le cap Beau-temps, à 


Janvier. 11 


61 00 00 


10 | 


28 


02,3 


< l'Ouest 26 1 Sud; à environ 5 lieues de 
L distance. 

P O. petit frais, beau. La terre le plus à vue 


23 




8 I 


28 


02,4 


-J restait au Sud 5 ri Ouest, à environ 5 lieues 
[_ de distance. 

r N. O. petit frais, beau. Le cap Saint-Vin- 


24 


63 00 00 


10 


28 


01,3 


) cent nous restait à l'Est 11 1 Sud, à en- 
(. viron 4 lieues de distance. 

Départ du détroit de le Maire. 
S. O. bon frais, beau. 


15 


63 30 00 


9 


27 


08,3 


16 




6 


27 


07,0 


0. par grains, nuageux. 


17 


64 45 00 


f ï 


27 


03,2 


fO. S. 0. bon frais, brumeux; la mer 
1 grosse. 


28 




4 1 


27 


04,0 


S. S. E. par raffales, nuageux. 




. . 29 


67 30 00 


4 1 


27 


04,7 


O. bon frais, de la pluie. 


30 




5 


27 


04,8 


0. S. O. bon frais,, nuageux. 




31 


66 30 00 


6 


27 


06,3 


O. \ N. O; très-faible, de la brume. 


Février. 1 


66 15 00 


6 


27 


07,7 


O. petit frais, nuageux. 


2 


68 00 00 


6 


17 


04,1 


N. bon frais, humide. 


3 




6 


27 


04,1 


N. bon frais, nuageux. 




4 




4 i 


27 


01,4 


O. par grains, de la pluie. 




5 


70 00 00 


*| 


27 


05,6 


0. N. 0. bon frais, de la pluie. 


• 6 




*i 


26 


11,6 


O. petit frais, couvert. 




7 


72 15 00 


3 4 


27 


04,2 


S. O. bon frais, de la neige. 


8 




3^ 


27 


0],2 


S. E. par raffales, nuageux. 




9 


71 30 00 


5 


27 


04,7 


S. S. O. par raffales, nuageux. 


10 




4 1 


27 


05,4 


S. 0. bon frais, beau. 




11 




5 4 


27 


00,0 


Idem. 




12 


68 00 00 


M 


27 


09,0 


S. O. bon frais, nuageux. 


13 


67 30 00 


5 I 


27 


06,6 


S. O. par raffales, de la pluie. 


14 
15 




5 i 

7 


27 
27 


10,9 

08,7 


O. bon frais, de la pluie. 
Idem. 

— , , ___i 


64 30 00 




TOME II, 



2 C 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE 



Epoque, 1 786. 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



Février. 



Mars. 



16 

17 

18 

19 
20 

21 
22 



23 



24 

25 
26 
27 

28 
1 
2 
3 
4 
5 
6 

7 
8 

9 
10 



D. M. S. 

63 00 00 

60 30 00 

58 00 00 

57 45 00 

54 45 00 



52 00 00 



50 00 00 



Therra. 



50 45 00 



D. 
7 
9 i 

10 \ 
12 

13 
13 



12 i 



9 i 



Baromètre. 



P. L. 

17 09,8 

28 01,5 

28 01,5 

28 01,5 

28 02,8 

28 03,0 

28 03,0 



28 01,6 



28 01,6 




Vents, Etat du Ciel, et Remarques 



S. S. O. bon frais, beau. 
O. bon frais, brumeux, 
O. petit frais, beau. 
S. O. bon frais, beau. 
O. S. O. petit frais, beau. 

f S. S. O. petit frais, beau. Vu la terre, de 
t Tavant. 

f S. bon frais, beau. A 8 heures du matin, 
l la côte du Chili, que l'on avait vue le 21, 
' restait à l'E. N. E. à environ 6 lieues. 

f S. bon frais, beau. Les Mamelles de Biobio 
restaient à l'E. 20 d Sud. A 6 heures du 
soir, la sonde a rapporté le fond à 16, 

<j 15, et 14 brasses. A 8 heures du soir, 
mouillé dans la baie de Talcaguana, par 
Il brasses, fond de sable vaseux ou 

(_ d'argile. 

f S. S. O. très-faible. Appareillé, et mouillé 
< plus avant dans la baie, par 6 brasses |, 
(. fond de sable vaseux.. 

O. variable à l'O. S. O. petit frais, beau. 

S. O. petit frais, beau. 

S. S. O. petit frais, beau. 

Idem. 

Idem. 

S. O. petit frais, beau, 

Idem. 

Idem. 

Idem. 

Idem. 

S. S. O. petit frais, beau. 

Idem, 

S. O. petit frais, beau. 

Idem. 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 












Longitude 

estimée, 

Occidentale. 


Longitude 

occidentale, 

par la montre 

N° 19. 


Longitude 

occidentale, 

parles distances 

de la il au • 


Déclinaison 

de l'aiguille, 

Est. 


D~. M. S. 


D. M. S. 


D. M. S. 


D. M. S. 

fl5 15 00 
Observée à 




75 30 00 




J l'observatoire, 






' avec les com- 








pas, N"l, 2, 






' 


Ut 3. 


75 34 25 






15 14 00 


76 44 00 


■ •■■■.». .ta 






78 57 00 




.......... 


14 11 00 


81 21 00 








83 34 OO 








.86 01 00 


85 52 00 


85 39 27 


16 50 A. 


87 54 00 


87 44 00 


87 33 00 


14 00 00 


80 34 00 


89 12 30 


89 14 59 


10 02 10 


91 15 00 


90 52 00 




9 00 00 




93 27 00 

95 52 00 

97 51 00 

99 36 00 

101 37 00 

103 37 00 

105 55 00 
107 41 00 
10p 30 00 
109 46 00 

109 41 00 

110 01 00 

1 






7 50 00 






97 49 00 
99 H 00 
101 01 00 
103 02 00 
105 17 00 
i 07 19 00 
103 49 00 




6 15 00 
6 22 30 

5 05 00 

6 31 00 
5 44 00 




















109 22 00 
109 53 00 











VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1/86. 



Mars. 



Avril, 



11 



12 
13 
14 
15 
16 
17 



18 



19 

20 

21 
22 
23 
24 
25 
26 

27 

28 

29 

30 

31 

1 

2 

3 

4 

5 

6 

7 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 



49 ; 00 00 
48 00 00 



46 00 00 



44 00 00 



42 30 00 

43 00 00 

42 45 00 



42 00 00 



Therm. 



D. 



H t\ 



11 - 3 - 
13 

13 4 

14 r \ 
15 

14 

15 -f 

16 4 
16 
17 

16 i 
17 

17 i 
18 
18 
19 
19 

l 9 

18 



Baromètre 



P. L. 



28 02,4 



28 03,4 

28 02,8 

28 04,3 

28 04,6 

28 04,0 

28 02,9 

28 02,4 

28 04,0 

28 05,2 

28 05,1 

28 04,7 

28 03,Q 

28 04,0 

28 04,3 

28 04,7 

28 04,8 

28 03,0 

28 02,6 

28 00,7 

23 02,0 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques 



S. S. O. petit frais, beau. 




S. O. petit frais, beau. 

S. S. O. très-faible, beau. 

N. petit frais, brumeux. 

N. variable au N. N. O. nuageux. 

N. bon frais, delà pluie. 

S. S. E. très-faible, beau. 

S. bon frais. A 1 heure de l'après-midi, 
appareillé de Talcaguana, à la côte du 
Chili. 

S. bon frais, beau. 

S. S. O. bon frais, beau. 

S. bon frais, beau. 

S. S. E. bon frais, beau. 

E. bon frais, couvert, de la pluie. 

S. S. E. bon frais, beau. 

S. E, bon frais, de la pluie. 

S. E. bon frais, beau. 

E. S. E. bon frais, nuageux. 

E. bon frais, nuageux. 

E. bon frais, nébuleux. 

E. S. E. petit frais, de la pluie. 

S. E. bon frais, beau. 

Idem. 

E. bon frais, nuageux. 

N. E. bon frais, beau. 

N. petit frais, beau. 

N. petit frais, nuageux. 

O. N. O. grand frais, de la pluie. 

S. E. petit frais, de la pluie. 







"l'.f>.^'^J«t>4L 




198 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, l'/i 






,- 







Avril. 



10 
IL 

12 

13 
14 
15 
16 

17 

18 

19 

20 
21 
22 
23 
24 
25 



Latitude 
Sud. 



£>. il/. S. 



08 00 



27 OS 50 

Latitude de 

l'île de Pâque 

au mouillage. 

27 09 00 

26 24 00 



25 00 28 

23 22 00 

21 47 00 

20 34 10 

19 04 07 

17 30 00 

16 01 00 

14 08 00 

12 15 00 

10 07 00 

18 53 

37 00 

26 10 

16 40 



Longitude 

estimée, 

Occidentale. 



D. M. S. 



111 16 00 



112 18 00 



00 
00 
00 



00 
30 
00 

30 
05 




112 06 00 

111 59 00 

111 57 00 

111 51 00 

111 45 00 

111 50 00 

112 18 00 
112 31 00 
112 29 00 
112 25 00 
112 23 00 
112 39 00 

112 56 00 

113 23 00 

114 09 00 

114 53 00 

1 15 26 00 

116 02 00 

116 33 00 

117 11 00 

118 00 00 

118 54 00 

119 32 00 



Longitude 

occidentale, 

par la montre 

N° 19. 

D. M. S. 



110 5Q 00 



111 51 00 

Longitude de 
1 lie de Pâque 
au mouillage. 
111 55 37 



111 51 00 

111 51 52 

111 47 20 

111 54 00 

111 52 00 

112 14 00 

112 55 00 

113 03 00 
113 16 00 
113 31 00 

113 28 00 

114 10 30 

114 40 00 

115 43 00 

116 48 40 

117 49 00 

118 26 00 
118 45 00 



Longitude 

occidentale, 

parles distances 

de la ([ au 0. 



Déclinaison 

de l'aiguille, 

Est. 



118 00 00 

119 07 00 

119 53 00 

120 35 00 

121 14 00 



D. M. S. 



113 15 34 

113 25 16 

114 34 37 



D. M. S. 



3 10 A. 

2 25 40 

3 11 00 

3 58 00 

3 40 00 

4 32 00 
4 46 00 
4 19 50 
4 52 00 

4 50 00 

5 05 A. 
4 23 00 



3 35 00 

3 09 00 

2 21 00 

2 06 00 

2 53 A. 

1 01 00 



44 00 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque,, 17 86. 



Avril. 



Inclinaison 
de l'aiscuille. 



D. M. S. 



10 

11 

12 

13 
14 
15 
16 

17 

18 

19 

20 
21 

22 
23 
24 
25 
26 
27 
28 

20 

30 

1 



41 00 00 



40 45 00 



38 30 

34 00 

33 00 

32 00 

27 00 



00 
00 
00 
00 
00 



20 00 00 



12 30 
11 00 



00 

30 
45 
20 
00 



00 
00 
00 
00 
00 
00 
00 



00 00 

20 00 

1 00 00 
1 50 00 



Therm. 



D. 



17 i 



17 



17 i 

17 i 

17 i 

18 i 
19 
19 
18 

19 

19 i 
19 1 
20 
21 

20 a 

20 i 
20 i 

20 -î 
20 | 

19 | 

21 

21 

21 

21 



Baromètre. 



L. 



28 01,6 



28 06,0 



28 02,0 

28 03,5 

28 03,9 

28 03,6 

28 02,g 

28 03,0 

28 03,6 

28 03,6 

28 03,3 

28 02,4 

28 02,7 

28 02,3 

28 02,2 

28 01,8 

28 02,1 

28 03,1 

28 02,2 

28 01,8 

28 01,9 

28 01,9 

2S 01,4 

28 01,3 

23 01,0 

28 01,4 




Vents, Etat du Ciel, et Remarques 



ç N. E. bon frais, beau, nuageux. A 3 
j heures après midi, vu l'île de Pâque dans 
/ l'O. ~ S. O. à environ 12 lieues de di- 
i-- stance. 

r S. S. E. bon frais, beau. A l heure après 
< midi, mouillé à 1 île de Pâque, par 36 
C brasses, fond de sable gris fin. 

r S. S. E. petit frais, beau. A 8 heures du 
l soir du 10, appareillé de l'île de Pâque. 

S. S. E. petit frais, beau. 

r E. S. E. petit frais., beau. Vu l'île de Pâque, 
\ de 20 lieues. 

S. E. bon frais, beau. 

S. E. petit frais, beau. 

E. S. E. petit frais, beau. 

E. N. E. petit frais, beau, 

N. E. bon frais, nuageux. 

E. N. E. bon frais, beau. 

E. bon frais, nuageux. 
E. S. E. bon frais, beau, 
E. bon frais, beau. 
E. S. E. bon frais, beau. 
S. E. bon frais, beau. 
S. S. E. petit frais, beau. 
S. E. petit frais, beau. 
E. S. E. petit frais, beau, 
E. bon frais, beau. 
S. S. E. petit frais, beau. 

S. E. petit frais, beau. 

Idem. 

Idem. 

Idem, 

Idem, 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1786. 


Inclinaison 
de l'aiguille. 


Therm. 


Baromètre. 


Vents, Etat du Ciel, et Remarques. 




D. M. S, 


D, 


P. 


L. 




Mai. 4 


5 00 00 


21 


28 


01,5 


S. E. petit frais, beau. 


K 




Il - 


28 


01,4 

01,4 


E. N. E. très-faible, beau. 


6 


6 00 00 


21 - 3 - 


28 


N. E. petit frais, beau. 


_ 




21 


28 


01,4 
01,8 


E. petit frais, de la pluie. 
N. E. petit frais, nuageux. 


/ 
8 


10 00 00 


21 - 


28 


9 


13 00 00 


21 


28 


02,4 


N. E. bon frais, nuageux. 


10 


18 00 00 


20 


28 


02,7 


N. E. bon frais, beau. 


11 


21 00 00 


20 


28 


02,7 


Idem. 


12 


23 00 00 


19 i 


28 


02,2 


N. E. bon frais, nuageux. 


13 


28 00 00 


19 4 


28 


03,3 


• Idem. 


; 14 


29 00 00 


i?ï 


28 


03,6 


Idem. 


15 


.......... 


16 A 


28 


03,4 


E. N. E. par raffales, nuageux. 


16 


33 00 00 


i6t 3 ô 


28 


03,6 


N. E. bon frais, beau. Vu un tronc d'arbre. 


17 


31 00 00 


17 i 


28 


03,5 


E. N. E. petit frais, variable au N. E. beau. 


18 


.......... 


17 


28 


03,8 


E. N. E. petit frais, beau. 


19 


33 00 00 


16 


28 


03,6 


E. bon frais, orageux, de la pluie. ; 


20 




17 1 


28 


03,3 


E. N. E. bon frais, beau. 


21 


32 30 00 


17 À 


28 


03,4 


E. bon frais, beau. 


22 




17 i 


28 


03,6 


E. N. E. bon frais, beau. 


23 
24 




lô 4 


28 

28 


04,3 
04,2 


E. bon frais, beau. 


31 30 00 


lu 5 

18 


Idem. 


25 


32 30 00 


19 


28 


03,8 


E N. E. bon frais, beau. 


26 




18 


28 


04,6 


Idem. 


27 




18 


28 


04,6 


E. bon frais, beau. 








CE. petit frais, nuageux. A 8 heures dn f 


28 


33 00 00 


18 


28 


04,2 


\ matin, vu les îles Sandwich. 

TE. N. E. petit frais, beau. Prolongeant à 
1 lieue l'île Mowée, celle de Tahoorowa 


20 


28 00 00 


18" 


28 


04,4 


restait à l'Ouest 15 a Sud, à 5 ou 6 lieues 
[ de distance. 

l'E. variable à l'E. S. E. bon frais. Mouille 
à 5 heures i du soir, le 2C}, dans la baie, ■ 


30 




19 


28 


04,5 


à la partie S. E. de 1 île Mowée, par 25 














1 brasses, fond de sable gris fin. 




TOME II, 



D 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



20:3 



Epoque, 


17S6. 


Inclinaison 
de l'aiguille. 


Thèrm. 


Baromètre. 


Vents, Etat du Ciel, et Remarques. 






D. M. S. 


D. 


P. 


L. 


( S. E. variable à TE. S. E. et E. N. E. bon 


Mai. 


31 


20 00 00 


20 


28 


04,6 


} frais. Appareillé le 30 à 3 heures après 
f midi, de Mowée. 

f N. E. variable à l'E. N. E. bon frais. Le 
31, à 6 heures du soir, File Wohaoo 


Juin. 


1 


'34 00 00 


18 


28 


05,4 


restait au Sud, à environ 7 \ieues de di- 
1 stançe. 




2 


38 00 00 




23 


05,8 


E. N. E. bon frais, beau. 




3 


38 00 00 


18 i 


28 


06,1 


Idem. 




4 




18 


28 


05,4 


E. N. E. bon frais, par raffales, de la pluie. 




5 




19 


28 


04,5 


E. N. E. variable au S. E. petit frais, beau. 




6 


44 30 00 


17 


28 


02 .,3 


S. E. variable au S. bon frais, beau. 




7 




16 i 


28 


02,2 


S. O. par raffales, beaucoup de pluie. 




8 


49 30 00 


ifii 


28 


04,4 


S. bon frais, nuageux. 




9 




15 


28 


05,2 


S. variable à l'O. N. O. bon frais, de la pluie. 




10 


53 30 00 


15 


28 


04,5 


S. petit frais, de la brume et de la pluie. 




11 


51 30 00 


12 


28 


05,1 


S. variable à TE. N. E. bon frais, delà pluie. 




J2 




12 


28 


04,3 


E. variable au S. O. petit frais, de la pluie. 




13 


53 30 00 


12 4 


28 


05,1 


S. S. O. bon frais, de la pluie et de la brume. 




14 


56 30 00 


H \ 


28 


03,0 


S. O. bon frais, très-brumeux. 




15 


59 00 00 


8 


28 


01,4 


O. bon frais, beau. 




16 


60 00 00 


7 1 


28 


01,1 


O N. O. bon frais, nébuleux. 




37 


6l 15 00 


7 


28 


02,0 


O. bon frais, nuageux. 




18 


64 00 00 


M 


28 


01,5 


0. variable au S. O. par raffales, de la pluie. 
C 0. S. O. bon frais, par raffales, de la pluie par 




19 


66 30 00 


5 i 


27 


01,4 


^ intervalles. 




20 


67 45 00 


5 - 1 - 
J 1 


27 


09,7 


0. N. O. bon frais, couvert. 




2] 




5 I 


28 


01,2 


0. variable au S. E. bon frais, nuageux. 














c E. bon frais, couvert. Vu plusieurs morceaux 




22 


72 00 00 


5 4 


28 


01,2 


1 d'arbres, et des baleines. 




23 


74 00 00 


6 I 


28 


02,9 


i E. S. E. bon frais, nuageux, Vu beaucoup 1 

l d'oiseaux, et du goémon. 

C E S. E. bon frais, beau. A 5 heures du 




24 . 


74 00 00 


11 


28 


00,9 


matin, vu la côte de l'Amérique septen- 
trionale, et, à midi, relevé le mont Saint 














^ Élie, au Nord, 32 d 0. du compas. 





VOYAGE AUTOUP v DU MOÎNDE. 



Longitude 

estimée, 

Occidentale. 



Longitude 

occidentale, 

par la montre 

N° 19. 



D. M. S. 



142 52 00 



143 23 . 00 



D. M. S. 



142 37 00 



142 41 00 



Longitude 

occidentale, 

, ,. . de 1 aiçuille, 

par les distances | 

de la d au . 



Déclinaison 



Est. 



D. M. S. 



59 07 00 



58 38 20 



58 38 1Q- 
Latitude du 
mouillage. - 



f Au mouillage ' 
< dans le Port ( 
( des Français. 



142 41 00 



142 35 00 



142 02 00 



141 43 00 



141 03 00 



140 28 00 



140 22 00 



142 35 00 



141 21 00 



140 52 00 



13.9 46 00- 

Longkude ( 
du mouil- ( 
liage. 



D. M. S. 



31 14 A. 



32 19 00 



32 34 A. 



31 22 A. 



30 34 00 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, IJQQ. 


Inclinaison 
de l'aiguille. 


Therm. 


Baromètre. 


—- — ■ — — — 

Vents, Etat du Ciel, et Remarques. 




D M. S. 


D. 


P. L. 


fS. S. O. variable à l'Est, tres-faible, bru- I 


Juin. 25 




7 i 


28 00,8 


J meux. Sondé par 80 brasses, fond de j 
f sable vaseux. ! 

(O. S. O. calme, beau. Le mont St.-Élie 

\ 

J restait à l'O. 42 d N. Sondé par 45 bras- 


2(5 


74 00 00 


6 


28 01,2 










/ ses, fond de vase. 

'N. N. E. très-faible, brumeux, de la pluie. 
Le 26, à deux heures de l'après-midi, 


27 




5 f 


27 08,6 


j mouillé par 50 brasses, fond de vase. A. 
huit heures du soir dudit jour, appareillé. 












Le 27, à midi, la terre était cachée par 










^ la brume. 










(E. N. E. variable à l'E. S. E. très-faible. 


28 




7 


27 11,5 


J Les terres les plus proche de nous res- 
f taient au N. I5 d O. à 6 lieues de distance. 














fE. variable au S. S. O. bon frais, bru^ 


29 




7 


27 11,5 


meux. La terre la plus proche nous 
J 

restait au N. 4 d O. à environ six lieues j 

de distance. 


30 




6 


28 00,6 


C S. S. O. faible, brumeux. Le cap Beau- 
l temps restait au N. 78 a E. 












'S. O. petit frais, beau. Le 30, à dix heures 


Juillet. 1 


70 00 00 


7 


28 02,5 


du soir, mouillé par 32 brasses, fond de 
i vase ; et appareillé à onze heures du 
^ matin, le premier Juillet. 


2 


• ••• 


7 tV 


28 03,8 


( O. calme. Relevé le mont Beau-temps au 
l N. 6 d E. 

TO. petit frais, beau. Le 2, à huit heures du 
soir, mouillé à l'entrée d'un port qui nous 


3 




5 i 


28 02,0 


restait au N. 3Q d O. à un quart de lieue. 
| A neuf heures du même soir, appareillé; 






- 






et le 3, à six heures du matin, mouillé 








- 


dans le port par six brasses, fond de sable. 
(N. 0. bon frais. Dans le jour, changé de, 


4 




6 


27 0(),8 


< mouillage : l'île du Cénotaphe restait à 










( l'E. 27 d N ; l'entrée du port, au S. 20 d E. 






3B»=1 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Ç Au mouillage 
) dans l'anse du 
\N.O. duPortf 
des Français, j 



Au mouillage" 
dans le fond 
du Port des 
Français. 



Ibidem 
Ibid 
Ib'ia 
Ibid 

ibiâ 

Ib'ni 
Ibid 
Ibid 



Ibid. .... 
58 39 15 

Latitude 
de l'observa- 
toire. 



Au mouillage 
dans le Port 
des Français. 



Ibid . 
Ibid- 



Longitude 

estimée, 

Occidentale, 



D. M. S. 



Longitude 

occidentale, 

par la moutre 

N° 19. 



D. M. S. 



Longitude 

occidentale, 

par les distances 

de la <J au Q . 



D. M. S. 



Déclinaison 
de l'aiguille, 

Est. 



D. 31. S. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 178O. 



Juillet. 



Inclinaison 
de l'aio'uille. 



Therm. 



9 
10 

n 

12 
13 
14 



15 



16 

17 

18 
19 

20 



D. M. S. 



74 15 00 



D. 



7 i 



n 

7 i 

5 



Baromètre. 



L. 



2$ 01,2 



28 01,8 



28 

28 



02 
02 
10 



17 
27 



10,5 

08 ; 3 

11,5 
03,6 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques 



S. O. variable au N, O. très-faible. Changé 
de mouillage pour nous tirer de l'ouvert 
de l'entrée du port. 

"E. S. E. Appareillé, et mouille" au fond du 
port par 13 brasses, fond de vase: le 
milieu de l'île du Cénotaphe restait au 
S. E. à une demi encablure ; l'entrée du 
port par la pointe S. O. de l'île, au S. 
15 'Ouest. 

E. variable au S. E. petit frais, beau. 

O. N. O. faible, beau. 

Calme, de la pluie. 

N. O. faible, nébuleux. 

O. N. O. très-faible, beau. 

E. N. E. très-faible, beau. 

E. petit frais, beau. 

O. N. O. faible, beau. 

"O. variable à l'O. S. O. faible. A quatre 
heures du matin, appareillé pour nous 
rendre à l'ouvert du port. A huit heures 
du matin, mouillé par 4.-6 brasses, fond de 
vase. 

f E. N. E. très-faible. A quatre heures du 
matin, appareillé ; et à dix heures, mouil • 
lé, en attendant la marée, par 15 brasses, 
fond de vase; 

ï. petit frais, de la pluie. Dans la nuit, le 
vent par raffales. L'entrée- du port restait 
au S. | S. O. 

E. N. E. bon frais, par raffales, de la pluie. 

E. S. E. par raffales, nébuleux, de la pluie. 
E. petit frais, variable au N. O. nébuleux. 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



Lon gïtue 

occidentale; 

par la montre 

N° 19. 



D. M. S. 




Longitude 

occidentale, 

par les distances 

de la d auQ, 



D. M. S. 



Déclinaison de 

l'aiguille, 

Est. 



D. M. S. 



~\ 



13S 13 00 138 32 00 



31 00 00 



30 20 00 



28 37 00 



xsm 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1786. 



Juillet. 



Août. 



21 



22 

23 
24 
25 
26 

2/ 
28 

29 
30 
31 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 



73 30 00 



Therm. 



D. 



6 ± 



6± 

7 
7 
7 î 

8 

71 
6 

5 | 

6 
5 



Baromètre. 



L. 



28 02,É 



28 04,3 

28 03,1 

28 02,5 

28 03,7 

28 01,6 

27 11,5 

27 11,8 

28 00,6 
28 01,9 
28 02,2 



28 02,5 



9 28 02,6 



28 01,0 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques 



r O. N. O. très-faible. A 8 heures du matin, 
appareillé ; et, à il heures du matin, 
mouillé dans l'anse du N. O. par 9 
brasses d'eau, fond de sable fin. L'en- 
trée du port restait au S. 30 d E. ; le mi- 
lieu de l'île du Cénotaphe, au N. 43 d E. 
L à 2 lieues de distance. 
( O. N. O. beau, petit frais. La marée n'était 
t point sensible, à ce mouillage. 
O. S. O. très faible, beau. 
E. S. E. variable : au N. E. petit frais, beau. 
E. S. E. petit frais, nébuleux. 
E. N. E. petit frais, de la pluie. 
E. variable au N. E. bon frais, de la pluie. 
N. E. petit frais, de la pluie. 
N. E. calme, de la pluie. 
O. N. O. petit frais. Mis en appareillage. 
O. N. O. très-faible, beau. 
" O. N. O. petit frais, beau. Le 31, à 4 
heures après midi, appareillé. Le 1 er 
Août, à midi, l'entrée du Port des Fran- 
çais restait au N. 10 d Ouest, à 4 lieues 
environ. 

[N. O. variable au S. S. O. très-faible, 
I beau. Le mont Beau-temps, au N. lQ d 
O. ; l'entrée du Port des Français, au N. 
10 d 0. 
O. très-faible, nébuleux. L'entrée de la 
baie de Cross-Sound, au N, 4S d E. à en- 
viron 8 lieues de distance. 
Ç E. variable au S. S. O. par le, S. très-faible. 
La terre la plus proche nous restait au N. 
45 n E. à environ 6 lieues de distance. 
E. très-faible, de la brume. 
O. N. O. très-faible, beau. L'entrée du 
port de los Remédies nous restait à l'Est 
32 d N. à environ 6 lieues. 




TOME II. 



)2 E 






- 



*««' 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



211 



Epoque, 1786. 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



Août. 



D. M. S. 
73 30 00 



10 

11 

12 
13 

14 
15 
16 

17 



19 



20 



78 00 00 



Therm. 



D. 



10 

9 i 
9 \ 

n 
9 

9 i 



10 k 



10 



10 



h 



h 



Baromètre. 



P. L. 

28 01,4 

28 03,4 

28 03,1 

28 02,4 

28 02,3 

28 01,3 

28 01,8 

28 03,8 

28 03,6 

2S 01,3 

28 00,4 

28 00,9 

23 01,6 



28 01,3 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques. 



C N. O. très faible, beau. Le mont Hyacinthe 
"' restait au Nord 5ô d O. et le cap Tschi- 
' rikow, à l'Est 23 d S. 
C O. beau, petit frais. Le cap Tschirikowres- 
^ tait au N. 38 d O. à environ 3 lieues. 
O. bon frais, nébuleux. Le milieu de l'île 
Sari-Carlos- nous- restait au N. 27 d E. à 
environ 2 lieues. 
O.N. O. bon frais, de la brume très-épaisse. 
N. N. O. petit frais, de la brume. 
Idem. 

S. très-faible, de la brume. 
S. variable à l'E. S. E., de la brume très- 
épaisse. Vu dans la journée la terre, â 8 
à 10 lieues de distance. 
C E. petit frais, nébuleux. A 10 heures du 

< matin, vu la terre du N. E. à TE. à 10 
' lieues environ. A midi, de la brume. 

C E. petit frais, nébuleux. Vu dans le jour 

< la terre, à 8 à 10 lieues. De la brume par 
(^ intervalles. 

f N. E. très-faible, nébuleux. A 5 heures et 
demie du matin, la terre nous restait du 
N. E. {E.à l'E. S. E. à environ 8 lieues. 
(__ A midi, de la brume. 

N. O. petit frais, beaa. L'entrée du port 
de la Touche, au N. 21 d E. à quatre 
lieues environ de distance. 

N. O. variable au S. O. faible, nébuleux. 
La terre la plus près de nous restait au N. 
18 d E. à 5 lieues de distance. 

N. O. variable à l'O. petit frais, beau. Le 
cap Hector nous restait au N. l d E. et 
les îles Kerouart, au N. 5 d E. ; distance 
du cap, 3 lieues ; et des îles, 2 lieues et 
demie. A 7 heures du soir, sondé par 
100 brasses, fond de roche; 






VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



49 58 31 

49 16 00 

48 59 00 

48 3/ 00 



48 3Q 00 



43 39 00 



47 58 00 



iô 39 00 



Longitude 

estimée, 
Occidentale. 



D. M. S. 



132 48 00 



131 38 00 



132 05 00 



131 23 00 



129 58 00 

1 29 25 00 

129 46 00 

128 45 00 



127 57 00 



127 39 00 



127 45 00 



126 20 00 



Longitude 

occidentale, 

par la montre 

N° 19. 



D. M. S. 



132 50 11 



131 43 30 



131 27 25 



130 05 30 



129 37 00 



128 55 00 



128 04 22 



127 58 00 



126 44 45 



Longitude 

occidentale, 

par les distances 

de la (j au 0. 



D. M. S. 



126 37 06 



Déclinaison 

de l'aiguille, 

Est. 



D. M. S. 



24 03 A. 



24 31 00 



24 10 00 



22 18 00 



19 38 00 



19 31 00 



18 53 00 



<v'«0 



VOYAGE AUTOUR DU MOiNDE. 



213 



Epoque, 1/86. 



Août. 



Septembre. 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



21 



22 



23 



D. M. S. 



72 50 00 



24 



25 

26 

27 

28 



20 



30 



31 



63 45 00 



68 30 00 



68 15 00 



Therm . 



1). 



11 



10 



11 



11 



12 



12 JL. 



12 
12 



12 



12 



11 



Baromètre. 



P. L. 



28 00,9 



28 03,2 



28 03,1 



28 03,7 



28 03,2 



28 

28 
28 



00,3 
00J1 
00,2 



28 02,5 



2S 02,1 
28 01,3 
28 01,7 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques. 



ÇO. variable au S. S. O. bon frais, beau. 
Le cap Hector nous restait au S. 5Q i O. 
distant de 6 lieues environ ; l'île la plus au 
large des îles Kerouart, au S. 48' O. à la 

{_ distance de 6 lieues et demie. 

f S. variable au S. E. bon frais, nébuleux. 
Vu la rerre à 1 1 heures du matin, et re- 
levé la partie le plus à vue au N. 7 5'' Est; 
la terre le plus à l'Ouest, au N. 15 1 O. à 
6 lieues environ de distance. A midi, de 

*- la brume. 
S. E. grand frais, brumeux. A 5 heures et 
demie du matin, vu une chaîne d'îles ; 
donné le nom de cap Fleurieu à celle le 
plus à l'Ouest, qui nous restait au N. 25 ' 
E. à 9 lieues de distance. A midi, de la 
brume. 
O: N. O. petit frais, brumeux. Les îles 
Sartine nous restaient au S. 65 1 E. à 3 
lieues environ de distance. 

O. N. O. petit frais, beau, variable au N. 
O. La pointe Boisée nous restait au N. 
33 ! O. 

E. S. E. très-faible, de la brume. 

O. S. O. calme, de la brume très-épaisse. 

N. petit frais, brumeux. 

O. N. O. bon frais, nébuleux. Le 28, à 
2 heures de l'après-midi, vu la terre dans 
le N. jusqu'à l'E. N. E. à environ 6 lieues ; 
peu après, temps brumeux. Le 29, à 10 
heures du matin, sondé à 45 et 35 brasses, 
fond de sable gris. 

S. S. O. bon frais, nébuleux, de la pluie. 
Sondé à 90 brasses, fond de vase. De la 
brume. 

N. O. bon frais, de la brume très-épaisse. 

O. N. O. très-faible; au coucher du soleil, 
bon frais. Le 1 er , à midi, vu la terre dans 



l 



E. à 12 lieues environ. 



*» 1 ni. 1 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Longitude 

estimée, 

Occidentale. 



39 01 45 

38 15 45 

3/ 02 00 

36 56 30 

36 42 00 



f Au mouil-^ 
lage, dans la 
baie delvîon- 
■{ terey, depuis 
le 15, à une 
heure après 

^midi. 



J 



Ilnàem • 

iud... 



D. M. S. 

125 58 00 

126 17 00 



Longitude 

occidentale, 

par la montre 

N° 19. 



126 34 00 

126 17 00 

126 23 00 

126 50 00 

126 29 00 

126 18 00 

125 45 00 

124 05 00 

123 53 00 

123 16 00 



D. M. S. 
126 30 00 

126 16 00 



126 31 00 126- 38 00 



126 48 00 

126 59 45 

127 07 30 



126 14 45 
124 52 00 

12a 47 00 



123 45 45 



Longitude 

occidentale, 

par les distances 

de la 3 au 0. 



D. M. S. 



124 33 46 



Déclinaison 
de l'aiguille, 

Est. 



D. M. S. 
17 07 00 



15 00 A. 

15 50 00 

15 33 00 

14 24 00 



12 55 00 



11 57 00 



Epoque, 1786. 



Septembre. 



9 
10 
il 

12 
13 



14 



15 



16 



17 
18 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Inclinaison 
de l'aiçuille. 



D. M. S. 



61 30 00 



57 
56 

37 



00 

45 
00 



00 
00 
00 



30 00 



Therm. 



D. 

11 

11 

12 
12 

10 f 
12 

12 

11 i 

12 

10 i 
12 

12 



Baromètre. 



P. L. 

28 03,8 

28 04,4 

28 03,5 

28 02,2 

28 01,6 

28 02,6 

28 02,4 

28 00,4 

28 00,6 

28 00,6 

28 00,5 

28 00,5 

28 00,5 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques 



C N. très-faible, beau. Le cap Rond nous 
l restait au S. 84"' E. à 6 lieues. 
C S. S. O. presque calme, beau. Le cap Rond 
( nous restait au S. 81 d E. à 5 lieues. 

N. N. O. bon frais, brumeux. 
C N. petit frais, de la brume. Vu la terre 
( dans ce jour et le précédent 
\ N. N.O. bon frais, delà brume. A 10 heures 
C du matin, on ne voyait plus la terre. 
N. O. petit frais, de la brume. 
N. N. O. bon frais, beau. A 10 heures, 
vu la terre, qu'on a relevée à l'E. à envi- 
ron 8 lieues. 
N. N. O. bon frais, couvert. 
N. O. petit frais, couvert. 
N. O. bon frais, couvert. 
N. O. bon frais, nébuleux. 
N. O. bon frais, de la brume. 
C N. O. petit frais, nébuleux, de la brume 
par intervalles. La terre à vue le plus à 
l'E. nous restait au S. 3Q â E. ; celle le plus 
à l'O. au N. 20 O. : distance de la plus 
proche terre, environ 3 lieues. 
"N.O. variable au S. O. beau. A 6 heures 
du soir, mouillé par 46 brasses, fond de 
vase : le mouillage au fond de la baie de 
Monterey nous restait au S. 5" O. à 2 
lieues. Le 15, à 11 heures du matin, ap- 
pareillé. 
O. bon frais, beau. A 1 heure après midi, 
mouillé par 12 brasses, fond de sable fin : 
le lieu de débarquement à terre restait au 
S. 10 1 O. le présidio, au S. & E. : nous 
n'étions distans de la terre que d'un quart 
de lieue. 
O. N. O. bon frais, beau. 
Idem. 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1786. 



Septembre. ig 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. D 



Therm. 



20 
21 
22 
23 



24 



Octobre. 



25 



26 

V 

28 

29 
30 
1 
2 
3 
4 
5 
6 

7 

8 

9 
10 
il 
12 
13 



TOME II. 



51 50 00 



50 30 00 



43 30 00 



42 00 00 



41 30 00 



41 00 00 



13 
13 
13 
14 
14 
15 
15 
15 
15 
15 
16 
IQ 

n 

17 

17 
16 -3 



Baromètre. 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques 




O. S. O. petit frais, beau. 

O. bon frais, beau. 

O. N. O. petit frais, beau. 

O. N. O. variable au S. O. petit frais, beau. 

O. N. O. bon frais, beau. 

■ N. O. presque calme. Le 24, à quatre 

J heures du matin, appareillé. A g heures, 

calme ; mouillé par 30 brasses, fond de 

L vase: le Fort restait au S. 2/ d E. à 2 lieues. 

O. N. O. variable au S. Le 24, à 1 heure 

après midi, appareillé. Le 25, à midi, 

< relevé le Fort à l'E. 7 d S. à 5 lieues de 

distance j la pointe des Cyprès, par le 

L Fort, à l'E. 7 d S. 

O. N. O. bon frais, beau. 

O. N. O. bon frais, nébuleux. 

N. O. bon frais, brumeux. 

N. bon frais, beau. 

N. N. E. bon frais, nuageux. 

N. bon frais, beau. 

N. E. petit frais, beau. 

Idem, nébuleux. 

O. N. O. très-faible, beau. 

N. O. très-faible, beau. 

E. N. E. petit frais, beau. 

Ide?n. 

Idem. 

E. S. E. bon frais, nébuleux. 

Idem. 

Idem. 

S.. très-faible, nébuleux. 

S. très-faible, brumeux. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE 



Epoque, lf 86. 



Odolrc. 



Novembre. 



14 
15 
16 
17 

18 
19 

20 

21 
22 



24 
25 

26 

V 

2S 
2p 
30 
31 

1 
2 

3 

4 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 



41 00 00 



41 00 00 



40 30 00 



37 30 00 



36 00 00 



Therm. 



D. 

17 A 
17 1 
17 I 
18 
18 
17 

17 

17 

17 

17 i 

17 i 

16 | 

17 
18 

19 i 

18 

17 i 

18 T 3 ô 
18 

18 i 



20 
34 30 00 20 



34 00 00 1 20 



Baromètre 



P. L. 

28 03,8 

28 03,2 

28 03,2 

28 03,8 

28 04,4 

28 03,1 

28 03,2 

28 01,2 

28 00,2 

28 02,9 

28 01,7 

28 02,5 

28 02,6 

28 02,1 

28 01,6 

28 01,1 

28 01,4 

28 02,3 

28 03,2 

28 02,3 

28 02,1 

28 02,6 

28 02,5 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques 




S. E. petit frais, beau. 

S. E. bon frais, nébuleux. 

Calme, la fraîcheur du S. S. E. nébuleux. 

Calme, du tonnerre et de la pluie. 

Calme, orageux. 

S. O. petit frais, nébuleux. 
f N. E. variable au S. O. par l'E. très-faible, 
) de la pluie. 

K S. S. O. très-faible, beau. Vu beaucoup 
( d'oiseaux. 

Calme, de la pluie. 
CS. S. O. variable au N. E. par l'O. très- 
( faible, de la pluie. 

S N. variable au S. par l'E. grand frais, de la 
C pluie. 

N. très-faible, beau. 
C N. N. O. beau, calme. Vu des hirondelles 
( de mer. 

S. S. E. bon frais, de la pluie. 

S. S. E. bon frais, par raffales, nuageux. 
S. S. O. orageux, de la pluie. 
O. S. O. petit frais, beau. 
E. S. E. très-faible, beau. 
E. S. E. bon frais, beau. 
E. bon frais, beau. 
( E. variable au S. E. bon frais. Vu beau- 
5 coup d'oiseaux. 
E. par grains. Vu des oiseaux. 
E. N. E. bon frais. Le 4, à 5 heures du 
soir, vu dans l'O. une île à laquelle il a 
<{ été donné le nom de Necker : le 5 à midi, 
cette île nous restait à l'E. 8 d N, à quatre 
lieues de distance. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Longitude 

estimée, 

Occidentale. 



D. M. S. 



168 39 00 



169 20 00 

1/0 28 00 

1/2 32 00 

1/4 22 00 

175 33 00 

175 5g 00 

53 00 

14 00 




/-. /^ 



Longitude 

occidentale, 

par la montre 

N° 19. 



D. M. S. 



166 47 00 



173 55 00 

175 19 00 

175 57 47 

17<5 50 00 

177 14 42 

Longitude 
orientale. 

179 06 00 

179 13 00 

178 35 00 
178 00 00 

176 50 00 
]?6 04 00 
1 75 11 co 

174 11 00 

1 72 32 00 

171 30 00 

170 01 00 

1 68 09 00 

l66 28 00 

165 02 00 

164 25 00 



Longitude 

occidentale, 

par les distances 

de la d au 0. 



Déclinaison 

de l'aiguille, 

Est. 



D. M. S. 



176 46 45 

177 25 40 



178 43 48 

Longitude 
orientale. 



170 


05 


00 


12 
13 


27 

24 


00 
00 


1Ô8 


42 


00 


12 


36 


00 


l6Ô 


47 


00 


11 


42 


00 


164 


54 


00 


12 


12 


00 








10 
12 
12 


35 
34 

32 


00 
00 
00 









D. M. S. 



9 36 00 



8 57 00 



8 38 00 



8 47 00 

9 30 00 
10 06 00 



12 09 00 

12 12 00 

13 00 00 
12 14 00 

11 27 00 

12 14 00 

11 52 00 

12 30 00 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



221 



Epoque, 1786. 



Novembre. 



Décembre. 



7 

8 
9 

10 

n 

12 
13 

14 
15 

16 
17 

18 

19 

20 
21 
22 
23 
24 
25 
26 
27 

28 
29 
30 

1 

2 

3 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 



Therm. 



D. 



20 



19 f 
17 

15 
16 
17 
19 x? 

18 | 

^9 

19 t 3 ; 

19 

19 i 

20 
20 

20 i 
20 
21 

19 
20 
21 

21 | 
20 

19 
19 
19 i 

19 i 

20 | 

19 



Baromètre. 



28 02,4 



28 01,8 

28 01,2 

28 01,2 

28 02,1 

28 01,3 

28 00,5 

27 11,9 

28 00,9 
28 01,4 



28 02,2 

28 02,6 

28 02,1 

28 02,0 

28 02,1 

28 02,1 

28 01,8 

28 01,8 

28 01,5 

28 00,3 

28 02,1 

28 02,9 

28 03,2 

28 02,9 

28 02,6 

28 01,3 

28 01,8 

28 01,3 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques. 



f E. N. E. bon frais, beau. A une heure et 
demie du matin, vu des brisans très-près 
de nous, que nous avons relevés depuis 
<) le N. jusqu'au S. O. par l'O. : à midi, 
un îlot à la pointe du N. O. des brisans, 
nous restait au N. du monde, à environ 
!__ 2 lieues. 

Calme, beau. Vu beaucoup d'oiseaux. 

N. par raffales, nuageux. 

N. N. O. par raffales, nuageux. 

N. bon frais, nuageux. 

O. petit frais, beau. 

S. S. O. bon frais, beau. 

O. bon frais, de la pluie. 

O. N. O. petit frais, nébuleux. 

O. N. Q. petit frais, beau. 

N. E. par raffales, nuageux. 

N. petit frais, beau. 

N. N. O. petit frais, beau. 

N. O. bon frais, nuageux. 

N. O. variable au N. E. petit frais, beau. 

S. petit frais, beau. 

O. N. O. bon frais, nébuleux. 

Idem. 

S. S. O. bon frais, nuageux ; la mer grosse. 

O- S. O. par raffalef, grand frais, nuageux, 

N. bon frais, nuageux. 

N. E. par grains, nuageux. 

E. N. E. petit frais, beau. 

E. S. E. petit frais, beau. 

Idem. 

S. S. O. faible, beau. 

O- petit frais, nébuleux. 

O. N. O. grand frais, par raifales, de la pluie. 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1 


786. 


Inclinaison 
de l'aiguille. 


Therm. 


Baromètre. 


Vents, Etat du Ciel, et Remarques. 






D. M. S. 


D. 


P. 


L. 




Décembre 


4 
5 
6 

7 




19| 
19 1 
19 i 
18 f 


28 
28 
28 
28 


02,0 

02,4 
02,1 
01,8 


N. bon frais, nébuleux. 

N. E. bon frais, beau; la mer grosse. 

E. au S. E. bon frais, beau. 

S. O. très-faible, nébuleux. 














8 




18 i 


28 


02,5 


N. E. bon frais, nébuleux. 




9 




18 


28 


03,5 


E. N. E. bon frais, nuageux. 




10 

n 




19 

19 f 


28 
28 


03,5 
03,3 


E. bon frais, beau. 

E. S. E. bon frais, beau. 








12 




20 


28 


02,9 


Idem. 




13 
14 




20 i 
19 


28 
28 


02,8 
02,5 


S. O. très-faible, nébuleux. 
N. E. grand frais, par raffales, nuageux. 
f N. E. bon frais, nuageux. A une heure de j 














N 








l'après-midi, vu l'île de l'Assomption dans 
le S. O. 5- 0. à environ 10 lieues de di- 




15 




19 | 


28 


02,4 


{ stance. Le 15, à midi, l'île de l'Assomp- 
















tion nous restait à l'E. 13 J NI à deux 














tiers de lieue; les îles Mangs restaient au 














L N. 30 d 0. à 6 lieues. 




16 


DJot , „ , o o . 


20 


28 


02,1 


E. N. E. bon frais, beau. 




17 


, 


19 À 


28 


02,0 


E. petit frais, beau. 




18 


„ . , . „ . 8 . . 


20 | 


28 


01,5 


0. N. O. très-faible, nébuleux. 




1.9 


a 4 B . • = S - 


20 


28 


01,8 


N. O. très-faible, nuageux. 




20 




is 1 


28 


02,1 


N. O. petit frais, beau; la lame, du Nord. 




21 




17 i 


28 


02,3 


N. N. E. bon frais, beau. 




22 




19 


28 


02,5 


E. N. E. bon frais, beau. 




23 




19 


28 


03,2 


N. E. bon frais, beau. 




24 




18 i 


28 


03,4 


N. E. grand frais, beau. 




25 




18 


28 


03,2 


E. variable au N. bon frais, beau. 




26 


...... 


16 


28 


04,7 


N. N. E. grand frais, nuageux. 




27 




14 


28 


04,3 


E. bon frais, nébuleux, de la pluie. 




28 


.......... 


16 1 


28 


04,0 


E. bon frais, par grains, nuageux. 
(E. N. E. bon frais, beau. A midi, celle 




29 


.......... 


17 \ 


28 


03,4 


) des îles Bashées la plus au N. nous restait 














f au S. 40' à 0. environ 3 lieues. 







VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



TOME II. 



Epoque, 1786. 


Inclinaison 
de l'aiguille. 


Therm. Baromètre : 


Vents, Etat du Ciel, et Remarques. 




D, M. S. 


D. 


P. L. 


( E. variable, au N. N. E. bon frais ; le temps 


Décembre. 30 




18 $ 


28 34,0 


■1 nuageux. Au lever du soleil, nous avons. 
^ vu une des îles Bashées, dans l'E. 34 'S. 




31 


• ••••■• 


17 : 


28 01,8 


N. N. E. grand frais, par raffales, nébu- 
leux. 


1787- 










Janvier, 1 


: 


14 | : 


28 04,4 


N. N. E. et N. E. grand frais, nuageux. 
fE.N. E. bon frais, nuageux. A 5 heures du 
matin, vu la Piedra-Blanca, au N. N. E. 
à 2 lieues ; à midi, on voyait beaucoup 


2 




12 : 


28 04,8 


■{ d'îles ; relevé la grande Lamma au S. 
65 d O. à 5 lieues ; à 7 heures du soir, 
mouillé par 14 brasses, fond de vase, à 12 

L lieues de Macao, qui restait à l'O. 1 ' S. 

'N. bon frais, par raffales. A une heure de 


3 


.......... 


12 A , 


28 04,5 


l'après-midi, mouillé par 5 brasses et de- 
< 

mie, fond de vase, à une lieue et demie 










^ de Macao, qui restait à l'O. 1 ' Sud. 


6 








( N. N. E. bon frais. Ail heures et demie, 












( le vent an N. 


7 


• •••• 








N. E. bon frais, beau. 


8 










N. E. bon frais. 
( Changé de date., et pris la date à f Est du 


8 










l méridien de Paris. 


! 9 












E. faible beau. 


10 












E. N. E. bon frais, beau. 


11 












E. bon frais, beau. • 


12 












N. E. bon frais, beau. 


13 












E. N. E. bon frais, beau. 


, 14 












N. E. petit frais, nébuleux. 


15 




. ... 








N. E. par raffales, nébuleux. 


16 












N. E. bon frais, nébuleux. 


17 












N. N. E. grand frais, nébuleux. 


18 












N. E. bon frais, beau. 


19 













N. N. E. bon frais, beau. 


20 












N. N. E. grand frais, beau. 


21 












N. grand frais, beau. - . 
__ ... , .... „ 




U3B 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



007 



Epoque, 1787. 



Janvier. 



ï? 



16 



Inclinaison 
de J'aiguille. 



D. M. S. 



Therm. 



D. 



Baromètre. 



12 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques. 



28 01,4 



28 00,7 



N. N. E. bon frais, beau. 

Idem. 

Calme, de la pluie. 

N. N. E. bon frais, beau. 

E. petit frais, beau. 

E. N. E. bon frais, beau. 

N. E. petit frais, beau. 

N. E. bon frais, beau. 

E. N. E. bon frais, beau. 

N. N. E. petit frais, nébuleux. 

N. petit frais, nébuleux. 

Idem. 

N. E. bon frais, nébuleux. 

N. petit frais, beau. 

N. bon frais. A 7 heures du matin, appa- 
reillé ; à midi, relevé la grande Ladrone 
au N. 32' 1 O. 

N. bon frais, beau. 

N. E. bon frais, beau. 

N. E. bon frais, nébuleux. 

E. N. E. bon frais, beau. 

N. N. E. par raffales, nuageux. 

N. E. bon frais, beau. 

Idem. 

E. N. E. bon frais, beau. . , 

E. S. E. faible, beau. 

S. S. E. très-faible, beau. 

O. S. O. très-faible, beau. A midi, l'île 
Bantai restait à l'E. 3/ ' S. à 6 lieues de 
distance. 

S O. petit frais, beau. A midi, l'île Bantai 
restait à l'E. 1Q 1 S. à 5 lieues. 






"W.2 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Latitude, 
Nord. 



Longitude 

estimée, 
Orientale. 



D. M. S. 
17 40 00 

15 44 00 

14 49 00 

14 30 00 

14 23 00 

Au mouil- 
lage dans le 
port de Mi- 
rabelle. 

Il/idem ...... 



f Au mouillage ' 
<dans la baie] 
( de Manille. . 



Au mouillage } 

| dans le port £ 

de Cavité. * 



D. M. S. 

117 54 00 

117 28 00 

117 25 00 

117 52 00 

118 13 00 



Ibidem • 

Ibli- ■ • 
Ibid- ■ • 

Ibid- ■ ■ 
Ibid- • ■ 



Longitude 

orientale, 

par la montre 

N° 1C). 



D. M. S. 
118 01 00 



Longitude 

orientale, 

par les distances 

de la (L au 0. 



D. M. S. 



Déclinaison de 

l'aiguille, 

Ouest. 



D. M. S. 



r\\8 50 00" 
j A l'observa- ( 
1 toire de Ca- ( 
'vite. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 178/. 



Février. 



Mars, 



19 



20 



21 



22 



23 



24 



25 



26 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



Therm. 



Baromètre. 



D. M. S. 



V 



28 

1 
2 
3 

-4 



D. 
21 

21 i 

22 i 

21 | 
22 



jP. L. 
28 01,9 

28 02,0 

28 02,0 

28 01,2 
28 02,5 



21 i 



23 



28 01,9 



28 01,9 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques. 



N. bon frais, beau. A midi, l'île Bantai res- 
tait au S. 5/ d E. 
E. bon frais, beau. A. midi, la pointe 

Capones restait au N. J /5 d E. 
E. petit frais, beau. La pointe Capones res- 
tait au N. 75 d E. 
N. E. bon frais, beau. Relevé la pointe Mi- 
rabelle au S. 82 d E. ; l'île Mirabelle par 
son milieu, S. 88 d E. 
E. petit frais, beau. Les Porcos restaient au 

N. 52 d E. et la Mona, au N. 87' 1 E. 
E. N. E. bon frais. A 5 heures \ du soir, 
le 23, mouillé dans le port de Mirabelle. 
Même vent jusqu'au 24, à midi. 
{ N. E. bon frais, beau. A 8 heures du ma- 
( tin, appareillé. 

' E. N. E. petit frais. Louvoyant pour aller 
à Cavité. A 6 heures du soir, le 25, 
mouillé dans la baie de Manille. La Mona 
restait au S. 50 d E. Appareillé à 5 heures 
du matin, le 26. A midi, Cavité restait 
à l'E. 8 d N. 
N. N. E. variable à l'E. N. E. bon frais, 
beau. A 7 heures du soir, mouillé à une 
lieue de Cavité, dans le N. 65 d O. par 1 1 
brasses, fond de vase. A 5 heures du ma- 
tin, le 27, appareillé ; et à 8 heures, 
mouillé dans le port de Cavité, à deux en- 
cablures de terre. 
f E. N. E. bon frais, beau. Le fort de Ca- 
vité nous restait au N. \ N. E. et nous 
étions mouillés par 3 brasses \ de mer 
haute. 
Calme, beau. 
N. bon frais, beau. 
N. N. E. bon frais, beau. 
N. E. bon frais, beau. 





230 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, J/87. 




Mars. 



Avril. 



6 

7 
8 

9 
10 

11 



12 

13 
14 
15 

16 

17 
18 

19 

20 

21 

22 

23 

24 

25 

26 

2/ 

28 

29 

30 

31 

1 

2 

3 

4 



Latitude, 
Nord. 



Longitude 

estimée, 

Orientale. 



Longitude 

orientale, 

par la montre 

N° 19. 



D. M. S. 

Au mouillage 
dans le port de 
Cavité. 

Ibidem- ■ ■ - - ■ 

Ibid 

Ibid 

Ibid. ....... 

Ibid---- .... 

Ibid- ....... 



Ibid- ....... 

Ibid- ....... 

Ibid- ....... 

Ibid 

Ibid- ....... 

Ibid-. 

Ibid-- '.. 

Ibid • 

Ibid ........ 

Ibid.-.----. 

Ibid ........ 

Ibid--.- .... 

Ibid ........ 

Ibid- ....... 

Ibid 

Ibid-- • 

■Ibid 

Ibid • 

Ibid- ....... 

Ibid • 

Ibid 

Ibid 

Ibid 

Ibid ■■■--. ■■ 



D. M. S. 



D. M. S. 



Longitude 

orientale, 

par les distances 

delà d au ©. 



D. M. S. 



Déclinaison 

de l'aiguille, 

Ouest. 



D. M S. 



ru h — 






VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



231 



Epoque, 1787- 



Mars. 



Avril, 






6 

7 
8 

9 
10 

il 



12 



13 
14 
15 
16 

17 
18 

19 
20 

21 
22 
23 
24 
25 
26 

27 
28 
29 
30 
31 

1 

2 

3 

4 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 



Therm. 



Baromètre. 



D. 



24 
24 



P. 



11 05 00 



28 01,7 
28 01,9 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques. 



N. E. bon frais, beau. 

\ 
E. N. E. bon frais, beau. 

N. E. bon frais, beau. 

Idem. 

E. N. E. bon frais, beau. 

N. E. bon frais, beau. 

Idem. 

E. N. E. bon frais, beau. Dans la journée, 
changé de mouillage, et ■■. ouille par 4 
brasses, fond de vase. Le fort de Cavité 
(_ restait auN, i6 d E. 

E. N. E. bon frais, beau» 

N. E. bon frais, beau. 

N. bon frais, beau. - 

N. N. E. bon frais, beau. 

E. N. E. variable au N. bon frais, beau. 

E. petit frais, beau. 

E. N. E. bon frais, beau. 

N. N. E. bon frais, beau. 

Idem. 

N. E. bon frais, beau. 

Idem. 

E. N. E. bon frais, beau. 

N. E. bon frais, beau. 

Idem. 

N. bon frais, beau. 

N. N. O. bon frais, beau. 

N. E. bon frais, beau, 

E. N. E. bon frais, heau, 

Idem. 

Idem. 

N. E. bon frais, beau. 

E. N. E. bon frais, beau, 

N. E. bon frais, beau. 




mijo. 




TTST? 



VOYAGE AUTOUR DU MOND 



Longitude 
estimée, 
Orientale. 



Longitude 

orientale, 

par la montre 

N° ig. 



D. M. S. 



117 36 00 



117 02 00 

117 09 00 

117 07 00 

117 09 00 

116 59 00 

117 00 00 
117 39 00 
117 47 00 
117 17 00 

117 13 00 

117 3S 00 

118 07 00 

117 16 00 



116 45 00 



Longitude 

orientale; 

par les distances 

de la (f au O • 



D. M. S. 



117 58 00 



117 20 00 



117 42 00 



117 

118 
117 
117 
117 



41 00 

00 00 

44 00 

38 00 

39 00 



117 20 00 
117 14 00 



118 01 
117 07 



00 
00 



11O 39 00 



D. M. S. 



Déclinaison 

de l'aiguille, 

Est. 



D. M. S. 



117 58 30 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



23: 



Epoque, 1737. 






Avril. 



Inclinaison 
dé l'aiguille. 



Therm. 



10 



11 



12 



13 

14 

15 
16 

17 

18 

39 
20 
21 

22 
23 
24 
25 



20 



D. M. S. 



TOME II 






D. 



21 



20 4 



21 

21 

20 -1 
21 
21 
21 

21 ^ 
18 
1» T 

16 i 
16 | 
loi 
16 i 



10 



Baromètre. 



P. Z,. 



28 02,5 

28 02,5 

28 03,2 

28 01,5 

23 01,6 

28 02,0 

28 02,9 

28 01,5 

28 01,8 

28 01,6 

28 03,2 

28 03,0 

28 03,1 

28 03,0 

28 03,1 

28 05,4 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques. 



L 



N. E. bon frais, beau. 

IJem. 

Idem. 

N. E. bon frais. Nous nous sommes toués 

à environ 3 encablures dans le N. E. ^ E. 

Le fort de Cavité restait au N. 60 d E. 
N. E. bon frais. Nous nous sommes toués 

dans le N. de trois grelins ; et alors le 

fort Cavité restait au N. 88 d E. 
N. E. bon frais, beau. Nous nous sommes 

disposés à partir. 
N. N. E. bon frais, beau. A midi, appa- 
reillé. Le fort Cavité restait au N. QO à 

E. à y de lieue. 
O. N. O. très-faible, beau. La pointe N. 

de l'île des Deux Sœurs restait au N. 46 d 

E. distante d'une lieue. < 
N. petit frais, beau. La pointe Bolmao 

restait à l'E. 27 d N. 
E. S. E. calme. La terre la plus N. à la vue, 

restait au S. 63' E. 
Calme, beau. 

N. petit frais. A midi, calme. 
N. N. O. petit frais, beau. 
E. N. E. bon frais, beau. 
E. petit fiais, beau. 
N. N. E. très-faible, beau. 
E. petit frais, beau. 
N. N. E. bon frais, beau. 
N. petit frais, beau. 
N. N. O. très-faible, beau. 
N. N. E. bon frais, beau. 
N. N. E. bon frais, beau. Dans les susdits 

jours, nous avons navigué sur un banc où 

la sonde rapportait de 22 à 12 brasses, 

fond de sable et roche. 



H 






_. 



23 24 00 



22 09 00 



21 45 00 



S u 



44 00 
57 00 

45 00 
14 00 
40 00 

2S 00 

30 00 

44 00 



■{ 25 55 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Longitude 

estimée, 

Orientale. 



Longitude 

orientale, 

par la montre 

N° 19. 



Longitude 

orientale, 

par les distances 

de la fi au 0. 



D. M. S. 
117 42 00 

117 49 00 



Lat. et Ion. de 
la pointeE de la ( 
grande île Botol / 
juTabaco-xhïU'. 



119 33 00 

120 1 1 00 
120 29 00 



f Latit. et Ion. 
? de la pointe N. 
f de l'île Kumi. 

120 32 00 



Latit. et Ion. de ) 
l'île du ISud. ^ 



Latit. et long, 
de l'île du Nord. 



L.26 03 00 12 1 02 00 121 22 00 



D. M. S. 



117 5Q 00 



11/ 42 00 



]] 7 45 00 

117 55 30 

118 19 20 

119 22 00 

119 29 00 

119 29 00 

120 13 00 
120 37 00 

120 4g 00 

120 47 00 

121 14 00 

121 27 00 



D. M. S. 



118 lu 00 



Déclinaison 

de l'aiguille, 

Est. 

D. M. S. 



53 00 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1787. 



A-vriL 



V 



28 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



Therm. 



Baromètre. 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques 



D. M. S. 






29 



30 



Mai. 



D. 



18 



P. L. 
28 03,0 

28 02,5 



4 

5 I . 



20 

20 

'9 

19 k 



19 



28 03,0 

28 01,4 

28 02,7 

28 01,2 



2S 01,3 



L 



N. N. O. très faible, beau. Le port Zé- 

lande restait à l'E. 3 1 S. à 3 lieues. 
N. N. O. très-faible. A4 heures du soir, 
le 27, mouillé par 17 brasses, fond de 
vase ; et appareillé, le 28, à 4 heures du 
matin. Le port Zélande restait au S. 
35'' Est, à 4 lieues. A midi, calme. 
N. N. E. grand frais, par rafTales, nuageux. 
A 7 heures du soir, le 28, mouillé par 37 
brasses, fond de vase. Appareillé, les 
vents au N. N. E. 
N E. petit frais, beau. A 6 heures du soir, 
les îles Pescadores les plus S. restaient au 
t N. 64 H O. à environ 2 lieues. 
( E. S. E. petit frais, beau. L'île Lamay 
( restait au N. 33 1 E. à 6 lieues, 
f S. E. variable au N. par l'E. petit frais, 
I de l'orage et de la pluie. A midi, ] 'île de 
Botol ou Tabaco-xima restait au N. 7 d Q. 
^ à 5 lieues. 
N. E. petit frais, beau. L'île de Botol ou 
Tabaco-xima restait au N. 8 d O à 3 lieues 
de distance. 
N. E. variable à l'E. bon frais, beau. A 
6 heures du soir, le 3, Botol Tabaco-xima 
restait au N. 47 J O. à une lieue. 
E. S. E. très-faible, beau. 
S. E. faible, beau. A midi, la pointe N. 
E. de l'île Kumi restait à l'E. 14' S. et 
la pointe S. E. restait au S. 28'' E. à - de 
lieue de distance, 
f S. E. bon frais, beau. A 8 heures du matin, 
l'île Hoapinçu, ou l'île du Sud, était par 
celle du Nord, et je l'ai relevée au N. 48 d 
E. distant de la 1 ,( de| de lieue, et de la 
2 de 6 lieues. A midi, l'île Hoapinsu 
restait au S. 20' O. à j 8 lieues; l'île du 
Nord, au S. 22'' E. à 4 lieues. 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 




Epoque, 


1/87. 


Latitude, 
Nord. 


Longitude 

estimée, 
Orientale. 


Longitude 

orientale, 

par la montre 

N' J 19. 


Longitude 
orientale, 
par les distances 
de la <L au O. . 


Déclinaison 

de l'aiguille, 

Est. 






D. M. S. 


D. M. S. 


D. M. 


D. M. S. 


£>. M. S. 


Mai. 


8 


1~ 0/ 00 


121 06 00 


121 18 00 












9 

10 


27 43 00 

28 19 00 


120 30 00 
120 55 00 


121 15 00 




1 37 00 
1 39 00 








il 


28 36 00 


121 09 00 






.......... 




12 
13 


28 41 00 

29 27 00 


121 10 OO 
121 16 00 






..... .... 








■ 




14 


29 46 00 


121 05 00 


121 59 00 




- 




15 
16 


30 01 00 
30 29 00 


121 56 00 
121 47 00 




.......... 


.......... 












17 


30 47 00 


121 46 00 




.......... 


.......... 




18 


31 15 00 


122 05 00 


121 42 00 




.......... 






19 


31 47 00 


122 04 00 


122 00 00 


.......... 


.......... 




20 


32 OS 00 


122 10 00 


.......... 


.......... 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1787 . 



Mai. 



9 
10 

il 

12 
13 

14 



15 

16 

17 

18 



19 



20 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 



Therm. 



D. 

19 k 
16 

16 



15 



14 



15 



14 



13 i 



13 | 



12 



12 i 



12 - 1 - 



11 i 



Baromètre. 



P. L. 

27 11,3 

28 00,4 

28 00,1 

28 00,2 

17 11,5 

28 00,6 



28 00,6 

28 00,6 

28 00,5 

28 00,7 



28 00,8 



27 11,2 




Vents, Etat du Ciel, et Remarques. 



S. S. O. bon frais, beau. 

S. S. O. variable au N. N. E. bon frais. 

S. S. O. petit frais, brumeux. Sondé par 
55 et 50 brasses, fond de sable. 

S. S. O. variable à l'O. N. O. petit frais, 
beau ; le temps très brumeux. Sondé par 
55 et 45 brasses, fond de vase. 

S. S. E. très-faible, brumeux. A 6 heures \ 
du soir, mouillé par 45 brasses, fond de vase. 

O. S. O. petit frais, brumeux. Sondé par 
45 à 50 brasses, fond de vase. 

S. S. O. très-faible, de la brume. A 7 
heures du soir, le 13, mouillé par 42 bras- 
ses, fond de vase : toujours de la brume. 

S. S. O. petit frais. A 1 heure, le 14, appa- 
reillé. A 10 heures du soir, le même jour, 
mouillé par 3C) brasses, fond de vase : de 
la brume très-épaisse. A 10 heures du 
matin, le 15, appareillé, les vents à l'E. 
N. E. petit frais, beau. 

E. N. E. petit frais, nébuleux. La sonde a 
rapporté de 45 à 24 brasses, fond de vase. 

E. N. E. très-faible, de la brume. Sondé par 
36 et 40 brasses. 

E. très-faible. Sondé par 36 et 25 brasses, 
fond de sable. A 2 heures 4 du matin, 
mouillé par 25 brasses-, A 10 heures, 
appareillé ; à midi, vent à l'E. très-fai- 
ble, nébuleux. 

E. très-faible. A 8 heures \ du soir, le 18, 
mouillé par 32 brasses, fond de sable. 
Appareillé à six heures du matin, le 19, 
le vent à l'E. bon frais, nébuleux. 

N. très-faible, brumeux. A six heures i du 
soir, le 19, mouillé par 25 brasses, fond 
de sable. A 6 heures, appareillé, le vent 
au N. faible, le courant faisant trois nœuds 
par heure. 



■ 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Longitude 

estimée, 

Orientale. 



D. M. S. 

123 45 00 

124 16 00 

125 13 00 

126 0? 00 

126 46 00 

127 25 00 

128 07 00 

128 17 00 

128 42 00 

Latit. de la ' 
pointe S. de l'île 
Dagelet. 

129 47 00 

130 34 00 

131 27 00 

132 10 00 

132 34 00 

133 17 00 
133 32 00 



Longitude 

orientale, 

par la montre 

N° 19. 



D. M. S. 

123 50 00 

124 21 00 

125 27 00 

126 27 00 

1 26 48 00 

127 35 00 



128 11 00 

128 5Q 00 

129 02 00 

129 45 00 

130 41 00 

131 35 00 

132 13 00 

132 32 00 

133 38 00 



Longitude 

orientale, 

parles distances 

delà ([ au 0. 



D. M. S. 



124 06 00 



127 12 30 



Long de la 
pointe S. de l'île 
Daselet. 



Déclinaison 

de l'aiguille, 

Est. 



D. M. S. 



1 45 00 



1 54 00 



2 11 00 



1 44 00 



36 00 
O 20 00 



\ fj»' 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, l/ 8 7- 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



Ma 



Juin. 



D. M. S. 



21 



22 



23 



24 



15 



26 



27 



28 



29 



30 

31 
1 
2 
3 
4 
5 



45 05 00 



44 00 00 



45 30 00 



47 00 00 



Therm. 



D. 

13 i- 
13 



12 



12 i 



12 



11 



11 



12 

11 4 

12 4r 

13 | 
12 4 
13 
12 



Baromètre. 



P. 

27 



11,3 



28 00,6 



28 01,1 



27 10,0 



27 11,0 



27 11,1 



27 09,3 



27 11,4 



28 00,9 



28 01,4 



28 
28 
9.8 



01,4 

01,9 
00,6 



28 01,2 

27 11,8 

28 00,6 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques. 



^ N. N. O. bon frais, nuageux. Sondé par 
C 36 et 44 brasses. 
O. S. O. petit frais. A midi, la pointe O. 
de l'île Quelpaert restait au N. l6 d O. à 
4 lieues, 
f S. O. faible, beau. Relevé les îles les plus 
< S. à la vue, au N. I4 d ; les plus O. au N. 
( 9 ' O. à 5 lieues. 

f N. petit frais, beau ; belle mer. La côte de 
I la Corée la plus au S. à' la vue, restait à 
1 l'O. 35 J N. la plus au N. au N. 27 J E. à 
^ 3 lieues. 

E. N. E. faible, beau. La côte de la Corée 
la plus au N. à la vue, restait au N. 20 1 
E. Je prolongeai cette côte à 2 lieues. 

S. O. bon frais, beau. La pointe la plus N. 
de la Corée restait au N. 20' O. à 2 lieues. 
Sondé par ^5 brasses. 
N. N. E. petit frais, orageux ; de la brume 

qui nous empêchait de voir la terre. 
N. O. petit frais, nébuleux. La terre de la 
Corée la plus au N. à la vue, restait au N. 
I 52' O. à 8 lieues. Mis le cap à l'E. pour 
^ reconnaître les îles du Japon. 
' S. bon frais, beau. Vu une île, à 3 heures 
après midi, le 28: elle restait au N. 15 d 
E. à 15 lieues. A midi, le milieu de cette 
île, appelée île Dageltt, restait au N. l?'> 
1 E. à 4 lieues. 

( S. S. E. bon frais, beau. Perdu de vue 
l l'île Dagelet, à 6 heures du matin. 
S. S. E. bon frais, beau. 
S. S. E. petit frais, beau. 
S. variable au N. E. petit frais, beau. 
N. E. variable au S. E. petit frais, brumeux. 
S. faible, brumeux. 
S. petit frais, brumeux. 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Latitude, 
Nord. 



D. M. S. 

37 40 00 

37 51 

37 35 00 



7 18 00 

38 28 00 

39 20 00 

40 04 00 

40 49 00 

41 55 00 



Longitude 

estimée, 

Orientale. 



D. M. S. 



133 33 00 



I.at. delà 
de Jootsi- 



pointe ? 
shna. Ç 



Longitude 

orientale, 

par la montre 

N" 19. 



C Lat d'une île qui ~) 
< est dans l'Ouest > 
( de ceite pointe. 3 

f Lat. de la pointe ") 
<,du S. la plus à > 
( vue du Japon. ) 



134 40 00 

133 31 00 

132 04 00 

Ï31 55 00 

131 4S 00 



D. M. S. 

134 49 00 

135 20 00 

135 14 00 

135 05 00 

134 55 00 

133 39 00 

131 40 00 

131 45 00 



Longitude 

orientale, 

parles distances 

de la <i au0. 



42 35 00 132 15 00 132 23 00 



42 49 00 



14 43 31 00 



43 53 00 

43 57 00 

44 12 00 

44 10 OO 

44 30 00 



132 43 00 132 41 OO 



133 45 00 133 56 



134 21 00 

134 33 00 

134 32 00 

134 47 00 

134 52 00 



134 28 OO 



135 13 00 



D. M. S. 



Long, de la pointe 
de Jootsi-sima. 

Long, de l'île qui 
est dans l'Ouest de 
cette pointe. 

Long, de la pointe 
du S. la plus à vue 
du Japon. 



Déclinaison 

de l'aiguille, 

Est. 



130 53 36 



131 06 00 



D. M. S. 



o 07 00 

Ouest. 
35 00 

03 00 
Est. 

1 06 00 



O 1Q 00 



2 33 00 






VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



241 



Epoque, 1787. 



Juin. 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 



9 

10 

11 

12 

13 

14 

15 

16 
1/ 

1S 
19 



47 03 00 



48 05 00 



53 00 00 



55 00 00 



55 00 00 



TOME II. 



Therm. 



D. 



13 



11 

ÎO 
10 



8 

7 i 



Baromètre. 



P. L. 



28 00,9 



28 01,2 

28 01,3 

27 07,4 

27 07,7 

27 07,2 

27 08,4 

28 00,3 

28 01,0 

28 00,2 

27 n,9 

27 10,6 

27 09,2 

27 10,5 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques, 



S. O. bon frais, nébuleux. A 10 heures, vu 
le Japon : à midi, la pointe la plus N. 
restait à TE. 9 J S. 




fS. E. Petit frais, nébuleux. Je prolongeai 
la côte du Japon, et passai dans l'E. de 
l'île Jootsi-sima, qui restait, à 4 heures 
le 6, E. et O. et la pointe du même nom, 
au S. 66 d E. 
S. S. O. bon frais, brumeux. 
S. S. O. bon frais, par raffales, de la brume; 

beaucoup de pluie. 
S. O. faible, de la brume. 
fS. S. O. variable à l'O. bon frais. A 10 
heures du matin, le 10, vu la côte du 
Nord de la Corée, dans le N. A midi, 
nous en étions éloignés de 12 lieues. 
r N. E. petit frais, de la brume. A midi, la 
terre la plus à vue au N, restait au N. 
29 d E. et la plus à l'Ouest, au N. 65 à 
O. à 5 lieues. 
S. O. faible, beau. La terre qui à midi restait ; 
au N. était à 2 lieues. Sondé à cette di- 
stance, par 120 brasses, fond de vase. 
( S. S. O. petit frais, beau. Je prolongeai la 
) côte de Tartane à 2 ou 3 lieues. 
C S. S. E. petit frais, de la brume. Toujours 
/ à l'a vue de terre. 
S, S. O. faible, delà brume. 
E. très-faible, de la brume par intervalles. 
S. S. O. petit frais, de la brume très- 
1 épaisse. 

S. S. O. bon frais, de la brume. 



2 I 






■ 

9B 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Latitude, 
Nord. 



D. M. S. 
44 44 00 



44 46 00 



45 01 00 



45 10 00 



45 13 00 

Au mouillage J 
dans la baie de \ 
Ternai. 



45 13 00 

46 08 00 

46 51 00 

47 20 00 

47 50 00 

47 50 00 

Lat. du mouil- 
lage. 



47 51 00 

Lat. du mouillage. 

Au mouillage 
datu la baie de 
Suffren. 

47 51 00 

Latitude du mouil 
lage. 



47 51 00 

Latitude du mouil 
lage. 



Longitude 

estimée, 

Orientale. 



D. M. S. 
134 5g 00 



135 35 00 



135 48 00 



135 37 00 



Lat. du mouillage. 



135 15 00 

136 28 00 

136 54 00 

137 33 00 



137 34 00 
137 22 00 



137 22 30 



137 25 00 



137 25 00 



Longitude 

orientale, 

par la montre 

N° ig. 



D. M. S. 
135 21 00 



135 42 00 



135 19 00 



135 09 00 



135 15 00 

136 24 00 

137 34 00 

137 37 00 



137 22 00 
137 22 00 



( Longitude du"l 
£ mouillage. J 



'Longitude du~l 
mouillage. J 



Longitude du } 
mouillage. £ 



Longitude 

orientale, 

par les distances 

de la d au 0. 



D. M. S. 
135 05 00 



Ç Longitude du~l 
2 mouillage. J 



135 15 00 



Ç Longitude du"! 
(_ mouillage. J* 



Déclinaison 

de l'aiguille, 

Est. 



D. M. S. 



1 42 00 
1 10 00 

1 10 00 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1/87- 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



Juin. 



Juillet. 



20 

21 

22 

23 

24 
25 
2(5 

27 

28 
29 
30 



D. M. S. 



Therni. 



D. 

7 4 



58 OO 00 



Baromètre. 



P. X. 

27 09,4 



27 10,2 

27 10,2 

27 10,4 

28 00,7 
28 007 

28 01,3 

28 01,7 

27 11,7 

28 00,5 

28 00,4 

28 00,4 

28 00,3 

27 11,3 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques 



N. E. faible, beau. Le mont de la Table 
restait au N. 8' O. à 4 lieues de la terre 
la plus près de nous. 
" S. S. O, très-faible, de la brume par inter- 
valles. A midi, la terre la plus N. à la 
vue restait au N. 20' E. et la plus près 
de nous, au N. 29' O. 

N. E. bon frais, beau, de la brume très- 
épaisse. 

Calme, beau. La terre la plus près de nous 
restait à l'O. 20' N. à 3 lieues. 

N. E. bon frais, beau. Au mouillage dans 
la baie de Ternai. 

Calme, de la pluie dans la journée. 

N. E. petit frais, beau. 

O. N. O. petit frais, nébuleux. A 8 heures 
du matin, appareillé : la baie de Ternai 
restait au N. 20' E. à 3 lieues. 

S. bon frais, beau. Les terres les plus près 
de nous restaient au N. 45 O. à 2 lieues. 

N. N. E. le temps couvert, petit frais. 

O. S-. O. petit frais, de la brume par inter- 
valles. La terre la plus près de nous res- 
tait au N. 55' O. à 3 lieues. 

S. petit frais. A 7 heures du soir, le 30, 
mouillé par 36 brasses, fond de vase, à 2 
lieues de terre : de la brume. 

A 10 heures du matin, le 2, appareillé pour 
nous rapprocher de terre, le vent au S. De 
la brume. A midi, mouillé par 25 brasses, 
fond de sable et cailloux, à-f- de lieue de 
terre. 

N E. petit frais. A 8 heures du matin, le 
3, envoyé la biscayenne à terre ; mais 
elle n'a pas abordé, à cause de la brume. 

A huit heures du matin, le 4, appareillé. 
A midi, calme, de la brume. 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1787- 



Juillet. 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 
62 05 00 



10 



11 



12 



13 

14 
15 



63 00 00 



63 05 00 



65 03 00 



63 05 00 



Therm. 



9 
10 



9 i 



10 



9 i 



10 i 



10 



11 



13 

13 
11 



Baromètre. 



P. L. 

27 10,0 

27 07,6 



27 08,8 



27 07,4 

27 08,1 

27 11,5 

27 11,5 

27 11,4 



27 10,5 
27 10,5 

27 10,7 




Vents, Etat du Ciel, et Remarques. 



Le 4 à 6 heures du soir, mouillé par 44 
brasses, fond de sable fin. 

A midi, appareillé, et prolongé la côte de 
Tartarie ; le vent au N. N. E. petit frais, 
de la Drume. 

r S. bon frais. A 8 heures du matin, vu un 
pic très-élevé, et une pointe basse qui 
restait auN. 80'' E. à 10 lieues. La pointe 
du continent de la Tartarie, la plus N. à 

J la vue, restait au N. à 9 lieues; le temps 
beau. A midi, le pic appelé Lamanon 
restait au N. 6& E. à 12 lieues ; la terre 
la plus à vue, de la côte de Tartarie, res- 
tait au N. 45 'O. 

ç Calme, le temps nébuleux. A midi, la pointe 

| N. de l'île Ségalien qu'on avait à vue, res- 

,. tait N. 35 ' E. ; le pic Lamanon, N. 44' 1 

{_ E. ; la terre la plus Sud, à l'E. 
S.' S. O. petit frais, de la brume très- 
épaisse. Sondé par 62 brasses, fond de 
vase. 
S. le vent faible, de la brume. 

r S. S. O. bon frais, beau. A midi, l'entrée 
d'une baie restait au S. 33 d E. à 6 lieues, 



et la pointe la : plus près de nous, au S. 



\ 

L 83 d E. à 4 lieues. 

f S. bon frais, beau. Le pic Lamanon restait 

I 

i au N. l d E. ; l'entrée d'une baie, au N. 

73 E. à 3 lieues; et la terre la plus près 

l de nous, au S. 45 ' E. à 2 lieues. 

fS. bon frais, beau. A 6 heures du soir, 

! mouillé par 14 brasses dans la haie de 

! Langle à la cote de l'île Ségalien ; le 

L village restait à l'E. 24' S. à | de lieue. 

C S. S. O- bon frais. A 5 heures du matin, 

( appareillé de Ja baie de Langle, 

S. bon ^îftïs, de la bruine. 






«•■■■■^^ 






j£-«3RaftflB-.:«: 



■È.t'Mm'imMtKm 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Latitude, 
Nord. 



D. M. S. 

48 22 00 

48 20 00 

48 12 00 



48 5g 00 



49 26 00 
1 49 50 00 



49 53 00 



50 31 00 
50 33 00 



Longitude 

estimée, 

Orientale. 



D. M. S. 
139 09 00 

138 47 00 
138 42 00 

Lat. du mouillage. 



140 32 00 

Lat. du mouillage. 



140 31 00 



140 26 00 

Lat. du mouillage. 



50 52 00 140 31 00 140 38 00 



Longitude 

orientale, 

par la montre 

N° 19. 



D. M. S. 



140 32 00 



140 32 00 
140 38 00 



Longitude 

orientale, 

par les distances 

de la ([ au 0. 



D. M. S. 



C Longitude du ? 
^ mouillage. Ç 



140 

Long : 
mouillage 



16 00) 

itudc du r 
lillage. J 



140 30 00 
140 32 00 



Longitude du 
mouillage. 



51 29 



140 2(3 00 



140 2g 00 



139 sg 00 



Déclinaison 

de l'aiguille, 

Est. 






D. M. S. 



55 00 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE 



Epoque, 1787- 



Juillet. 



16 

17 
18 



19 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 



20 



21 



Therm. 



64 04 00 



22 



23 



24 



71 00 00 



D, 

12 
10 
11 4 

13 



14 



13 



14 



14 l 



14 



Baromètre. 



P. L. 

27 11,3 

27 10,5 

27 10,6 

27 10,6 



27 10,5 



27 10,6 



27 10,É 



27 11,2 



23 00,2 



L 
f S 




Vents, Etat du Ciel, et Remarques 



f S 



S. S. O. bon frais, de la brume. 
S. bon frais, de la brume. 
S. S, E. petit frais, de la brume, 
f S. S. E. bon frais, couvert. Le pic de La- 
manon restait au N. 65 d E. à 4 lieues, et 
la pointe la plus près de nous, au N. 80 d 
E. à 2 lieues. 

petit frais. A 2 heures, le 19, mouillé 
par 20 brasses, fond de vase, à f de lieue 
de terre, dans la baie d'Estaing. A 4 
heures du matin, le 20, appareillé ; lèvent 
au S. bon frais, nébuleux. 
. petit frais, nébuleux. A 7 heures du 
soir, le 20, mouillé à 1 lieue de terre par 
39 brasses, fond de sable fin. A 4 heures 
du matin, le 21, appareillé: à midi, la 
terre la plus près de nous restait au N. ll d 
E. à 2 lieues. 
. petit frais, le temps nébuleux. La sonde 
rapportait le fond de 80 à 45 brasses, pro- 
longeant la côte de l'île Ségalien. A midi, 
la terre la plus près de nous restait à l'E. 
Il 11 N. à 2 lieues. 
, Presque calme,de la brume. A 2 heures \, 
mouillé à 1 lieue \ de terre, par les 42 
brasses, fond de vase, A 5 heures du ma- 
tin, appareillé ; petit frais du S. beau. Notre 
mouillage, appelé ruisseau des Saumons, res- 
tait au S. 10' E. et la terre la plus près de 
nous, à l'E. 22 ,! Sud à 1 lieue \. 
petit frais. Sondé par 39 brasses, 38, 
35, 30, et 29, fond de sable, jusqu'à 4 
heures après midi le 23. A 9 heures, 
le fond avait diminué jusque par les 24 
brasses. A çy heures |; mouillé par 22 
brasses, fond de sable. A 3 heures du 
matin, le 24, appareillé : à midi, la terre 
la plus près de nous restait à l'E. 20' N. à 
4 lieues, et la terre la plus au N. au N.6 ; E. 



f S 



f S 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



2¥j 



Epoque, 17S7. 



A tût. 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



Therm. 



Juillet. 25 



D. M. S. 



16 



28 

29 

30 

31 

1 

2 



D. 



13 



13 



12 



12 



12 



13 

13 



13 | 



Baromètre. 



P. L. 



28 00,7 



28 00,6 



28 00,3 



28 00,3 



27 11,0 



27 

V 

27 



10,4 
11,1 
11,8 



28 00,9 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques. 



r s , 



L 
r s 



petit frais, nébuleux. Sonde par 15, 16, 
18, 20, et 22 brasses, en approchant du 
milieu de la manche de Tartarie. A 7 
heures ~ du soir, le 24, mouillé par 24 
brasses, fond de vase. A 4 heures du ma- 
tin, le 25, appareillé : de la brume, petit 
frais ; route à l'Ouest. Sondé par 22, 20, 
et 19 brasses jusqu'à 9 heures i, que nous 
avons mouillé. 

S. O. A 2 heures, appareillé, le cap au N. 
E. prolongeant la terre. A 7 heures {, 
la sonde a rapporté 19 brasses, fond de 
sable: même heure, mouillé à 2 lieues de 
terre. A 10 heures du matin, le 26, ap- 
pareillé, et louvoyé pour nous élever au 
Sud par un plus grand brassiage. 
S. O. grand frais, un peu de brume. Le 
fond a augmenté progressivement de 8 à 
9, 12, 14, 16, 18, et 21 brasses, fond de 
vase. 

S. O. bon frais, beau. Sondé par 18, 16, 
15, 14, 13, et 12 brades. A 7 heures | du 
soir, mouillé dans la baie de Castries, le 
27, par 1 1 brasses, fond de vase. Le 28, 
changé de mouillage, et mouillé par 5" 
brasses \, fond de vase, 
très faible, de la brume. 



E. S. E. très faible. 

S. S. E. beau, petit frais. 

S. très-faible, beau. 

E. N.E. très-faible, variable au S. E. 
fS. S. O. variable au S. S. E. très faible. A 
4 heures du soir, appareillé. A 8 heures 
du soir, le cap Clostercam restait aa S. 
I8 d O. Sondé par les 12 et 17 brasses. A 
raidi, la terre la plus près restait au N. 
35* E. 



I 



f S. 



t\ 



TOME II. 



D. M. S. 

139 27 00 

139 52 00 

139 53 00 

50 06 00 140 07 00 



139 41 00 



48 25 00 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Longitude 

estimée, 

Orientale. 



Longitude 

orientale, 

par la montre 

N° 10. 



46 45 00 



46 09 00 

Latit. du mouil- 
lage, à 7 heures \ 
du soir. 



D. M, S. 

139 27 00 

140 16 00 
139 50 00 



Longitude 

orientale, 

parles distances 

de la fl au Q . 



Déclinaison 

de l'aiguille, 

Est. 



D. M. S. 



D. M. S. 
1 07 00 



139 28 00 



140 55 00 140 01 00 



140 11 00 

5 Longitude du 
mouillage à 7 
heures £ du 
soir. 



140 24 00 



140 17 00 



45 57 00 140 32 00 



45 56 00 140 25 00 

Latit. du mouil- 
lage, à 1 heure 
après midi. 



45 40 00 140 48 00 



45 21 



140 03 00 



140 25 00 



Longitude du 
I mouillage, à 1 
I heure après mi- 
di. 



138 53 00 



138 37 00 



1 08 00 



1 50 00 



1 27 00 



141 13 00 



1 23 00 



1 37 00 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, I/87. 



Août 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



Therm. 



D. M. S. 



10 



II 



12 



13 



D. 

14 i 



10 
14 



13 



15 



13 



13 



15 



11 



10 



Baromètre. 



P. L. 

28 00,9 



17 U 5 4 

27 ô;,3 
27 06,8 



17 10,2 



V 09,3 



V 10,5 



il n ; 9 



28 00,2 



28 00,4 




Vents, Etat du Ciel, et Remarques. 



S. S. O. variable au S. S. E. très faible, 
beau. Le fond a augmenté, en allant au 
Sud, jusqu'à 45 brasses. A midi, la terre 
restait à l'O. Il' 1 N. à 3 lieues. 
S. bon frais, le temps brumeux. 
S. bon frais, nébuleux. 

S. S. O. grand frais, la mer grosse ; temps 
nébuleux. 
' S. S. O. grand frais, variable au N. par 
l'Ouest, et E. N. E. très-faible, beau. 
Vu la côte de Tartarie au Sud 55 à Ouest, 
et au N. 38 d E. le pic Lamanon, au S. 
48' E. 
N. grand frais, beau. Le pic Lamanon res- 
tait au N. 48' E. la pointe la plus S. à la 
vue, au S. 66 i E. 
N. grand frais, beau, la mer un peu grosse. 
Le milieu de l'île Monneron restait au S. 
29' O. le pic Bernizet, au N. 32' E. 
f N. grand frais, beau. A 7 heures \ du soir, 
le 10, mouillé à deux lieues de la côte, 
par 40 brasses, fond de sable : le pic de 
Langle restait au S. 20' O. l'île Mon- 
neron au N. 55'' O. et le cap Crillon à 
l'E. 18' 1 S. A 4 heures du matin, le 11, 
appareillé ; le vent au N. très faible. A 
11 heures \, calme : mouillé à 2 lieues de 
la pointe Crillon dans le N. 72' O. le pic 
de Langle restait au S. 30 O. 
'Calme, beau. A midi 4, le 11, nous avons 
changé de mouillage ; le cap Crillon restait 
au S. 83'' E. et le pic de Langle au S. 
2g d O. A 8 heures du matin, le 12, appa- 
reillé, et passé le détroit qui sépare le Jes- 
so de l'Oku-Jesso; le vent au N. E. petit 
frais, nébuleux. 

S. presque calme, beau. Le cap Aniva 
restait au N. 30' E. et le pic de Langle au 
S. 81" O. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Longitude 

orientale, 

par les distances 

de la d au @. 



Déclinaison 


del 


'aiguille. 




Est. 




D 


M. 


S. 


2 


11 


00 


3 


00 


00 


3 


32 


00 


5 5 


14 


00 


c 5 


50 


00 


5 


04 


00 




3Ur 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE 



253 



Epoque, 1787. 


Inclinaison 
de l'aiguille. 


Therra. 


Baromètre. 


Vents, Etat du Ciel, et Remarques. 




D. M. S. 


D. 


P. L. 




Août. 14 


57 00 00 


11 4 


28 00,0 


C S. E. petit frais, beau. A midi, le cap Ani- 
f va restait au N. O 1 E. 


15 




12 è 


28 01,6 


( E. S. E. petit frais, beau. Le cap Aniva 
( restait au S. 84 d O. 


16 


54 00 00 


12 4 


28 01,6 


E. S. E. bon frais, nébuleux, de la brume, 


17 




12 4 


27 11.5 


E. S. E. variable au N. E. nébuleux. 


18 


58 00 00 


12 


27 11,2 


{ N. variable au S. S. E par l'E. très-faible, 
( de la brume par intervalles. 


19 




13 


27 09,8 


{ S. bon frais; nébuleux. Vu la terre ou l'île 
( des Etats, qui me restait au S. r 1 E. 




20 


• •••• 


13 


27 10,7 


S S. O. bon frais, nuageux. Nous prolon- 
' gions la terre des Etats. 


21 


57 00 00 


10 4 


27 11,5 


S . E. très- faible, de la brume. 


22 




12 


28 00,4 


Ç S. petit frais, variable à l'O. S. O. de la 
( brume. 


23 




13 


28 01,1 


{ S. S. O. variable au Sud, faible, la brume 
( très-épaisse. 


24 


52 05 00 


10 4 


27 11,5 


C S. petit frais, de la brume. Une des îles 
l des Quatre- Frères restait au S. 2 d O. 


25 




10 


27 11,2 


S. S. E. petit frais, de la brume. 


26 




11 


27 10,7 


( S. S. E. variable au N. ; à midi, à l'Ouest, 
( très- faible, de la brume. 

i 0. S. O, petit frais. A 8 heures 4,. la brume 
\ s'est dissipée ; vu l'île Marakina, du N. 
' 67 1 ' E. au S. 6 E. 


27 


...... 


9 T 


27 11,6 


















'S. 0. variable au N. par l'O. et N. N. E. 










A midi, presque calme, le temps couvert: 










la pointe N. E. de l'île Marakina restait 
an N. 73' 1 E. ; sa pointe S. O. au Sud 37 d 


28 




9t 


27 01,8 












E. ; une des îles des Quatre-Frères, au 








' 


L Sud 37 'O. 

fE. variable au N. E. petit frais, couvert. 
Dirigeant notre route dans le détroit de 


29 


......... 


7 


28 01,4 


< la Boussole. A 4 heures du matin, le 29, 
la pointe Sud de Marakina restait au N. 










l_ 30' E. à 5 lieues : de la brume. 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1787- 



Août. 30 

31 

Septembre, 1 
2 
3 
4 
5 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 



Therm. 



D. 
8 
10 f 
12 

9 A 
9 
10 

9f 



74 



Baromètre. 



P. L. 

2S 01,4 

28 01,4 

28 01,0 

27 11,8 

28 02,0 
28 02,5 
27 11,8 

27 09,3 



27 10,4 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques 



O. S. O. petit frais, couvert. 

Idem, très -faible, de la brume. 

S. S. O. grand frais, de la brume. 

O. grand frais, brumeux. 

O. N. O. très-faible, brumeux. 

S. O. grand frais, nuageux. 

S. O. bon frais, de la brume. 
: O. bon frais, nuageux. A 3 heures après 
midi, le 5, vu la terre de la presqu'île du 
Kamtschatka. A midi, le 6, le volcan 
restait au N. 38' 1 O. 

N. O. petit frais, beau. L'entrée delà baie 
d'Avatscha restait au N. 50' O. et le vol- 
can au N. 5 J O. 
ç Calme ; à 1 heure après midi, la brise du 
S. E. A 7 heures du soir, le 7, mouillé 
dans la baie d'Avatscha, par 7 brasses, 
fond de vase : le port de Saint-Pierre et 
Saint-Paul restait au N. 44' E. et lel 
volcan au N. 13'' E. 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, I/S7- 


Longitude 

orientale, 

par la montre 

N° 19. 


Corrections. 


Longitude 

vraie, 
Orientale. 


Latitud 
Nord. 


e, 


Baromètre. 


- 


D. M. S. 


D. 


M. 


S. 


D. M. S. 


D. 


M. 


5. 


P. 


L. 


Octobre. 1 


157 00 00 





00 


00 


157 00 00 


51 


18 


00 


17 


05,3 


2 


157 43 15 





00 


00 


157 43 00 


49 


44 


21 


17 


10,7 


3 


157 46 30 





00 


00 


157 46 00 


47 


56 


34 


17 


09,1 


4 


158 04 00 





00 


00 


158 04 00 


46 


26 


45 


17 


08,1 


5 


158 31 45 





02 


00 


158 49 45 


44 


42 


30 


V 


10,4 


6 


159 40 30 





04 


00 


159 36 30 


43 


16 


04 


28 


03,8 


7 







06 


00 


.......... 


... 






28 


04,6 


8 


l6l 55 10 





08 


00 


161 47 10 


43 


17 


08 


28 


00,7 


9 


162 40 10 





10 


00 


1Ô2 30 10 


41 


23 


24 


28 


01,2 


10 


162 41 30 





13 


00 


162 28 30 


40 


26 


28 


28 


02,3 


n 


163 10 45 





16 


00 


162 54 45 


39 


41 


21 


27 


10,4 


12 


163 35 00 





19 


00 


163 16 00 


38 


45 


51 


28 


02,1 


13 


164 38 00 





22 


00 


164 18 00 


38 


46 


25 


28 


01,8 


14 


164 39 15 





25 


00 


164 14 15 


38 


04 


49 


2S 


04,5 


15 


166 19 00 





28 


00 


165 51 00 


37 


36 


34 


28 


02,2 


1 16 


168 05 30 





31 


00 


167 34 30 


37 


36 


55 


28 


01,7 


! 17 


1/0 51 30 





34 


00 


170 17 30 


37 


27 


57 


28 


00,6 


1 18 


172 10 00 





37 


00 


171 33 00 


37 


28 


37 


28 


02,3 


19 


173 46 20 





40 


00 


173 06 20 


37 


24 


50 


27 


10,5 


! 20 


176 15 07 





42 


00 


175 32 57 


37 


15 


17 


28 


04,0 


21 


178 25 00 





45 


00 


177 40 00 


37 


04 


23 


27 


09,4 


22 


179 40 30 





47 


45 


179 31 45 


37 


19 


00 


27 


10,8 


23 


179 48 15 

Occidentale. 





49 


40 


179 22 05 

Occidentale. 


36 


06 


20 


28 


02,1 


24 


178 20 30 





50 


25 


179 10 55 


35 


44 


51 


27 


ii,7 


25 


177 28 15 





51 


50 


178 20 05 


34 


55 


31 


28 


01,4 


26 

27 


















28 


00,3 
00,8 


175 59 15 





53 


20 


176 52 35 


32 


37 


08 


28 


28 


175 15 00 





53 


40 


176 08 40 


31 


31 


21 


28 


01,4 


2.9 


175 22 00 





54 


00 


176 16 00 


29 


37 


16 


28 


04,4 


30 


1/5 4/ 15 





54 


15 
30 


176 41 30 

177 03 30 


27 


33 


27 


28 

28 


03,1 
01,6 


31 


176 18 00 





54 












Novembre. i 


174 43 30 





54 


45 


175 38 15 


26 


26 


35 


28 


01,8 


2 


174 42 15 





55 


00 


175 37 15 


26 


21 


23 


28 


02,0 


3 


174 52 45 





55 


16 


175 42 01 


25 


12 


45 


28 


02,9 


. 























VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, lj*8J\ 



Therm. 



Oiïûh 



Déclinaison 
de l'aiguille, 

Est. 



Novembre. 



9 
10 

11 

12 
13 
14 
15 
16 
17 

18 

19 
20 
21 

22 
23 

24 

25 

26 

27 

28 

29 

30 

31 

1 

2 

3 



5 4 
4 t 

«J i o 
J To 

8 

-°- 
12 

11 k 
11 1 
11 1 

12 

12 4 

14 T 'o 

16 | 

16 | 
15 

14 
14 T% 

12 À 
10f 
11 
11 

16 

16 - 3 - 
16 | 

17 
18 

17 

18 i 
20 
21 

18 T ' e 
20 i 



D. M. S. 



10 54 00 



12 23 00 



13 

11 



12 
01 



00 

00 



12 42 00 



11 50 00 

12 00 00 



12 08 00 
12 09 00 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 



43 00 00 



36 30 00 



33 30 00 



28 50 00 



O. S. O. bon frais, beau. 

Idem. . 

O. bon frais, beau. 

N. N. E. grand frais, beau. 

N. O. par rafFales, de la pluie. 

O. S. O idem. 

S. idem. 

S. O. idem, le temps couvert. 

N. O. idem. 

S. S. E. idem. 

S. E. petit frais, couvert. 

N. N. E. petit frais, beau. 

S. faible, couvert. 

S. S. O. bon frais, beau. 

Idem. 

S. O. idem. 

N. N. O. grand frais, de la pluie 

E. petit frais, beau. 

N. N. O. bon frais, beau. 

O. idem, couvert. 

N. O. grand frais, idem. 

S. E. faible, orageux. 

N. O. bon frais, beau. 

S. idem, couvert. 

Idem. 

O. S. O. grand frais, de la pluie. 

O. petit frais, beau. 

N. N. O. grand frais. 

N. E. bon frais, beau. 

E. idem, couvert. 

S. par grains, idem. 

S. O. faible, de la pluie. 

Calme, beau. 

E. petit frais, couvert. 




Vents, Etat du Ciel, et Remarques 



TOME II. 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1/87. 


Longitude 
occidentale, 
par la montre 
N° 19. 


Corrections. 


Longitude 

vraie, 

Occidentale. 


Latitude, 
Nord. 


Baromètre. 




D. M. S. 


D. M. S. 


D. M. S. 


D. M. S. 


P. L. 


Novembre. 4 


175 03 15 


55 32 


175 58 47 


23 40 30 


28 03,5 


5 
6 


175 14 00 


55 46 


176 09 46 


21 39 00 


28 02,7 
28 02,2 












7 


175 05 30 


56 52 


176 02 22 


17 54 02 


28 01,7 


8 


17-5 06 30 


5(5 50 


176 03 20 


16 16 00 


28 02,8 


9 


J 75 0(5 45 


57 10 


176 03 55 


14 48 39 


28 01,3 


10 

11 

12 


175 08 00 


57 24 


176 05 34 


12 55 38 


28 01,0 










28 00,8 
28 00,0 
28 00,4 


13 
















14 
1 r > 


174 28 30 


53 45 


175 27 15 


7 33 00 


27 11,2 
27 11,6 


16 








4 31 00 








28 00,0 


17 


174 08 35 


1 00 29 


175 09 04 


3 39 50 


28 00,2 


18 


174 44 45 


1 01 08 


175 55 53 


3 08 52 


28 00,2 


39 


175 20 00 


1 01 50 


176 21 50 


2 04 28 


28 00,4 


20 


1/-3 27 00 


1 02 22 


1/6 29 22 


53 52 

Sud. 


28 00,2 


21 


1/5 32 30 


1 03 07 


170 35 37 


34 00 




22 


175 0(5 33 


1 03 54 


176 10 27 


1 48 00 


28 00,4 


23 


174 45 45 


J 04 44 


1 75 50 29 


2 47 18 


2 S 00,2 


24 


!74 10 00 . 


1 05 36 


1.7-5 15 36 


3 23 13 


28 00,4 


25 


173 19 15 


1 0(5 31 


174 25 46 


3 47 00 


28 C0,0 


26 


172 45 30 


1 07 29 


1/3 52 59 


3 51 56 


27 11,6 


27 


1 72 33 00 


1 08 30 


173 41 30 


4 16 42 


27 11,8 


28 


J 71 52 30 


1 09 3 i 


173 02 04 


5 25 06 


28 00,3 


29 
30 


171 13 45 


1 10 -40 

1 1 1 48 


172 24 25 


6 16 30 


28 00,0 
28 20,5 








Décembre. 1 


I69 26 15 


1 12 57 


1/0 39 12 


8 59 00 


27 11,4 


2 


1Ô8 54 30 


1 14 16 


170 08 48 


10 26 25 


27 10,4 


3 


168 51 30 


1 15 31 


1 70 07 01 


1 i 34 47 


27 11,1 


4 


1(58 41 00 


1 16 50 


I69 57 50 . 


12 10 02 


27 11,8 


.5 


16g 08 44 


1 18 09 


170 20 53 


12 41 50 


28 00,5 


6 


169 27 30 


1 19 30 


170 47 00 . 


13 19 11 


28 00,6 


7 


170 00 15 


1 20 52 


171 27 07 


14 07 20 


28 00,7 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1/87- 



Novembre. 



Décernl 



4 
5 
6 

7 
8 

9 
10 

11 

.12 
13 
14 
15 
16 

17 
18 

19 

20 

21 
22 
2 3 
24 
25 
26 

27 

28 
29 
30 

1 

2 

3 

4 

5 

6 

7 



Therm. 



D. 

20 

20 

20 

20 - z ~ 

20 

20 i 

21 

21 

20 T % 

21 

21 

20 | 

21 

21 

20 | 

21 

20 £- 



20 | 
20 - 7 - 
21 
22 

20 f 

21 -ï\ 
22 

21 i 

19 

20 

20 f 

19 $ 

21 

21 I 
21 

20 i 



Déclinaison 
de l'aiguille. 

Est. 



D. M. S. 



11 30 00 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 



11 15 OO 



10 35 00 



9 07 oo 



8 30 

9 13 

9 37 



00 
00 
00 



10 06 00 

10' 44 OO 

9 44 00 



9 09 00 
io 07 oo 



10 30 00 



4 30 00 



6 00 00 



9 53 00 

8 43 00 

8 55 00 

8 45 00 

9 42 00 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques 



E. N. E. bon frais, Idem. 

E. grand frais, idem. 

E. N. E. idem, nuageux. 

Idem. 

Idern. 

E. Idem. 

E. idem. 

Idem. 

E. S. E. idem, de la pluie. 

Idem. 

E. N. E bon frais, beau. 

Idem, bon frais, de la pluie. 

E. S. E. idem. 

Idem. 

Idem. 

Idem, beau. 

E. N. E. petit frais, beau. 

Idem. 

Idem. 

N. E. bon frais ; beau. 

N. petit frais, beau. 

N. N. O. faible, beau, 

O. N. O. idem. 

N. N. E. idem. 

N. bon frais, beau, 

N. N. O. idem. 

O. de l'orage. 

N. O. grand frais, de la pluie. 

O. S. O. idem, de l'orage. 

O. petit frais, beau. 

O. N. O. calme. 

E. S. E. petit frais, beau. 

Idem. 

Idem. 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1/8/. 


Longitude 

occidentale, 

par la montre 

N° 19. 


Corrections. 


Longitude 

vraie, 

Occidentale. 


Latitude, 
Sud. 


Baromètre. 




D. 711 S. 


D. 


il/. 


.s. 


D. M. S. 


D. 


M. 


S. 


P. 


L. 


Décembre. 8 


170 56 15 


1 


22 


16 


172 18 31 


13 


58 


52 


-28 


00,4 


9 


171 06 30 


l 


23 


40 


172 30 10 


14 


12 


41 


28 


00,2 


10 

il 


















28 


00,5 
00,3 


171 20 30 


1 


26 


34 


172 47 04 


14 


16 


47 


28 


12 


171 20 45 


l 


28 


03 


172 48 48 


14 


12 


25 


28 


00,2 


13 


171 28 15 


1 


29 


33 


172 57 48 


14 


07 


00 


27 


11,8 


14 


171 53 00 


1 


31 


05 


1 73 24 05 


13 


51 


50 


27 


11,9 


15 
16 


172 16 00 


1 


32 


38 


173 48 38 

174 17 43 


13 
13 


33 
20 


27 
17 


28 


00,3 


172 43 30 


1 


34 


13 






17 


173 14 00 


1 


35 


40 


174 49 10 


13 


24 


19 


28 


00,3 


18 


173 49 08 


1 


37 


20 


175 26 28 


13 


58 


43 


28 


00,3 


19 


174 08 06 


1 


39 


10 


175 47 16 


14 


22 


04 


28 


00,2 


20 


174 33 15 


1 


40 


55 


176 14 10 


14 


47 


44 


28 


00,1 


21 


174 46 16 


1 


42 


40 


176 28 56 


15 


26 


28 


28 


00,1 


22 


174 36 15 


1 


44 


28 


176 20 37 








27 


11,3 








23 


174 30 00 


1 


46 


16 


176 16 16 


16 


03 


31 


27 


11,5 


24 


173 33 45 


1 


48 


06 


175 21 51 


17 


11 


35 


27 


11,4 


25 


173 16 30 


l 


^9 


59 


175 06 29 


18 


11 


02 


27 


11,8 


2(5 


173 29 45 


l 


51 


55 


175 21 40 








28 


04,0 


2; 


1/3 52 10 


l 


53 


53 


1 75 46 03 


18 


35 


19 


28 


00,0 


28 


174 17 25 


1 


55 


53 


176 13 18 


18 


25 


30 


27 


11,1 


29 


1/4 55 00 


l 


57 


56 


176 52 56 . 


18 


43 


00 


27 


10,4 


30 


175 25 45 


2 


00 


01 


] 77 25 46 


W 


55 


01 


27 


11,5 


31 


.1/5 30 45 





02 


07 


177 38 52 


21 


04 


34 


27 


11,4 


1/88. 






















Janvier. I 


1-5 42 47 


2 


04 


14 


177 47 01 


21 


38 


35 


27 


11,4 


2 


175 42 00 


2 


06 


22 


J77 48 22 


22 


25 


34 


27 


11,6 


3 


175 55 10 


2 


08 


30 


178 03 40 


22 


35 


44 


27 


11,8 


4 


1/6 35 00 


2 


10 


20 


178 45 20 


22 


19 


40 


28 


00,1 


5 


177 38 00 


2 


12 


28 


179 50 28 


22 


40 


35 


28 


00,4 


6 












23 


21 


32 


28 


00,6 

11,9 

00,2 


Orientale. 
176 49 30 




Orientale. 
174 31 01 








27 
28 


7 

8 


• 2 


18 


29 


25 


00 


31 


9 


174 41 15 


2 


20 


20 


172 20 55 


25 


51 


04 


28 


00,5 


10 


i/2 46 15 


2 


22 


06 


1 70 24 09 


26 


42 


26 


28 


00,4 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



Epoque, I/87. 



Therm. 



Décembre. 



Ja. 



9 
10 

11 
12 
13 
14 
15 
16 

17 
18 

19 
20 
21 
22 
23 
24 
15 
16 

V 

28 

29 
30 
31 

1 
2, 
3 
4 
5 
6 

7 
8 

9 
10 



Z>. 
20 Vô 
21 
21 

20 | 
21 

21 i 
21 i_ 
21 

21 

20 f 
21 
21 
21 

21 \ 
21 

20 | 
19 

19 I 
19 
19 

18 | 

19 é 
19 I 

19 T 
19 i 
19 

18 f 

19 T 
19 

17 | 

18 
18 
18 



Déclinaison 
de l'aiguille, 

Est. 



D. 

9 



M. 
31 



08 

27 



11 
10 



30 

57 



S. 
00 



00 
00 



g 13 00 



10 53 00 



11 38 00 



00 
00 



11 38 00 

10 50 00 

10 27 00 

10 05 00 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 



18 30 00 



29 22 30 



33 00 00 



34 


00 


00 






37 


00 


-00 


39 


00 


00 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques 



E. petit frais, beau. 

E. faible. 

E. petit frais, beau. 

E. N. E. faible, beau. 

N. E. très-faible, beau. 

E. S. E. calme, idem. 

E. N. E. petit frais, beau. 

Calme. 

Idem. 

E. N. E. petit frais, beau. 

E. S. E. idem. 

Idem, très-faible. 

Idem. 

N. E. faible, beau. 

N. N. E. bon frais, beau. 

N. N. O. par grains, de la pluie 

O. N. O. bon frais. 

N. N. O. petit frais, beau. 

Idem. 

N. nuageux. 

Idem, de la pluie. 

N. N. E. petit frais, beau. 

N. N. O. bon frais. 

N. N. E. petit frais. 

S. S. O. très-faible. 
O. S. O. petit frais. 
S. S. O. très-faible, beau. 
Idem, petit frais, beau. 

N. E. idem. 

Idem. 

E. N. E, bon frais. 

Idem. 

Idem. 

N. E. idem. 



"■*■ 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 178S. 


Longitude 

oriental';. 

par la montre 

N° 19. 


Correct 


ons. 


Longitude 

vraie, 
Orientale. 


Latitude, 
Sud. 


Baromètre. 




D. M. S. 


D. 


M. 


S. 


D. M. S. 


D. 


M. 


S. 


P. L. 


Janvier, \ \ 


i/l 51 30 


2 


23 


+7 


16g 27 43 


23 


00 


00 


27 11,0 


12 


I69 47 45 


2 


25 


22 


1 67 22 23 


28 


57 


29 


27 08,5 


13 


168 31 40 


2 


26 


54 


166 04 46 


29 


01 


30 


27 10,4 - 


14 


16/ 11 12 





28 


20 


loi 42 46 


29 


07 


23 


27 n,9 


15 


165 06 23 


2 


29 


42 


102 36 31 


29 


26 


22 


28 01,1 


16 


KÎ3 11 19 


2 


31 


00 


160 40 1Q 


30 


25 


48 


28 01,7 


17 


l6l 09 47 


2 


32 


10 


158 37 37 


31 


27 


51 


28 02,5 


18 


159 22 00 


2 


32 


50 


156 49 10 


32 


17 


09 


28 01,6 


19 


157 55 23 


2 


32 


50 


155 22 33 


32 


48 


20 


28 02,6 


20 

21 


155 51 11 


2 


33 


35 


153 17 36 


33 


16 


35 


28 03,6 


154 38 00 


2 


34 


15 


152 03 45 


34 


01 


34 


28 03,7 


22 


153 59 50 


2 


34 


35 


151 25 15 


34 


08 


33 


28 03,4 


23 


152 40 00 


2 


35 


OO 


150 05 00 


33 


43 


02 


28 03,6 


24 


152 43 45 


2 


35 


25 

i 


150 08 20 


34 


09 


24 


28 01,8 























Nota. Par un milieu entre plusieurs suites de distances de la lune au soleil, j'ai déterminé l'erreur de la 
montre N° 19, sur les longitudes observées ; j'ai ensuite interpolé les variations que doivent subir les cor- 
rections journalières, pour en conclure les longitudes vraies. 



D. M. S. 

' 6 Octobre. 4 

2 Novembre. O 55 

18 • ... 1 01 8 



Voici les constantes que donnent les observations des distances ou dès suites 

rapportées à une époque fixe, ............... .\ 4 Décembre. 1 16 50 

18 •• 1 37 20 

4 Janvier. 2 08 30 

U6 1 31 00 

C'est d'après cette série que j'ai conclu les longitudes vraies, journalières, qui nous ont servi pour notre 
longitude vraie d'airivée à la nouvelle Hollande. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



263 



Epoque, 1788. 



Janvl 



11 
12 
13 
14 
15 
16 

17 
18 

19 
20 
21 
22 
23 
24 



Therm. 



D. 
15 

loi 
16 
16 
16 i 

18 
18 
18 
18 
18 
18 
18 
17 



Déclinaison 
de l'aiguille, 
Est. 



D. M. S. 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



9 

9 

10 

10 

9 

9 

11 

11 



05 
20 

23 
07 
32 
42 
23 
22 



00 
00 
00 
00 
00 
00 
00 
00 



D. 

46 
51 



M. S. 
45 00 
34 00 



49 33 00 



54 00 00 



55 30 00 



56 32 00 



Vents, Etat du Ciel, et Remarques. 



N. N. E. bon frais, couvert. 

O. petit frais, beau. 

S. E. bon frais, beau. 

E. S. E. idem. 

E. N. E. idem. 

Idem. 

N. E. idem. 

N. N. E. idem. 

N. E. idem. 

Idem. 

E. N. E. petit frais, beau. 

Calme, beau. 

S. E. bon frais, beau. 

N. N. O. bon frais. 





'là —Il II II l 



«nfl 




DE LA ROUTE DE L'ASTROLABE, 




PENDANT LES ANNEES 



1785, 1786, 1787, 



DEPUIS 



SON DEPART D'EUROPE JUSQU'AU KAMTSCHATKA. 



TOME îï, 



2, M 



"^- 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1785. 



Août. 



7 

8 

9 
10 

n 

12 

13 

14 

15 

16 

17 
18 

19 

20 
21 



23 

24 
25 
26 



28 

29 
30 
31 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 



58 00 00 



Therm. 

intérieur, 

observé 

à raidi. 



D. 

16,9 

17,8 

19,2 

19,3 

19,5 
19,8 

20,6 
21,0 

21,5 

21,3 

20,8 
20,2 
21,0 
19,8 
21,8 

22,2 

22,0 

22,8 
21,6 
22,2 

22,0 

22,5 

22,3 
23,5 
22,5 



Baromètre de Nairne, 

observé à midi, 

jusqu'au 15 Août exclusivement; 

et depuis le 15 du même mois, 

à 9 heures du matin et à 3 heures 

après midi. 



à 12 heures. 


P. 


L. 


P. 


28 


03 


iof 


28 


03 


03 f 


28 


02 


09 


28 


03 


03f 


28 


02 


09 


28 
Ide, 


03 


03| 



à 3 heures. 
P. L. P. 



28 04 05 

à g heures. 



28 03 10} 



28 03 

28 04 

28 05 

28 04 

28 03 

28 03 

28 03 



03} 

H| 
06} 
05 

23| 

104 



28 04 05 

Idem ...... 

28 03 10} 
Idem 

28 04 05 

28 04 11| 

28 04 05 
23 03 10} 
28 03 03 -r 



28 03 03i 



28 03 

28 04 

28 05 

28 03 



ni 

06} 
10} 



28 03 03} 
Idem ••••■■ 

28 03 10} 

Idem ••••• • 

Idem ...... 

28 03 03} 

Idem •■■••■ 

28 04 05 

Idem ...... 

28 03 10} 
28 02 09 
Idem 



Vents, Etat du Ciel, et Re 
marques. 



N. E. frais, beau. 
N. E. et N. N. E. bon frais, 
nébuleux. 

N. E. frais, beau. 

Idem. 

Idem. 
\ N. N. E. et N. faible, né- 
C buleux. 

N. E. faible, beau. 
{ N. E. variable au S. E. par 
( l'Est, calme, beau. 
r N. E. variable à l'E. N. E. et 
< au S. O. par le S. frais, né- 
*■ buleux. 

N. E. frais, beau. 

N. N. E. frais, beau. 

N. E. petit frais, beau. 

N. N. E, frais, beau. 

N. E. frais, de la pluie. 

N. E. faible, de la pluie. 
S N. variable au N. E. faible, 
t du brouillard. 
( N. E. variable, à l'E. N. E. 
( frais, beau. 

N. E. frais, beau. 

N. E. petit frais, beau. 

N. E. très-faible, beau. 
^ E. variable à l'E. N. E. bon 
l frais, beau. 

<E." N. E. variable au N. E. 
( frais, beau. 

N. E. faible, beau. 

N. N. E. faible, beau. 

N. E. frais, beau. 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Longitude 

estimée 

Occidentale, 



D. M. S. 

19 21 00 

19 48 00 

20 38 00 

21 09 00 

21 5(5 00 

22 26 00 

22 20 00 

22 13 00 

22 18 00 

22 14 00 

22 27 00 

22 20 00 

22 24 00 

22 24 00 

22 24 00 

21 36 00 

20 46 00 

20 11 00 



Longitude 

occidentale, 

par l'horloge 

N° 18. 



D. M. S. 

19 43 33 

20 42 23 

21 17 10 

22 13 55 

22 23 38 

22 19 28 



Longitude 

occidentale, 

par les diftances 

de la d au Q • 



D. M. S. 



22 18 34 



22 10 47 



22 02 39 



21 56 40 



21 31 09 



19 37 27 



18 4g 00 



18 41 56 



22 09 59 



22 05 24 



l'éc'naison 

de l'aiguille, 

Ouest. 



D. M. S. 
15 35 00 



14 57 00 
13 38 00 



12 20 00 

12 31 00 

11 52 00 

11 40 00 

11 30 00 

11 31 00 



10 59 00 



10 40 00 



10 45 00 



11 00 00 



10 58 00 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1785. 


Inclinaison 
de l'aiguille. 


Therm, 
intérieur, 
observé 
à midi. 


Baromètre de Nairne, 

observé 

à 9 heures du matin, 

et à 3 heures après midi. 


Vents, Etat du Ciel, et Re- 
marques. 








à 9 heures. 


à 3 heures. 






D. M. S. 


D. 


P. L. P. 


P. L. P. 




Septembre. 1 




23,0 


28 02 09 




( N. E. variable à l'E. petit 
f frais, beau. 


2 




22,3 


28 03 03| 


28 02 02 } 


{ N. E. et E. N. E. bon» frais, 
l beau. 


3 




22,2 


28 02 09 


Idem ...... 


N. E. bon frais, brumeux. 


4 




23,0 


Idem- ..... 


Idem ...... 


$ N. E. variable au N. O. par 
( le N. faible, nébuleux. 


5 




22,8 




Idem 


( N. E. variable au N. N. E. 
1 frais, idem. 




6 


•■ •• 


23,5 


Idem- ..... 


28 01 07|- 


( N. E. frais, brumeux et 
( orageux. 


7 


<;■ 


23,4 


28 02 02y 


Idem ...... 


N. E. petit frais, beau. 


8 


.......... 


25,0 


Idem- 




<j N. E. variable à l'E, S. E. 
C par l'E. orageux. . 


9 




25,3 




28 02 09 


C S. S. E. variable au N.N.'O. 
\ par l'E. presque calme, 
v. orageux. 


10 


32 15 00 


25,5 


28 02 09 


28 02 02-i 


$ N. variable à l'E. S. E. par 
( l'E. petit frais, beau. 


il 




27,7 


28 03 03| 




( E. variable au S. S. O. faible, 
C orageux. 


12 


•••■ • 


24,8 


Idem ...... 


28 02 09 


\ E. S. E. variable à l'O N. O. 
( par le S. faible, orageux. 


13 




22,3 


Idem- 


28 02 02} 


{ S. variable au N. N. E. par 
( ÎO. petit frais, nébuleux. 


14 




25,3 


28 02 09 


28 01 07| 


( N. N. E. vaviahle au N. N. O. 
1 par le N. petit frais, beau, j 


15 


.......... 


25,6 




28 02 09 


( N. N. O. et N. faible, nébu- 

l leux. 

f N. N. O. variable au S. O. 


16 




25,0 


Idem • 


28 01 07| 


J par l'O. petit frais, ncbu- 












f leux. 


l? 


■•<•' 


24,8 




28 02 02J- 


( O. S. O. et S. S. O. frais, de 
( la pluie. 


18 

__ 





24,0 






{ S. O. variable au S. S. O. 
( petit frais, beau. 




n 



■ 





rwp 



HT 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Longitude 

estimée, 

Occidentale. 

1 


D. 


ifef. 


S. 


26 


06 


00 


19 


58 


00 


19 


29 


00 


18 


34 


00 


18 


02 


00 


17 


23 


00 


16 


33 


00 


17 


30 


00 



17 06 54 



Longitude 

occidentale, 

par l'horloge 

N° 18. 



Longitude 

occidentale, 

par les distances 

de la î an . 



D. M. S. 



18 11 00 

1 9 os 00 

20 01 00 

20 39 00 

21 16 00 

21 49 00 

22 18 00 

22 48 00 

23 10 00 

23 37 00 

24 06 00 

24 29 00 

25 00 00 

25 26 00 

25 44 00 
1Q 14 00 

26 58 00 



17 42 45 



16 11 15 
15 00 12 

14 04 05 

15 15 17 

17 01 17 

18 02 12 

18 29 11 

19 00 18 

19 40 36 

20 25 14 

20 50 10 

21 21 46 

22 07 10 

22 41 44 

23 18 4Q 

23 51 59 

24 02 37 



25 20 41 

26 00 26 



D. M. S. 



Déclinaison 

de l'aiguille, 

Ouest. 



D M. S. 



16 11 15 



15 07 00 



17 43 08 



23 21 00 

24 04 25 

24 23 24 



26 09 00 
.26 59 40 



11 31 00 



9 36 30 

9 55 00 

9 40 00 

8 40 00 

8 32 30 

7 23 00 

8 13 30 
6 40 30 

5 49 00 

4 43 00 

4 43 00 

4 30 00 

3 30 30 



Epoque, 1785. 



Septembre. \Q 



Octobre. 



20 
21 
22 
23 

24 

25 

26 

17 

28 
29 

30 
1 



6 

7 

8 

9 

10 

n 

12 
13 



VOYAGE AUTOUR BU MONDE 



| Therm 
Inclinaison J intérieur, 
de l'aiguille. observé 
à midi. 



D. **M. S. 



9 30 00 



8 15 00 
7 00 00 

G 22 30 



4- 


15 


00 


2 


00 


00 


2 


00 


00 


3 


15 


00 


6 


45 


00 


11 


00 


00 


15 


30 


00 





D. 

25,5 

24,2 
23,7 
23,9 
23,6 
24,0 - 

24,7 

23,0 
23,2 
23,0 
22,9 

22,2 
22,0 * 

22,2 

22,0 
22,0 

21,8 

22,3 
22,5 
22,0 
21,4 

21,5 

20,9 

20,0 
19,4 



Baromètre de Nairne. 

observé 

à heures du matin, 

et à 3 heures après midi. 



à Q heure-:. 
P. L. P. 



à 3 heures. 
P. L. P. 



28 03 034 28 02 02 f 



28 02 09 



28 03 03] 

Idem • 

28 03 10} 

28 03 03^ 

Idem 

28 02 09 
Idem' • • • • • 
28 03 034 



28 02 09 



28 02 02- 



Idem- 
Idem • 



Idem- ■;.... 

Idem ...... 

Idem ...... 

Idem- j- • • • 

Idem- ..... 
Idem- • • • • ■ 
28 03 10} 
28 03 03-ï 



Ida, 



28 03 10} 

Idem- • • • ■ ■ 

28 04 05 




28 02 09- 



02 024 

Idem- • 
Idem- • 
28 01 
28 02 024 



07! 



Idem- 
Idem- 



Idem 

28 02 09 

28 02 02- 

28 02 09 

Idem 

Idem 

Idem- ■ • ■ • ■ 



28 03 03| 
28 03 10-1 



28 03 03 f 



\ O. S. O. variable au N. par 

t l'O. faible, beau. 

S N. variable à l'O. petit frais, 

C nébuleux. 

<j N. O. variable au S. S. O. par 

l'O. petit frais, nébuleux. 
) O. S. O. et S. O. frais, nébu- 
l leux. 

^ N. variable à l'O. S. O. par 
l PO. petit frais, nébuleux. 
$ O. S. O. variable au S. O. fai- 
( ble, beau. 

( S. O. variable au S. S. E. par 
( le S. faible, nébuleux. 

S. et S. S. E. frais, àe la pluie. 

S. S. O. et S. S. E. idem. 

S. S. E. et S. E. bon frais, plaie. 

S. E. frais, nébuleux, 

S. E petit frais, beau, 

S. E. idem. 
( S. E. variable à l'E. S. E. pe- 
C tit frais, beau. 

S. E. et E. S. E. idem. 

E. S. E. de la pluie, 
j S. E. variable à l'E. S. E. pe- 
( tit frais, par grains, pluie. 

E. et E. S. E. petit frais, beau. 

E. petit frais, nébuleux. 

E. S. E. et E. frais, beau. 

E. et E. S. E. petit frais, pluie. 
{ E. et E. S. E. frais, par grains, 
l de la pluie. 

E. S. E. et S. E. frais, idem. 
£ E. S. E. et E. petit frais, par 
[ grains, de la pluie. 

E. et E. Si E. frais, beau. 



-» — » 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 





28 


24 


47 


19 




29 


24 


47 


19 




30 


25 


25 


19 




31 


25 


42 


19 


Novembre. 


1 


26 


50 


21 




2 


27 


30 


00 



Latitude, 
Sud. 



D. M. S. 

18 72 26 

20 27 49 

20 43 23 

20 42 27 

20 41 36 

21 06 36 

20 43 36 

20 48 36 

20 30 11 

20 29 45 

21 25 45 

23 27 45 

24 13 56 
15 05 08 



Longitude 

estimée, 

Occidentale. 



D. M. S. 

27 43 00 

^28 28 00 

30 19 00 

31 11 00 

31 11 00 

32 29 00 

33 44 00 

34 40 00 

36 10 00 

37 13 00 

38 00 00 

39 51 00 

40 50 00 

41 43 00 

42 00 00 
42 56 00 

44 29 00 

45 10 00 

46 35 00 

47 38 00 



Longitude 

occidentale, 

par l'horloge 

N° 18. 



D. M. S. 

26 49 08 

26 48 47 

28 53 27 

29 50 42 
29 54 16 



Longitude 

occidentale 

par les distances 

de la ([ au O . 



34 00 13 

34 26 17 

35 43 01 



39 02 54 



39 35 42 



39 33 58 



45 32 33 



D. M. S. 



37 36 20 



41 03 01 



41 43 32 



41 40 36 



Déclinaison 

de l'aiguille, 

Ouest. 



D. M. S. 

2 33 00 

1 38 00 

Est. 

1 00 00 

1 28 00 

1 50 00 

1 45 00 



2 24 00 

2 24 00 

2 16 00 

4 36 00 



7 06 00 



7 09 00 



7 14 00 



9 05 00 



9 04 00 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1785. 



Octobre. 



Novembre. 



14 
15 

16 

17 

18 

19 

20 

21 
22 

23 
24 
25 
26 

27 

28 

29 

30 

31 
1 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 
23 00 OO 



Therm. 

intérieur, 

observé 

à midi. 



26 30 00 



28 00 00 



36 15 00 



D. 

19.9 
21,0 

21,0 
22,0 
22,0 

20,3 

20,9 

19,6 

19,1 
î&o 

19,8 
20,0 
20,0 
20,5 
20,0 

2J,5 

21,5 
20,-6 

20,0 



Baromètre de Nairne, 

observé 

à 9 heures du matin, 

et à 3 heure après midi. 



à 9 heures. 
P. L. P. 
28 04 05 
28 03 10| 

28 03 03 | 
28 01 07| 
28 02 09 

28 03 03| 

28 02 09 

28 02 02| 
28 03 lOf 

28 04 05 

t 

28 03 03| 
27 11 Jïf 
27 09 024 



à 3 heures. 
P. L. P. 



28 03 lOf 

28 03 03^ 

28 02 024 

2S 01 07 

28 02 024 

28 02 09 



28 02 02 j 



Vents, Etat du Ciel, et Re- 
marques. 



28 00 06} 



28 02 02 1 
28 02 09 

28 01 01 

Idem- • • ' • • 
28 01 07| 

28 00 064- 




Idem • • • 

28 03 03| 

28 03 10^ 

2S 02 09 

27 09 09 

27 11 05 

23 00 ■' OSj 

28 02 024 
Idem .....' 
27 H 11- 



28 00 OS} 



28 01 01 



27 11 n-; 



E. et E. N. E. frais, beau. 

E. et.E. N. E. idem. 

N. E. variable au N. frais, 

beau. 
N. variable au N. O. frais, 
nébuleux. 
5 N. et N. N. O. petit frais, 
beau. 
N. variable au N. O. et au S. 
par l'O. petit frais, nébu- 
leux. 
( S. variable à l'E. S. E. frais, 
( pluie. 
S. E. idem. 

S. S. E. et S. frais, beau. 
S. variable au S. S. E. petit 
( frais, beau. 
S. E. variable à l'E. S. E." 

frais, beau. 
E. et E. N. E. frais, nébu- 
leux. 
E. N. E. variable à l'O. N. O. 
par le S. frais, orageux. 
{ O. N. O. et N. petit frais, 

beau. 
( O. variable au S. O. faible, 

nébuleux. 
C S. variable à l'E. N. E. faible, 
l beau. 

$ N. variable à l'E. S. E. faible, 
l brumeux. 

Idem. 
\ S. E. et E. S, E. petit frais, 
( de la- pluie. 

{ E. variable au N, O. petit 
( frais, beau. 



TOME I I. 



4Q 05 00 



27 00 00 49 39 00 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Longitude 

estimée, 

Occidentale. 



Longitude 

occidentale, 

par l'horloge 

N° 18. 



Longitude 

occidentale, 

par les distances 

de la d au ©. 



D. M. S. D. M. S. D. M. S. 

Ag 05 00 



49 19 00 
48 37 08 
48 10 08 



Déclinaison 

de l'aiguillej 

Est. 



D. M. S. 



47 15 47 



9 55 00 



48 22 03 



47 51 31 



9 19 00 



8 10 00 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1/85. 



Novembre. 3 



6 

7 

8. 
9 

10 

il 

12 

13 
14 

15 
16 

17 

18 

19 
20 
21 
22 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 



3Q 52 30 
38 00 00 
40 15 00 



Therm. 

intérieur, 

observé 

a midi. 



D. 

19,5 

19,0 
19,0 
19>0 

20,0 

i9>o 
19,0 

19,5 
20,3 

20,0 

20,0 
20,0 

21,0 

20,5 
21,0 
21,5 
20,5 

19,0 

19,5' 



Baromètre de Nairne, 

observé 

à 9 heures du matin, 

et à 3 heures après midi. 



à 9 heures. 

P. L. P. 

28 02 09 

28 01 01 

28 02 02j 

28 02 09 

28 02 09 



à 3 heures. 
P. L. P. 

28 02 09 
28 01 01 
28 02 024 




Vents, Etat du Ciel, et Re 
marques. 



Idem- 



28 01 01 



Idem < 



28 02 02} 

Iaem 

28 00 06} 
28 02 02} 
Idem ...... 

28 01 01 



28 02 09 



28 00 06} 



28 00 064 



28 01 074- 



28 02 09 



28 01 01 



Tde 



28 01 07} 
Idem ••■■•• 
28 00 06} 



S N. N. O. variable au S. S. E. 
^ par le S. petit frais, beau. 

S. E. variable au S. faible, 
pluie. 
{ S. S. E. et S. petit frais, 
t- pluie. 

f E. S. E. variable au N. petit 
t frais, orageux. 

S. et S. E. frais, nébuleux. 
f S. E. variable à l'E. N. E. 
L faible, nébuleux. 

N. E. petit frais, nébuleux. 
f N. variable au N. N. E. frais, 
(■ pluie. 

f E. variable à l'E. N, E. frais, 
L idem. 

f S. E. et E. S. E. petit frais, 
t nébuleux. 

S. variable à l'E. calme, idem. 
j-N. E. et E.N. E. petit frais, 
1 beau. 

f N. N. E. variable au S. O. 
I par l'E. très-faible, pluie. 

S. E. et E. petit frais, beau. 
^ E. variable au N. E. frais, 
f. orageux. 

rN. variable au N. N. .O. 
C faible, orageux. 
t E. N. E. variable au S. O, 
( par l'E. calme, beau. 
C S. variable au S. S. O. frais, 
i beau. 

c S. variable au S. O. petit 
£ frais, beau. 

f S. variable au N. E. frais, 
t nébuleux. 



0_ 

3k 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1/85. 


Latitude, 
Sud. 


Longitude, 

estimée, 
Occidentale. 


Longitude 

occidentale, 

par l'horloge, 

N° 18. 


Longitude 

occidentale, 

par les diftances 

de la ( au 0. 


Déclinaison 
de l'aiguille, 

Est. 








D. M. S. 


D. M. S. 


D. M. S. 
46 34 30 

46 04 32 


D. M. S. 
46 37 11 

46 05 47 
45 43 25 


D. M. S. 




Novembre. 


23 


30 59 15 


46 38 38 


* 






24 


31 36 44 


46 10 8 








25 


32 37 03 


45 39 08 


45 34 42 








26 


33 39 06 


44 45 08 




.......... 


10 24 00 






27 


35 00 06 


44 10 38 






.......... 






28 


35 23 24 


44 40 23 


44 19 45 




9 57 00 






29 


35 43 13 

36 26 48 

37 41 29 


43 57 23 


42 00 47 
39 56 54 




û 40 00 
9 31 00 




Décembre. 


30 
1 


43 08 28 
41 30 46 












2 


38 38 42 


40 37 16 


38 28 46 










3 


39 55 31 


39 03 46 


37 00 27 


.......... 


8 33 00 






4 


40 4g 11 


38 01 16 


36 01 31 




8 28 00 






5 
6 


42 34 01 

43 49 44 


37 35 46 
37 11 46 


35 16 34 
34 31 31 


* ° * * 












7 


44 41 44 


36 16 46 


33 43 27 


34 36 19 








8 


45 08 35 


36 15 42 


33 24 30 


35 11 39 


7 41 00 




- 


9 
10 


44 16 36 

44 sg 39 


36 19 42 
3/ 10 42 

37 38 36 


33 10 42 


34 17 40 


7 40 00 




34 37 56 






i 


n 


44 49 34 








12 


44 32 40 


38 38 06 




• 


7 46 00 








À 




' 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1785. 



Novembre. 23 



24 



Décembre. 



15 

26 

27 

28 

29 

30 

1 

2 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 



Therm. 

intérieur, 
observé 
à midi. 



9 
10 

11 

12 



50 30 00 



i m i ■ MM 



D. 
20,0 

20,0 

18,5 

18,0 

18,0 
17,5 

17,5 

18,0 

17=5 
18,0 

16,0 

13,5 

14,0 
13,Q 

12,0 

11,5 
ll,t5 

13,0 

11,5 
11,5 



Baromètre de Nairne, 

Observé 

à g heures du matin, 

et à 3 heures après midi. 



à 9 heures. 
P. L. P. 

28 01 01 



28 02 024 



Idem 



Ide 



27 1 I 05 

27 11 11| 

28 02 09 

28 03 10-4 

28 03 03| 

28 01 07| 

27 09 09 

28 01 074 

28 00 06^ 

27 10 034 

28 00 06j 

27 10 10j 

27 11 llf 

27 08 07| 

27 07 064 

27 09 09 



à 3 heures. 
P. L. P. 

28 00 06, 



28 02 024 

Idem 

28 01 074 

27 08 07| 

28 00 064 

28 03 03| 
Idem ........ 



28 02 02-i 

28 01 01 

27 11 Uf 

28 01 074 

27 1 ] 05 

27 10 034 

28 00 064 

27 09 09 

27 1 1 1 lf 

27 06 05 

27 10 034 

27 os' 074 



N. E. et E. N. E. frais, né 

buleux. 
N. E. variable au S. S. O. 
par' Je N. petit frais, bru- 
meux. 
C E. S. E. v-ariable au N. N. E. 
< par l'E. petit frais, bru- 
f meux. 

$ N. E. et E. N. E. faible, né- 
buleux. 
E. N. E. et E. petit frais, pluie. 
E. variable au S. bon frais, 
pluie. 
/S. S. O. variable à l'O. frais, 




nébuleux. 
O. variable à l'O. N. O. petit 

frais, beau. 
O. N. O. petitfrais, nébuleux. 
( N. O. et O. N. O. petit frais, 
( brumeux. 

C N. O. variable à l'O. S. O. 
( par grains, de la pluie. 
( S. O. et S. S. O. frais, nébu- 
( leux. 

S. O. et O. frais, idem. 
N. O. variable au S. O. par 

l'O. frais, peu brumeux, 
O. S. O. et S. S. O. frais, né- 
buleux. 
S. O. et O. frais, pluie. 
O. et O. N. O. frais, idem. 
. N. O. et N. O. petit frais, 
brumeux. 
N. N. O. variable au S. par 
l'O. grains et pluie. 
^ S. S. O. variable au N. par 
l'O. bon frais, pluie. , 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Longitude 

estimée, 

Occidentale. 



D. M. S. 

39 28 06 

39 53 00 

40 57 30 
42 20 30 

42 34 54 

43 55 54 

45 39 39 

46 48 09 

47 50 09 

48 23 09 

48 20 39 

48 44 24 

49 29 24 
49 46 54 



51 36 24 



52 40 39 



Longitude 

occidentale, 

par l'horloge 

N° 18. 



Longitude - 
occidentale, 
par les distances 
de la d au © . 



D. M: S. 

36 03 43 
30 57 05 



40 08 51 



41 54 07 



44 46 12 



44 54 46 



45 13 01 



47 09 12 



50 36 24 48 22 42 



49 02 59 



D. M. S. 



43 59 5Q 



44 31 41 



46 43 07 



Déclinaison 

de l'aiguille, 

Est. 



D. M. S. 

8 43 00 

8 45 00 

8 29 00 



10 38 00 

12 15 00 

13 00 00 
13 12 00 



13 41 00 



13 45 00 



13 55 00 



14 00 00 



14 08 00 



15 08 00 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1785. 



Décembre, 13 
14 
15 
16 

m 



19 
20 

21 

22 

23 
24 

25 

26 

27 
28 

20 



Inclinaison 
de l'aiguille, 



Therm. 

intérieur, 

observé 

à midi. 



D. M. S. 



D. 
12,0 

11,0 

11,5 

13,0 

12,0 

12,5 

11,5 
12,0 

13,0 

13,0 

13,0 

13,5 

12,5 
13,0 
13,0 
13,0 
13,0 



Baromètre de Nairne, 

observé 

à g heures du matin, 

et à 3 heures après midi. 



Vents, Etat du Ciel, et Re- 
marques. 



à 9 heures. 
P. L. P. 

27 09 02j 

28 01 07-f 
28 03 03| 
27 10 10} 



à 3 heures. 
P. L. P. 



28 01 07! 28 00 06| 



28 00 064 

27 H 05 

27 10 10} 

27 09 09 

27 10 03f 

27 11, 11-| 

27 08 07| 

28 00 06} 
27 10 10} 
27 09 09 

27 10 03} 

27 11 11} 




27 09 09 

28 02 02} 
28 01 0/} 
27 1 1 05 



28 01 01 



27 11 11} 



27 10 IQl 



27 09 09 



10 104- 



27 


11 


05 


27 


09 


09 


28 


01 


01 


27 


10 


03} 


27 


09 


09 


27 


08 


07} 


28 


00 


06} 



5 N. O. et N. bon frais, bru- 
t meux. 

<s O. N. O. et O. S. O. petit 
t frais, par grains, de la pluie. 
\ O. SO.et O. NO. faible, le 
C temps beau. 
N. O. variable au S. O. par 

l'O. petit frais, brumeux. 
O. variable au N. E. par le S, 

faible, nébuleux. 
N. variable au S. O. par l'O. 

frais, pluie. 
S. O. variable à l'E. S. E. 
par le S. petit frais, nébu- 
leux. 
5 S. E. variable à l'O. N. O. 
( par 10. faible, idem. 
S. O. variable à l'O. N. O. 
par l'O. petit frais, bru- 
meux. 
N. O. variable à l'O. S. O. 
par l'O. petit frais, un peu 
brumeux. 
S. O. et O. S. O. faible, beau. 
S O. S. O. et S. O- par grains, 
( pluie. 

S S. O. et S. S. O. grand frais, 
C nébuleux. 

{ S. O. et N. O. par l'O. petit 
t frais, nébuleux. 
( E. N. E. variable au S. E. par 
( le S. petit frais, pluie. 
C S. S. O, et N. O. par l'O. 
I faible, beau, 
(j N. N. O. variable au S. S, O. 
I par l'O. par grains, pluie. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



Baromètre de Nairne, 

observé 

à g heures du matin, 

et à 3 heures après midi. 





Vents, Etat du Ciel, et Re 
marques. 



TOME II 



S. variable au N. O. par l'O. 
( frais, nébuleux. 
N. O. variable au S. S. O. 
par l'O. frais, par grains, 
pluie. 
S. S. O. et S. bon frais, par 
grains, pluie. 
\ S. S. O. variable au S. E. et 
( au N. par 1*0. faible, beau. 
N, variable à l'O. S. O. par 
l'O. frais, nébuleux. 
/ O. variable au S. E. par le 
. N. petit frais. 
N. N. E. variable au S. E. 
par l'O. faible, orageux. 
( E. N. E. variable à l'O. S. O. 
par l'O. par grains d'iné- 
gale force, pluie. 
S. O. variable au N. N. O. 
par l'O. bon frais, nébu- 
leux. 

. S. O. variable au S. frais, 
par grains, nébuleux. 

2/ 04 02i *i °' S " °- et °- N. O. frais,' 
( nuageux. 

ii$u Ni °- et °- s - °- p et;t frais » ! 

nuageux. 

'• et S. S. O. faible, beau. 
O. S. O. et S. faib'e, beau. 
S.O. frais, par grains, nuageux. 
S. O. et N. O. frais, pluie. 
^ O. variable au N. N. E. par 

le N. et à l'O. S, O. par 

l'O. petit frais, beau. 
O. -variable au S. O. par l'O. 

faible, beau. 

2 o 



■r-» 



Epoque, 1786. 



Janvier. \"J 



19 

20 

21 

22 
23 

24 

25 
26 
27 

28 

29 

30 
31 

Février. î 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 



Therm. 

intérieur, 

observé 

à midi. 



64 30 00 



68 15 00 



6g 37 30 



D. 
10,5 



10,0 
11,0 
12,0 
12,5 

13,0 

11,0 

11,0 

11,0 
10,0 

9,0 
9.0 

9>o 
9,0 
9,0 
9,5 
9,0 

9,0 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Baromètre de Nairne, 

observé 

à 9 heures du matin, 

et à 3 heures après midi. 

j*. 



à 9 heures. 
P. L. P. 
28 02 09 

28 03 104 

S 

28 04 05 
28 02 024- 

Idem ...... 

Idem 



à 3 heures. 

P. L. P. 

28 03 03- 

28 04 05 

28 03 104, 

23 01 01 

28 02 09 

28 01 07| 



Vents, Etat du Ciel, et Re- 
marques. 



28 03 034- Idem ■ • 



27 11 11) 

27 08 01 

27 07 064. 

27 04 02) 

27 06 11) 

27 05 034 

27 07 06 

27 08 01 

27 08 07 

27 08 01 

27 11 09 

à midi, 

26 10 01 

à 1 heure &. 



27 10 104 

27 03 01 

27 05 10) 

27 03 01 

27 09 02) 



27 04 09 N 



27 07 J06JU 



O. N. O. varrableau S. S. E. 
par le S. petit frais, nua- 
(. geux. 

j S. S. E. variable au S. O. 
I par ie S. petit frais, beau. 
S. variable au N. E. par l'E. 
faible, nuageux. 
C N. E. et E. N. E. petit frais, 
£ beau. 

r N. N. O. et S. S. E. par TE. 
) faible, ïdem: 
{ S. E. variable àl'Ô. N. O. 
^ par l'E. et le N. nuageux. 
( N. O. variable au S. O. frais, 
( nébuleux. 

( N. O. et N. N. O. frais, nua- 
C geux. 

{ N. N. O. et S. O. par l'O. 
C petit frais, nuageux, pluie. 

S O. et O. frais, nébuleux. 
f O. S. O. et O. par grains, 
L pluie. 
O. et O. N. O. variable au S 
E. par le S. petit frais, nua- 
geux. 

r S. S. E. et O. S. O. par le S. 

( r ■ , ■ 
(^ riais, pluie. 

r O. et O. S. O. par grains, né- 



27 OÔ 05 

27 es 07) 

27 0" 06) 



l 



buleux. 



f O. S. O. et O. N. O. faible, 



pluie 



26 07 10|| ( 

7 heures du soir. 

26 11 02) 

à minuit. 



C O. et O. S. O petit frais, peu 
L brumeux. 

f O. et O. N. O. faible, nua-- 
L geux, pluie. 

O. N. O. et N. N. O frais, 
pluie. 



Latitude, 
Sud. 



D, M. S. 

58 48 13 



58 39 54 



57 15 04 



56 00 05 



11 53 47 17 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Longi tude 

estimée, 

Occidentale. 



D. M. S. 
70 20 15 



5Q 38 10 80 2/ 45 

60 36 56 
59 19 45 



53 08 26 



85 01 45 



88 12 15 



89 09 15 



89 43 45 



89 45 45 



51 17 23 89 22 27 



15 
16 



49 58 05 

48 03 09 

45 23 38 

43 26 47 



18 42 19 02 



41 03 45 



40 01 19 



39 04 54 



22 37 50 47 



88 58 42 

88 20 36 

87 39 18 

86 40 48 

86 02 54 

85 01 42 

83 39 12 



Longitude 
occidentale, 
par l'horloge 

N° 18. 



80 40 42 



D. M. S. 

76 17 02 

77 20 23 

79 01 29 

80 53 27 

81 32 13 

84 32 24 

85 25 42 

86 19 45 
86 20 42 

86 07 01 

86 00 55 

85 15 30 

84 33 40 

83 27 32 

82 41 02 

SI 29 24 
80 03 "20 



Longitude 

occidentale, 

par les diftances 

de la d au ®. 



D. M. S. 



78 38 39 



Déclinaison 

de l'aiguille, 

Est. 



D. M. S. 
27 H 00 



17 29 30 



81 49 12 78 17 27 77 09 10 15 39 00 



77 27 33 76 27 42 I 15 00 30 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 









Therm. 


Baromètre 


de Nairne, 


Epoque, 


1766. 


Inclinaison 
de l'aiguille. 


intérieur 
obsen'é 
à midi. 


observé 

à 9 heures du matin, 

et à 3 heures après midi. 
- .... .-.j. 






D. M. S. 


D. 


à Q heures. 
P. L. P. 


à 3 heures. 
P. L. P. 


Février, 


4 




9,5 


27 01 05 


27 02 00} 






5 




8,5 


27 03 01 


27 01 llf 








6 




8,5 


27 00 03} 


27 01 05 








7 




8,0 


27 03 01 


27 01 11| 








8 




7,5 


27 01 llf 


27 03 01 








9 


70 11 15 


7,0 


27 04 02} 


27 04 09 




10 




7,5 


27 04 09 


27 06 llf 




n 




8,5 


27 09 02} 


27 09 09 




12 




9,5 


27 06 llf 


27 06 11,* 




13 

14 
15 




9,5 ■ 

9,5 
10,0 


27 08 01 

27 10 10} 

27 08 01 


27 07 06] 






27 09 09 
27 07 06} 








16. 




10,5 


27 11 05 


28 01 01 








17 




11,5 


28 01 07| 


28 02 02} 




18 


62 15 00 


13,0 


28 01 01 


28 00 06} 




19 




14,0 


23 01 07| 


28 02 02} 




20 


59 22 30 


15,5 


28 03 03| 


28 03 10} 




21 




15,0 




:; 02 024, 




22 




15,5 


28 02 024 


Idem- ■•■•■ 




Vents, Etat du Ciel, et Re- 
marques. 



N. variable à l'O. S. O. bon 

frais, par, grains, pluie. 
O. S. O. et N. O. par l'O. 

grains. 
O. et O. S. O. frais, pluie. 
S. O. et S. S O. par grains, 

pluie. 
S. O. calme, ensuite à l'E. 

N. E. et E. S. E. nuageux. 
E. S. E. variable au S. S. O. 

par grains, nuageux. 
S. S. E. variable au S. O. 

par le S. par grains d'iné- 
gale force, couvert, pluie. 
S. S. O. et O. S. O. frais, 

nuageux. 
S. O. variable au N. O. par 

l'O. petit frais, brumeux. 
S. O. et O. S. O. par grains 

de force inégale, un peu 

brumeux. 
O. S. O. et O. N. O. petit 

frais, pluie. 
O. N. O. et O. S. O. par 

grains, pluie. 
O. et S. O. bon frais,' pluie. 
3. S. O. et O. N. O. par l'O. 

'frais, un peu brumeux. 
O. et S. O. petit frais, bru- 
meux. 
S, S. O. et.O. N. O. petit 

frais, du brouillard. 
S. S. O. et O. N. O. frais, 

nuageux. 
S. O: variable at S. S. E. par 

le S. petit frais, nébuleux. 
S. S. E. variable au S. O. 

petit frais, beau. 



mmm^^^^m 



Z&6 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1/86. 



Février. 



Mars. 



23 

24 

25 
26 

27 

28 

1 
2 
3 
4 
5 
6 



ïO 
11 

12 

13 
14 
15 
16 
17 



19 



20 



21 



Latitudej 

Sud. 



Z>. M. S. 
36 42 12 



36 3; 45 



35 29 12 



33 40 02 



32 32 44 



Longitude 
estimée, 

Occidentale. 



D. M. S. 

79 45 42 



75 57 45 



77 08 45 



79 19 00 



81 39 00 



Longitude 

occidentale, 

par l'horloge 

N° 18. 



D. M. S. 
76 30 36 



79 06 22 



81 42 11 



Longitude 

ocidentale, 

par les distances 

de la <L au ©. 



D. M. S. 
75 44 51 



Déclinaison 

de l'aiguille. 

Est. 



D. M. S. 
14 49 00 



15 20 00 



15 20 00 



15 13 00 



14 00 00 



Epoque, 1JB6. 



Février* 



Mars. 



23 
24 

25 

26 

27 
28 
1 
2 
3 
4 
5 



8 
9 

10 

11 

12 
13 
14 
15 
16 

17 

18 

19 
20 
21 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Inclinaison 
de l'aiçruille. 



D. M. S. 



56 00 00 



Therm. 

intérieur, 
observé 
à midi. 



D. 

15,0 

14,0 

15,0 

15,5 
16,5 
16,0 
16,0 
l6,5 
16,0 
15,0 
15,0 
15,5 

16,0 

17,0 
16,0 

15,0 
15,0 
15,0 
15,5 
15,0 
14,5 
14,5 
14,5 

15,0 
15,0 
15,0 
16,0 



à 9 heu 


res. 


P. L. 


P. 


28 01 


074 


28 02 


02j 


Idem 




28 01 


07f 






28 01 


01 


28 02 


02j 


28 03 


03| 


Idem • • • 


... 


28 02 


02^ 


28 01 


074 




Baromètre de Nairne, 

observé 

à heures du matin, 

et à 3 heures après midi. 



à 3 heures. 
P. L. P. 
28 01 Ol 

28 02 024- 



28 01 

28 02 

28 03 

28 02 

28 01 



01 

O24 

03f 

O24 
074 



28 01 074 



28 02 09 



28 01 074 



28 03 104 



28 01 07- 



Vents, Etat du Ciel, et Re 
marques. 



28 02 024 



28 03 104 



28 04 05 



28 05 064 28 05 064 



S. et S. S. O. frais, beau. 
S. S O. variable au S. S. E. 
par le S. petit frais, nua- 
geux. 
S. variable au S. O. faible, 

beau. 
S. O. et S. petit frais, beau. 
S. et S. S. O. calme, brumeux. 
S. et S. O. calme, beau. 
S. et S. S. O. fiais, beau. 
S. S. O. calme, beau. 
Idem. 

S. S. O. et S. O. faible, beau. 
S. S. O. et O. frais, beau. 
S. O. faible, brumeux. 
S. S. O. et S. O. petit frais, 

beau. 
Idem. 
S. O. et O. S. O. petit frais, 

brumeux. 
Idem. 

S. S. O. et O. S. O. beau. 
S. et S. S. O. faible, nuageux. 
Idem. 

N. et N.N.E. faible, brumeux. 
Idem, nébuleux. 
N. et N. O. frais, pluie. 
S. et S. S. E. faible, brumeux. 
S. O. et S. S. E. calme, nua- 
geux. 
O. S. O. variable au S. S. E. 

petit frais, nuageux. 
S. O. et S. S. O. bon frais, 

nébuleux.. 
S. variable au S. S. E. bon 
frais, nuageux. 



■ . 



Latitude, 
Sud. 



24 
25 

26 

27 

28 

29 

30 

1 
1 



D. M. S. 

31 28 53 



29 47 55 

29 12 14 

28 34 37 

27 52 45 



27 17 10 

27 08 33 

26 -59 26 

27 06 14 

27 07 06 

27 0/ 00 

27 10 3 G 

5 j 27 04 21 

27 02 44 



10 
11 
12 



27 08 29 



09- 42 

27 CS 42 

26 2-6 02 

25 04 49 

23 19 13 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Longitude, 

estimée, 
Occidentale. 



Longitude 
occidentale, 
par l'horloge 
N° 18. 



D. M. S. 

83 52 30 

86 OS 30 

87 56 24 
89 49 54 
91 33 24 
94 04 54 

96 41 24 

98 47 24 

100 36 54 

102 43 54 

104 4Q 09 

107 15 09 



109 



24 



11 1 14 24 

111 45 24 

111 53 54 

112 35 54 

113 39 54 

114 25 24 

111 58 25 

111 56 07 

111 48 22 



D. M. 



85 44 5/ 

87 28 00 

89 OO 54 

90 36 57 
92 51 54 

Q5 13 01 

97 05 04 

99 01 27 

101 01 2S 

1 03 03 02 



105 i: 



56 



107 18 58 



109 00 04 



109 19 42 



109 12 05 



111 00. 34 

111 55 07 

111 54 10 

111 54 21 



Longitude 

occidentale, 

paries diftances 

de la 5 au0. 



D. M. S. 



85 31 52 

87 07 35 

88 53 52 
90 24 30 



107 07 52 



Déclinaison 
de l'aiguille, 

Est. 



D. M. S. 



10 40 00 

9 33 00 

9 22 30 

7 55 00 

7 50 00 

7 52 00 

7 56 30 

7 14 00 

7 11 30 

7 57 00 

5 2S 30 



5 09 00 



3 54 30 

4 00 00 

4 02 00 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, l^SS. 



Mars. 



Avril. 



22 
23 

24 

25 
26 

27 

28 

29 
30 

31 

1 

2 



10 
11 
12 

13 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



Therm. 
intérieur, 
observé 
à midi. 



D. M. S. 



51 56 15 
53 00 00 



52 07 30 



54 03 45 



D. 

17,0 

17,0 

18,0 
18,0 
18,0 
18,5 

19.0 

19,0 

19,5 

19>5 

20,0 
20,0 

21,0 

21,5 

21,5 

22,5 

21,0 

21,0 

21,0 

21,0 
20,0 
20,0 

20,0 



Baromètre de Nairne, 

observé 

à 9 heures du matin, 

et â 3 heures après midi. 



à9 


heures. 


P. 


L. 


P. 


28 


05 


06j 


28 


04 


05 


28 


03 


03j 


28 


03 


03 1 


28 


04 


05 


28 


05 


061 


Idcr, 
28 






Oi 


Ht 


28 


04 


05 


r dem 


.... 


.... 


28 


04 


Hf 


23 


05 


06j 


28 


03 


03 T 


28 


02 


09 


28 


01 


01 


28 


02 


09 


28 


01 


01 


r dem 






28 


04 


05 


28 


04 


05 



à 3 heures. 
P. L. P. 

28 04 05 



28 03 10i 



28 02 09 

28 03 03 | 

28 04 05 

28 05 064- 

28 04 llf 

28 04 05 

23 03 10i 

23 04 05 

Idem • 

23 04 1 If 

28 04 05 

28 02 09 

28 02 02j 

28 01 01 

28 02 024 

27 11 05 

28 01 01 



28 03 10| 
28 04 05 

28 03 ml 




Vents, Etat duCiel, et Re- 
marques. 



S. et S. E. bon frais, nua- 
geux. 
S. variable à l'E. S. E. frais, 

nébuleux. 
Idem, un peu brumeux. 
E. S. E. et S. E. frais, nuageux. 
Idem. 

S. E. et E. petit frais, beau. 
E. et E. S. E. bon frais, à 

grains, pluie. 
Idem, nuageux. 
Idem. 
S. E. et S. S. E. petit frais, 

beau. 
E. S. E. frais, nuageux. 
E. S. E. et E. N. E. par grains 

d'inégale force, nébuleux. 
E. variable au N. E. frais, 

nuageux. 
N. E. et N. N. O. par le N. 

petit frais, pluie. 
N. N. O. et N. O. faible, 

nuageux. 
N. N. O. et O. N. O. bon 

frais, nuageux. 
O. N. O variable a l'E. S. E. 

par le S. faible, pluie. 
S. E. variable au N. E. par 

l'E. petit frais, nuageux, 

pluie. 
N. E. variable au S. E. par 

l'E. faible, nuageux. 
S. E. et E. S E. frais,' beau. 
S. S. E. et S. E. faible, beau. 
S. et S. E petit frais, nuageux. 
S E. et S. S. E. petit frais, 

beau. 



■»- '<■ 



■ 



li 



TOME, II. 



2 P 



■— « 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE 



Longitude 

estimée, 

Occidentale. 



D. M. S. 

111 37 28 

111 31 01 

111 39 43 

112 04 19 

112 22 19 

112 26 49 

112 33 40 

112 38 37 

112 57 49 

113 16 19 

113 41 10 

114 24 55 

115 10 13 

115 44 52 

116 21 55 

116 47 01 

117 18 28 

118 01 52 

118 43 10 

119 10 25 

119 22 4Q 
liQ 37 10 

120 20 52 



Longitude 
occidentale, 
par l'horloge 

N° 18. 



8 16 54 121 08 52 123 20 45 



Longitude 

occidentale, 

par les distances 

de la î au O . 



D. M. S. 



113 08 56 

113 35 57 

113 42 02 

114 31 03 



D. M. S. 

111 56 57 

112 02 25 
112 14 34 

112 54 05 

113 09 10 
113 18 54 

113 30 38 

113 50 33 

114 16 47 

114 59 13 

115 45 28 

116 53 43 
118 07 44 

118 39 57 

119 05 33 

119 09 49 

119 28 58 

120 18 04 

121 03 44 
121 33 27 

121 24 31 



122 11 31 122 32 2(3 



119 38 50 

121 12 42 
121 46 09 



Déclinaison 
de l'aiguille, 

Est. 



D. M. S. 

4 00 00 

4 39 00 

4 38 00 

4 19 00 

4 10 00 

4 08 00 

4 19 00 

3 58 30 

4 06 00 

3 50 30 

3 39 00 

2 54 30 

2 04 00 

2 50 00 

3 47 00 

3 50 00 

4 08 00 

4 28 30 

2 4-7 30 

2 39 30 

3 25 00 
3 40 00 
3 14 00 
3 49 00 



Epoque, 17S6. 



Avril. 



Mai. 



14 
15 

16 
17 

18 

19 

20 

21 
22 

23 

24 

15 
26 

27 

28 
29 
30 

1 

2 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 



Therm. 

intérieur, 

observé 

à midi. 



35 52 45 
33 30 00 



27 18 45 



D. 

21,0 

21,0 
21,5 

22,0 

21,5 
22,0 

22,5 

23,0 

23,5 

24,0 

23,5 

24,5 
24,5 

24,5 

24,0 

23,5 
23,5 

23,5 
24,0 

24,5 
24,5 
25,0 
25,0 
25,0 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE 



Baromètre de Nairne, 

observé 

a Q heures du matin, 

et à 3 heures après midi. 



à 9 heures. 

P. L. P. 

28 03 104 

Idem 

2 S 04 05 



lie 



28 03 10} 
Idem ...... 

28 02 09 

28 03 03-i 
28 02 09 

Idem ...... 



28 02 02} 



Idem 

28 02 09 



à 3 heures. 



P. L. P. 

28 03 03 



Idem • 
Idem ■ 



28 02 02} 

28 01 07} 
Idem ...... 

.28 02 02} 
Ide m ...... 

Idem------ 

Idem 

28 02 09 



Idem ■ 
Idem - 

Idem - 



2S 01 074 

28 02 02 

Idem 

28 01 07| 

Idem ...... 

28 02 02} 

Idem 

28 01 07} 

28 02 02} 

Idem 

28 01 07} 
28 01 01 

Idem 

Idem •••»•■« 



Vents, Etat du Ciel, et Re- 
marques. 



r S. E. et S. S. E. petit frais 

[ beau. 

S. E. et E. nuageux. 

r E. et E. N. E. par grains 

l nuageux. 

r N. E. et E. N. E. frais, né- 

L buleux. 

r E. N. E. et N. E. petit frais, 
28 02 09 ] 

L nuageux. 

N. E. et E. frais, nébuleux. 

E. N. E. et E. S. E. frais, 
nuageux. 

Idem. 

E. et E. S. E. frais, beau. 
r E. S. E. et S. E. petit frais, 
L beau. 

r S. E. et S. S. E. petit frais, 
l beau. 

E. S. E. et S. E. idem. 

Idem. 
r S. E. et E. S. E. petit frais, 
C nuageux. 

Idem . 

E. S. E. et S. S. E. idem. 

Idem, beau, 
f S. E. et S. S. E. petit frais, 
L nuageux. 

Idem, nébuleux. 

c E. S. E. et S. E. faible, nua- 

l geux. 

r S. S. E. et E. S. E. faible, 

1 beau. 

r S. E. variable au N. par l'E. 

L calme, nébuleux. 

r E. et E. N. E. par grains, 

t nuageux. 

f N. E. variable au S. E. par 

l l'E. petit frais, nuageux. 



Idem ■•••'■ 

Idem- 

28 01 07} 
28 01 01 
28 01 07} 







nn 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



Epoque, 1730. 


Latitude, 
Nord. 


Longitude 

estimée, 

Occidentale. 


Longitude 

occidentale, 

par l'horloge 

N° 18. 


Longitude 

occidentale, 

par les distances 

de la î au ©. 


Déclinaison 

de l'aiguille, 

Est. 




D. 


M. 


S. 


D. M. S. 


D. M. S. 


D. M. S. 


D. M. S. 


Mai. 8 


9 


24 


58 


121 42 37 


124 11 20 


..... 


3 30 00 


9 


10 


43 


33 


122 53 


07 


125 57 15 


.,......,. 


4 04 00 


10 


il 


50 


55 


124 07 


52 


127 23 33 

128 45 57 




3 57 00 


IT 


13 


32 


01 


125 15 


22 






12 
13 


14 
16 


45 


56 


126 18 


22 


130 08 04 

131 36 32 

133 00 53 




3 53 00 






28 


11 


127 33 zz 






14 


18 


uy 


2g 


128 51 22 






15 


19 


14 


16 


130 23 22 


134 45 37 




5 51 00 






16 


19 


49 


15 


131 57 07 


136 10 18 




8 17 00 


17 


20 


01 


07 


133 22 46 


137' 33 30 




8 20 00 






18 


20 


00 


19 


135 08 31 


139 21 05 




8 18 00 


19 


20 


00 


40 


137 02 31 


141 18 47 




8 11 00 


20 


19 


59 


05 


138 50 01 


142 58 01 


141 50 08 


8 27 00 


21 


19 


55 


13 


140 28 46 


144 49 18 


143 56 00 




22 


20 


05 


02 


142 28 46 


146 43 29 


146 24 50 

148 18 32 


8 45 00 


23 


20 


04 


29 


144 15 46 


148 32 51 




24 


20 


44 


50 


146 16 16 


150 39 5Q 




8 08 00 


25 


20 


57 


28 


148 20 01 
150 14 01 


152 52 12 
154 48 55 




9 33 00 

9 27 00 


26 


20 


ৠ


1 1 




27 


20 


59 


54 


152 05 01 

153 18 30 


156 36 50 

157 43 53 




9 28 00 
9 15 00 




28 


20 


48 


51 




29 
30 


20 


32 


57 


154 27 30 


158 42 42 


• 










31 


21 


14 


36 


159 24 30 


160 06 57 




8 32 00 






Juin. 1 


22 


54 


48 


159 5g 00 


160 37 44 


160 16 25 


9 34 00 


2 


24 


48 


28 


160 00 45 


160 48 11 


160 34 24 


9 27 00 


3 


26 


29 


ï? 


160 17 


30 


161 23 19 


161 21 34 


11 00 00 



J 



u 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 17 86. 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



Mai. 



Juin. 



10 
11 
12 
13 

14 

15 
16 

17 

18 

19 

20 

21 

22 
23 
24 
25 

26 j 

27 .. 

28 

29 
30 

31 



£>. 3/. 5. 



10 11 15 
5 30 00 



Therm 
intérieur, 
observé 
à midi. 



D. 

25,0 

23,5 

22,5 
22,5 
21,5 
20,5 

20,0 

19,5 
19,0 

19,0 

19,5 
20,0 

20,0 

20,0 
20,5 
20,5 
20,5 
20,0 
20,5 
20,5 

21,0 

21,5 
21,5 

22,0 
22,0 
22,0 

24,5 



Baromètre de Nairne, 

observé 

à 9 heures du matin, 

et à 3 heures après midi. 



à 9 heures. 
P. L. P. 
28 02 02] 

28 02 09 

Idem. 

Idem 

28 03 03 î 



28 03 lOj- 



Idem ■ 

Idem • 
Idem • 

Idem- 



à 3 heures. 
P. L. P. 
28 01 07| 

Idem 

28 02 02; 

Idem 

28 02 09 
Idem 




Ide 



28 04 05 
28 03 10j 

28 03 034 

28 03 104 

Idem 

28 04 114 

Idem 

28 04 05 

Idem 

28 03 104 



Idem 

Idem 

Idem ...... 

28 04 05 

23 05 06 \ 

28 06 0/1 

28 04 114 



28 03 034 
Idem 



Idem- 
Idem- 

Idem ■ 



28 02 00 

28 03 OS] 
28 03 10] 
28 04 05 

Idem 

28 .03 034 

Idem 

Idem 

Idem •-«... 



Idem 

28 02 09 

28 03 10} 

28 04 llf 

28 05 06} 

28 06 01 



Vents, Etat du Ciel, et Re 
marques. 



E. et N. E. faible, nuageux, 
j N. E. et N. N. E. petit frais, 
nuageux. 

Idem. 

Idem. 

Idem, nébuleux. 

Idem, frais. 

N. E. et E. N. E. bon frais, 
nuageux-. 

Idem. 

Idem. 

N. E. et E. petit frais, nébu- 
leux. 

E. et E. N. E. idem. 

Idem, nuageux. 

E. et E. N. E. petit frais, 
nuageux. 

Idem. 

E. petit frais, beau. 

Idem, un peu nuageux. 

Idem. 

Idem, nébuleux. 

E. et, E. N. E. frais, nuageux. 

Idem, pluie. 

E. et E. S. E. p^tit frais, 
nuageux. 

E. N. E. et E. S. E. petit 
frais, par grains, pluie. 

E. N. E. frais, beau. 

E. S. E. et E. N. E. faible, 
beau. 

E. N. E. et N. E. frais, nua- 
geux. 

E. N.E. et E. frais, par grains, 
pluie. 

E. et E. N. E. petit frais, 
nuageux. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Longitude 

estimée, 

Occidentale. 



D. M. S. 



100 30 30 



l60 29 21 



160 04 51 



Longitude 
occidentale, 
par l'horloge 
N° lf 



D. M. S. 



l6l 27 31 



loi 32 46 



160 56 37 



160 16 05 



160 06 03 



15() 13 07 




Longitude 
occidentale, 
par les distances 
de la ([ au ©, 



158 01 09 



155 57 49 

155 16 56 

153 23 27 

151 36 11 

150 04 09 

149 01 02 



D. M. S. 



161 20 26 



147 50 06 



Déclinaison 

de l'aiguille, 

Est. 

D. M. S. 

10 57 00 

11 30 00 

11 44 00 

12 08 00 
12 40 00 



23 32 00 



24 58 00 



23 25 00 



Epoque, 1/86. 



Juin. 



10 
11 

12 

13 

14 
15 

16 

17 

18 

19 

20 

21 



Inclinaison 
de L'aiguille. 



D. M. S. 



Therm. 

intérieur, 

observé 

à midi. 



D. 
21,0 

20,5 

20,5 

20,5 

20,0 

19,5 

19,0 



à p heures. 
P. L, P. 

28 03 104 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Baromètre de Nairne, 

observé 

à g heures du matin, 

et à 3 heures après midi. 



16,5 

16,5 

15,5 
13 } 5 

12,0 

11,0 

11,5 
10,0 

9,5 

10,0 

9,5 
10,0 



Idem ...... 

28 03 034, 

28 03 10; 

Idem • 

28 05 06 
Idem • • • • • ■ 



16,5 28 04 05 



28 04 1 14 



Ida 



à 3 heures. 
P. L. P. 

28 05 06j 

28 03 Û3J 

2S 02 09 

2S 03 03| 

28 03 10§ 

28 05 06] 

28 04 llf 

28 04 05 



Vents, Etat du Ciel, et Re- 
marques. 



28 03 101 
28 01 0/3 

Idem 

Idem 

27 10 10i 
Idem 

27 09 09 
2/ 11 05 

28 02 02; 



Ile, 



( N. E. et E. N. E. petit frais, 
( nuageux. 

Ç E. N. E. variable au S. E. 
( par TE. petit frais, beau. 
5 E- S. E. variable au S. S. O. 
t par le S. frais, nuageux, 
j S. S. O. variable au S. O. 
( petit frais, nuageux, pluie. 
S S. O. et S. S. E. par le S. 
t frais, brumeux, 
j S. S. O. variable au N. O. 
I par l'O. petit frais, pluie. 
S N. variable au S. S. E. par 
t PO. faible, brumeux. 
S. variable au S. O. et à PE. 
N. E. par l'E. petit frais, 
brumeux. 
E. N. E. et S. E. variable au 
S. O. par le S. faible, bru- j 
meux. 
S. et S. S. O. petit frais, | ; 

brumeux. 
Idem. 
t, S. O. et O. S. O. petit frais, 
l pluie. 

O. et N. O. par grains, pluie. 
\ O. N. O. et O. S. O. frais, 
/ pluie, nuageux. 
O. et S. O. frais, nébuleux. 

17 10 03Î \ °" N - °- Ct °' S ' °- ? etit 
C frais, nuageux. 

) S. O. et O, S, O. faible, né- 1 

( buleux. 

S O. variable an S. S. E. par leS. 

' petit frais, an peu brumeux. 

\ S. S. E. et E, S, E. frais, 

( nuageux. 

Idem, nébuleux. 



28 04 111. 

28 02 02-1 

28 01 O] 

28 01 074- 

28 00 06- 



17 10 101 



27 10 03^ 

27 11 11| 

28 02 02-1 
Idem...... 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, lfSô. 



Juin, 



Juillet. 



24 

15 
26 

V 

28 

29 

30 
1 



11 
12 

13 
14 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 



Therm 

intérieur, 

observé 

à midi. 



D. 

10,5 

11,0 
11,0 

11,5 
10,5 

11,0 

10,0 
10,5 

11,0 

10,5 
10,0 

11,0 

11,0 

11,5 

11,5 - 

11,5 

11,0 

1-1,0 

10,5 

11,0 
11,0 




Baromètre de Nairne, 

observé 

à g heures du matin, 

et à 3 heures après midi. 



Vents, Etat du Ciel, et Re- 
marques. 



à g heures. 

P. L. P. 

27 il nf 

28 01 07| 
27 10 lOj 
27 08 01 
27 10 03f 

27 11 05 

28 01 07f 
28 03 lOj 

28 02 02| 

27 10 03| 



à 3 heures. 

P. L. P. 

27 11 05 

28 02 02 j 
27 10 03| 
27 08 00- 
27 10 104 

27 1 1 1 1-; 

28 02 09 
28 04 05 



TOME II. 



E. S. E. et E. N. E. petit 

frais, pluie. 
S. et S. O. variable au S. E. 

par le S. brumeux. 
S. E. variable à l'O. N. O. par 
le S. faible, brumeux. 
{ O. N. O. variable à l'E. N. E. 
( par le N. faible, nuageux. 
\E. et E. N. E. petit frais, 
C pluie. 

( E. variable au S. O. par le S. 
( faible, nuageux, pluie. 
S. et S.S.O. faible, pluie, 
jj S. variable à l'O. S. O. et à 
f l'O. N. O. faible, brumeux. 
(O.S.O. et S. O. faible, nua- 
C geux. 

O. et O. N. O. faible, beau. 
JO.N.O. etN.O. petit frais, 
( beau. 

{O. N. O. etO. frais, nua- 
( geux. 

(E. et E.N. E. faible, bru- 
C meux. 

N. E. et N. faible, beau. 
(NtE. etE.N.E calme, bru- 
l meux. 

S, O. faible, nuageux. 
\ E. N. E. variable au S. par 
t l'E. calme, brumeux, 
N. E. et E. faible, brumeux. 
N. E. et E. N. E. idem. 

< N. E. variable au S, O. par 

< l'E. petit frais, peu brii- 
^- meux. 

(. N. E. variable au S. O. par 
/ l'E. petit frais, nuageux. 







VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



1 




Therm. 


Baromètre de Nairne, 




Epoque, 1786. 


Inclinaison 
de l'aiguille. 


intérieur 
observé 
à midi. 


observé 

à 9 heures du matin, 

et à 3 heures après midi. 


Vents, Etat du Ciel, et Re- 
marques. 








à Q heures. 


à 3 heures. 






D. M. S. 


D. 


P. L. P. 


P. L. P. 




Juillet. 15 




11,0 






f O. variable au N. E. par le 
L N. faible, nébuleux. 






lô 




11,0 

11,0 






O. frais, nuageux. 
( S. 0. variable à PO. N. O. par 
( l'O. petit frais, brumeux. 


1/ 











18 




11,0 






{ E. et E. N.E. frais, nuageux, 
( pluie. 




19 




10,5 




.......... 


E. N. E. et E. S. E. idem. 
C N. E. variable au S. E. par 


20 




10,0 




...... .... 


J l'E. petit frais, peu bru- 














^ meux. 


21 




10,5 






C O. N. O. et O. faible, nua- 
L g eux, pluie. 




22 




10,0 


.......... 




O. et O. N. O. frais, beau. 


23 




11,0 




...... . 


f O. N. O. variable au N. E. 
l par le N. faible, nuageux. 












24 




10,5 






C N. O. et S. O. faible, nébu- 
/ leux. 




25 

26 




10,5 
10,5 






O. S. O. et 0. frais, beau. 
C E. S. E. et S. E. frais, nua- 
l geux, pluie. 










27 




11,5 






E. et E. S.E. très-faible, pluie. 




28 




10,5 






^ N. E. et E. petit frais, pluie, 
C nuageux. 






29 




9,5 


28 01 07" 




Idem. 

O. N. O. petit frais. 

O. N. O. très-faible, beau. 


30 

31 























Août. l 










O. N. O. petit frais, beau. 








2 










C N. O. et S. S. O. très faible, 












l beau. 


3 










0. très'* faible, nébuleux. 
^ E. variable au S. S. O. par le 
( S. très-faible. 


4 














5 











E. très faible, brumeux. 






6 










O. N. O. très-faible, beau. 






7 
8 










N. O. idem. 

O. beau, petit frais. 










i 








VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Longitude 
occidentale, 
par l'horloge 

* N° 18. 




D. M. S. 

1 36 09 03 

135 42 36 

135 4-9 15 



130 18 51 

136 08 25 

136 53 44 

136 41 15 

136 46 26 

134 03 53 

133 41 24 

133 07 23 



131 


52 


36 


131 


39 


49 


130 


24 


34 


129 


58 


01 



128 57 33 

127 51 03 

127 54 11 

127 58 18 

127 00 35 

126 35 41 

126 38 29 



Longitude 

occidentale, 

par les distances 

de la d au . 



D. M. 



13/ 01 51 



127 00 55 

126 59 19 



Déclinaison 

de l'aiguille, 

Est. 



D. M. S. 



23 39 00 

23 16 00 

22 26 00 

21 20 00 

20 58 00 

19 30 00 

21 20 00 

19 47 00 

19 47 00 

20 00 00 



19 12 00 

17 28 00 

17 28 00 

10 ô5 00 

16 35 00 

16 20 00 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



Epoque, 1/80. 



Août. 



Septembre, 



9 
10 
il 

12 
13 
14 
15 
16 

17 
18 

19 

20 
21 
22 
23 
24 
25 
26 

27 



28 
29 

30 

31 
1 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 



Therm. 
intérieur, 
observé 
à midi. 



D. 



16,0 

15,5 
15,0 

14,5 

15,0 
11,5 

14,5 

15,0 



Baromètre de Nairne, 

observé 

à g heures du matin, 

et à 3 heures après midi. 



à g heures. à 3 heures. 
P. L. P. P. L. P. 



28 Ol 01 



28 03 034 



28 02 OQ 



Idem • 



28 01 0/? 
28 02 02j 

28 04 11 4- 



Uem • 



28 01 01 




Vents, Etat du Ciel, et Re- 
marques. 



2H Va 


U3| 


28 02 


09 






28 01 


m 


28 02 


09 


28 04 


ni 


82 04 


05 



O. bon frais, nébuleux. 

O. N. O. bon frais, brumeux. 

N. N. O. petit frais, brumeux. 

Idem. 

S. très-faible, brumeux. 

S. etE. S. E. très-brumeux. 

E. petit frais, nébuleux. 

Idem. 

N. E. très-faible, nébuleux. 

N. O. petit frais, beau. 

N. O. et S. O. faible, nébu- 
leux. 

N. O. et O. petit frais, beau. 

O. et S. S. O. bon frais, beau. 

S. et S. E. bon frais, nébuleux. 

S. E. grand frais, brumeux. 

O. N.O. petit frais, brumeux. 

O. N. O. petit frais, beau. 

E. S. E. très-faible, brumeux. 

N. variable à 1 E. S. E. faisant 
le tour du compas en tour- 
billons, faible, orageux. 

O. variable au N. E. parle N. 
petit frais,, brumeux. 

N. E. variable àl'O. N. O. par 
le N. petit frais, nuageux. 

O. N. O. variable au S. S. E. 
par le S. petit frais, bru- 
meux. 

S. et S. O. calme, nuageux. 

O. S. O. variable au N. O. par 
grains d'inégale force. 

O. et O. N. O. petit frais, 
beau. 

S. O. variable au S. E. par le 
S. calme, beau. 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 







Therm. 


Baromètre de Nairne, 


— — 


Epoque, l^Stî. 


Inclinaison 
de l'aiguille. 


intérieur, 
observé 
à midi. 


observé 

à Q heures du matin, 

et à 3 heures après midi. 


Vents, Etat du Ciel, et Re- 
marques. 








à Q heures. 


à 3 heures. 




Septembre. 4 


D. M. S. 


D. 
15,0 


P. L. P. 

28 04 05 


P. L. P. 

28 03 03J 


f S. S. O. variable au N. pa r 
L l'O. frais, beau. 




5 




14,5 


28 03 03| 




r N. et N. E. petit frais, rma- 
1 geux. 




6 

7 




14,0 
14,0 


Idem 

Idem 


Idem 


N. et N.N.O. frais, brumeux. 
Idem, 






8 




14,5 


28 02 09 


28 01 07} 


f N. N. E. variable au N. O. ï 
[_ parle N. petit frais, beau. 




9 




15,0 


28 01 01 


28 01 01 


r N. et N. N. E. petit frais, 
L nuageux. 




10 




15,5 


28 01 07| 


28 01 074 


N.N.O. etO. faible, brumeux. 




il 




15,0 






f O. et N. O. petit frais, bru- 
l meux. 


12 




15,0 




28 01 01 


f N. O. et N. joli frais, peu 
t brumeux, ; 




13 




14,0 




28 00 06| 


( N. N. O. et N. O. petit frais, 
( brumeux. 


14 




14,5 


Idem ...... 


28 01 01 


S N.O. variable au N.N.E. par 
C le N. petit frais, nébuleux. 




15 




14,5 




28 00 O09. 


S O. et O. S O. faible, peu 
( brumeux.. 1 




16 




14,5 






\ O. S. O. et O. petit frais, 
l beau. 

Ç S. variable à ]'E. S. E. par ! 
( raffales, beau. 






17 




14,5 










18 




15,0 






( S. E. variable au S. O. par le 
( S. frais, beau. 








19 




15,0 




.......... 


{ S. O. et O. S. O. frais, nua- 
l geux, pluie. 




20 




14,0 






!> N. N E. variable à l'O. N. O. 








1 par le N. petit frais, beau. 


21 




15,0 






( S. O. et S. E. par le S. frais, 
l beau. 






22 




15,5 






( N. O. variable à l'O. S. O. 
( par 1*0. petit frais, beau. 










23 




15,5 






{ O. S. 0. variable au S. £. par 
( le S. faible, beau. 










3BH 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Longitude 

estimée, 

Occidentale. 



D. M. S. 

124 18 30 

124 52 30 

125 42 30 

127 Q 48 

128 37 26 
130 39 12 

132 36 48 

134 06 48 

135 32 4/ 

136 06 27 

136 52 55 

27 36 05 137 57 47 

27 56 43 j 138 57 31 

140 18 07 

141 38 16 

143 20 06 

145 02 09 

145 40 32 

146 05 41 

147 16 02 



Longitude 

occidentale, 

par l'horloge 

N° 18. 



D. M. S. 



123 59 51 

124 13 23 

125 11 31 

126 42 56 



Longitude 

occidentale, 

par les distances 

de la d au. © . 



Déclinaison 
de l'aiguille, 

Est. 



128 



20 



130 15 05 

133 28 23 

134 33 12 

135 20 01 

136 10 53 

137 34 01 

138 25 14 

139 3S 10 

141 01 35 

142 44 33 

144 19 20 

145 00 12 

145 26 39 

146 38 14 



D. M. S. 



128 49 19 



134 26 25 



145 35 13 



147 11 11 



D. M. S. 
11 57 00 



11 46 00 



11 43 00 



9 42 00 

9 33 00 

9 00 00 

8 43 00 



8 46 00 

8 47 30 

8 50 00 

8 45 00 

8 55 00 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE 



Epoque, 1/86. 



Septembre. 24 
25 
26 

27 

28 



30 

Octobre. 1 

2 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



10 
II 

12 

13 
14 



D. M. S. 



Therm 

intérieur, 
observé 
à midi. 



D. 

15,5 

15,0 

16,0 

16,0 
16,5 

17,0 

16,0 

16,0 
16,5 

17,0 

18,0 

18,5 

18,5 
18,5 

18,5 

19,5 
19,5 

20,0 

20,5 
20,5 



Baromètre de Nairne, 

observé 

à g heures du matin, 

et à 3 heures après midi. 



à 9 heures. 
P. L. P. 



28 02 09 

Idem- 

28 03 03] 
28 03 10] 

28 04 05 

Idem ...... 

28 03 104 
Idem ...... 



Idem- 



Idem- ■ 



à 3 heures. 
P. L. P. 

28 02 09 

28 02 02] 

28 02 09 

28 03 03] 
28 03 10] 

Idem ...... 



Idem- 



28 03 03-] 

Idem ...... 

Idem ...... 

Idem ..... 




Vents, Etat du Ciel, et Re 

marques. 



28 04 05 28 03 10] 

28 04 11| 2S 04 05 
Idem Idem 



28 05 00] 

28 04 11] 

Idem 

23 05 06] 

28 04 llf 

28 05 06] 

28 04 11] 



28 04 ni 

Idem 

28 04 05 
28 04 11] 

28 04 05 

Idem ■•■■•• 
28 03 10] 



O. variable à l'E. S. E. parle 

S. faible, nuageux. 
c S. O. variable à l'O. N. O. 
i par l'O. faible, nébuleux. 
: S. S. O. variable à l'O. N. O. 
i faible, nuageux. 

O. N. O. et N. N. O. idem. 
; N. O. et O. N. O. frais, né- 
. buleux. 

j N. N. O. et N. petit frais, 
L brumeux. 

j N. et N. N. E. frais, un peu 
l nuageux. 

; N. et N. N. O. petit frais, né- 
| buleux. 

N. et N. E. faible, nébuleux, 
; N. N. E. petit frais, nua- 
. geux. 

; N. E. variable à l'O. par le 
'. N. faible, nébuleux. 
' O. S. O. variable au N. N. E. 
par le N. petit frais, nua- 
geux. 
N. etE, N.E. faible, beau. 
E. N. E. et E. faible, nua- 
geux. 
E. et E. S. E. petit frais, nua- 
geux. 
E. et E. N. E. faible, nua- 
geux. 
E. frais, beau. 
E. variable au S. O. par le S. 

faible, beau. 
O. N. O. variable au S. E. 

par le N. calme. 
S. E. et E. S. E. petit frais. 
Idem, nuageux. 



t P&S t w t av *« * S!wv 4Hm^ 9 4ui*-*w 



TOME II. 



2 CL 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1 


"86. 


Latitude, 

Nord. 


Longitude 

estimée, 

Occidentale. 


Longitude 

occidentale, 

par l'horloge 

N° 18. 


Longitude 

occidentale, 

par les distances 

de la 5 au 3. 


Déclinaison 

de l'aiguille, 

Est. 






Z>. M. S. 


D. M. S. 


D. M. S. 


D. M. S. 


D. M. S. 


Octobre. 


15 


17 5/ 42 


148 51 33 


1 48 02 23 


148 36 09 


g 01 00 




16 

1/ 
18 

19 

20 
21 


28 03 00 
27 52 59 

27 47 57 

28 05 14 
27 41 55 
27 46 44 


149 23 21 
149 27 46 

149 36 4Q 

150 08 .48 

150 48 48 

151 18 2S 


148 36 20 

148 34 53 
14S 39 23 

149 01 12 




g 32 00 
9 15 00 
9 31 00 




















149 54 50 




9 38 00 








^2 


28 0.9 11 
28 05 11 

27 24 47 


152 20 33 
152 34 30 

154 27 10 


150 25 -40 
1 50 5 5 51 






' 


93 








24 


152 47 12 




9 53 00 




25 


27 31 38 


154 47 02 


153 31 36 




10 12 00 






26 

27 

28 


27 27 01 

27 03 19 

26 5g 28 


155 37 44 

156 33 22 

158 35 33 


154 22 20 

155 22 02 

157 OS 11 


155 15 24 


10 40 00 






10 30 00 






2C; 


27 13 02 


159 10 23 


157 43 05 




10 51 00 






30 


26 28 "' -53 


159 07 47 


157 2"S 10 


'153 44 OS 


11 04 00 






20 30 48 
25 44 46 
24 43 58 


159 21 10 

160 42 00 
162 38 26 


158 01 28 






Novembre. 




159 27 47 
l6l 29 02 




10 31 00 


2 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1^36. 



Inclinaison 
de l'aieriiille. 



Octobre. 15 



16 



17 



1S 



19 



21 

22 
23 

24 

25 

26 

27 
28 



D. M. S. 



50 18 45 



Therra. 
intérieur, 
observé 
à raidi. 



30 



31 



Novembre. 1 



47 37 30 



47 30 00 



43 45 00 



D. 

20,5 

21,5 
22,0 

22,0 
21,5 
20,5 

20,5 

22,0 

21,0 

20,5 

20,0 

20,5 

21,5 

23,0 

22,0 
21,5 
22,0 
22,5 
23,0 



à 9 heures. 
P. L. P. 

28 03 10 j 

28 04 05 

28 04 1,1 1 

28 05 06} 

28 03 03} 

28 02 og 

28 02 02 j 

Idem 

28 03 101 



28 03 03} 



Idem 

28 03 10} 

28 02 09 




Baromètre de Nairne, 

observé 

à g heures d*i matin, 

et à 3 heures après midi. 



Ide 



28 01 071 

28 02 02-} 

28 03 03 J 

23 03 10} 

28 03 03 1 



à 3 heures. 
P. L. P. 

28 03 03| 

Idem • 

28 04 05 
28 03 104 

28 02 09 

28 02 02} 

28 01 07| 

28 02 02-} 
28 03 10} 

28 02 09 

Idem 

28 03 03 § 

28 02 02 j 

28 01 07} 

23 02 02-} 
Idan- ■•■"■• 
28 02 09 
Idem- • • • ■ • 
Idem 



Vents, Etat du Ciel, et Re 
marques. 



{ S. E. et S. S. E. petit frais, 

t nuageux. 

\ S. E. variable au S. S. O. par 

C le S. calme, nébuleux. 

3 O. S. O. variable au N. E. par 

( le N. calme, nuageux. 

( N. O. variable au S. E. par 

l l'O. faible, nuageux. 

^ S. E. variable.au S. O. par le 

l S. petit frais, nuageux. 

^ S. O. variable au N. E. par 

( le N. faible, orageux. 

( E. S. E. variable à l'O. S. O. 

I parle S. faible, pluie. 

S. O. et S. S. O. faible, pluie. 

O. variable au N. E. 
( N. E. variable à l'O. N. O. 
< par le N. petit frais, nua- 
{_ geux, pluie. 

N,eiN.NE,très-faible,beau. 

N. N. O. et N. petit frai-, beau. 
C N. E et S. S. E. par l'E, 
l frais, pluie. 

C E. S. E. et S. S. E. bon frais, 
<r nuageux, par grains d'iné- 
(_ gaie force, 

( S. S. E. variable au S S. O. 
( par le S. faible, orageux. 
{ S. S. O. et O. S. O. petit 
( frais, beau. 

( O. variable à l'E. S. E. par 
l le N. faible, beau. 
{ E. el E. S. E, bon frais, nua- 
geux. 

E. S. E, et E. N. E. frais, 
beau. 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1786. 


Latitude, 
Nord. 


Longitude 

estimée, 

Occidentale. 




D. M. S. 


D. M. S. 


Novembre. 3 


24 02 24 


164 30 08 


4 


23 35 15 


166 00 10 


5 


23 33 19 


166 38 50 


6 


23 42 58 


167 53 13 


7 


23 38 58 


168 27 34 


8 


22 51 03 


169 45 29 


9 


21 36 35 


172 02 43 


10 


21 14 42 


174 12 21 


n 


21 10 24 


175 24 02 


12 


21 17 44 


176 03 22 


13 


21 13 21 


176 39 32 


14 


20 53 47 


1/7 01 11 


15 


20 36 20 


177 28 25 


16 


20 16 40 


179 36 56 
Orientale. 


17 


20 08 15 


178 27 56 


18 


19 57 17 


177 30 23 


1.9 


19 31 38 


176 42 00 


20 


19 38 10 


175 40 10 


21 


20 02 50 


174 48 33 


22 


20 11 20 


174 05 00 


23 


19 30 25 


173 05 58 


24 | 


19 45 38 


172 25 37 



Longitude 

occidentale, 

par l'horloge 

N° 18. 



D. M. S. 



165 06 51 

165 57 42 

167 13 06 

168 15 47 

169 32 35 

172 04 46 

174 11 16 

175 31 5g 

176 05 05 
176 35 11 

176 54 43 

177 20 16 

179 14 38 

Orientale. 

179 02 24 

1/8 23 33 

178 00 28 
176 49 21 

176 00 14 

175 06 43 

17I- 05 41 

173 27 26 



Longitude 

occidentale, 

par les diflances 

de la î au ©. 



D. M. S. 



176 19 08 



176 48 15 



178 35 41 



Orientale. 



Déclinaison 

de l'aiguille, 

Est. 



D. M. S. 



10 29 00 



12 00 00 

11 20 00 

12 30 00 

12 30 00 

12 12 00 

12 08 00 

12 00 00 

11 5Q 00 

12 06 00 
12 20 00 

11 39 00 



12 44 00 



12 08 CO 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1786. 



Novembre: 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



Therm. 

intérieur, 

observé 

à midi. 



D. M. S. 



10 

11 

12 

13 

14 
15 
16 

17 

18 

*9 
20 

21 



23 



24 



D. 

23,5 
23,0 

22,5 

22,5 
22,5 

21,5 

20,0 

20,5 
20,5 

21,0 

22,0 

21,5 
22,0 
21,5 

21,5 
21,5 

23,0 

23,0 

23,5 

23,0 

22,0 

23,0 



Baromètre de Nairne, 

observé 

à 9 heures du matin, 

et à 3 heures après midi. 



à g heures. I à 3 heures. 
P. L. P. P. L. P. 



28 02 09 
Idem 

28 03 03| 

28 02 09 
Idem 

28 01 07| 
Idem ■ ■ • . • 



28 


02 


09 


28 


02 


02} 


28 


01 


01 


28 


00 


06| 


28 


01 


07| 


28 


02 


09 


28 


03 


03} 



28 02 09 
Idem- 

Idem 

28 02 024, 

28 01 07| 

28 01 01 

28 01 07| 

28 01 07} 

28 01 01 



27 i: 

28 00 06-^ 

28 01 074 
Idem- • 
28 02 



Idem ■■■-■■ 
28 02 09 

Idem ...... 

Idem 

Hem 

28 02 02} 
28 02 09 

28 02 02} 




28 02 02} 
Idem -■•■-■ 

28 01 07^ 

Idem 

Idem •••••■ 

Idem • 

28 02 09 

28 01 01 



( E. S. E. et E. N. E. frais, 
( nuageux. 

E. et E. S. E. par grains, pluie, 
f E. et E. N. E. petit frais, cou- 
^ vert, pluie. 
Idem, joli frais, nuageux. 
E. et E. S. E. petit frais, beau. 
\ E. variable au N. N. O. par 
C le N. par grains, pluie. 
C N. N. E. et N. N. O. bon 
( frais, idem. 

Idem, frais, nuageux. 
C N. N. O. variable à l'O. 
I faible, nébuleux. 
O. N. O. variable au S. S. O. 
3"j ) par PO. faible, nuageux. 
C S. S. O. variable à l'O. N. O. 
^ par PO. petit frais, pluie, 
r O. et N. O. très-faible, nua- 
( geux. 

O. et O. N. O. idem, beau. 
( N/ O. variable au N. E. 
I par le N. frais, beau. 
N. et N. N. O. frais, nuageux. 
Idem, beau. 



r O. N. O. et N. N. O. petit 
\ frais, pluie, 
f N. O. variable au N. E. par 
l le N. faible, nuageux, 
r N. E. variable à l'E. S. E. par 
L le S. petit frais, beau, 
f S. E. variable à l'O, N. O, 
^ par griins, pluie. 
f N. O. et O. N. O. petit frais, 
l beau. 

f N. O. variable au S. E. par 
"^ le S. petit frais, beau. 



D. M. S. 
20 42 01 



20 44 08 

20 20 01 

20 39 23 

20 29 51 

20 52 51 

21 38 40 
20 4/ 53 




VOYAGE AUTOUPv DU MONDE. 



20 47 30 



21 02 49 



Longitude 

estimée, 

Orientale. 


D. 


M. 


S. 


171 


38 


27 


1/0 


36 


25 


169 


06 


13 


167 


31 


32 


165 


59 


44 


164 


31 


28 


163 


52 


08 


163 


17 


10 


162 


48 


46 


161 


03 


19 


158 


56 


45 


157 


03 


34 


15(5 


33 


04 



10 
il 

12 



20 51 

21 00 03 
20 53 24 
20 33 10 

20 25 52 

20 17 28 



19 44 27 

20 04 05 



155 18 33 

153 00 10 

151 03 16 

119 13 41 

147 17 57 

146 04 53 

144 38 10 

144 21 17 

142 sg 07 



Longitude 

ojientale, 

par l'horloge 

N° 13. 



D. M. S. 

172 38 53 

171 34 31 

1/0 08 15 

165 \7 14 

166 33 23 

165 00 09 

164 27 52 

164 12 06 

163 48 47 

161 5_7 46 

159 57 07 

158 08 45 

157 37 35 

156 19 00 

154 06 16 

151 54 44 

150 12 34 

148 13 48 

147 22 42 

145 48 50 

145 13 53 

143 30 12 



Longitude 

orientale, 

parles distances 

de la g au 0. 



D. M. S. 



169 56 47 



168 31 16 



166 35 22 



143 47 09 
146 39 25 



Déclinaison 

de l'aiguille, 

Est. 



D. M. S. 



12 24 00 

11 40 00 

11 18 00 

11 29 00 

11 20 00 

10 34 00 

9 38 00 



10 16 00 



10 03 00 



8 40 00 



8 30 00 



7 10 00 

7 30 00 

7 20 00 

7 21 00 

6 17 00 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1/86. 



Novembre. 15 
26 
27 

28 

30 

Décembre. ' 1 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



D. M. S. 



10 
11 
12 

13 

11 

15 
10 



Therm. 

intérieur, 
observé 
à midi. 



D. 

24,0 

23,0 

22,5 

22,0 

21,5 
22,0 

23,0 
24,0 

23,5 

21,5 

21,0 

22,5 
23,0 



Baromètre de Nairne, 

observé 

à Q heures du matin, 

et à 3 heures après midi. 



à g heures. 
P. L. P. 
28 01 01 



28 02 og 
28 03 10 

Idem 

Idem 

28 03 034 

28 02 00 
28 02 024 
Idem 

28 04 05 

Idem • . t. - • • 

28 02 09 
Idem 



22,5 ! 28 03 034- 



21,0 

21,5 
22,5 
23,5 

24,5 

23,5 
23,5 



28 os iq; 

Idem 

Idem 

28 03 03 | 

28 03 104 
28 03 03^ 




Idei, 



13,0 I 28 02 00 



à 3 heures. 
P. L. P. 
28 00 06§, 

2 S 02 02} 

28 03 03-i 

Idem 

28 02 09 
28 02 02 j 

28 01 074- 
28 01 01 
28 01 0;} 

28 03 03) 

28 02 00 

28 01 07-f 
28 02 021 
2 S 02 00 

2S 03 03 4 

Idem 

38 02 00 
Idem ■ 

Idem 

28 02 C2-4 

laem 

28 01 07-J 



Vents, Etat du Ciel, et Re- 
marques. 



( S. S. E. et O. par le S. frais, 
l nuageux, pluie. 
( O. S. O. variable au N. N. E. 
( par le N. petit frais, beau. 
^ N. et-N. E. petit frais, nua- 

C E. N. E. et N. E. joli frais, 
l nuageux, pluie. 

E. et E. N. E. petit frais, beau. 

Idem. 

i E. variable à PO. S. O. par le 

l S. très-faible, beau. 

( S. S. O. et S. O. joli frais, par 

^ grains. 

C S. O. et O. N. O. par grains 

^ d'inégale force, pluie. 

f N. O. variable au N. E. par 

J le N. par grains, frais, nua- 

f geux. 

( N. E. et E. N. E. joli frais, 

l nuageux. 

i E. N. E. variable au S. frais, 

1 nuageux. 

( S. variable au N. O. par l'O. 

i petit frais, nuageux. 

(.O. N. O. variable au N. E. 
1 

j) petit frais, beau. 

( N. E. et E. N. E. bon frais, 

; nuageux, 

E. et E. N. E. joli frais, beau. 

Idem. 

E. et S. E. bon frais, beau. ' 

t S. S. E. variable au S. S. O. 

5 

) petit frais, nuageux, pluie. , 

c O.S. O. variable au N. E. 

) frais, par grains, nuageux,. 

N. E. frais, nébuleux. 

Idem, nuageux, pluie. 



Latitude, 
Nord. 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



D. M. S. 

Décembre, VJ 19 5d 41 

20 08 32 

19 53 04 

19 44 50 

19 37 49 



Longitude 

estimée, 

Orientale. 



22 
23 

24 
25 
26 

27 

28 

29 
30 



31 
1/8/. 

Janvier. 1 



20 01 35 

20 13 28 

20 44 00 

20 34 54 

20 19 17 

21 15 14 
21 11 13 
21 14 55 

21 15 58 

22 01 39 

22 18 35 

22 09 06 



D. M. S. 

141 49 07 

140 38 58 

140 05 50 

138 53 08 

137 25 14 

135 58 15 

134 22 44 

131 20 53 

129 22 43 

126 30 02 

124 19 57 

122 23 17 

121 17 17 

119 38 21 

llô 56 22 

114 12 57 

112 58 lS 



Longitude 
orientale, 
par l'horloge 
N° 18. 



22 22 33 112 08 01 



D. M. S. 

142 23 50 

141 16 26 

140 45 10 

139 24 18 

137 55 29 

136 13 36 

134 31 04 

132 13 32 

130 16 37 

125 21 53 

123 06 59 



Longitude 

orientale, 

par les distances 

de la d au O 



120 50 50 

119 03 40 

ll6 19 38 

114 33 26 



Déclinaison 

de l'aiguille. 

Est. 



D. M. S. 



122 07 32 119 33 53 



127 28 27 

122 57 32 
120 18 29 



D. M. S. 

3 53 00 

3 30 00 

3 24 00 

3 04 00 

1 3S 00 

1 11 00 

45 00 

42 00 

16 00 

Ouest. 

25 00 

46 00 

33 00 

23 00 




Epoque, 1786. 



Inclinaison 
de l'aiguille. 



Dècenibre. 17 
18 

20 
21 

22 



24 
25 

26 

27 



29 



31 

1/87- 
Janvier. 1 



Z>. M. 5. 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Therm. 

intérieur, 
observé 
à midi. 



D. 
23,0 

24,0 

23,5 

21,5 
21,0 

21,5 

22,5 

22,5 
22,0 
20,5 

19,5 

20,0 

21,5 

22,0 

20,5 

18,5 
l6 ; 5 

15,5 



Baromètre de Nairne, 

observé 

à g heures du matin, 

et à 3 heures après midi. 



à Q heures. 
P. L. P. 

28 02 09 
Idem 

Idem 

28 03 03} 
Idem 

Idem 

28 03 10} 

Idem- • ■ ■ ■ . 
Idem- ..... 
28 05 064- 



Idcr, 



à 3 heures. 

P. L. P. 

28 01 D7J 

28 02 02-} 

28 01 O/f 

28 02 024- 

28 02 00 



28 03 03] 

Idem ...... 

Idem 

28 04 05 

28 04 114 



Vents, Etat du Ciel, et Re- 
marques. 



04 05 28 03 03} 

28 02 09 

28 02 02} 

28 03 03} 

28 04 lli 

28 04 05 

28 05 064- 



28 


03 


10} 


28 


03 


03} 


28 


03 


104 


28 


04 


ni 


28 


05 


06} 






28 


06 


01 



\ E. N. E. et N. E. petit frais, 

' nuageux. 

j E. N. E. variable à l'O. S. O. 

\ par le S. frais, nébuleux. 

| O. S. O. variable au N. N. O. 
par l'O. petit frais, beau. 

N. O. et N. petit frais, beau. 

N. N. O. au N. E. par le N. 
petit frais, beau. 

N. E. et E. N. E. joli frais, 
nuageux. 

E. N. E. et N. E. petit frais, 
nuageux. 

N. E. et N. N. E. grand 
frais, nuageux. 

N. E. et N. joli frais, idem. 

N. N. O. et N. N. E. gros 
frais, nébuleux. 

N. N.E. et E. idem, nuageux, 
pluie. 

N. E. et E. joli frais, nua- 
geux. 

E. et E. S. E. frais, nua- 
geux. 

E. S. E. et N. N. E. par l'E. 
joli frais, nuageux. 

N. E. et E. N. E. bon frais, 
couvert, petite pluie. 

N. E. frais, brouillard. 

N. E. et E. N. E. joli frais, 
h roui] lard. 

N. E. variable au N. O. par 
le N. joli frais, couvert, , 
petite pluie. 

N. et N. E. petit frais, cW-- 



vert. 



■ 



TOME II, 



*o 



^ 



Epoque, I/87. 



Latitude 

Nord, 

observée à raidi. 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Janvier- 
février. 



D. M. 



Séjour à Macao. 




Avril. 



9 
10 

11 

12 
13 
14 
15 
16 

17 
18 

19 
20 
21 

22 

23 

10 

11 
12 
13 
14 
15 
16 

17 
18 

19 
20 
21 



20 52 54 

19 5S 56 

18 53 09 

18 30 12 

18 13 15 

18 11 45 

18 18 4(5 

17 58 55 

18 05 48 
18 02 44 
17 41 
15 47 



29 
33 



14 50 58 
14 33 12 

("14 25 00 7 

{_ SéjouràCavite. J 



eu 29 15 

\ Départ de Ca- 
(vite. 

15 21 06 

15 43 41 

16 16 16 
15 52 52 

17 06 11 

17 32 01 

18 12 33 

19 31 36 
21 00 28 
21 27 41 



Latitude 

Nord, 

estimée à midi. 



D. M. S. 



21 §4 00 

22 02 42 
21 53 33 
21 19 00 
20 55 13 
19 54 56 
19 00 02 
18 29 54 
18 19 57 
18 09 24 
18 19 09 
17 47 31 
17 44 28 
17 44 51 
17 25 20 
15 44 05 
15 00 51 
14 31 10 

14 26 42 



15 48 15 

16 10 23 
1(5 46 22 

17 06 49 

17 33 26 

18 04 04 

19 21 18 

20 52 45 

21 18 37 
21 45 02 



Longitude 

orientale, 

estimée à midi. 



D. M. S. 



111 

112 

112 

112 

113 

115 

115 

116 

117 

117 

118 

118 

118 

118 

117 

117 

117 

117 



47 04 

33 39 

36 01 

58 43 



40 
01 

57 



18 

26 
33 



29 11 

05 36 

51 35 

16 23 
27 25 
20 00 
10 38 
46 08 

17 30 
17 53 
56 14 



118 26 24 



117 25 07 

117 10 13 

116 56 32 

117 10 38 
117 17 32 
117 22 07 
117 14 00 

117 11 26 

118 29 00 
117 34 59 
117 20 13 



Longitude 

orientale, 

par les distances 

de la d au O , 
rapportée à midi 



Longitude 

orientale, 

- par l'horloge 

N° 18, à midi. 



D. M. S. 



D. M. S. 



S Long' 
£ l'observ; 



tude de 
atoire. 



112 
113 
114 
115 
116 
116 
117 
117 
118 
118 
118 
118 
117 
117 
117 



59 48 

54 11 

53 09 

32 35 
06 30 
49 10 

25 43 

54 40 
24 58 
21 50 

26 09 
26 45 
37 03 

33 02 
58 28 



118 35 05 

117 12 40 

117 06 29 

116 53 04 

117 14 57 
117 23 53 
117 35 15 
117 24 36 
117 16 32- 

117 09 ie 

117 08 21 

116 53 50 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 




Longitude 

orientale, 

par l'horloge 

N & 18, à midi. 



D. M .S. 



116 


45 


31 


U7 


12 


56 


117 


38 


40 


117 


32 


51 


116 


17 


43 


117 


44 


03 


H7 


37 


23 


117 


40 


15 


117 


50 


52 


113 


14 


46 


119 


17 


26 


119 


18 


10 


119 


51 


56 


120 


27 


05 


120 


38 


53 


121 


19 


24 


121 


25 


51 


121 


07 


07 


121 


14 


56 


121 


36 


56 


121 


45 


27 


121 


59 


56 


121 


57 


15 


121 


50 


19 


121 


51 


56 


121 


52 


58 


121 


41 


38 


122 


05 


28 


122 


23 


48 


124 


04 


04 


124 


36 


21 


125 


41 


58 


126 


39 


29 


127 


04 


56 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE 



Epoque, 1787. 


Longitude 
par l'horloge N° 18, 

à midi, corrigée 
d'après les observa- 
tions d'e distances 
dela([ au©, et telle 
qu'on l'a employée 
sur la carte. 








D. M. S. 






Avril. 22 


116 41 47 






23 
24 


117 08 53 
117 34 îg 






25 


117 28 11 






26 


116 12 44 






27 


117 38 46 




■ 


28 


117 31 47 






j 29 


117 34 20 






30 


117 44 3g 






ikf»i. 1 


118 08 14 




- 


! 2 


119 09 26 






3 


119 08 43 






4 


119 41 01 






5 


120 14 42 






6 


120 25 03 






7 


121 04 06 






8 


121 09 05 






9 


120 48 54 






10 


120 55 15 






1 11 


121 15 48 






12 


121 22 51 






13 


121 35 52 






14 


121 31 44 






15 


121 23 20 






l6 


121 23 29 






17 


. 121 23 04 






18 


121 10 16 






19 


121 32 38 


/ 




20 


121 49 31 






21 


123 28 19 






22 


123 5g 08 






23 


125 03 18 






24 


125 5g 21 






25 


126 23 20 




- 




Latitude 

Nord, 

observée à midi. 




26 

27 

28 

2.9 

30 

31 

1 

2 

3 

A 

5 

6 

7 



9 
10 
] 1 
12 
13 
14 
15 
16 

17 

18 

19 
20 
21 
22 
23 
24 
25 
26 
27 
28 



7). M. S. 

35 27 19 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



36 40 00 

37 13 32 

38 14 11 
38 24 00 

11 45 

37 39 02 

37 18 00 

38 0/ 00 

37 43 36 

38 32 53 

39 25 57 

40 57 34 

41 57 17 

42 32 48 

42 45 13 

43 29 44 

43 50 17 

44 03 00 

44 11 10 

44 30 00 

44 44 14 

44 54 00 

45 07 39 



45 10 41 

46 02 38 



Latitude 

Nord, 

estimée à midi. 



D. M. S. 

35 30 44 

36 18 28 

36 35 58 

37 08 26 

38 09 17 
38 24 41 
38 13 21 
37 42 48 
37 25 57 
37 12 21 
37 54 01 

37 46 12 

38 23 21 

39 15 29 

40 15 09 

41 00 27 



42 06 
42 45 



42 44 

43 31 



43 
51 
15 

22 
50 17 



32 

59 
56 
16 



43 55 

44 04 
44 08 
44 28 
44 38 43 

44 49 59 

45 04 14 
45 08 00 
45 1 1 42 



45 10 21 
40 05 08 



Longitude 

orientale, 

estimée à midi. 



D. M. S. 



12Ô 
127 
127 
127 
128 
129 
130 
131 
131 
132 
133 
133 
133 
132 
131 
130 
130 
131 
131 
132 
133 
133 
134 
134 
134 
134 
134 
135 
135 
134 



20 55 

07 05 

20 39 

55 47 

42 40 

37 00 

37 02 

16 28 

49 59 

36 01 

00 03 
58 12 
55 54 

43 56 
16 58 
40 44 
48 45 
20 09 
48 21 
58 38 

31 49 
53 22 
05 55 
28 30 
35 03 

32 39 
57 21 
10 10 

01 45 
51 49 



134 51 51 

135 28 53 

136 45 55 



Longitude 

orientale, 

par les distances 

de la d au 0, 

rapportée à midi. 



Longitude 

orientale, 

par l'horloge 

N° 18, à midi. 



D. M. S. 



133 40 04 



131 12 34 

131 31 49 

Le 1 er de ces 3 
résultats est parun 
milieu entre 48 
observ. orient, le 
2= par 3S0 obs. 
orient, le 3- par 
396 observations 
orient. 



135 42 11 

Par un milieu en- 
tre 20 obs. occid. 



Au mouillage. 



Au mouillée. 



D. M. S. 



128 03 

128 51 

128 46 

129 20 

130 08 

131 07 

132 08 

132 47 

133 05 

133 55 

134 26 

135 32 
135 35 
134 02 
133 18 
132 10 

132 32 

133 05 

133 24 

134 40 

135 05 
135 20 
135 33 

135 57 

136 05 
136 17 
136 31 
136 28 
136 23 
136 ig 



14 
51 

57 
49 
27 
23 
04 
34 
12 
56 
20 
01 
23 
25 
00 
03 
42 
11 
51 

57 
56 
16 
03 
56 
43 
25 
12 
33 
15 
51 



136 26 56 1 

5 

137 39 32 



Epoque, lffif. 



Mai. 



Juin. 



Longitude 
par l'horloge N° 18, 

à midi,' corrigée- 

d'après les observa 

tions de distances 

delà ([ an 0, ettelli 

qu'on l'a employée 

sur la carte. 



D. M. S. 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE 



26 


127 


20 


11 


V 


128 


07 


20 


28 


128 


00 


58 


29 


128 


33 


23 


30 


12Q 


20 


03 


31 


130 


17 


02 


1 


131 


16 


15 


2 


131 


53 


50 


3 


132 


09 


34 


4 


132 


58 


23 


5 


133 


2ô 


53 


6 


134 


30 


39 


7 


134 


32 


07 


8 


132 


57 


14 


9 


132 


10 


55 


10 


131 


01 


03 


il 


131 


21 


48 


12 


131 


52 


22 


13 


132 


10 


OS 


14 


133 


24 


19 


15 


133 


47 


24 


16 


133 


59 


59 


17 


134 


10 


52 


18 


134 


34 


01 


19 


134 


40 


04 


20 


134 


50 


02 


21 


135 


02 


05 


22 


134 


57 


42 


23 


134 


55 


40 


2-1 
2.5 


134 


45 


33 


2(3 

2/ 


134 


47 


26 


28- 


135 


58 


18 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Longitude 

orientale, 

parles distances 

de la d au 0, 

rapportée à midi 



Longitude 

orientale, 

par l'horloge 

N° 18, à midi. 



D. 


M. 


S. 








■Au 


...... 




mouill 


âge. 



M. S. 

138 52 17 

138 58 20 

139 02 53 
139 10 33 

139 12 56 

139 19 22 
130 40 21 

140 54 43 

141 15 08 

141 19 56 

141 33 32 

141 56 00 




Epoque, 1787. 



Juin. 29 

30 

Juillet. 1 

2 
3 
4 
5 
6 
7 

8 

9 

10 139 29 58 

11 139 50 32 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



Longitude 
orientale, par l'hor- 
loge N* 18, à midi, 
:orrigée d'après les 
observations de di- 
stances de la 
d au 0, et telle 
qu'on l'a employée 
sur la carte. 



D. M. S. 

137 09 19 

137 13 44 

137 16 27 

137 22 13 

137 20 47 

137 25 19 

137 44 24 

138 56 52 

139 15 23 
139 18 16 



12 

13 
14 
15 
1S 

17 
18 

10 
20 
21 
22 
23 
24 
25 
26 

2/ 
28 



TOME II, 



(139 49 28 
(139 57 54 

139 30 45 

139 06 51 

138 59 38 

138 46 05 

138 48 14 

139 52 22 

140 00 37 
140 00 39 
139 56 28 
139 58 35 
139 36 45 
139 05 04 
139 10 33 

139 22 29 



W\ 



Au mouillage. 



Au mouillage 



Le 27, à trois 
| heures du soir, 
| mouillé dans la 
baiedeCastries, 



fil 



MMMpI IMMMVWBMI 



2 R 



3^ 



;0G 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1/87- 



Juillet. 



ioût. 




W 

30 

31 

1 

2 

3 

•4 

5 

6 

7 



Latitude 

Nord, 

observée à midi. 



D. M. S. 



10 

11 

12 
13 
14 
15 
16 

17 

18 
19 

20 

21 
22 
23 
24 
25 



51 21 15 

50 50 20 

50 38 08 

50 23 06 

4Q 12 48 

48 26 21 

46 47 58 

45 56 57 

45 20 31 

45 29 14 

46 00 38 

46 09 31 

45 58 47 

46 19 51 



47 09 02 

47 14 58 

47 11 38 

47 23 05 



Latitude 
_ Nord, 
estimée à midi. 



D. M. S. 



51 25 24 

50 51 57 

50 35 08 

50 22 23 

50 08 21 

49 14 45 

48 23 54 

46 50 00 

46 06 34 

45 41 32 

45 28 08 

45 30 34 

46 10 27 
46 21 08 
46 09 08 
46 06 52 
46 08 53 

46 35 18 

47 08 54 
47 13 59 
47 10 04 
47 23 11 
47 31 32 
47 22 38 



Longitude 

orientale, 

estimée à midi. 



D. M. S. 



139 
139 
139 
139 
139 
139 
139 



35 50 

00 15 

30 16 

11 20 

40 59 

09 48 

40 24 



139 59 51 



140 
140 
140 
141 

142 
143 
143 
144 
145 

147 

148 
147 
148 
149 
149 
149 



15 41 
30 53 



48 
13 
30 
27 
43 
35 
51 



08 

55 

09 
11 



45 
29 
19 
04 

19 
12 

18 

30 

12 
41 
31 

28 



39 07 
32 05 



Longitude 

orientale, 

par les distances 

de la (î au ©, 

rapportée à midi. 



D. M. S. 



, Par un milieu, 
(entre 308 dist. 
)de (£ à 0,orien-j 

w , 

V.139 38 46. 



Par un milieu, 
entre lôO dist. 
Ide (JùQ, occ- 
identales. 

.145 22 25 



Longitude orientale, 
par l'horloge N° 18, 
en supposant la lon- 
gitude de la baie de 
Castiies de 133*45' 

11", et le retard 

journalier du N° 18 

de 0' 40" 46"'. 



D. M. S. 



139 32 54 

138 46 24 

139 39 03 
139 11 44 

139 37 00 

139 00 49 

139 25 33 

139 31 53 

139 53 09 

140 09 00 

140 27 54 

141 08 19 

142 20 36 

143 24 24 

143 54 57 

144 27 01 

145 49 41 

147 35 14 

148 02 00 
147 21 00 

147 34 28 

148 48 50 

149 16 00 
149 47 00 










VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Epoque, 1787" 



Août. 27 

28 
29 
30 
31 

Septembre. 1 
2 



Latitude 

Nord, 

observée à midi. 



D. M. S. 

47 10 44 

45 50 00 

48 29 05 

49 19 31 



50 58 49 
52 29 09 
52 46 21 



Latitude 

Nord, 

estimée à midi. 



D. M. S. 

47 21 50 

47 04 44 
46 22 5Q 
46 18 11 
46 07 57 
46 50 21 

48 29 42 

49 26 08 



50 27 16 

51 11 13 

52 30 4Q 

52 44 39 

Au mouillage. 

53 00 39 



Longitude 

orientale, 

estimée à midi. 



D. M. S. 



34 
53 



149 35 

149 05 

149 23 50 

150 04 41 

151 05 26 

152 44 40 

154 39 51 

155 52 07 



155 42 58 

156 04 01 
156 03 23 
155 26 18 

Au mouillage. 

155 14 27 



D. 




Longitude 

orientale, 

par les distances 

delà î au G, 
rapportée à midi. 



Longitude orientale, 
par l'horloge N° 18, 
en supposant la lon- 
gitude de la baie de 
Castries de 13Rd 45' 
1", et le retard jour- 
nalier du N° 18 de 
0' 40" 46'". 



Milieu entre 224 
(dist. de î à £,j 
orientales. 

157 06 44' 

Milieu entre 32 
| dist. de (J à 0,,| 
orientales. 

157 13 45 



149 

149 
149 
150 
151 
153 
155 



M. S. 

50 og 

21 15 

43 00 

27 16 

28 00 
11 00 
21 22 



156 36 20 



156 32 58 



157 20 06 




Wï 



La Table suivante avait été adressée, séparément du Journal de la Pérouse, par 
Dagelet à l'ex-ministre de la marine Fleurieu, qui me l'a communiquée. Quoique 
l'explication de cette Table, et particulièrement celle de la colonne des correc- 
tions, ne présente pas tout le développement qu'on pourrait désirer, j'ai jugé que 
la publication de ces pièces, telles qu'elles sont, pouvait être de quelque utilité pour 
les navigateurs et les astronomes. (N. D. R.) 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE 



E X P 




O N 



De la Table suivante des Longitudes, depuis le 1 1 Avril jus au au 

7 Septembre, 1787. 



I^es observations de distances de la ïune au soleil, tant à l'orient qu'à 
l'Occident, ont été très-multipliées pendant la navigation dans les mers de la 
Tartarie orientale, jusqu'à la baie d'Avatscha ; elles ont fourni de fréquentes oc- 
casions de vérifier la marche de l'horloge marine N° la, en comparant les 
longitudes qu'on.obtenait par les distances, avec celles que l'horloge aurait don- 
nées, si l'on eût supposé que, durant toute cette navigation, elle avait conservé 
le mouvement journalier qu'on avait conclu des observations faites à Cavité. 

La première colonne de longitude présente, jour par jour, la longitude du 
vaisseau, rapportée à l'époque de midi, telle que la donnait l'horloge N° la, 
d'après son mouvement journalier constaté à Cavité, et en supposant que ce 
port est situé à 117 d 30' à. l'Orient de Paris, ainsi qu'on l'avait conclu de 3a dif- 
férence de méridien que l'horloge avait donnée entre Macao et Cavité, toutes 
corrections faites. Un milieu entre les résultats de quelques observations de 
distances occidentales donnait la longitude de Cavité de 1 17 d 5(Y ; mais, en rap- 
portant à ce port les observations faites à Macao, Dagelet pensait que ce résultat 
est trop fort de 13' à 15' g". Il avait observé plusieurs occultations de petites 
étoiles par la lune, d'après lesquelles il se proposait de lever le doute qui pouvait 
rester sur la longitude de Cavité, parce qu'il était certain d'avoir déterminé la 
position de ces astres sur les journaux de son observatoire de l'école militaire. 

La colonne des corrections indique celle qu'il faut appliquer chaque jour à la 
longitude du N° 1 9, pour avoir la longitude vraie, portée dans la dernière co- 
lonne. 





TF~>*TV-^Br 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Dageîet n'explique pas la méthode qu'il a employée pour dresser la colonne 
des corrections : on sait seulement qu'après avoir évalué l'avance ou le retard de 
l'horloge dans l'intervalle de deux suites d'observations orientales et occidentales, 
par la comparaison de ses résultats avec le résultat moyen de chaque suite, il en 
a déduit l'erreur de l'horloge aux différentes époques d'observations de distances ; 
et il en a conclu, par la voie de l'interpolation, les corrections pour les jours 
intermédiaires, 



$ 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE 



Epoque, 1787. 



Avril. 



Mai. 



11 
12 
13 
14 
15 
16 

17 

18 

39 
20 
21 
22 
23 
24 
25 
26 

27 

28 

29 

30 

1 

2 

3 

4 

5 

6 

7 
8 

9 
10 
11 
12 

13 
14 
15 



Latitude. 


D. 


M. 


S. 


15 


18 


8 


15 


45 





16 


11 


53 


16 


46 


33 


17 


3 


4 


17 


30 


49 


18 


9 


52 


19 


30 


54 


20 


5; 


49 


21 


25 


13 


21 


39 


Estim. 


22 


3 


31 


22 


1 


36 


22 


23 


45 


22 


49 


38 


22 


55 


28 


22 


35 


1 


22 


53 


27 


23 


24 


46 


22 


10 


18 


21 


45 


Estim. 


21 


38 


5 


21 


44 


51 


22 


14 


Estim. 


23 


4 





24 


28 


50 


20 


4 


55 


27 


10 


5 


27 


42 


28 


28 


21 


Estim. 


29 


25 


Estim. 


29 


46 


23 


30- 







Longitude, 

par le N° 19. 

Cavité à 117,, 30' E. 

Paris. 



D. M. S. 



117 


37 


36 


116 


59 


30 


117 


23 


15 


117 


21 


30 


117 


39 


45 


117 


24 


7 


117 


18 


15 


117 


39 


30 


117 








116 


55 


45 


117 


41 


30 


117 


41 


30 


116 


41 


15 


116 


17 


30 


117 


34 


15 


117 


23 


30 


117 


17 


45 


117 


39 


15 


119 


8 


50 


119 


10 


7 


120 


6 


45 


120 


29 


15 


121 


5 


40 


120 


50 





120 


54 


45 



121 34 30 
121 34 30 



Corrections. 



+ 
+ 
+ 
+ 
+ 
+ 
+ 
+ 
+ 
+ 
+ 
+ 
+ 
-f 
+ 
+ 
+ 
+ 
+ 
+ 
4- 
+ 
+ 
+ 
-f- 
+ 
+ 
+ 

+ 
+ 
+ 

+ 
+ 
+ 




M. S. 

26 31 

29 16 

31 44 

33 55 

35 48 

37 15 

38 35 

39 38 

40 24 

40 55 

41 10 
41 9 
40 51 
40 13 
39 49 
38 55 
38 O 



37 
36 
35 



34 10 
33 10 



32 
31 
30 



28 55 

27 47 

26 38 

25 28 

24 17 



23 
21 



5 
46 



20 16 
18 38 
16 53 



118 4 7 

117 2S 46 

117 54 5g 

117 55 25 

118 15 33 

118 2 42 

117 57 53 

118 19 54 
117 40 55 

117 36 54 

118 22 21 
118 21 43 

117 21 4 

116 58 25 

118 12 15 

118 O 34 

117 53 52 

118 14 24 

119 42 

119 42 16 

120 36 46 

120 58 10 

121 33 27 
121 22 38 
121 20 13 



121 54 46 
121 53 8 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 











Longitude 










Epoque, 1787. 


Latitude. ■ 


p.ir ie N° l.Q. 
Cavité à 117 1 30' E. 


Corrections. 


Longitud 


e vraie. 








Paris. 












D. 


M. S. 


D. M. S. 




M. S. 


D. M. 


S. 


Mai. 16 








+ 
+ 

+ 


15 4 
13 4 
10 53 




„ 


17 
18 


31 
31 


Dout. 








14 35 


121 22 50 


121 33 


8 


19 

20 


31 


4,5 15 






8 30 
5 53 






32 


17 


121 57 15 


122 3 


8 


; i\ 


32 


33 50 


123 30 15 


+ 


3 3 


123 33 


18 


22 


32 


56 42 


124 3 25 


+ 


4 


124 3 


29 


23 


33 


41 12 


125 6 30 


— 


2 45 


125 3 


45 


24 


34 


22 26 


126 11 50 


— 


5 19 


- 126 6 


31 


25 


34 


28 26 


126 28 50 


— 


7 36 


126 21 


14 


26 


35 


28 41 


127 14 26 


— 


9 34 


127 4 


52 


27 


36 


33 46 


127 54 14 


— 


11 18 


127 42 


56 


28 


36 


39 51 


127 50 25 


— 


12 24 


127 38 


1 


29 


37 


9 5 


128 39 44 


— 


13 55 


128 25 


49 


30 


38 


9 25 


129 24 15 


— 


J4 48 


129 9 


30 


31 


38 


22 14 


130 23 15 


— ■ 


15 20 


130 7 


55 


Ja/'/z. 1 


38 


9 27 


131 15 15 


— 


15 35 


130 59 


40 


2 


37 


37 21 


131 52 42 


— 


15 39 


131 37 


3 


3 
4 


37 


19 3 


132 11 30 


— 


15 37 


131 55 


53 












15 34 






5 


38 


6 21 


133 18 14 


— 


15 30 


133 2 


44 


6 


37 


39 12 


134 30 10 


— 


15 25 


133 14 


45 


7 


38 


28 24 


134 35 30 


— 


15 19 


134 20 


11 


8 
9 


39 


16 58 


133 11 45 


— 


15 12 


132 56 


33 








— - 


15 4 






10 


40 


48 35 


131 19 56 


— 


14 55 


131 5 


1 


1 1 


41 


54 46 


131 35 30 


— 


14 44 


131 20 


46 


12 


42 


35 46 


132 3 45 


— 


14 32 


131 49 


13 


13 


42 


47 4 


132 20 30 


— 


14 19 


132 6 


11 


14 


43 


32 31 


133 36 20 


— 


14 5 


133 22 


15 


15 


43 


53 Estim. 




— 


13 50 










16 


43 


54 20 


134 8 15 


— 


13 34 


133 54 


41 


17 


44 


20 Estim. 

7 30 
30 






13 17 
12 51 
12 13 






18 


44 










19 


44 


134 52 30 


— 


134 40 


17 



'«M HP 









y-\j ± kj 


UA XJU 


iVlUINUii. 






i 








L 


Dngitude 








"_ 


Epoque, ] 


787. 


Latitude. 


par 
Cavité 


le N° 19. 
i 117<»30'E 


Corrections. 


Long 


itude 


vraie. 










Paris. 








S. 






D. M. S. 


î>. 


M. S. 


M. S. 


D. 


M, 


Juin. 


20 
21 
22 


44 43 


135 


1 15 


— 11 36 


134 


49 


39 


45 1 05 


135 


22 30 


— 10 45 


135 


11 


45 




23 


45 9 32 


135 


5 53 


— 10 23 


134 


55 


30 




24 


45 10 32 


134 


51 15 


— 10 10 


134 


41 


5 




25 


Lat, du mouillage 


Lon.d 


a mouillage 








: 




26 


45 H 16 


134 


51 15 


— 10 1 










V 


45 1 1 43 


134 


54 45 


— 10 3 


134 


44 


42 




28 


46 4 4 


136 


4 19 


— 10 9 


135 


54 


10 




29 


46 50 18 


137 


14 23 


— 10 19 


137 


4 


4 


Juilhi. 


30 
1 


47 19 16 
47 50 5 


137 

137 


12 5 
2 30 


•— 10 33 
— 10 53 


137 
136 


1 
51 


32 
37 




2 


47 44 . . . 


137 


24 


— 11 18 


137 


12 


42 


- 


3 
4 


............ 






— 1 1 28 

— 11 48 
















5 


47 43 12 


137 


28 


— 12 8 


137 


15 


52 J 




6 


47 57 41 


137 


59 45 


— 12 30 


137 


45 


15 j 




7 


48 29 15 


138 


53 46 


— 12 53 


138 


40 


53 




8 


48 19 51 


139 


21 


— 13 18 


139 


7 


42 




9 


48 16 30 


139 


34 


— 13 44 


139 


20 


16 




10 


4S 22 34 


139 


37 15 


— 14 11 


139 


23 


4 




il 


48 6 2 


139 


56 


— 14 39 


139 


41 


21 




12 


47 53 4 


140 


30 


— 15 16- 


139 


45 


14 




13 


47 49 10 


140 


28 42 


— 15 58 


140 


12 


44 




14 
15 
16 


48 15 30 






— 16 39 

— 17 23 

— 18 10 
















18 








— 19 13 

— 20 40 
















19 








— 22 20 
















20 
21 


49 27 40 
49 50 35 


140 


1 1 48 


— 24 " 14 

— 26 15 


139 


47 


34 






j 




22 
23 

24. 


50 31 15 

50 53 26 

51 26 27 


140 
140 
140 


9 52 
18 ... 
10 30 


— 28 36 

— 30 56 

— 33 21 


139 
139 
139 


41 
47 
37 


16 

4 

9 


TOME II 




















VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 




1 








Longitude 




| 




Epoque, 1/87- 


Latitude 




par le N° 19. 

Cavité à 117 d 30'E. 

Paris. 


Corrections. 


Longitude vraie. 






D. M. 


S. 


D. M. s. 


M. S. 


D. M. S. 




Juillet. 25 


51 28 





139 26 15 


— 35 42 


138 50 32 




16 








— 37 43 




1 










17 


51 29 


43 


139 43 15 


— 39 38 

— 41 26 


139 5 




28 

29 
30 
31 


51 28 


30 


139 19 l 7 


— 43 13 


138 36 4 






















Août. 1 






139 20 47 


— 48 


138 32 47 










2 
3 






140 18 18 


_ 49 31 
— 51 


139 27 18 




51 20 







4 ' 


50 40 


31 


139 28 30 


— 52 26 


138 36 4 




5 


50 38 


25 


140 22 22 


— 53 58 


139 28 24 




6 


50 20 


45 


139 58 15 


— 55 40 


139 02 35 




7 


49 •■• 






— 57 32 






8 


48 14 


7 


139 49 55 


— 59 34 


138 50 21 




9 


48 25 


40 


140 13 30 


— 61 22 


139 12 8 




10 


40 46 


45 


140 27 


— 63 9 


139 23 51 




n 


45 57 


33 


140 42 15 


— 63 36 


139 38 39 




12 


45 56 


30 


140 42 15 


— 64 47 


139 37 28 




13 


45 20 


12 


141 27 37 


— 65 38 


140 21 59 




14 


45 29 


4 


142 7 20 


— 66 15 


141 55 




15 


46 9 


55 


143 24 7 


— 66 59 


142 17 8 




16 

17 






, „ „ (,„„««,»». 


— 67 20 






46 9 





145 01 15 


— 67 33 


143 53 42 




18 


45 55 


4-7 


145 22 47 


— 67 34 


144 15 13 




39 


46 20 


27 


146 54 45 


— 67 23 


145 47 22 




20 


46 29 


30 


148 48 57 


_ 66 59 


147 41 58 




21 


47 8 


20 


149 33 37 


— 66 37 


14S 27 




22 


47 16 


22 




— 66 16 










23 


4-7 11 


39 


148 50 22 


_ 66 16 


147 43 56 




24 


47 22 


9 


149 53 30, 


— 66 40 

— 67 13 


148 46 50 




25 
16 

27 






— 68 11 


' 




47 12 


32 


150 53 25 


_ 68 56 


149 29 




28 


47 7 





150 36 ... 


— 69 41 


149 26 18 




f — ■ — — — — 











VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 




— , ~- 

Epoque, 


1787. 


L 


atitude. 


Longitude 

par le N° 19. 

Cavité à U7 d 30'E. 

Paris., 


Corrections. 


Longitude 


vraie. 


Août. 
Septembre. 


29 
30 
31 
1 
2 
3 
4 
5 
6 
7 


B, 


M. S. 


D. M. S. 
152 6 10 

156 33 30 

157 56 

158 48 07 
158 46 15 
158 9 10 


r — 

M. S. 

— 70 38 

— 71 28 

— 72 20 

— 73 14 

— 74 1 1 

— 75 10 

— 75 13 

— 77 12 

— 78 12 

— 79 H" 


D. M. 
150 54 

155 ig 

156 40 

157 30 
157 28 
156 49 


S. 

42 

19 
50 

55 
3 

59 


45 


55 13 




48 
49 


25 
19 30 


50 
52 
52 


57 30 
28 5Q 
48 20 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



EXTRAIT 

D'un Voyage au Pic de Ténérife, par MM. de Lamanon et 
Monges, Je 24 Août, 1785, et Précis de quelques expérien- 
ces chimiques faites sur le haut de ce Pic, avec une description 
de nouvelles variétés de schorls volcaniques. 

J— «e cratère du Pic est une vraie soufrière, qui a la plus grande 
analogie avec celles d'Italie ; il a environ cinquante toises de longueur sur 
quarante de large, et s'élève rapidement de l'Ouest à l'Est. 



Sur les bords du cratère, et sur-tout vers la partie la plus basse, sont 
plusieurs soupiraux ou cheminées, d'où s'exhalent des vapeurs aqueuses et 
acides sulfureuses, dont la chaleur fit monter le thermomètre de o degrés 
jusqu'à 34-. L'intérieur du cratère est couvert d'une argile jaune, rouo-e, 
et blanche, et de blocs de laves décomposées en partie : sous ces blocs, on 
trouve des cristaux de soufre superbes ; ce sont des cristaux de forme oc- 
taèdre rhomboïdale, dont quelques-uns ont près d'un pouce de hauteur ; 
je crois que ce sont les plus beaux cristaux de soufre volcanique que l'on 
ait encore trouvés. 

L'eau qui s'exhalait des soupiraux était parfaitement pure, et nullement 
acide, comme je m'en suis assuré au goût et par quelques expériences. 

L ! élévation du Pic au-dessus du niveau de la mer, de près de dix-neuf 
cents toises, m'engagea à y faire plusieurs expériences de chimie, pour les 
comparer avec ce qui se passe dans nos laboratoires : j'en donne ici sim- 
plement les résultats ; les détails seraient trop longs pour une lettre. 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

La volatilisation des liqueurs, et le refroidissement qu'elle produit, fu- 
rent très-considérables -, une minute suffit pour la volatilisation d'une assez- 
forte dose d'éther. 

L'action des acides sur les métaux,, les terres, et les alcalis, fut lente, et 
les bulles qui s'échappaient durant l'effervescence, étaient beaucoup plus 
grosses qu'à l'ordinaire. La production des vitriols offrit des phénomènes 
singuliers ; celui de fer prit tout d'un .coup une belle couleur violette, et 
celui de cuivre se précipita subitement d'une couleur bleue très-vive., 

j'examinai l'humidité de l'air, au moyen de l'hygromètre, de l'alcali pur >v 
et de l'acide vitriolique, et j'en conclus que, hors de la direction des va- 
peurs aqueuses, l'air était très-sec ; car au bout de trois heures l'acide vi— 
triolique n'avait presque pas changé de couleur ni de pesanteur : l'alcali 
fixe était resté sec, excepté vers les bords de la capsule, où il était un peu 
humide; et l'hygromètre marquait 64 degrés, autant que le vent impé- 
tueux que nous éprouvions put nous permettre d'en juger. 



L'odeur et la force des liqueurs nous parurent n'avoir presque rien perdu 
à cette hauteur, ce qui contredit toutes les merveilles que l'on avait racon- 
tées jusqu'à présent : l'alcali volatil, l'éther, l'esprit-de-vin, avaient la- 
même force. La liqueur fumante de Boyle est la seule qui eu t. perdu très- 
sensiblement de son énergie ; son évaporation n'en fut pas moins très- 
prompte, et en trente secondes, une certaine quantité que j'avais versée 
dans une capsule, fut toute volatilisée ; il n'y resta plus que du soufre, qui 
rougissait les bords et le fond. En versant dans cette liqueur de l'acide 
vitriolique, elle détonna avec beaucoup d'énergie, et les vapeurs qui s'éle- 
vèrent, avaient un degré de chaleur très-sensible. 

j'essayai de former de l'alcali volatil en décomposant le sel ammoniac: 
avec de l'alcali fixe ; mais la production fut lente et peu sensible, tandis 
qu'au niveau de la mer,, cette production, par la même dose, me parut 
prompte et très-abondante. 




VOYAGE AUTOUR DU. MONDE. 

Curieux de connaître la nature des vapeurs qui s'exhalent à travers le cra- 
tère, et s'il y en avait d'air inflammable, d'air fixe, et d'acide marin, je fis 
les expériences suivantes. J'exposai au bord d'un soupirail, dans une cap- 
sule, de la dissolution nitreuse d'argent; elle y resta plus d'une heure au 
milieu des vapeurs qui s'exhalaient continuellement, sans altération sensible, 
ce qui annonce bien qu'il ne s'exhalait aucune vapeur d'acide marin ; j'y 
versai alors quelques gouttes d'acide marin ; il y eut, sur-le-champ, préci- 
pitation d'argent corné ; mais au lieu d'être blanc, comme à l'ordinaire, il 
fut d'un beau violet noir, qui devint bientôt gris, et sous forme de petits 
cristaux écaiîleux, sensibles à l'œil, et encore plus à la loupe, tels que M. 
Sage les a observés. [Voyez Min. doctm.) je crois avoir droit d'attribuer 
aux vapeurs d'air inflammable l'altération de la couleur, d'après quelques 
expériences que j'ai faites sur la précipitation de l'argent corné dans l'air 
inflammable. De l'eau de chaux, exposée pendant trois heures sur le bord 
du cratère, et dans le voisinage d'un soupirail, ne se couvrit d'aucune pel- 
licule, à peine y apercevait-on quelques filets ; ce qui prouve, je crois, que 
non-seulement il ne s'exhale point de vapeurs d'air fixe par le cratère, mais 
encore que l'air atmosphérique qui repose dessus, en contient infiniment 
peu, et que les vapeurs inflammables et acides sulfureuses y sont les seules 
considérables et sensibles. 




L'électricité atmosphérique était assez considérable, puisque l'électro- 
mètre de M. Saussure, tenu à la main, à la hauteur d'environ cinq pieds, 
indiquait trois degrés, tandis qu'à terre il n'en marquait qu'un et 'demi. 
Cette électricité était positive. 



La violence du vent m'empêcha de faire, sur le cratère même, l'expéri- 
ence de l'eau bouillante -, mais redescendue à la fontaine glacée, elle ce 
soutint bouillante, le thermomètre plongé dedans indiquant 71 degrés de 
Réaumur ; le mercure, dans le baromètre, était, à cet endroit, à 19 pouces 
une ligne. - ■ 

j'ai trouvé de nouvelles variétés de schorls volcaniques : entre autres, 
N° 1, une macle triple, qui appartient à la classe des prismes octaèdres in- 
équilatéraux. 




'VOYAGE AUTOUR DU MONDE'. 

N° 2. Schorl noir en prismes octaèdres inéquilatéraux, terminés par 
des sommets trièdres opposés, dont les plans sont deux grands heptaèdres 
irréguliers, et un petit scalène produit par la troncature de l'angle supérieur» 

N° 3. Prisme hexaèdre comprimé, deux faces plus larges opposées ; 
terminé d'une part par une pyramide tétraèdre- obtuse, à plans trapézoïdaux,, 
et de l'autre par une pyramide hexaèdre composée de six plans trapézoï- 
daux, dont deux, très-petits, sont des biseaux formés sur les arêtes des deux- 
côtés supérieurs du large hexagone du prisme. 

N° 4 . Terminé d'une part comme le sommet du cristal précédent, et der 
l'autre par une pyramide dièdre, dont toutes les arêtes sont rabattues, en. 
biseaux. 

N° 5. Terminé d'une part par un sommet tétraèdre, et de l'autre par, an. 
heptaèdre, composé d'un pentagone irrégulier au centre, de cinq trapézo- 
ïdes sur les côtés, plus un sixième sur un de ses angles,.. 

N° 6. Terminé d'une part par un sommet pentaèdre, composé de quatre 
pentagones, et d'un rhombe au milieu, c'est l'angle formé par la réunion 
des quatre trapézoïdes, qui se trouve tronqué ; et de l'autre, par un som- 
met pentaèdre, qui ne diffère du premier, que parce qu'il se trouve une 
troncature triangulaire sur l'arête des deux trapézoïdes. 

N° 7 '. Schorl noir à prisme hexaèdre, terminé d'une part par un sommet 
heptaèdre composé de deux hexagones irréguliers, de deux pentagones irré- 
guliers, et de trois trapézoïdes, ce sont les deux faces dièdres tronquées sur 
six côtés, et sur l'arête du milieu ; de l'autre part, par un sommet tétraè- 
dre, dont les troncatures forment, 1°. deux grands trapézoïdes, et un rhom- 
boïde, qui n'est que la troncature d'une arête d'un trapézoïde, 2°. deux 
petits trapézoïdes réguliers, et entre les grands et les petits trapézoïdes, trois 
troncatures, la première hexagone, la seconde pentagone, et la troisième 
scalène : la seconde est la troncature de l'angle du sommet, qui serait un 
rhombe sans la troncature hexagone qui lui donne un carré de plus. 






VOYAGE AUTOUR DU MONDE 



ELOGE DE LAMANON, 

PAR LE CITOYEN PONCE, 

Lu dans la séance publique de la société libre des sciences, lettres, 
et arts de Paris, séante au Louvre, le 9 Vendémiaire an 6, 

JL/ORSQu'un homme célèbre vient à terminer une longue et bril- 
lante carrière, illustrée par des actions héroïques ou par des productions 
sublimes, les honneurs rendus à sa mémoire doivent être envisagés plutôt 
comme le tribut de notre reconnaissance, que comme l'expression de nos 
regrets. Alors il a rempli sa tâche, le bien qu'il a fait nous reste, les lu- 
mières qu'il a répandues se propagent ; et une existence plus longue, à un 
âge où l'affaiblissement des organes met un terme aux brillantes concep- 
tions du génie, n'ajouterait plus rien à sa gloire, ni au bonheur de ses sem- 
blables. Mais lorsqu'un jeune homme, doué de rares vertus et de talens 
prématurés, est arraché à la vie par une suite de son dévouement aux scien- 
ces, cette perte doit exciter en nous les plus vifs regrets, puisque l'espoir 
du bien qu'il aurait pu faire est enseveli avec lui dans la tombe. 




Robert-Paul Lamanon, de l'académie de Turin, correspondant de l'acadé- 
mie des sciences de Paris, et membre du musée de la même ville, naquit à 
Salon, en Provence, en 1752, d'une famille ancienne et fort estimée. Je ne 
m'arrêterai pas sur son éducation : si l'homme ordinaire a besoin d'en rece- 
voir une bonne, l'homme de génie sait et doit s'en créer une nouvelle. 
Puîné de sa famille, et par conséquent condamné par l'usage à la vie oisive 
d'un bénéficier, Lamanon vint finir ses humanités à Paris. Déjà il sentait 
pour l'étude des sciences, et, par prédilection, pour cette science sublime 
qui réunit la connaissance de l'universalité des productions de la nature, 

TOME II. £ T 





2E3BT 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 

ce penchant inné, sûr présage des grands succès. Devenu maître de dis- 
poser de sa personne par la mort de son père et celle de son frère aîné, il 
s'empressa de quitter un état pour lequel il ne se sentait aucune vocation. 

Un prélat, alors dans la plus haute faveur à la cour, apprenant que La- 
manon veut quitter son eanonicat, lui propose une somme assez considéra- 
ble pour en obtenir la résignation en faveur de l'un de ses protégés. Le 
chapitre d'Arles ne m'a point vendu mon bénéfice, répond le jeune sémi- 
nariste jje veux le lui remettre tel que je l'ai reçu. La nature l'ayant 
doué d'un sentiment de justice, que les préjugés de sa naissance n'altérèrent 
jamais, il voulut renoncer, par un acte particulier, au barbare avantage que 
lui donnait la loi, et n'accepta de la succession de son père qu'une parÇ 

égale à celle de chacun de ses frères et sœurs. 
o 

Affranchi des entraves de son premier état, Lamanon se livra à l'étude 
avec une ardeur peu commune. Curieux de soulever le voile qui dérobe 
à nos yeux les secrets de la nature, persuadé que l'homme doué du plus 
rare génie n'enfante que de faux systèmes dans le silence du cabinet, con- 
vaincu qu'il faut beaucoup voir, beaucoup observer, et prendre en quelque 
sorte la nature sur le fait, pour pénétrer la sublimité de ses opérations, 
notre jeune savant, plein de ces idées, parcourt la Provence, le Dauphiné, 
la Suisse, gravit les Alpes et les Pyrénées. Son génie s'enflamme et se 
développe tout-à-coup, à la vue de ces vastes laboratoires de la nature. 
Parcourant tour- à-tour la cime des rochers et le fond des cavernes, pesant 
l'air, analysant les corps, il imagine s'être élevé à la connaissance de la. 
création, et conçoit un nouveau système du monde. De retour chez lui, il 
se livre avec une ardeur nouvelle à l'étude de la météorologie, de la mi- 
néralogie, de la physique, et des autres branches de l'histoire naturelle. 

Voulant s'aider des lumières des savans. de la capitale, Lamanon vint à 
Paris*. Ce fut à l'époque de ce voyage qu'il entreprit celui d'Angleterre. 

* Les habitans de la commune de Salon, ayant perdu un procès contre leur seigneur, choisirent 
unanimement Lamanon, dont ils connaissaient l'intégrité et les lumières, pour aller s'ô*jlïciYéf au con= 
sv.i la cassation de l'arrêt inique que la. faveur avait dérobé à la justice. La réponse du jeune savant 3 







a tm 



*-»»KW 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Tourmenté du mal de mer dans la traversée, qui fut très-orageuse, courant 
risque à chaque instant d'être englouti par l'impétuosité des vagues, il se 
fit amarrer au grand mât, pour contempler à loisir ce superbe et terrible 
spectacle. Les éclats de la foudre, le sifflement des vents, le feu des éclairs, 
la rapidité des lames qui le couvraient à chaque instant, tous ces objets si 
effrayans pour un homme ordinaire, mettaient son ame dans une- espèce 
d'ivresse, et il m'a répété plusieurs fois depuis, que cette journée avait été 
la plus belle de sa vie. 

Convaincu que l'attachement d'un homme célèbre élève l'ame, excite 
l'émulation, et devient un aiguillon de plus pour celui à qui l'étude est une 
jouissance, et les sentimens du cœur un besoin, Lamanon s'empressa de 
mériter celui de Condorcet, si connu par ses talens et ses malheurs, à qui 
une secte ennemie de l'ordre et des lois ne put pardonner d'avoir voulu 
poser les bases de la liberté sur les débris de l'anarchie. Cet académicien, 
qui entrevoyait déjà ce qu'il pourrait devenir un jour, l'accueillit avec di* 
stinction, et par la suite lui voua l'amitié la plus tendre. 

Pendant trois années consécutives que Lamanon passa à Paris, il suivit 
exactement les travaux des sociétés savantes qui l'avaient admis dans leur 
sein. Il fat à cette époque, avec Court de Gebelin et quelques autres sa- 
vans et artistes, l'un des fondateurs du musée, dont la pluralité des mem- 
bres est réunie aujourd'hui à la société libre des sciences, lettres, et arts de 
Paris. Parmi difFérens mémoires qu'il a lus dans les séances de ces socié- 
tés, et dont plusieurs sont imprimés, je rappellerai une notice sur Adam de 
Crapone, l'un des plus habiles ingénieurs hydrauliques qui aient existé; 
c'est à cet artiste que nous devons plusieurs canaux d'arrosement qui ferti^ 
lisent nos départemens méridionaux : un mémoire sur les crétins ou créti- 
nage, espèce de goitre, dont sont attaqués les montagnards de Savoie ; ce 

dans cette occasion, est une nouvelle preuve de son rare désintéressement, Comme je suis dans l'in- 
iention, dit-il, d'aller à Paris pour mes affaires particulières, je ne puis accepter les 24 livres que vous 
m'offrez pour chaque jour ; j'accepterai seulement le douzième de cette somme, pour couvrir les dé- 
penses extraordinaires que mes voyages à Versailles pourront m'occasionner. L'affaire lui réussit 
complètement. 






VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

mémoire est rempli d'observations profondes et de réflexions judicieuses \ 
trn autre sur la théorie des vents, notamment sur le vent mistral, fléau dé- 
vastateur des provinces du midi ; ce morceau est un des meilleurs qui aient 
été faits sur cette matière. Nous rappellerons encore un écrit très-lumi- 
neux sur le déplacement des fleuves, spécialement celui du Rhône ; un au- 
tre enfin, sur un ossement énorme appartenant à un poisson de la classe 
des cétacées, trouvé à Paris en creusant les fondations d'une maison, rue 
Dauphine. 

Ayant conçu le dessein de revoir encore la Suisse et l'Italie, Lamanon 
se rendit d'abord à Turin, où il se lia avec les savans de cette contrée. La 
découverte de Montgolfler, cette nouveauté brillante, qu'on peut regarder 
peut-être comme ces phénomènes précurseurs des grands événemens, occu- 
pait alors tous les physiciens de l'Europe. Notre jeune savant voulut aussi 
essayer quelques expériences en ce genre ; il donna le spectacle d'un aéro- 
stat à la ville de Turin : mais n'apercevant pas dans cette découverte, qui 
l'avait séduit d'abord, un objet d'utilité publique ; ne prévoyant pas qu'un 
jour, dans les champs de Fleurus, cette même découverte ramènerait et 
fixerait la victoire sous les drapeaux Français, il reprit ses occupations favo- 
rites. Du Piémont, poursuivant le but de son voyage, il parcourt l'Italie* 
revient parla Suisse, visite les Alpes, gravit le mont Blanc jusqu'à sa cime* 
et, chargé de riches dépouilles des contrées qu'il avait parcourues, il se 
hâte de regagner la Provence, pour y rédiger les matériaux intéressans qu'il 
avait recueillis .. 



Je citerai un exemple de ta scrupuleuse exactitude de ses observations; 
Convaincu que la plaine de la Crau, séparée par les eaux de la Durance* 
avait formé autrefois un lac, il veut en acquérir la certitude physique : il 
recueille un caillou de chacune des espaces qui se rencontrent dans cetts 
vaste plaine ; il s'en trouve dix -neuf sortes distinctes. Alors, remontant 
les bords de cette rivière jusqu'à sa source, près les frontières- de la Savoie* 
il observe qu'au-dessus de chaque embranchement des rivières qui viennent 
se perdre dans la Durance, le nombre des cailloux qu'il rencontre, et dont il 
tient les échantillons, diminue. Il remonte alors le cours de chacune de 




TOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

ces petites rivières, et trouve sur leurs rivages le principe de chacun des 
cailloux dont est semée la plaine de la Crau : il obtient ainsi la preuve in- 
contestable que cette plaine fut jadis un lac formé par la Durance et par les 
rivières qui viennent mêler leurs eaux aux siennes. Si tous les savans met- 
taient autant de précision dans leurs recherches, des hypothèses plus bril- 
lantes que solides ne trouveraient plus autant d'admirateurs ; le charme de 
l'imagination et les grâces du style n'usurperaient pas si souvent les droits 
imprescriptibles de la nature et ceux de la vérité *. 

Lamanon allait faire imprimer son grand ouvrage de Iz.Tbéorie de la terre? 
lorsque le gouvernement, qui avait conçu le vaste projet de compléter lea 
découvertes du capitaine Cook, chargea l'académie des sciences de lui choi- 
sir des hommes capables de rectifier nos idées sur l'hémisphère austral, per- 
fectionner l'hydrographie, et hâter les progrès de l'histoire naturelle. Con-r 
dorcet ne connaissant personne, pour cette dernière partie, qui méritât mieux 
cette confiance que Lamanon, lui écrivit pour l'inviter à partager, les périls 
et la gloire de cette belle entreprise. Notre jeune savant accepta avec 
transport une proposition qui mettait le comble à ses vœux ; il vole à Paris, 
va chez le ministre, refuse le traitement qu'on lui offre, embrasse ses amis,, 
et part. pour Brest. 



335 



. L'armement fit voile le premier Août 1735, sous les ordres d'un marin 
expérimenté, dont le zèle pour les sciences, l'attachement à son pays, éga- 
laient le courage et les lumières,. et qui avait déjà mérité et obtenu la con- 
fiance publique. Les savans de toutes les contrées étaient dans l'attente 
des découvertes utiles qui devaient, être le fruit du zèle et des talens des 
hommes employés # cette expédition. Les commencemens ds ia -naviga- 
tion furent heureux. Après différentes relâches et une multitude d'obser- 
vations, les deux vaisseaux arrivèrent à l'isle Maouna, l'une de celles de 
l'Archipel des Navigateurs. Le bouillant. Lamanon, impatient de s'assurer. 

* Malade des fièvres depuis deux mois, Lamanon apprend qu'on a observé un phénomène, uns 
bruit souterrain, près Malesherbes, à seize lieues de Paris; s'échappant à la surveillance de ses amis, il ! 
y vole, revient au bout de trois jours, rapportant trente livres pesant de cailloux. Il avait fait les 
treate-deux. lieues à pied, et s'était en même temps gué» delà fièvre; qui n'a pas reparu depuis* 



. 






VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

de la véracité des relations qui avaient été publiées .sur cette contrée, de- 
scendit à terre avec de Langle, commandant en second de l'expédition. Au 
moment du rembarquement, les insulaires, séduits par l'espoir de trouver 
d'immenses richesses <îans les chaloupes, espoir qu'avaient fait naître les 
présens qu'ils venaient de recevoir, voulurent empêcher de les remettre à 
flot, et attaquèrent les Français. Obligés de se défendre, le combat s'en- 
gage : Lamanon, de Langle, et dix hommes des deux équipages, tombent 
victimes de la fureur de ces anthropophages. 

Ainsi périt Lamanon : son dévouement généreux a des droits sacrés à la 
reconnaissance publique. Il fut le seul de cette célèbre et malheureuse 
expédition qui ne reçut aucun traitement de la munificence nationale -, et il 
succomba, victime de son amour pour les sciences, à un danger particulier, 
auquel ne concourut aucun des savans embarqués avec lui. 

Lamanon était fait pour amener une révolution dans les sciences : la pro- 
fondeur de ses idées, l'énergie de son caractère, la sagacité de son esprit, 
jointes à cette vive curiosité qui porte à s'instruire et à remonter au prin- 
cipe de chaque chose, devaient l'amener aux plus précieuses découvertes. 
Il était d'une haute stature, et joignait à beaucoup de vivacité dans les yeux 
et d'expression dans la physionomie, une force prodigieuse et une activité 
inconcevable ; en un mot, la nature l'avait créé avec le soin qu'elle semble 
mettre à la formation du petit nombre de ceux qu'elle destine aux grandes 
choses. Son style était nerveux : on y trouvait souvent de la poésie, tou- 
jours des images dont la forme lui était propre : à travers l'énergie de ses 
expressions attachantes, on rencontrait celle du sentiment ; et s'il n'avait 
pas cette tournure recherchée d'expression qui éblouit, il possédait au su- 
prême degré cette force de logique et de raison qui entraîne et qui étonne. 

Malgré ses grandes occupations et la modicité de sa fortune, la bienfai- 
sance, cette vertu des âmes honnêtes et sensibles, avait pris en lui l'ascendant 
que les plaisirs prennent chez les hommes ordinaires, et il trouvait encore 
le temps et les moyens d'y satisfaire. 11 n'aurait pas été insensible aux 
charmes de la société, si son ardeur pour l'étude lui eût laissé le temps de 






wm 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 

s'en occuper. Il avait une telle ingénuité, qu'une dame aimable lui de- 
mandant un jour s'il avait eu quelques liaisons intimes d'amitié avec les 
femmes, il lui répondit qu'il l'avait toujours infiniment désiré, maïs qu'il 
n'en avait jamais trouvé le moment.. 

A l'époque de son voyage autour du monde, ce fut se sentiment inne A 
chez lui, ce vif amour de la liberté qui formait la base de son caractère,, 
qui lui fit refuser le traitement accordé aux autres savans. Si je ne me 
plais pas, dit-il, à bord du vaisseau, si mon goût, ma curiosité, me font de^ 
sirer de me séparer de l'expédition, je ne veux pas qu'aucune puissance ait 
monde ait acquis le droit de m'en empêcher. La mort a trahi l'espoir de 
l'amitié, elle a tranché la trame des jours de notre ami * dans une terre 
étrangère et barbare; et notre douleur s'accroît encore de la privation du. 
doux plaisir d'arroser ses cendres de nos larmes, et de joncher de fieurs les 
bords de son tombeau. 




* J'ai connu aussi, dans ma première jeunesse, Lamanon chez Court de Gebelm et dans quelques 
sociétés littéraires ; sa modestie, sa simplicité, sa probité sévère, lui avaient fait des amis qui lui 
étaient tendrement attachés : Mongès le jeune, minéralogiste, qui a aussi péri dans cette fatale expé- 
dition ; la Métherie, auteur de la Théorie de la terr.e, et rédacteur du Journal de physique ; le citoyen 
Ponce, artiste distingué par son talent pour la gravure, auteur de cet éloge ; et enfin Louis Bosc, natu- 
raliste ardent, actuellement dans l'Amérique septentrionale, qui depuis la mort de son ami a toujours 
eonservé son buste, placé dans ualieu.apparent de son cabinet, et couvert d'un crêpe funèbre. (Note, 
du citoyen Malin.) 





v*- 



323 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



MÉMOIRE 




Ou Dissertation sur les habit ans des îles de Pâque et de Mozvée ; 
Jiar M. Roilin, Docteur en Médecine, Chirurgien ordinaire de 
la Marine, et de la Frégate la Boussole, commandée [xar M. 
de la Pérouse, Jiendant son voyage autour du Monde. 

I ^a durée de nos relâches à ces îles m'ayant à peine permis de 
passer quelques heures à terre, je n'ai pu donner à mes recherches toute 
l'étendue et la précision désirable, pour satisfaire aux éclaircissemens de- 
mandés par la société de médecine -, ainsi je me bornerai, dans le cours de 
ce mémoire, à relever les erreurs que j'ai cru apercevoir dans les relations 
des voyageurs, et à donner une idée succincte des naturels de ces îles, et 
des maladies qui m'ont paru les affecter d'une manière générale. 

Le 9 Avril 1786, nous mouillâmes à l'île de Pâque, située par 27 d 9' de 
latitude Sud, et par 1 1 l d 55 f 30" de longitude Ouest. 

L'île de Pâque n'est pas d'un aspect aussi stérile ni aussi rebutant que 
l'ont dit les voyageurs : elle est, à la vérité, presque dépourvue de bois ; 
mais les coteaux et les vallons offrent des tapis de verdure très-agrtables, 
principalement aux yeux des navigateurs. La grosseur et la bonté des pa- 
tates, des ignames, des cannes à sucre, &c. annoncent la fertilité, et une 
végétation vigoureuse. 

Les descriptions des individus ne m'ont pas paru plus exactes. On ne 
trouve dans cette île ni les géans de PvOggewein, ni les hommes maigres et 
languissans, par le manque de nourriture, dépeints par un voyageur mo- 
.de.rne, qui leur donne un caractère général de pénurie qui n'existe pas. 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Loin: de trouver des hommes repoussans par le spectacle de leur misère, et 
à peine quelques femmes, qu'une prétendue révolution dans cette partie du 
monde n a point ensevelies sous ses ruines, j'y ai vu, au contraire, une peu- 
plade assez nombreuse,, mieux partagée en grâces et. en beauté que toutes 
celles que j'ai eu occasion de rencontrer depuis, et un sol qui leur fournis- 
sait sans peine des alimens d'une bonne qualité, et d'une abondance plus 
que suffisante pour leur consommation-, quoique l'eau douce y fût très-rare. 
et d'une assez, mauvaise, qualité.. 

Ces insulares sont d'un embonpoint médiocre, d'une tournure et d'une 
figure agréables ; leur taille est d'environ cinq pieds quatre pouces, et bien,; 
proportionnée. A la couleur près, la face n'offre point de différence d'avec 
celle des Européens : ils sont peu ve]us et, peu barbus ;. mais tous ont ce- 
pendant les parties sexuelles et les aisselles assez bien garnies de poils. La 
couleur de la peau est basanée ; les cheveux sont noirs, cependant quelques- 
uns les ont blonds. Ils m'ont paru jouir en général d'une bonne santé, 
qu'ils conservent même dans un âge avancé. Ils ont l'usage de se peindre, 
de se tatouer là peau, et de se percer les oreilles : ils augmentent l'ouver- 
ture de cette partie, par le moyen de la feuille de canne à sucre roulée en 
spirale, au point que le lobe des oreilles flotte, pour ainsi dire, sur les 
épaules, ce qui paraît être, parmi les hommes seulement, un caractère de 
beauté distingué, qu'ils tâchent d'acquérir,. 

Les femmes réunissent aussi à une conformation régulière le poli et là 
grâce dans le. contour des membres ; elles ont le visage d'un ovale agréable,, 
de la douceur, de la finesse dans les traits, et il ne leur manque que le teint 
pour être belles selon les idées que nous attachons à la beauté; elles ont 
autant d'embonpoint qu'il en faut, des cheveux bien plantés, l'air en- 
gageant, qui inspire le sentiment qu'elles éprouvent sans chercher à le 
cacher.. 

Malgré toutes ces qualités intéressantes, je n'ai reconnu chez les hommes 
aucune apparence de jalousie; ils cherchaient, au contraire; à trafiquer. 
t.omë ïj a . ■•• - . â.tr 





• 



• VOYAGE AUTOUR DU MONDE» 

leurs Faveurs. Ces peuples sont circoncis, et ils paraissent vivre dans l'a- 
narchie la plus parfaite -, aucun de nous n'y a distingué de chef. Hommes 
et femmes, tous vont presque nus: ils portent seulement un pagne, qui 
masque les parties sexuelles j et quelques-uns, un coupon d'étoffe, avec 
lequel ils s'enveloppent les épaules ou les hanches, et qui descend jusqu'à 
mi-cuisse. 

Je ne sais s'ils ont une idée de la propriété ; mais leur conduite à notre 
égard prouve le peu de respect qu'ils ont pour celle des étrangers : ils 
avaient un tel amour pour nos chapeaux; qu'en peu d'heures ils parvinrent 
à nous en dépouiller, et à nous rendre le sujet de leur raillerie ; on ne peut 
mieux les comparer qu'à des écoliers, qui mettent tous leurs plaisirs et 
leurs ruses à faire toutes sortes d'espiègleries aux passans. 

Ces insulaires ne sont pas sans industrie ; on remarque même que leurs 
cases sont assez vastes, et parfaitement construites dans leur genre. Elles 
sont faites avec des roseaux, soutenus par de petits chevrons, en forme de 
berceau, ayant cinquante pieds de long, sur dix à douze de largeur, et au- 
tant de hauteur dans la plus grande élévation. Il y a plusieurs entrées sur 
les côtés, dont le plus grand diamètre n'excède pas trois pieds. L'inté- 
rieur n'offre rien de bien remarquable ; on y voit seulement quelques nat- 
tes, qu'ils développent sur la terre pour se coucher, et plusieurs petits 
meubles à leur usage. Leurs étoffes sont faites avec le mûrier-papier ; 
mais elles sont en petite quantité, par la raison que cet arbre n'est pas très- 
multiplié dans l'île, quoiqu'ils paraissent le cultiver. Ils font aussi' des 
chapeaux, des paniers de jonc, et de petites figures en bois, passablement 
travaillées. Ils vivent de patates, de bananes, d'ignames, de cannes à 
sucre, de poisson, et ils mangent aussi une espèce de goë'mon, ou fucus 
marin, qu'ils ramassent sur les bords de la mer. 

Les poules, quoiqu'en petit nombre, sont les seuls animaux domestiques 
.que nous ayons trouves à l'île de Pâque ; et de tous les animaux sauvages, 
les rats y sont aussi les seuls de la classe des quadrupèdes : on y voit 



— — - — 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

quelques oiseaux de mer, mais en, très-petit nombre, et la mer nous a paru 
peu poissonneuse* 

Il y a dans la partie de l'Est de l'île, un très-grand cratère * et l'on voit 
presque dans toute sa circonférence, sur les bords de la mer, un grand, 
nombre de statues, ou espèces de bustes informes, auxquels on a seulement, 
figuré grossièrement les yeux, le nez, la bouche,. et les oreilles. Au pied 
de ces statues,, se trouvent les cavernes mystérieuses mentionnées dans la 
relation du capitaine Cookj c'est dans ces petits caveaux, que chaque 
famille donne la sépulture à ses morts : nous les avons visités, sans que les 
hahitans de l'île y ayent apporté le moindre empêchement» 

La Pérouse, ayant déjà fait beaucoup de présens à ces insulaires, voulut: 
leur donner de nouvelles marques de bienveillance, et contribuer à leur 
bonheur d'une manière plus durable, en laissant sur leur île deux brebis, 
une chèvre, une truie, avec un mâle de chaque espèce ; et en y faisant se- 
mer toutes sortes de légumes, et planter des noyaux de pêches, de prunes, 
de cerises, et des pépins d'oranges et de citrons. 

Si la conduite de ces peuples ne rend point sans, effet des intentions aussi 
louables, ce navigateur célèbre aura la gloire d'avoir contribué à leur bien- 
être, en peuplant leur pays d'animaux et de végétaux utiles à leur nourri- 
ture et à leurs principaux besoins ; et d'avoir assuré aux voyageurs qui lui 
succéderont, des rafraîchissemens de toute espèce. 

Ces vues bienfaisantes ayant été exécutées, nous appareillâmes, et nous 
dirigeâmes notre route vers les îles Sandwich. Lorsque nous fûmes en 
vue de Mowée, l'une des îles de cet archipel, il s'en détacha environ deux, 
cents pirogues qui vinrent à notre rencontre; toutes étaient chargées de 
cochons, de fruits, et de légumes frais, que les habitans nous envoyaient à 
bord et nous forçaient d'accepter sans aucune condition. Le vent étant de- 
venu plus fort et ayant accéléré notre marche, nous ne pûmes que faible- 
ment profiter de ces ressources, ni jouir plus long- temps du plaisir que nous 
causaient et la vue. pittoresque de l'île, et le concours nombreux de ces- 







VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

pirogues, qui, dans leurs manœuvres, formaient autour de nous le tableau 
le plus animé, et le spectacle le plus récréatif que l'on puisse imaginer. 
"Le 129 du mois de Mai, nous mouillâmes dans l'Ouest de cette île, située 
par 20 d 3Ï 30" de latitude, et par 158 d 1b de longitude occidentale. La 
végétation de cette partie de Mowée n'est pas, à beaucoup près, aussi forte, 
ni la population aussi nombreuse, que nous l'avions remarqué dans la partie 
de l'Est, où nous avions atterri ; cependant, à peine étions-nous à l'ancre, 
que nous fûmes entourés par les habitans, qui nous apportaient dans leurs 
pirogues des cochons, des fruits, et des légumes frais. Nous commençâmes 
nos échanges avec un tel succès, que dans peu d'heures nous eûmes à bord 
près- de trois cents cochons, et une provision suffisante de légumes, qui ne, 
coûtèrent que quelques morceaux de fer. je crois qu'il est en Europe peu 
de marchés où les affaires se traitent plus couramment, et avec autant de 
bonne foi que nous en ont montré ces insulaires dans cette espèce de com- 
merce. Si l'île de Mowée fournit avec abondance à ses habitans les ani- 
maux et toutes les denrées nécessaires à leur subsistance, il s'en faut de 
beaucoup néanmoins que ces insulaires jouissent d'une aussi bonne santé 
que ceux de l'île de Pâque, où ces ressources ne se trouvent qu'en partie 
et avec moins d'abondance : ils sont aussi moins bien partagés en grâce et 
en beauté que .ces .derniers. Cependant les habitans de Mowée m'ont paru 
avoir quelque analogie dans leur organisation avec ceux de l'île de Pâque, 
et constitués même en général de manière à être plus robustes, si leur santé 
n'était altérée par les maladies. La taille commune parmi ces insulaires 
est d'environ cinq pieds trois pouces -, ils ont peu d'embonpoint, les traits 
du visage grossiers, les sourcils épais, les yeux noirs, le regard assuré sans 
être dur, les pommettes saillantes, l'entrée des narines un peu évasée, les 
lèvres épaisses, la bouche grande, les dents un peu larges, mais assez belles 
et bien rangées.. On voit des individus auxquels il manque une ou plu- 
sieurs dents : un voyageur moderne croit qu'ils se les arrachent dans des 
momens d'affliction, et que .c'est leur manière de porter le deuil de leurs 
parens ou de leurs amis; je n'ai rien remarqué parmi eux qui puisse justi- 
fier ou détruire cette opinion. 



Ces peuples ont les muscles plus fortement exprimés, la barbe plus 



m 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

'touffue, le corps et les parties sexuelles mieux garnis de poils, qu'on ne le 
remarque chez les habitans de l'île de Pâque. Leurs cheveux sont noirs ; 
ils les coupent de manière à figurer un casque ; les cheveux qu'ils laissent 
dans toute leur longueur, et qui représentent ainsi la crinière du casque, 
sont roux à leur extrémité : cette couleur estprooablement déterminée par 
le suc acide de quelques végétaux, 

■Les femmes sont plus petites que les hommes, et n'ont ni la gaieté, ni la 
douceur, ni l'élégance dans les. formes, de celles de l'île de Pâque : elles 
ent en général la taille mal prise, les traita grossiers, l'air [sombre, et elles 
-sont grosses, lourdes, et gauches dans leurs manières. 

Les habitans de Mowée sont doux, prévenans, et ont même une sorte de 
politesse pour les étrangers. 

Ces peuples se peignent et se tatouent la peau ; ils se percent les oreilles 
et la cloison du nez, et ils. y portent des anneaux pour s'embellir. Ils sont 
incirconcis ; mais quelques-uns se font une espèce d'infibulation, en re- 
tirant le prépuce en avant du gland de la verge, et en l'y fixant par le 
-moyen d'une ligature. Les vêtemens consistent en un pagne qui voile les 
parties de la génération chez les deux sexes, et en un coupon d'étoffe qui 
sert à leur envelopper le corps. Les étoffes que ces insulaires fabriquent 
•avec l'écorce du mûrier-papier, sont belles, et très-variées ; ils les teignent 
avec beaucoup de goût ; leurs dessins sont si réguliers, qu'on pourrait 
-croire qu'ils ont voulu imiter nos indiennes. Leurs maisons, réunies en 
bourgades, sont construites dans le genre de celles de l'île de Pâque, mais 
de forme carrée. 

Ce que j'ai vu de plus évident dans le régime social des habitans de 
Mowée, c'est qu'ils forment plusieurs peuplades, et que chacune d'elles est 
•gouvernée par un chef, 

La beauté du climat, et la fertilité de cette île, pourraient en rendre les 
'habitans très-heureux, si la vérole et la lèpre y existaient avec moins de 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

vigueur, et d'une manière moins générale. Ces fléaux, les plus humilïans 
et les plus destructeurs de l'espèce humaine, se font remarquer, chez ces 
insulaires, par les symptômes suivans; savoir: les bubons, les cicatrices 
défectueuses qui résultent de leur suppuration, les porreaux, les ulcères 
rongeurs avec carie des os, les gibbosités, les exostoses, les fistules et tu- 
meurs lacrymales et salivaires, les engorgemens scrofuleux, les ophthalmies 
invétérées, les ulcérations ichoreuses de la conjonctive, l'atrophie des yeux, 
les cécités, les dartres vives, prurigineuses, encroûtées, et les engorgemens 
indolens des extrémités ; et chez les enfans, par les croûtes à la tête,, ou 
teigne maligne qui suinte en eanic fétide et corrosive. J'ai remarqué que 
la plupart de ces malheureuses victimes de la lubricité, parvenues vers l'âge 
de neuf ou dix ans, étaient faibles,, languissantes, dans le marasme, et affec~ 
t.ées de rachitis. 






L'enflure indolente des extrémités, qui se remarque parmi les insu- 
laires de Mowée, et qu'Anderson, chirurgien du capitaine Cook, a observée 
chez la plupart des habitans des îles de la mer du Sud, n'est autre chose 
qu'un symptôme d'éléphantiasis déjà avancée y ce dont je me suis assuré,, 
autant qu'il est possible, dans plusieurs examens que j'ai faits sur un très- 
grand nombre de lépreux réunis dans les lazarets établis à Madère et à 
Manille. 




Dans cette période de la lèpre, la peau a déjà perdu de sa sensibilité ; et 
si l'activité du virus n'est point ralentie par un régime ou un traitement ap- 
proprié, les parties engorgées ne tardent pas à perdre leur irritabilité et sen- 
sibilité absolue; la peau devient écailleuse > et il s'y forme des phlyetènes 
remplies d'une sanie fétide et corrosive, dont la crevasse donne lieu,, si l'on 
n'y apporte aucun soin, à des ulcères gangreneux ou carçinomateux. La 
nature ou la qualité des alimens peut concourir, avec la chaleur du climat, à 
entretenir et propager cette endémie du mal adipeux. Les cochons, dont 
la chair fait une partie principale de la nourriture des habitans de Mowée, 
sont eux-mêmes et en grand nombre atteints de ladrerie à un point très- 
considérable ; j'en ai examiné plusieurs dont la peau rogneuse, encroûtée 3 
était totalement dépourvue de soies; à l'ouverture de ces animaux, j'ai 



—— 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

trouvé la panne parsemée de, tubercules, et j'ai vu les viscères en être rem- 
plis au point de répugner à l'homme le moins délicat. Parmi les maladies 
dont les ravages affligent ces insulaires d'une manière si déplorable, il y en 
a qui paraissent être produites par le virus vénérien dans toute son activité ; 
mais le plus souvent il paraît sévir sous un. caractère abâtardi ou combiné 
avec le vice psorique. 



Le temps et, les circonstances ne m'ont pas permis de faire aucune re« 
cherche sur les traitemens que ces peuples mettent en usage contre tous ces 
■maux; mais si j'en jugeais par l'abandon à la douleur, et par les progrès de 
leurs infirmités, je serais porté à croire qu'ils ne connaissent aucun moyen 
de mettfe fin ni même d'apporter quelque adoucissement à un état si mi- 
sérable. 



La vérole a-t-elle été répandue aux îles Sandwich par les équipages du 
•capitaine Cook ? Les progrès de cette maladie dans sa propagation et dans 
son développement sur les habitans de Mowée, lorsque le navigateur An- 
glais y atterrit neuf mois et demi après avoir communiqué pour la première 
fois avec les insulaires d'Atooi et d'Oneeheow, joints aux vices de confor^ 
mation qui se remarquent sur des individus de tout âge, pourraient, sinon 
-démontrer, du moins faire conjecturer que la maladie vénérienne y existait 
avant que le capitaine Cook eût retrouvé ces îles. On pourrait même en 
tirer des preuves de ses propres allégations. Lorsqu'il atterrit sur Mowée, 
il communiqua avec plusieurs naturels de cette île, qui lui portèrent dans 
leurs pirogues, à quelques lieues en mer, des vivres frais ; il dit à ce sujet : 
*' Je voulais préserver cette île de la maladie vénérienne, en empêchant nos 
V matelots de communiquer avec les femmes du pays; mais je ne tardai 
" pas à m'apercevoir qu'elle y était déjà répandue, et je ne pouvais expîi- 
" quer ce fait, que par leur communication avec les îles voisines." 

Cette explication était la plus naturelle et la plus simple; mais elle ne 
donne pas des. raisons suffisantes sur la possibilité de ce phénomène. Quoi- 
que les îles d'Atooi et d'Oneeheow ne soient séparées de celle de Mowée 
que par des canaux de quelques lieues de largeur, il ne s'ensuit pas que la 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

communication entre ces îles soit d'une assez grande facilité pour que Te» 
puisse admettre que le mal vénérien répandu sur la. population de Mowée 
en soit le résultat. On voit de plus-, par la relation du capitaine Cook, que 
ces peuples sont rarement en bonne intelligence ; ce qui doit être contraire 
aux fréquentes communications. D'ailleurs comment concilier la conduite 
des habitans de Mowée envers ce navigateur, lors de son atterrage sur cette 
île ? Si ces insulaires avaient eu à se plaindre aussi amèrement des étrangers 
qui avaient abordé récemment chez leurs voisins, auraient-ils pourvu à tous 
leurs besoins avec empressement, et n'est-il pas plus probable que ces peu- 
pies eussent montré de l'éloignement pour ce voyageur, plutôt que de cou- 
rir des dangers pour lui porter diverses productions de leur île ? Au reste, il 
me semble qu'on ne pourrait, guère expliquer une contagion si rapide, qu'en, 
admettant que la vérole peut se propager comme les maladies épidémiques,. 
par une constitution particulière de l'atmosphère ; mais il y a long-temps 
que l'expérience a détrompé les médecins et chirurgiens observateurs sur 
une semblable hypothèse, et qu'elle leur a appris que cette maladie ne peut, 
être le produit d'un, mauvais régime, ni d'un, vice de l'air, ni d'une corrup- 
tion spontanée des humeurs, mais uniquement d'un contact immédiat de 
personnes saines avec celles infectées de ce virus,. 

D'après toutes ces considérations, il me paraît probable que la vérole 
existait aux îles Sandwich avant que le capitaine Cook y eût abordé, soit 
que cette maladie y fût indigène, soit qu'elle y eût été apportée par les 
voyageurs qui l'avaient précédé.. 

Quelques considérations historiques et géographiques pourraient répan- 
dre des lumières sur l'origine de la maladie vénérienne dans cet archipel $ 
mais j'abandonne cette discussion comme étrangère au but de ce mémoire*. 

* Après avoir rappelé au lecteur les notes que j'ai insérées dans le 'premier volume (pages 350 et 
351), je ne puis m'em pêcher d'observer combien l'esprit de système est nuisible, et a soin d'écarter 
tous les argumens défavorables à celui qu'il veut établir. Si les habitans de Mowée accueillirent le 
capitaine Cook, c'est parce qu'ils pouvaient ignorer qu'ils lui devaient la cruelle maladie qui leur avait 
été communiquée par leurs voisins; l'expérience prouve d'ailleurs qu'on pardonne facilement aux 
auteurs de pareils maux, par le souvenir et l'attrait du plaisir. La Pérouse, venu quelques années 
après aux îles Sandwich, et pouvant, aux yeux de ces Indiens, être aisément confondu avec les An- 



> 



, 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

glaîs, a-t-il éprouvé la moindre apparence de ressentiment ? non : il nous annonce, au contraire, que 
les démarches des femmes tendirent toutes à renouveler une communication que les hommes provo- 
quaient. Le danger des échanges que présente Rollin, n'a rien de plus réel de la part d'invidus pres- 
que amphibies, et qui trouvaient un puissant attrait dans, la jouissance de quelques colifichets, ou 
dans la précieuse utilité du fer. Quant à la rapidité de la communication, doit-on s'en étonner chez 
un peuple qui, ne connaissant pas le lien conjugal, ni môme le droit de propriété en ce genre, n'a 
d^autres mœurs que celles de la nature ? 

Je persiste donc à croire que les navigateurs anciens ou modernes qui ont découvert les îles de la 
mer du Sud, y ont apporté la maladie vénérienne : je pense néanmoins, avec quelques savans, que 
cette cruelle maladie n'a pas été pour nous une suite de la découverte du nouveau continent d'Amé- 
rique, où il paraît qu'elle était inconnue avant que des navigateurs l'y apportassent, tandis que sa gé- 
néalogie semble lui donner une existence plus ancienne en Europe ; mais elle a pu nous être apportée 
des Antilles, et peut-être des îles de Saint-Domingue et Cuba. Quoi qu'il en soit, soyons justes, et 
sous le prétexte d'une maladie dont on peut se garantir, et qui semble s'affaiblir en se répandant, 
«oublions pas que nous avons gagné à cette découverte la connaissance du quinquina, de l'ipécacu- 
anha, de la gomme ou plutôt de la réâine-copal, du shnarouba, de la cochenille, du cacao, du gaïac, du 
maïs, &c. et l'idée de plusieurs de nos plus utiles établissemens, tels que les postes et les hôpitaux mi- 
litaires : les arts ne peuvent également oublier les connaissances que cette découverte leur a procu- 
rées ; tandis que les Américains ont peu de chose à mettre en compensation du terrible fléau de la 
-petite vérole, qu'ils nous doivent, et qui a fait chez eux tant de ravages. (N. D. R.) 



TOME II, 



2 x 




35S 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



MÉMOIRE GÉOGRAPHIQUE, 

Par M. Bernizet, Ingénieur-Géograjihe. 



Ile de Paque. 



> 



Jfa 8 Avril, 1786, à six heures et demie du soir, étant dans 
l'Est de l'île de Pâque, la terre paraissait très-distinctement dans la forme 
de la vue première (Atlas, N° 10): le sommet A, et toutes les pentes 
qui en dépendent, étaient bien décidés, les deux extrémités coupées ra- 
pidement, comme un terrain presque à pic; la pente AH était dentelée 
depuis H, jusque vers son milieu, de trois petits sommets; la pente AI, 
au contraire, n'avait que des contours doux, dont trois rentrans et deux 
saillans. 

La terre qui s'étendait au Nord-Ouest de cette première, était bien plus 
vacme, et son extrémité se perdait presque dans la brume. Le sommet K 
de & son plus haut morne avait les deux tiers de la plus grande hauteur qui 
était celle du morne A : ce sommet était presque perpendiculaire à l'ex- 
trémité Nord de la pente H ; sa pente douce vers le Nord avait trois con- 
tours rentrans et deux saillans; et vers le Sud, un seul contour en dos d'âne, 
et faiblement prononcé, joignait cette terre à la première, vers le milieu de 
sa hauteur : elle avait les trois quarts de la longueur de H en I. 

La terre qui s'étendait au Sud-Ouest de la pointe I, n'avait pas, de hau- 
teur, la moitié de la hauteur totale ; sa longueur n'excédait pas la moitié 
de celle comprise entre I et H ; elle était dentelée de trois petits mornes 
rapides, et d'un autre plus bas que les autres, et qui se terminait au Sud 
doucement vers la mer : la brume qui couvrait ce dernier, empêcha de le 



IMBâH* 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

relever, et l'on ne put pas déterminer l'ouverture totale de l'angle sous 
lequel l'île paraissait. 

Le sommet nous restait à l'Ouest, quatre degrés Sud, distant de quatre 
lieues y 

La pointe I, à l'Ouest un quart Sud-Ouest, un degré Ouest ; 

Et le cap le plus Nord, à l'Ouest l a 30 / Nord. 

Le 9, à 6 heures 9,7 minutes du méridien, la terre paraissait comme 
dans la vue 2 e . Le milieu de l'île en L paraissait uni et de la même hau- 
teur que le sommet A mentionné ci-dessus, et qui appartient au morne le 
plus à l'Est. Dans le Sud-Ouest de ce morne, on apercevait deux ma- 
melons B, dont la pente très-rapide et fort escarpée paraissait couverte de 
rochers blanchâtres ; le terrain, qui, à la pointe Est,, était élevé et coupé à 
pic, s'abaissait sensiblement, et devenait presque de niveau, entre les deux 
mornes ; son élévation était alors peu considérable, et n'était variée, dans 
la longueur d'environ un quart de lieue, que par un petit tertre M, plat et 
coupé perpendiculairement dans la partie Ouest : les mamelons paraissai- 
ent peu éloignés du bord de la mer, et la côte un peu avancée, vers l'Est. 
Deux mornes C et D, sur le second plan, joignaient, par une pente douce 
et très-alongée, les mamelons avec le milieu de l'île y ces deux mornes 
étaient creux dans le milieu de leur sommet : le premier, C, était le plus 
petit, et paraissait être plus rapproché ,- il avait, en avant de lui, un petit 
tertre peu considérable, et en arrière, un site un peu plus éloigné que 
tout ce qu'on apercevait ; ce site avait deux sommets assez marqués, et 
allait joindre, par derrière les mamelons, la terre basse dont on a parlé. 

Le milieu de l'île paraissait sur le troisième plan ; et la pente unie jus- 
qu'au bord de la mer, n'était interrompue que par un petit tertre à peu 
près semblable à celui qu'on voyait en avant du morne C. 

Le sommet du morne E paraissait creux, et plus près du bord de la mer j 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 

les escarpemens de sa pente étaient très-sensibles, et deux mornes inter- 
médiaires, et de peu de hauteur, le joignaient au milieu L, dont il parais- 
sait autant éloigné dans le Sud-Ouest, qu'il l'était dans le Nord-Est du 
morne G : ce dernier, qui avait à peu près la hauteur de D, était un 
peu plus bas, plus pointu, qu'un autre auquel il aboutissait vers le Nord- 
Est. 

Le morne N, qui était immédiatement après, avait aussi un peu plus d'élé- 
vation ; sa base était grande, et sa pente du Nord- Est s'abaissait un peu plus 
que celle du Sud-Ouest : cette dernière venait joindre celle de l'extrémité 
de l'île, qui, dans cette partie, est presque aussi élevée que le milieu L, 
et coupée à pic. 

On voyait alors dans l'Ouest de cette pointe un rocher qui avait la forme 
d'un obélisque, et ensuite un petit îlot plus au large, que son peu d'éléva- 
tion avait empêché de découvrir plutôt. 

A 10 heures 32 minutes, la terre paraissait comme dans la vue e . 
L'extrémité Ouest de l'îlot cachait la base du piton ; la côte, qui, dans la 
partie du Sud-Ouest, était très-haute, escarpée, et coupée à pic, offrait à 
l'œil un contour rentrant, grand et profond, presque perpendiculaire à 
l'extrémité Est du même îlot : ce contour ressemblait, peu de temps au- 
paravant, à une grande coupure, qu'on était alors étonné de ne pas voir 
continuer jusqu'au niveau de la mer. On apercevoit derrière, et sur le 
second plan, une crête continue, dont les pentes très-rapides et escarpées 
paraissaient de forme concave ; et son centre s'éloignant de l'œil, ses deux 
extrémités s'en rapprochaient, et étaient convergentes aux sommets de la 
pointe 2, et du cap Sud-Ouest : celui de ce dernier était presque horizon- 
tal ; l'autre, au contraire, s'abaissait graduellement par des e.scarpemens 
îrès-irréçuliers, et étendait sa base à trois quarts de lieue dans le Nord- 
Nord-Est, jusqu'à une pointe 3, qui est la plus Sud de la baie de Cook, 
et derrière laquelle est le débarcadaire. Nous étions à un peu plus de 
deux lieues de distance, dans le Sud-Sud-Ouest de cette pointe 3, et nous 
découvrions au Nord 1 8 degrés Est, une pointe basse en avant de laquelle 



ï 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

est un petit îlot plus bas que la vraie pointe, et qui, à cette distance», fui 
paraissait joint par son extrémité Est : cette pointe est k plus septentrio- 
nale de la baie de Cook - y elle était à environ trois lieues de distance, et 
s'élevait doucement vers l'Est, jusqu'à un sommet O, d'où une perpendi- 
culaire abaissée sur le bord de la mer aurait coupé la pointe 3 vers l'Est, à 
une distance peu considérable de son extrémité. 

Ce sommet paraissait sur le troisième plan ; et se rapprochant un peu 
de l'œil, en s'abaissant vers le Sud-Est, il venait joindre les terres du de- 
vant à mi-chemin, entre la pointe 3 et la pointe 2. 

Les mamelons B, plus prononcés que les terres qui dépendaient du 
sommet O, paraissaient sur le môme plan, quoiqu'ils fussent plus loin ; 
nous commencions à les fermer par le terrain le plus Est du cap Sud-Ouest, 
pointe 1 ; et nous voyions en-dessus, un peu plus vers l'Est, le sommet 
A ci-dessus mentionné (vues V e et 2'), qui n'avait d'autre interruption 
dans le cours de sa pente, qu'un très-petit morne entre lui et la pointe 
Est. 

C'est d'après le résultat des routes et des relèvemens ci-dessus, qu'a été 
dressée la carte de l'île de Pâque. Chacun des points principaux a été assis 
par plusieurs opérations : il s'ensuit que cette île court à très -peu près Est- 
Nord-Est et Ouest-Sud-Ouest du monde, dans sa plus grande longueur, 
prise depuis le milieu du cap de l'Est jusqu'à la pointe la plus Ouest du 
cap Sud-Ouest. La ligne qui joindrait ces deux points passerait toujours 
sur la terre en longeant la côte du Sud-Est ; elle aurait un peu plus de 
quatre lieues de longueur, et serait parallèle à celle qui joindrait le ter- 
rain le plus Sud du cap de l'Est au terrain le plus Sud du cap Sud- 
Ouest : l'intervalle compris entre ces deux lignes aurait bien près de 
demi-lieue. 

La ligne qui, longeant la côte de FOuest, joindrait la pointe la plus oc- 
cidentale à la pointe la plus septentrionale, serait dans une direction Nord- 
Nord-Est et Sud-Sud-Ouest: sa longueur serait de deux lieues trois 




* 
* \ 




* 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

quarts ; elle couperait la baie de Cook, et ne passerait sur la terre qu'après 
la pointe du Nord de cette baie. 



Une troisième ligne qui de la pointe septentrionale viendrait aboutir au 
milieu du cap de l'Est, longerait la côte du Nord, qui est le troisième 
côté de l'île, coupant les deux points les plus considérables, la baie de 
Gonsaîez, où les Espagnols mouillèrent en Octobre 1770, et le terrain 
le plus Nord du cap de l'Est ; cette ligne doit courir Est un quart Sud- 
Est, 5 degrés Sud et Ouest, un quart Nord-Ouest, 5 degrés Nord; sa 
longueur est de deux lieues trois quarts. 

Il résulte que la forme de cette île est un triangle isoscèle, dont le grand 
côté au Sud-Est a un peu plus de quatre lieues de longueur, dont les an- 
gles adjacens sont mesurés chacun par un arc de 4 1 degrés, T l'angle opposé 
à la base, par un arc de t)8 degrés, et dont le côté Nord et le côté Ouest 
ont de longueur chacun deux lieues trois quarts. 

D'après ces données, il serait aisé de déterminer sa surface; mais on ne 
l'aurait qu'imparfaitement et moindre qu'elle n'est effectivement, à cause 
que la somme des caps et des pointes avancées dans la mer est plus con- 
sidérable que celle de l'enfoncement des anses et des baies, et on ne trou- 
verait que trente millions hait cent soixante-dix mille six cent soixante- 
onze toises carrées, au lieu de trente-quatre millions neuf cent trente-cinq 
mille trois cent dix-neuf, qui est la valeur réelle (ou du moins très-ap- 
prochée) de sa surfice. Ces deux sommes diffèrent entre elles de quatre 
millions soixante-quatre mille six cent quarante-huit toises, qui valent 
bien près de cinq septièmes de lieue carrée : la surface entière contient 
donc quatre lieues carrées, plus deux. dixièmes à très-peu près. 

La sonde rapporte, dans la baie de Cook, depuis dix brasses, fond de 
corail, à deux cents toises de terre, jusqu'à cinquante brasses, fond de 
sable et pierres, à la distance de demi-lieue dans l'Ouest de l'anse de sabje. 
Le fond perd rapidement, et n'est réellement tenable que dans un petit 
espace, autour de l'endroit où les frégates étaient mouillées : pour peu 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

qu'on soit plus au large, il devient trop considérable ; et, si l'on était plus 
près de terre, le corail raguerait les cables, et, par les vents d'Ouest, qui 
sont traversiez, on courrait risque de s'affaler sur la côte : mais ces vents, 
qui sont très-rares sous ce parallèle, ne doivent jamais y être assez forts 
pour empêcher de se relever au Nord. 

Il paraît par la carte de cette île faite par les Espagnols, que le même 
fond y règne à peu près également tout à l'entour. C'est d'après cette 
carte qu'a été jeté le côté du Nord, qu'on n'a pas été à même de voir 
d'aussi près que les deux autres : les Espagnols y mouillèrent en pleine 
côte, et par un mauvais fond ; les vents régnans y étant d'ailleurs tra- 
versiez, aucune raison ne doit faire préférer ce mouillage à celui de la 
baie de Cook. 




Le plan particulier de cette baie n'a été levé que par une seule opération, 
en estimant à chaque relèvement les distances qui, dans le travail, ont été 
forcées par les points déjà assis. Quant à la topographie, elle est d'autant 
moins. marquante, que la pente des différens mornes est plus douce, et que 
les escarpemens sont moins multipliés : on aurait cependant de la peine à 
atteindre leurs sommets, à cause de l'immense quantité de pierres qui cou- 
vrent sa surface, sans les sentiers qui coupent l'île dans tous les sens. La 
largeur de ces sentiers n'excède pas un pied et demi ; ils sont bien battus, 
et ne sont embarrassés d'aucune pierre ; ils conduisent principalement aux 
cases et aux cimetières ou morais. Quelques-unes des cases sont construites 
en pierre sèche et brute, ainsi qu'on le voit [Atlas, N" \2, figure l ere ) : elles 
ont la forme d'un ellipsoïde ; les murs A en sont três-epais ; le toit B 
(Jig. 2) est fait de grandes pierres un peu cintrées en dedans, et qui sont 
posées en travers, portant par leurs deux extrémités sur le mur d'élévation : 
une petite ouverture C, ménagée à l'une des extrémités du petit axe D, 
sert en même temps de fenêtre et de porte ; il ne peut y passer qu'un 
homme à la fois, et ce n'est qu'en se traînant sur les mains et sur les genoux: 
les parois ne sont ni enduits, ni crépis, et le dedans n'est divisé par aucun 
compartiment. 



& 



m 



344 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 





pieds. 




pieds 


Longueur du grand axe 


24 


Epaisseur du mur 


4 


Longueur du petit axe 


6 


Hauteur de l'ouverture 


2 


Hauteur au centre 


- 7 


Largeur, idem - 


2 


Hauteur au sommet de l'ellipse 


4 







■ 



Dix pieds en avant de l'ouverture, et sur le prolongement du petit axe, 
est une porte G, dont le sommet est en dessous du niveau du rez-de-chaus- 
sée ; les montans H, la corniche I, et le^seuil K {Jig. 2) sont en pierres bien 
équarries, et appareillées sans ciment ; on y arrive par une espèce de rampe 
L {fîg. 3) unie, dont la pente est très-douce, et dont les terres sont sou- 
tenues des deux côtés par un mur de pierres de revêtement, dont la plu- 
part ont deux pieds dix pouces de longueur, deux pieds de largeur, et dix 
pouces d'épaisseur : quatre marches d'escalier N, aussi en pierres taillées, 
terminent la rampe, et aboutissent à l'entrée d'un souterrain O, qui est 
taillé dans le roc ; sa forme, qui d'ailleurs est, à la grandeur près, exacte- 
ment de même que celle de la case du rez-de-chaussée, est tronquée à l'un 
des sommets P de l'ellipse de base. 



Les insulaires ont souvent profité, pour construire ces souterrains, des ca- 
vernes naturelles qui se trouvent fréquemment dans les masses formées par 
des torrens de lave ; de là vient que plusieurs sont irréguliers, et que l'on 
en trouve auprès desquels il n'y a pas de case ; mais toutes les fois que la 
difficulté d'abattre les pointes saillantes du rocher a pu être surmontée avec 
des moyens faibles, il paraît qu'ils ont été mis en usage pour leur donner la 
forme reçue, et alors les dimensions moyennes sont : 



pied». 

Profondeur du souterrain, ou longueur du Hauteur au centre 

grand axe - - - - 30 Largeur de la porte 

Largeur au milieu - - - H Hauteur, idem <• 



pieds, pouces. 
- 5 6 
- 2 
3 






C'est dans ces cases souterraines que les insulaires emmagasinent leurs 
alimens, leurs ustensiles, leur bois, et généralement le peu qu'ils possèdent. 

A une petite distance de la case et du souterrain, est un four sans voûte ; 







VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

c'est simplement un trou rond, creusé en terre, dont l'aire et les parois sont 
revêtus de pierres brutes : 



Son diamètre a 



pieds. 

3 Sa profondeur 



On peut aussi remarquer dans l'élévation {fg. 4 ), que îe côté du Nord- 
Est, dont les vents dépendent ordinairement, est plus élevé que tous les 
autres, et que le dessus de la case sert de terrasse ; cette espèce de paravent 
doit aussi garantir de la pluie, qui, tombant par grains, est rarement per- 
pendiculaire. 

Le même plan est observé pour d'autres cases qui sont situées au milieu 
de plantations considérables : celles-ci ont l'ellipse A de leur plan très- 
aîongée {fg. 5 ) ; elles sont fort étroites, proportionnellement à leur lon- 
gueur. Leurs fondemens B sont faits de pierres taillées, dont toute la lar- 
geur est dans la terre ; elles ont deux pieds de longueur moyenne, et six 
pouces d'épaisseur, avec des trous de distance en distance, destinés à rece- 
voir les perches C {fig, 6 ) qui, servant de membres, vont aboutir à d'autres 
perches de traverse D : ces dernières terminent le comble, et sont soute- 
nues de dix en dix pieds par des pieux E perpendiculaires, dont le bout in- 
férieur est fiché en terre; les membres sont liés entre eux par des perches 
transversales qui régnent dans toute la hauteur, à deux pieds de distance 
l'une de l'autre. Le plus haut point est au centre ; et si l'on imaginait un 
plan perpendiculaire au grand axe de l'ellipse, et passant par le°comble,' 
celui-ci aurait aussi la forme d'une demi-eîiipse. {Voyez Je plan, la car- 
casse, et la coupe verticale prise sur la largeur,^. 5 , 6 , et 7.) Le' tout est 
recouvert de joncs, de neuf à dix lignes de diamètre à leur bout inférieur, 
liés ensemble, comme les nattes, par des ficelles tressées à la main : les deux 
portes, dont une de chaque côté, ne sont pas plus grandes que celles des 
petites cabanes : et le four, de même grandeur que celui dont il a été parlé 
ci-dessus, est palissade du côté du vent. 




pied 
2 



Longueur de l'axe de l'ellipse 
Largeur au centre 

Hauteur, ulcm. 

TOME II. 



pieds. 

310 Hauteur aux extrémités 
30 Largeur, Idem 
10 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

On ne" peut pas cependant donner comme invariable la forme des grandes 
cases ; car quelques-unes font, vers le milieu, soit dans le plan, soit dans 
l'élévation, un cintre plus considérable que la courbe de l'ellipse. 



Les petites cabanes ont la forme Ordinaire ; et la plupart sont si peu 
considérables, qu'elles pourraient à peine contenir six hommes : quelques- 
unes ont à l'entrée un avant-corps couvert, qu'on appellera ou niche ou 
péristyle, mais qui ne mérite ni l'un ni l'autre nom. 

Il y a encore des rochers creux, sous lesquels les insulaires trouvent un 
abri ; le sol de ces retraites est couvert de joncs, le grand air y circule, et il 
paraît qu'ils en font leurs habitations d'été. 

Les cimetières ou morais [fig. 8, 9, et 10) sont des constructions plus re- 
marquables : leurs dimensions sont très différentes, mais leur forme est in- 
variable. Sur un plan incliné à l'horizon, comme le terrain, s'élève un 
mur A, en talus, fait avec les mêmes pierres taillées dont on a déjà parlé j 
ce mur est plus ou moins haut, selon la rapidité de la pente du terrain ; son 
sommet est terminé par une plate-forme horizontale B, faite de pierres 
brutes, sur laquelle posent à plat, et sont enchâssés, des rectangles C de 
pierre dure, qui servent de base à des masses presque informes D, qui re- 
présentent des bustes. Ces figures, comme on le voit dans l'élévation, sont 
■ surmontées d'un chapeau ou chapiteau E, parfaitement cylindrique, un peu 
creux dans sa partie inférieure, où entre la tête; il est de lave rouge, extrê- 
mement poreuse et légère : deux gradins F en dessous de la plate-forme, faits 
de la même manière, et revêtus de la même pierre, aboutissent, par une 
pente douce, à une esplanade qui est bornée par une espèce de parapet fait 
de la terre qui semble avoir été enlevée pour aplanir ce terrain. On trouve 
quelques gradins qui ont à leur partie supérieure une plinthe ï, qui règne 
dans toute leur longueur, et sur laquelle sont figurés des squelettes couchés: 
non loin du gradin le plus inférieur, et vers l'esplanade, sont des entrées K, 
ou boyaux étroits, qui aboutissent à un souterrain ou caverne L, dans la- 
quelle on trouve beaucoup d'ossemens humains ; la forme en est irrégu- 
lière, et sa grandeur ne dépend pas même des proportions du morai. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



On en a vu 
une de 267 
pieds de lon- 
gueur. 



pieds 

Hauteur du mur • s 

Longueur de la plate- 
forme • 80 

Largeur, idem ........ 12 

Hauteur des gradins 2 

Largeur, idem. 3 

Elles sont C Longueur de l'espla- 

presque tou- J , 

tes bien plus S nade 384 

petites. ( Largeur, idem 324 

Hauteur d'un grand buste • • 14 

Idem depuis la base au-dessous du men- 
ton 9 

LIauteur du menton au sommet de la " 

tête 5 

Idem au-dessous du nez ............ i 



pou. 






o 



6 



pieds pou 

Hauteur du nez i 

Saillie du nez ■ o '10 

Largeur du nez à sa partie inférieure. . . 1 

Longueur des oreilles 2 

Grand diamètre de l'orbite • 1 

Idem de l'œil 1 

Petit diamètre de l'œil 

Largeur à la base Q 

Largeur aux oreilles • • 5 

Idem aux épaules 7 

Idem au cou ■ ■ • • 4 

Epaisseur, idem 3 

Epaisseur au ventre • 3 

Hauteur du chapiteau 3 

Diamètre, idem 4 




2 
O 
O 
O 
10 

3 
6 
6 
O 
6 
1 
9 



Ces mesures sont particulières à un des monumens ; car leurs dimensions 
varient infiniment : au reste, quoique la plupart des pierres qui ont servi à 
le bâtir soient bien équarries, l'on en remarque cependant qui sont un peu 
convexes sur toutes leurs faces, ce qui semble prouver qu'elles n'ont pas 
été taillées, mais usées ; et le parallélisme exact de la plus grande partie ne 
peut pas détruire cette assertion, le plus ou moins de perfection pouvant 
dépendre de l'habileté de l'ouvrier: quant à la difficulté du transport et du 
posage sans aucun moyen mécanique, elle disparaîtra si l'on réfléchit qu'avec 
des bras, quelques cordes, deux leviers, et trois rouleaux de bois, on peut 
conduire et élever les masses les plus lourdes. 



Les plantations sont très-multipliées ; les champs plantés de patates et 
d'ignames sont tous de forme rectangle ; ils n'ont ni haie, ni enceinte, 
comme en ont quelques plantations de mûriers-papier ; celles cle bananiers 
sont disposées en quinconce, et tenues très-soigneusement. Les bords de 
la mer sont escarpés à toutes les pointes, et il y a très-peu d'anses aborda- 
bles. Il est à remarquer qu'aucun ravin ne détermine l'écoulement des 
eaux, qui sans doute se perdent entre les pierres eparses et multipliées qui 
couvrent la surface de l'île. Aucune rivière ni ruisseau ne l'arrose dans les 
parties qui ont été parcourues ; quelques excavations peu considérables 
dans les parties supérieures de rochers contiennent seulement un peu d'eau 



■ 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE, ' 

du plus mauvais goût. Les arbres n'y sont pas moins rares, et l'on n'a 
rien vu qui puisse mériter ce nom. 

Le 10 Avril, à 9 heures du matin, étant à environ treize lieues de l'île,. 
elle paraissait comme dans la vue 4 e . {Atlas, N° 10.) Le milieu de l'île,. 
par le sommet du cap septentrional, quoique vaporeux, laissait cependant 
distinguer quelques escarpemens ; il aboutissait à la mer, du côte de 
l'Ouest, par une pente assez douce, sans sinuosités : le côté de l'Est en 
avait aussi très-peu; il était un peu plus long que le précédent, et les hau- 
teurs des deux pointes que les Espagnols ont nommées Saint-Jean et 
Sainte-Rosalie, le surmontaient à son extrémité, et paraissaient sur le de- 
vant : les côtes basses qui régnent entre les trois principaux caps, étaient 
noyées. Le sommet A du cap de l'Est, vague, et absolument séparé, pa- 
raissait être une autre île ; sa hauteur était la moitié du sommet du milieu ; 
l'intervalle qui régnait entre les deux était égal à la base de la grande terre : 
celle du cap de l'Est ne paraissait que le quart de la première. 



Le cap du Sud-Ouest se distinguait encore dans l'Ouest, mais très-bas et 
très-vague ; sa forme était presque plate, et sa distance à la terre du mi- 
lieu n'était que la moitié de la base de cette dernière. 

Le sommet de l'île fut relevé au Sud 15 degrés Est $. 

Le sommet A du cap de l'Est, au Sud 25 degrés Est^ 

Et le cap Sud-Ouest, au Sud 9 degrés Est.. 

A bord de la Boussole, ce 18 Avril 1786". 

Signé Bernizet* 



— 



VOYAGE AUTOUPv DU MONDE. 



M E M 



IRE 



PHYSIOLOGIQUE ET PATHOLOGIQUE 



Sur les Américains, par M. Rollin, Docteur en Médecine 
Chirurgien-major de la frégate la Boussole. 

-L*o:rsque je me livrai à ce travail, je n'avais pas encore eu con- 
naissance du mémoire instructif remis à M. de îa Pérouse par la société de 
médecine. Des circonstances imprévues m'avaient privé de ce secours ; et 
si je n'ai pu remplir entièrement l'objet qu'elle s'était proposé, je la prie 
du moins de recevoir avec indulgenee les observations que j'ai faites sur le 
même sujet. 

Des Indigènes du Chili» 

La structure du corps, chez ces Américains, n'offre rien de particulier : 
leur stature est en général moins grande que celle des Français, et ils pa- 
raissent aussi beaucoup moins robustes ; cependant ils supportent avec 
beaucoup de courage les fatigues de la guerre, et toutes les privations qu'elle 
traîne à sa suite. Ils ont, dans plusieurs occasions, arrêté les efforts de 
l'Espagne, et quelquefois même ils en ont triomphé : leur histoire est 
remplie de traits de bravoure qui leur ont mérité de la part des plus fiers 
Espagnols le titre glorieux à y lndios bravos, et dont le souvenir rejaillit 
encore sur leurs descendans. 

Le même caractère de physionomie se fait remarquer chez presque tous 
les individus de cette nation : leur visage est large, et plus arrondi que.: 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

celui des Européens ; ils ont les traits grossiers, les yeux petits, ternes, 
noirs, et enfoncés, le front bas, les sourcils noirs et bien garnis, le nez court 
et épaté, les pommettes saillantes, les lèvres épaisses, la bouche grande, le 
menton peu prononcé, et les oreilles de forme ordinaire. 

Les femmes indigènes sont petites, mal conformées, et d'une physionomie 
repoussante ; je n'en ai vu aucune qui eût la douceur des traits, la grâce et 
l'élégance des formes, qui caractérisent leur sexe. 



Les hommes et les femmes se percent les oreilles et la cloison du nez ; 
ils les ornent de morceaux de verroterie, de nacre, &c. dont ils varient la 
forme. La couleur de leur peau est d'un bran rougeâtre, et celle des on- 
gles, un peu moins foncée. Ils ont également les cheveux noirs, très-forts, 
ec très-épais. Les hommes ont peu de barbe, mais leurs aisselles et leurs 
parties naturelles sont assez bien garnies de poils: presque toutes les 
femmes en sont dépourvues à ces parties. 

Des Indigènes de la Californie. 

Ces peuples sont dans l'hémisphère Nord, à même distance de la Ligne 
que les Chiliens dans l'hémisphère Sud. 

Pendant mon séjour à Monterey, j'eus occasion d'examiner un- grand 
nombre d'individus des deux sexes, et je remarquai peu de ressemblance 
entre eux et les indigènes du Chili. La taille des hommes est plus haute, 
et leurs muscles mieux prononcés ; mais ils sont moins courageux et moins 
intellio-ens. Ils ont le front bas, les sourcils noirs et épais, les. yeux noirs 

fi- O 

et enfoncés, le nez court et déprimé à sa racine, les pommettes saillantes, 
la bouche un peu grande, les lèvres épaisses, les dents fort belles, le men- 
ton et les oreilles de forme ordinaire. Ils sont d'une indolence extrême, 
sans industrie, peu curieux, et presque stupides : ils portent, en marchant, 
la pointe du pied en dedans, et leur démarche peu assurée décèle, au pre- 
mier coup-d'œil, leur caractère de pusillanimité. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Les femmes de la Californie ont aussi quelques qualités individuelles qui 
ne se remarquent point dans celles du Chili : leur taille est plus élevée, et 
la forme de leurs membres est plus régulière ; elles sont en général d'une 
stature mieux développée et d'une physionomie moins repoussante. 

La chevelure est à peu près la même chez ces deux peuples ; mais les 
Californiens ont la barbe plus fournie que les Chiliens, et les parties géni- 
tales mieux garnies: cependant j'ai remarqué, parmi les hommes, un grand 
nombre d'individus totalement dépourvus de barbe ; les femmes ont aussi 
peu de poil au pénil et aux aisselles : on m'a assuré que ces particularités 
n'avaient d'autre cause que l'usage où sont les hommes de s'arracher la 
barbe, et les femmes de s'épiler ces parties, avec des coquilles bivalves, ou 
avec un morceau de bois fendu à une de ses extrémités. 

Ce qui semblerait confirmer cette assertion, c'est que j'y ai vu des 
hommes imberbes avoir beaucoup de poil sur les diverses parties du corps., 
et des femmes qui en étaient dépourvues aux aisselles et aux parties sexu- 
elles, en avoir en assez grande quantité sur les bras et les jambes, 



Ces Américains sont aussi dans l'usage de se peindre la peau pour se pa- 
rer ; ils se percent aussi les oreilles, et y portent des ornemens d'un genre 
et d'un goût très- variés. Ils ont la peau basanée, et les ongles d'une cou- 
leur moins foncée que les Chiliens. 

Des Américains qui habitent les environs de la Baie des Français. 

Ces peuples m'ont paru avoir peu de ressemblance avec les Californiens : 
ils sont plus grands, plus robustes, d'une figure plus agréable, et suscepti- 
ble de la plus grande vivacité d'expression ; ils leur sont aussi très-supé- 
rieurs en courage et en intelligence. Ils ont le front un peu bas, moins 
couvert cependant que les Américains du Sud ; ils ont les yeux noirs et 
très-animés, les sourcils- bien plus fournis, le nez de grandeur et de forme 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

régulières, seulement un peu -évasé à son extrémité, les lèvres peu char- 
nues, la bouche de moyenne grandeur, les dents belles et bien rangées, le 
menton et les oreilles très-réguliers. 

Les femmes ont aussi, sur les Américaines dont j'ai parlé, le même avan- 
tage de conformation ; elles ont beaucoup plus de douceur dans les traits 
du visage, et de grâce dans la forme des membres. 

Leur physionomie serait même assez agréable, si, pour s'embellir, elles 
n'étaient dans l'usage bizarre de porter à la lèvre inférieure un morceau de 
bois de forme elliptique, légèrement excavé à ses deux surfaces et à sa cir- 
conférence, et qui a communément un demi-pouce d'épaisseur, deux ào. 
diamètre, et trois pouces de long. 

Cette espèce d'écuelle les rend difformes, et leur cause un écoulement 
Involontaire de salive aussi incommode que dégoûtant ; cependant les 
femmes seules s'en servent comme d'un ornement, et on y prépare les pe- 
tites filles aussitôt qu'elles sont nées. 

Pour cet effet, on leur perce la lèvre inférieure avec une espèce d'épin- 
ole de cuivre ou d'or, qu'on laisse dans l'ouverture, ou bien on y place un 
anneau de même matière, que les jeunes filles conservent jusqu'à l'âge de 
puberté. Alors elles augmentent progressivement cette ouverture, en sub- 
stituant à l'épingle, ou à l'anneau, d'abord une petite écuelle, ensuite une 
plus grande, et ainsi graduellement jusqu'à ce qu'elles soient parvenues 
aux dimensions dont j'ai parlé plus haut. 

Cette bizarrerie peut servir à faire connaître jusqu'à quel point l'exten- 
sion des lèvres offre des ressources pour prévenir les difformités de ces par- 
ties, à la suite des opérations que nécessite leur délabrement. 

Ces peuples sont de couleur olivâtre : leurs ongles, qu'ils portent très- 
Îôîîp-s, sont d'une couleur moins foncée ; mais on remarque que celle de la 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

peau varie dans ses nuances ; elle est beaucoup moins obscure sur quelques 
individus, et sur les parties du corps qui ne sont point exposées à l'action de 
l'air et du soleil. 

Leurs cheveux sont en général moins forts et moins noirs que ceux des 
Américains du Sud : on en voit beaucoup de châtains. Ils ont aussi la 
barbe plus touffue, les aisselles et les parties sexuelles mieux pourvues de 
poils. 

La parfaite égalité de leurs dents me fit croire d'abord qu'elle pouvait 
être l'effet de l'art ; mais les ayant examinées de près et avec attention, je 
n'aperçus aucune altération à l'émail, et je vis qu'ils tenaient cette régula- 
rité de la nature. 

Ces peuples se peignent le corps et le visage, se tatouent, et se percent 
les oreilles et la cloison du nez. 

Quelques écrivains ont pensé que l'usage de se peindre le corps et le 
visage, si généralement répandu chez les Africains, les Américains, et les 
Indiens occidentaux, n'était qu'un moyen employé par ces peuples contre 
les animaux venimeux ; cependant je crois, d'après mes observations, que 
cet usage n'a d'autre objet que la parure et l'embellissement. Je l'ai trouvé 
établi chez les habitans de l'île de Pâque, et chez les naturels de la baie des 
Français, et je n'ai pourtant vu chez ces peuples ni insectes ni reptiles 
venimeux ; j'ai remarqué de plus qu'ils ne se peignaient le corps que lors- 
qu'ils venaient nous visiter, et que dans leurs habitations nous ne les trou- 
vions jamais avec cette espèce de fard. 

Observations Générales. 

Les écrivains qui ont parlé des Américains comme d'une espèce dégéné- 
rée, ont suivi les écarts de leur imagination, et n'ont rien donné à la vérité. 

Il en est même parmi eux qui ont étendu l'idée de cette dégradation jus- 



tome ii. 



2 z 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

qu'aux Européens naturalisés en Amérique» J'ose croire que les Washing- 
ton, les Adams, les Franklin, &c. ont, par leur mérite, réfuté cette asser- 
tion d'une manière assez honorable pour me dispenser d'entrer dans aucune 
discussion à ce sujet. 

Il m'a semblé aussi que les mêmes écrivains n'avaient pas été plus heu- 
reux dans leurs opinions sur le prétendu abâtardissement des animaux de 
l'ancien continent transplantés en Amérique. 

Quant à l'existence des vices, ou des modifications particulières, qu'on. 
suopose dans la structure interne des parties génitales de ces peuples, et 
qu'on attribue également à la dégradation de l'espèce humaine en Améri- 
que, il ne m'a pas été possible de faire les recherches nécessaires pour m'en 
assurer. 

Mais si je juge de l'organisation de ces parties par la perfection qu'elles 
©firent au dehors, je dois la croire exacte. 



Au reste, je n'ai vu nulle part, chez ces peuples, ni les proîongemens â\L 
scrotum, ni les gonflemens prodigieux de la verge, ni de ces hommes dont 
les mamelles fournissent du lait, comme le rapportent quelques voyageurs.. 
Je n'ai point remarqué non plus qu'aucun peuple sauvage eût une plus 
grande vitesse à la course, ni plus de perfection dans les organes des sens,, 
que les Européens ; et s'il existe une différence dans la perfection de ces 
facultés, elle est à l'avantage des nations policées. 

Le cours de la vie, chez ces peuples, m'a paru avoir les mêmes périodes 
d'accroissement et de décroissement que parmi nous -, le climat, le genre 
de vie, et les habitudes, y apportent cependant quelques légères différences.. 

Au Chili et en Californie, la barbe et la voix se développent chez les 
hommes vers la treizième année, et annoncent l'âge de puberté. Les filles 
sont ordinarement pubères vers l'âge de onze ou douze ans. Le gonfle- 
ment des mamelles et l'éruption du flux menstruel en sont les présages or- 






MB 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

dinaires. L'abondance de cette évacuation périodique varie chez les diffë- 
rens individus, en raison de leur constitution et de leur manière de vivre. 
Si aucun accident particulier n'intervertit l'ordre naturel, cette évacuation 
a lieu tous les mois, et dure depuis trois jourj jusqu'à huit. Les femmes 
y sont sujettes jusque vers leur quarantième année : il n'est ceoenclant oas 
très-rare d'y voir des femmes donner des marques de fécondité dans un âge 
plus avancé. 

La vieillesse et la décrépitude s'annoncent chez ces peuples, comme chez 
les nations civilisées, par le dessèchement de l'individu, la perte ou l'affai- 
blissement de la vue et des autres sens, le changement de couleur des che- 
veux et delà barbe. 

Les femmes qui ont eu beaucoup d'enfans, ont, comme les Européennes 
dans cette circonstance, les mamelles flasques et pendantes, et la peau du 
ventre plissée, mais sans aucune différence remarquable. 

Ces peuples ont, à quelque chose près, les mêmes passions, les mêmes 
exercices, et la même manière de vivre; ils sont également extrêmes dans 
l'expression de la joie et de la colère, et le plus léger événement suffit pour 
les y porter. Ceux de la baie des Français sont voleurs, audacieux, irasci- 
bles à l'excès, et de tous le plus à craindre pour un étranger. 

Ils vivent assez communément de gibier et de poisson ; mais quoique îa 
chasse et la pêche leur offrent en abondance les moyens de renouveler leurs 
provisions, ils aiment mieux souvent se nourrir d'alimens altérés et presque 
putréfiés, que de se donner une légère peine pour s'en procurer de bons. Leur 
penchant pour îa paresse les rend encore peu délicats sur la préparation de 
ces mêmes alimens: lorsqu'ils sont pressés par la faim, ils ne se donnent pas 
la peine de les faire cuire, mais ils les font simplement griller sur les char- 
bons, ou bouillir dans une gamelle de bois remplie d'eau, en y jetant des 
cailloux rougis au feu, qu'ils renouvellent jusqu'à parfaite cuisson. 




Les heures des repas sont quelquefois déterminées par l'appétit j n 



mais or- 






VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

dinairement chaque famille se rassemble vers la fin du jour pour.prendre un 
repas en commun. 



Les habitans de la Californie et de la baie des Français ne font aucun 
usage de végétaux, si l'on excepte cependant quelques graines de pins, et 
autres fruits que leur fournit la belle saison : encore ces fruits ne font-ils 
jamais partie essentielle de leur nourriture. Ils sont sobres par paresse, et 
gloutons dans l'abondance. 

Ces peuplades sont divisées par hordes, et chaque horde forme com- 
munément un petit hameau. Leurs cabanes, faites de roseaux ou de 
branches de feuillage, sont supportées par quatre piquets, et recouvertes 
pour la plupart d'écorces d'arbre aplaties : elles sont de forme carrée, ou 
conique, ne garantissent que faiblement des injures de l'air, et n'offrent 
aucune espèce de solidité ni de commodité. L'entrée en est basse et 
étroite ; le foyer est placé au milieu de la cabane, et la fumée s'échappe 
par un trou pratiqué dans la couverture. 

Ces Américains se couchent pêle-mêle, et sans distinction d'âge ni de 
sexe, sur des pelleteries qu'ils étendent autour du feu. Ils mettent peu de 
soin à la construction de leurs huttes, parce que l'extrême mobilité de leur 
caractère les porte bientôt à les abandonner pour en établir de nouvelles, 
souvent même à côté de celles qu'ils viennent de quitter : ils préfèrent,, 
pour ces sortes d'étabîissemens, les bords des rivières, et les revers des 
montagnes exposées au midi.. 

Les seuls logemens solides et un peu considérables que j'aye vus sur 
cette côte sont ceux d'une horde établie sur les bords d'une petite rivière, 
très-poissonneuse, à environ quatre milles de la baie des Français. Ces 
cabanes étaient construites avec de gros madriers ou planches fort épaisses j 
elles étaient de forme rectangle, avaient environ quinze pieds d'élévation* 
et pouvaient contenir trente ou quarante personnes. Les portes en étaient 
basses, étroites, et s'ouvraient à coulisses. L'intérieur n'offrait rien de re- 
marquable i on y voyait seulement une espèce de gradin, sur lequel, des 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

femmes et des enfans étaient occupes à fabriquer des meubles de ménage.. 
Ils avaient établi, sur la petite rivière voisine de leurs habitations, une pê- 
cherie dont la disposition et la construction n'étaient pas moins ingénieuses 
que celles décrites par M. Duhamel» 

Parmi ces peuples, les hommes se livrent particulièrement aux exer- 
cices guerriers, à la pêche, et à la chasse ; leurs armes sont l'arc, le javelot, 
et le poignard. Les femmes, au contraire, semblent spécialement occupées 
de la préparation des alimens, et des soins intérieurs du ménage : quoi- 
qu'elles vivent sous la domination d'hommes très-féroces, je n'ai pas vu 
qu'elles en fussent traitées d'une manière aussi barbare que le prétendent 
la plupart des voyageurs; j'ai même remarqué que, dans beaucoup d'oc- 
casions, ils avaient pour elles des égards et des déférences» 

Il paraît, d'ailleurs, que ces peuples sont polygames, et que leurs ma- 
riages ne sont durables qu'autant qu'ils conviennent aux deux parties. Ils 
attachent peu d'importance à la possession exclusive de leurs femmes y ils 
cherchaient souvent à trafiquer leurs faveurs, et les négociaient pour un: 
morceau de fer ou quelques grains de verroterie» 

Quoique ces Américains paraissent former de grandes peuplades, et avoir 
les mêmes intérêts et les mêmes mœurs, cependant chaque famille semble 
vivre d'une manière isolée et avoir un régime particulier» Ces familles 
ont leurs chefs, leurs cases, leurs pirogues, leurs instrumens pour la pêche 
et pour la chasse, et enfin tout ce qui peut leur procurer des moyens de 
se défendre et de subsister. J'ai cru cependant remarquer qu'il existait 
parmi eux des chefs qui semblaient commander à plusieurs familles, mais 
pour lesquels chaque individu n'avait qu'une légère déférence.. 

Ces chefs ont sur les autres habitans l'avantage de la taille, de la force* 
et même du courage. Ils sont en général couverts d'énormes cicatrices,, 
qu'ils affectent de faire remarquer comme des témoignages de leur valeur : 
on les distingue aussi des autres par l'espèce de luxe et d'élégance, qu'ils 
mettent dans leur coiffure et dans leurs vêtemens. L'habillement de& 



357 





* 

t 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 

femmes consiste en une chemise de cuir qui leur descend jusqu'à mi- 
jambe, "et en un manteau de pelleterie qui les couvre depuis les épaules 
jusqu'aux genoux. Les hommes portent un manteau semblable, et 
quelques-uns ont aussi une chemise de cuir et des bottines de peau de loup 
marin .; mais communément ils sont pieds nus. 

Il est difficile, pour ne pas dire impossible, à un voyageur qui n'entend 
point la langue de ces Américains, et qui ne connaît qu'imparfaitement 
leurs coutumes, de donner des notions exactes sur leur régime social, et 
de faire une description méthodique et satisfaisante des maladies qui les 
affligent. On ne peut douter cependant que leur manière de vivre, l'usage 
immodéré qu'ils font des choses qui les nattent, et les vicissitudes du cli- 
mat, ne les exposent à beaucoup d'infirmités. 

Je vais nfétendre avec quelque détail sur les maladies des indigènes de 
la Californie. Le grand nombre d'Américains qui se trouvent rassemblés 
dans la mission de S. Carlos, m'a fourni l'occasion d'y voir plusieurs ma- 
lades, et de faire des observations sur la nature de leurs maladies. J'ai 
été aidé dans ce travail par le père Matthias, missionnaire, et par M. Car- 
bajole, chirurgien-major au service du roi d'Espagne, attaché à cette co- 
lonie. 

On éprouve en Californie de grands changemens dans la température des 
quatre saisons de l'année. Leur influence sur les peuples qui l'habitent 
occasionne des maladies particulières ; et quoique ces peuples paraissent 
être accoutumés aux différentes inclémences de l'air, ils sont cependant 
plus sujets que les Européens aux maladies causées par l'excès prolongé 
d'une température. 

Les maux de gorge, les affections catarreuses, les pleurésies, et les péri- 
pneumonies, sont les maladies les plus ordinaires en hiver. Les remèdes 
dont il font usage pour le traitement de ces maladies consistent dans la 
boisson de quelques tisanes faites avec des plantes," qu'ils pilent ensuite et 
qu'ils appliquent sur l'épiglotte ou sur le lieu de la douleur. Lorsque ces 



-— ■— — — 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

maladies atteignent un certain degré de gravite', elles dégénèrent commu- 
nément, par l'insuffisance de ces moyens, en maladies chroniques ; et les 
malades qui ont survécu à la vigueur du développement de leur premier 
caractère, ne tardent pas à terminer leurs jours dans la phthisie ou dans la 
pulmonie. 

Les fièvres éphémères et intermittentes,, et les affections saburrales, se 
font principalement remarquer au printemps et en automne. 

Je n'ai pu m'assurer si ces peuples connaissaient quelque remède qui 
dans le traitement des fièvres, pût leur tenir lieu de quinquina. Leur 
pratique paraît se borner seulement à provoquer le vomissement, en en- 
fonçant le doigt dans la bouche, et à exciter des sueurs abondantes par des. 
espèces de bains d'étuve, que je décrirai ci-après. 

Les maladies les plus générales en été sont les fièvres putrides, pété- 
chiales, ardentes, bilieuses, et la dysenterie. Le défaut de soins et d'in- 
telligence dans le traitement de ces maladies leur donne presque toujours 
un caractère fâcheux : et lorsque les efforts de la nature sont insuffisans 
pour déterminer quelques évacuations salutaires, soit par les seîies, les 
urines, ou la transpiration, les malades en sont ordinairement les victimes. 
11 est à remarquer que ces évacuations critiques sont presque toujours 
avantageuses aux malades, lorsqu'elles ont lieu du onzième au vinpt-unième 
jour, à compter de celui.de l'invasion. Mais les maladies les plus redou- 
tables pour eux sont les fièvres ardentes et bilieuses : leur développement 
est si violent, qu'il est rare que les individus qui en sont atteints, ayent 
force d'y résister. 

Indépendamment de ces diverses maladies, les habitans de la Californie: 
sont encore exposés aux fièvres nerveuses, aux rhumatismes, aux affections 
psoriques, aux ophthalmies, à la vérole, et à l'épilepsie. j'ai vu, à la mis- 
sion de S. Carlos, une femme atteinte de cette dernière maladie,, dont-les, 
accès périodiques duraient communément deux heures,. 









VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Les ophthalmies et la gale affectent le plus grand nombre de ces Améri- 
cains : ils ne font cependant aucun usage de boissons spiritueuses, ni de 
viande de porc fraîche ou salée, auxquelles on attribue ordinairement la 
cause de ces maladies, ainsi que des dartres et autres maladies cutanées, qui 
les affligent si généralement. Je ne crois pas non plus qu'on soit mieux 
fondé à l'attribuer au tatouage et à l'usage de se peindre la peau. 



Les habitans de la baie des Français ont les mêmes usages, et vivent de 
plus dans une extrême mal-propreté ; cependant on y remarque bien rare- 
ment des exemples ou même des traces du vice psorique. Je dois ajouter 
que dans nos flottes en station en Amérique pendant la dernière guerre, j'ai 
observé qu'après un séjour de cinq ou six mois, les dartres affectaient le 
plus grand nombre de nos matelots, souvent même des officiers, et que ces 
dartres résistaient à presque tous les remèdes employés sur les lieux, tandis 
que, dans la plupart des cas, il suffisait de passer dans des climats tempérés, 
pour qu'elles disparussent sans accident. 

D'après toutes ces circonstances, il me paraît démontré que les maladie* 
cutanées qui aftectent aussi généralement les peuples qui habitent les en- 
virons de l'Equateur, sont l'effet d'une altération acrimonieuse dans les 
humeurs, déterminée par les grandes chaleurs de ces climats. Je ne doute 
pas cependant que la constante action de l'air et du soleil sur la peau de ces 
peuples, qui vont continuellement nus, ne contribue beaucoup à ces sortes 
de maladies, et ne les rende plus tenaces. Personne n'ignore qu'elles 
étaient autrefois très-communes en Europe, et qu'elles perdirent de leur 
malignité et devinrent très-rares, à mesure que le goût de propreté et 
l'usage du linge succédèrent à la vie sale et grossière qui s'y était répandue 
après la chute de l'empire Romain. 

Les maladies épidémiques, telles que la petite vérole et la rougeole, ne 
rèo-nent en Amérique qu'accidentellement, c'est-à-dire, lorsqu'elles y sont 
apportées par quelques vaisseaux Européens ; mais les naturels sont très- 
susceptibles d'en être atteints ; et les ravages de la petite vérole, sur-tout, y 
«ont :si meurtriers, qu'il n'est point de calamité pour eux plus redoutable. 



HKR 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Cette maladie se manifeste par les mêmes symptômes, et suit la même 
marche dans son développement, que parmi les Européens ; elle règne 
aussi sous les -mêmes- caractères de discrète, de confluente, ou de maligne,; 
mais on remarque que c'est sous ce dernier caractère qu'elle se montre le 
plus généralement". 



La vérole, qui,- selon la tradition commune, ne fut connue en Europe 
qu'au retour 'de la flotte de Christophe Colomb, paraît, d'après l'opinion 
des personnes éclairées que j'ai consultées à Mcnterey, n'être répandue 
parmi les naturels de la Californie, que depuis leur communication avec 
les Européens qui se sont établis dans cette partie du nouveau continent: 
mais, quelle que soit l'origine de cette maladie parmi ces peuples, il est 
certain qu'elle y cause les mêmes ravages que parmi nous. Les bubons,- 
les chancres, les excroissances, la gonorrhée, ôcc. sont ses caractères or- 
dinaires^. 

Les moyens curatifs' auxquels les Américains indigènes paraissent avoir: 
le plus de confiance pour le traitement de cette maladie, sont le bain de 
sable qu'ils appellent tamasca!, et une décoction de plantes sudorifiqnes 
prise en boisson. On m'a-assuré que ce traitement produisait -presque tou- 
jours les mêmes effets,- 

i 

La manière de préparer le' tamascal consiste à creuser dans le sable une* 
fosse d'environ un pied de profondeur sur deux de largeur, et d'une lon- 
gueur proportionnée à la taille du malade ; on y fait ensuite du feu dans 
toute son: étendue, ainsi que sur le sable qu'on a déplacé en la creusant. 
Quand le tout est échauffé, on ôte le feu, et on remue superficiellemene 
le sable, pour que la chaleur soit également répartie ; après quoi le malade 
quitte ses vêtemens, se couche dans la fosse, et on le recouvre jusqu'au- 
menton avec le sable échauffé. Dans cette position, il éprouve bientôt- 
dès sueurs très-abondantes; qui diminuent peu à peu par le refroidisse- 
ment graduel du sable. Alors le malade se lève, et va se laver dans la 
mer, ou dans une rivière voisine. Ce procédé se répète de la même ma- 
nière jusqu'à parfaite guérisom La. plante dont il se servent assez corn -' 

TOME II. o , 

O A. . 






VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

munément dans le traitement des maladies vénériennes, est connue des 
Espagnols sous le nom de gouvernante. Voici les caractères de cette 
plante, tels que j'ai pu les décrire d'après des échantillons desséchés. 

Calice : Quatre parties ovoïdes, de même grandeur que la corolle, in- 
sérées sous le fruit ; il tombe avec la fleur ; 




Corolle polype t ah : Quatre pétales, petits, entiers, ovales, insérés sur le 
réceptacle ; 

Etamines : Huit, insérées sur le réceptacle, de même grandeur que la 
corolle; filets charnus, sillonnés ou concaves d'un côté, et convexes de 
l'autre; ailes velues, anthère simple ; 

Pistil: Germe obrond, velu, quinquangulaire, divisé en cinq loges, 
renfermant une semence oblongue ; les poils du péricarpe sont très-ap- 
parens, quoique très-fins ; 

Port : J'ai jugé que ce devait être un arbrisseau, au plus, de moyenne 
grandeur; les tiges sont anguleuses, touffues, noueuses, et enduites d'un 
vernis gluant, l'insertion des branches latérales alterne, et elles sont assez 
près les unes des autres; les feuilles petites, pétiolées, bilobées, opposées, 
lisses en-dessus, les nervures peu apparentes en-dessous ; fleurs axillaires, 
quelquefois terminales, pédunculées, solitaires, et quelquefois géminées. 

Les femmes sont encore sujettes à des maladies particulières à leur sexe, 
indépendamment de celles qui leur sont communes avec les hommes : telles 
sont les suites de couches, les hémorragies utérines., ou pertes de sang, et 
les avortemens, &c. On remarque cependant qu'elles éprouvent peu 
d'incommodités pendant leur grossesse, et que presque toutes accouchent 
avec facilité. Les accouchemens laborieux, ou contre nature, sont très- 
rares : mais lorsqu'ils ont lieu, la mère et l'enfant en sont presque toujours 
les victimes ; ce qui ne peut être occasionné que par un défaut de rapport 
dans les dimensions du bassin de la mère avec la grosseur de L'enfant qui 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

doit en traverser les détroits, ou par une mauvaise position de celui-ci lors- 
qu'il se présente au passage. 

Dans les accouchemens naturels, les premières douleurs ne précèdent 
ordinairement que de peu de temps l'expulsion de l'enfant. Ces femmes 
ne doivent sans doute cet avantage qu'à l'extrême grandeur des diamètres 
du bassin, comme je le ferai voir à la table des proportions. 

Aussitôt que l'enfant est né, les vieilles Américaines, qui font les fonc- 
tions de sages-femmes, lient le cordon ombilical, plongent l'enfant dans 
l'eau froide, et le débarrassent de iTiumeur visqueuse qui se trouve sur- 
toute la surface du corps. Du moment que la mère est délivrée, elle va 
elle-même se laver dans la mer ou dans une rivière. En sortant de l'eau, 
elle s'assied sur une pierre échauffée ; on la recouvre de pelleteries, et elle' 
reste dans cette position jusqu'à ce que les sueurs qu'elle éprouve dimi- 
nuent, et que la pierre se refroidisse, pour aller de nouveau se plonger 
dans l'eau froide : elle répète quelquefois ce procédé plusieurs jours de 
suite. 



363 




Ces immersions, et cette espèce d'étuve, généralement usitées parles 
Américains dans presque toutes les infirmités, ne sont pas toujours ex- 
emptes d'inconvéniens, et principalement chez les nouvelles accouchées. 
Elles donnent souvent, lieu, dans cette circonstance, à la suppression des 
lochies, à l'inflammation des parties de la génération et des voies urinaires, 
avec suppression des urines ; aux squirres des mamelles, qui quelquefois 
passent à l'état de cancer: il y a environ six mois qu'on en vit un exemple 
à la mission de Monterey, sur une femme âgée d'environ vingt-cinq ans, 
qui mourut d'un cancer ulcéré qui lui avait rongé une mamelle et auatre 
côtes adjacentes à la tumeur. 

Lorsqu'il arrive quelques accidens à la suite de cette conduite, les sages» 
femmes bornent leur pratique à fomenter les parties souffrantes avec "une 
décoction de plantes ou de graines émollientes. La graine dont l'usage leur 
est le plus familier dans ces cas ainsi que dans les fièvres aiguës, tant en 



\, 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

boisson qu'en fomentation, ressemble à la graine de lin ; elle en a la forme, 
la couleur, le luisant, et donne par la fusion un mucilage de même nature : 
elle est connue des Américains sous le nom de passelle. 

La grossesse ne parvient pas toujours heureusement au terme ordinaire 
de neuf mois ; les exemples d'avortemens ne sont même pas très- rares : 
dans ces cas, les femmes tiennent la même conduite que si elles avaient 
accouché au terme préfix, excepté lorsqu'il y a perte ou hémorragie ; alors 
la femme se tient couchée, et on lui fomente l'hypogastre et les parties 
sexuelles à froid, je n'ai pu me procurer des éclaircissemens sur les 
moyens que les sages-femmes emploient pour l'extraction du placenta. 

Les enfans à la mamelle ne sont pas non plus exempts des infirmités qui 
oppriment ce premier âge de la vie humaine: excepté le rachids, dont 
je n'ai vu d'exemple nulle part, ils sont sujets, comme les enfans Euro- 
péens, aux douleurs de la dentition, aux gerçures., à l'éclampsie, à la 
coqueluche, aux vers, aux tranchées, à la diarrhée, au marasme, au stra- 
bisme, &c. 

Le temps de l'allaitement n'est point limité, quelquefois il est très -court ; 
mais communément les mères allaitent leurs enfans pendant dix-huit ou 
vingt moi . La manière dont elles mettent leurs enfans au maillot con- 
siste à les envelopper de pelleteries, leur ayant préalablement alongé les 
jambes et les bras le long du corps, et fixé ces parties dans cette situation 
par quelques tours de lisières de cuir; ensuite elles les mettent dans une 
écorce d'arbre, de grandeur proportionnée à l'enfant, et de la forme d'une 
tuile, où il est fixé de nouveau par des liens ou lisières de peau. Quant 
aux taches brunes que quelques voyageurs disent avoir observées sur le dos 
des enfans, j'avoue que dans cette circonstance, comme dans beaucoup 
d'autres, où j'ai voulu vérifier leurs observations, mes recherches ont été 
inutiles. Je n'ai rien reconnu non plus dans les caractèreslie leur organi- 
sation, qui fût étranger à la conformation naturelle la plus exacte. 

■Quoique les maladies qui affligent les naturels de la Californie soient aussi ' 



— — — »^— 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

nombreuses que différentes entre elles, les moyens qu'ils emploient contre 
ces diverses infirmités sont cependant presque toujours les mêmes. J'ai 
déjà dit que ces moyens consistaient dans l'usage de quelques plantes, de 
bains froids, et dans des espèces de bains d'étuve. L'application de 
ces remèdes, quoique peu raisonnée, est dirigée par des espèces de 
médecins, ou plutôt de jongleurs, qui ne se concilient la confiance de 
leurs compatriotes que par des inspirations feintes et des gesticulations 
extravagantes. 

Leur pratique générale d'exciter les sueurs donne à penser que ces 
jongleurs croient, comme Van-Helmont, que cette excrétion est une dépu- 
ration favorite de la nature, et qu'il suffit d'un seul moyen pour la provo- 
quer et guérir toutes les maladies : mais s'il est possible de soupçonner 
qu'ils tiennent, comme lui, cette pratique et cette doctrine d'un être supé- 
rieur, comme semble l'indiquer leur gymnastie, il est aussi probable que 
ces jongleurs l'ont devancé dans cette révélation, et qu'il n'a été que leur 
imitateur. Quant au régime, il est toujours subordonné au goût et à l'ap- 
pétit des malades. 

Les maladies externes ou chirurgicales auxquelles les naturels de la Cali- 
fornie sont le plus sujets, sont les fractures et les plaies, les ulcères, les tu- 
meurs humorales, les hernies, les luxations. 

Le traitement dont ces peuples font usage pour guérir les plaies et les 
ulcères, ne diffère point de leur traitement ordinaire, dans les cas simples : 
ils en abandonnent la guérison à la nature. Dans les cas graves, ils appli- 
quent seulement quelques plantes entières ou piiées sur la plaie ou sur 
l'ulcère-: si Pichorosité que produisent les ulcères cause de la douleur et 
ronge les parties, ils les bassinent avec une lotion faite avec des plantes ou 
des graines émollientes ; et lorsqu'une plaie est accompagnée d'hémorragie, 
ils la tamponnent avec du poil d'animaux, et fcnî une compression graduée, 
en se servant de morceaux de peau maintenus par des lisières qui font 
Psefret de nos bandes. Si ce procédé ne suffit pas pour arrêter l'effusion du 





«r 




m VOYAGE AUTOUR DU 'MONDE, 

sang/ le blessé périt ordinairement d'épuisement ; mais lorsqu'ils parvien- 
nent à arrêter l'hémorragie, ils attendent que la bourre mise dans la plaie 
se détache par la suppuration, et se conduisent, pour le reste de la cure, 
comme dans les cas simples. Les cicatrices qu'ils obtiennent à la suite 
des plaies ou entamures des parties molles, sont presque toutes défec- 
tueuses. 

Si les naturels de la Californie empoisonnent leurs flèches, comme le 
font quelques peuplades d'Amérique, il faut que la substance qu'ils em- 
ploient ait des effets moins prompts et moins dangereux ; car les Espagnols 
qui vivent parmi eux depuis plusieurs années, n'ont point encore vu que 
les blessures faites par ces flèches ayent été mortelles. 

Lorsque ces Américains sont atteints de tumeurs humorales simples, ils 
n'y apportent aucun soin ; mais si elles ont un caractère inflammatoire, ils 
font usage des émolliens en topique ou en fomentation. 

Les tumeurs formées par le déplacement des parties, telles que les her- 
nies, sont très-communes parmi ces peuples, et principalement chez les 
enfans. 

Il m'a paru qu'ils ne connaissaient ni la méthode de faire rentrer les par- 
ties par le taxis, ni l'usage de les maintenir réduites par le bandage. Je ré- 
duisis sur des enfans plusieurs tumeurs en présence des pères et mères, 
dans l'intention de les mettre au fait de ce procédé, et à même de guérir ou 
de prévenir les accidens de ces maladies ; mais leur peu d'intelligence me 
laisse beaucoup de doutes sur l'efficacité de mes soins. Leurs connaissances 
sont aussi très-bornées dans l'art de réduire les luxations ; ils font sur le 
membre luxé quelques tiraillemens dont les efforts sont si mal dirigés, qu'ils 
n'en obtiennent presque jamais la réduction. Leur conduite m'a paru un 
peu mieux raisonnée dans le traitement des fractures ; ils mettent les bouts 
des os fractuiés en contact, et les y maintiennent par un bandage, en assu- 
jetissant le membre dans une écorce d'arbre qui l'emboîte par le moyen de 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

lisières de peau : le malade garde le repos jusqu'à la parfaite consolidation 
des parties. 

J'ai cru que les proportions de ces differens peuples seraient plus aisées 
à comparer, en rassemblant le résultat de ce travail dans une table, et en 
indiquant les lieux et les latitudes où j'ai mesuré ces proportions. On verra 
que dans la constitution de ces peuples il existe des différences que le cli- 
mat, les exercices, la manière de vivre, et les préjugés mêmes, développent 
ou modifient d'une manière très-remarquable. 

Comparaison des Proportions des deux sexes indigènes du continent d'Ame- 
rique, et Latitude des lieux ou elles ont été mesurées. 



Dénomination des lieux 
Latitudes 



Proportion des hommes. Taille commune 

Grand diamètre de la tête 

Petit diamètre, idem . . . 



Longueur des extrémités supérieures 2 

Idem des inférieures , , 

Idem des pieds ».-..» 

Largeur de la poitrine 

Idem des épaules , 

Hauteur de la colonne vertébrale 

■Circonférence du bassin 



Proportion des femmes. Grand diamètre de la tète 

Petit diam. idem 

Longueur des extrémités supérieures 

Idem des inférieures ,...•... 

Idem des pieds . 

Largeur de la poitrine 

Idem des épaules 

Hauteur de la colonne vertébrale ; 

Circonférence du bassin 

•Distance d'une épine antér. et super, à l'autre . , 



CONCEPTION. 


MONTEREY. 


B. des Français. 


36 


41' 


Sud. 


36' 


41' Nord. 


53' 


3 S' Nord. 


Pjptts 
5 


Pouc. Lig 
1 


Pied.' 
5 


Touc 

2 


6 


Pied: 
5 


Pouc. Lïg. 

3 





8 


4 





9 








9 


5 





5 








5 


4 





5 


G 


2 


l 


6 


2 


1 


9 


2 


2 


3 


2 


8 





2 


9 





2 


10 


5 





9 


4 





10 








10 


6 


1 








1 


i 





1 


1 


4 


1 


4 


8 


1 


7 





1 


7 


5 


1 


10 





1 


il 


o 


2 





4 


2 


4 


4 


2 


6 


8 


2 


7 


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8 








8 


5 





8 


10 





4 


11 





5 


3 





5 


5 


2 





7 


2 


1 





2 


1 


6 


2 


5 


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2 


6 





2 


6 


8 





8 








8 


6 





8 


9 





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6 





10 


9 





11 


3 


1 


2 





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2 


8 


1 


O 


2 


1 


8 





1 


8 


6 


1 


8 


9 


2 


5 





2 


6 





2 


6 


9 





8 


1 





8 


5 





8 


10 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 

Ces proportions ont été mesurées de la manière suivante : pour les extré- 
mités supérieures, de la tête de l'humérus à l'extrémité du doigt médius ; 
pour les extrémités inférieures, de la tête du fémur au talon, et du talon au 
gros orteil ; la largeur de la poitrine, d'une articulation numérale supérieure 
à l'autre ; la hauteur de la colonne vertébrale, prise de la première vertèbre- 
cervicale au sacrum ; le grand diamètre de la tête, de l'angle supérieur de 
l'occipital à la symphyse du menton, et le petit diamètre, d'une bosse pa- 
riétale à l'autre». 



VOYAGE AUTOUR DU MOND 



y Y5 




MEMOIRE 



Sur quelques Insectes, [mr la Martiniere, Naturaliste 



i-i'iNSECTE dont on voit la forme à travers sa demeure (fig.' \) T 
se trouve logé dans une petite maison prismatique, triangulaire, aiguë vers 
les deux extrémités, de la consistance et de la couleur d'une légère glace- 
très fragile. Le corps de l'insecte, couleur verte mêlée de petits points- 
bleuâtres, et quelques-uns de couleur d'or, se trouve, fixé par un ligament à 
la partie inférieure de sa petite maison - s son cou est surmonté d'une petite- 
tête noirâtre, composée de trois feuillets rapprochés, en forme de chapeau, 
et renfermée entre trois nageoires, deux grandes et échancrées à la partie 
supérieure, lettre A, et une petite, en forme de demi-cercle, lettre B : lors- 
qu'on l'irrite, il rentre aussitôt toutes ses nageoires et sa tête dans sa de- 
meure, et se laisse couler à fond par son propre poids, hzfig. 2 repré- 
sente le prisme vu par-dessous, où l'on aperçoit de quelle manière il est 
échancré, afin de pouvoir donner passage à l'animal, lorsqu'il veut s'y ren- 
fermer, hzfig. 3 le représente vu de profil. Le mouvement qu'exécutent 
les deux grandes nageoires, d'une consistance cartilagineuse un peu molle, 
peut être comparé à celui qu'exécuteraient les deux mains d'un homme, 
jointes ensemble, et en pronation, en formant alternativement deux plans 
inclinés et un plan horizontal : c'est à la faveur de ce mouvement qu'il 
se soutient sur l'eau, où il se nourrit vraisemblablement des corps gras et 
huileux qui se trouvent sur la surface de la mer. Je l'ai pris près de 
Nootka, à la côte Nord-Ouest de l'Amérique, dans un temps calme. 

L'insecte suivant {fig. 4 et 5) a à peu près la forme d'un verre de mon- 
tre qui serait échancré dans un point de sa circonférence ; son corps est 

TOME II. . o R 




370 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

d'une consistance cartilagineuse, d'une couleur blanche un peu terne ; sa 
partie supérieure (fg. 4) est couverte par de petites taches ovales, de cou- 
leur de lie de vin. La>>. 5 le représente vu par dessous, où l'on aperçoit 
trois élévations en forme de godets, deux vers la trompe de l'animal ; et 
une troisième beaucoup plus grande, vers la partie échancrée de son corps: 
ce dernier est divisé par sept petites côtes blanchâtres ; le centre fait un peu 
saillie. C'est à la faveur de ces différens godets qu'il se fixe d'une manière 
très-forte sur le corps de différens poissons ou animaux marins ; vraisem- 
blablement c'est en faisant le vide, et non avec une humeur glutineuse et 
tenace qu'on pourrait lui supposer. Peut-être est-ce par cette même 
cause que les lépas et les moules se fixent si fortement aux rochers. Sa 
trompe, qui est située entre ses deux petits godets supérieurs, a son extré- 
mité "supérieure hérissée de pointes, qui doivent être autant de bouches par 
..où cet animal suce le sang des poissons sur lesquels il est fixé. On voit, 
au-dessous, à travers sa substance, plusieurs circonvolutions d'intestins qui 
aboutissent à un petit réservoir de forme presque carrée. Quoique cet 
animal soit sans jambes, il jouit d'un mouvement progressif à la faveur de 
ces trois espèces de godets, qu'il fixe alternativement. Il peut aussi aller 
au fond de l'eau, quoique sa forme paraisse devoir s'y opposer : et voici de 
quelle manière il l'exécute ..: il se roule en papillote, et se maintient dans 
cette situation, en fixant ses deux godets supérieurs sur la partie postérieure 
et supérieure de son corps ; alors, présentant moins de surface, il descend 
au fond par son propre poids. Je l'ai trouvé fixé sur le corps d'un poisson 
du genre des diodons de Linné, que nous avons rencontré assez souvent de- 
puis Nootka jusqu'à Monterey en Californie. 

L'espèce de pennatuh* [fip 6) m'a paru avoir des caractères dont on n'a 
point fait mention; c'est pourquoi j'en ai fait un dessin. Son corps est 
d'une substance cartilagineuse, et d'une forme cylindrique : sa tête, armée 
de deux petites cornes de la même substance, offre une figure sphérique 
aplatie à son extrémité antérieure ; cette partie est couverte de petits ma- 
melons, dont on voit une partie, lettre D, et qui sont autant de petites 



* C'est plutôt un Urnœa. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

bouches par 011 cet animal suce le sang des poissons, dans la chair desquels 
il s'enfonce le plus qu'il peut. L'extrémité de son corps, qui est toujours 
hors du poisson, présente la forme des barbes d'une plume : ces barbes, de 
3a même substance que le corps, lui servent de vaisseaux excréteurs, ce 
dont je me suis convaincu ; car, en pressant légèrement l'animal, la plupart de 
ces barbes cartilagineuses lançaient par petits filets une liqueur très-limpide. 
A la base de ces barbes, et sous le corps, sont placés deux grands filets car- 
tilagineux, dont il m'a été impossible de deviner l'usage : ils n'existent 
pas toujours dans tous ces animaux, car j'en ai rencontré qui n'en avaient 
point. 

La circulation du sang s'y observe facilement : une minute suffit pour 
sa révolution entière. J'ai tâché d'imiter ces ondulations par quelques 
coups de crayon qu'on aperçoit dans la longueur du cylindre animal. ïl 
est vraisemblable que cet animal ne peut s'introduire dans les différens pois- 
sons, que lorsqu'il est fort jeune : et lorsqu'une fois il s'y trouve enfermé, 
ayant alors abondamment de quoi vivre, sa tête grossit considérablement, et 
les deux cornes dont elle est douée forment nécessairement un obstacle à sa 
sortie ; prévoyance de la nature, puisqu'elle veut qu'il se nourrisse aux dé- 
pens d'un autre. Je l'ai trouvé implanté à plus d'un pouce et demi dans 
le corps d'un diodon pris aux environs de Nootka. 

La Jîg. 7 représente un insecte d'un genre très-rapproché des onheus- de 
Linné : la lettre E l'indique vu par-dessus, et la lettre F vu par-dessous. 

Son corps est crustacée, et de la couleur d'un blanc sale, ayant deux 
taches rondes et roussâtres sur la partie antérieure de son corselet, deux au- 
tres beaucoup plus grandes, en forme de croissant, sur ses élytres ; son 
scuîellum est aussi de la même couleur. Le dessous de la poitrine est armé 
de quatre paires de jambes : la première et la troisième paire se terminent 
en crochet fort aigu ; la seconde, vu sa forme, doit lui servir à nager ; la 
quatrième, fort petite, consiste en deux filets membraneux. Des feuillets 
également membraneux -et plusieurs fois échancrés peuvent aussi faire fonc- 
tion de jambes; les deux inférieurs sont les plus grands. Son ventre est 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

rempli par un paquet d'intestins de forme vermiculaire, de 3a grosseur d'un 
«cheveu: sa bouche est placée entre la première et la seconde paire de jam- 
*bes ; elle représente une petite trompe située entre deux lèvres jointes par 
la partie supérieure seulement. J'ai trouvé cet insecte fixé aux ouïes du 
diodon victime des deux insectes dont j'ai parlé plus haut. 



La/%. 8 représente un insecte du genre des onisats dî Linné : son corps 
a à peu près la forme, la consistance, et la couleur d'un cloporte, excepté 
qu'il n'est point divisé par segmens comme ce dernier. Il est muni d'une 
double queue, trois fois aussi longue que son corps : de l'insertion de cette 
même queue, à la partie postérieure du corps, naissent deux jambes dont 
l'animal se sert principalement pour nager, lorsqu'il se trouve sur le dos. 
L'insecte vu par-dessous, lettre H, présente six paires de jambes ; les deux 
premières paires finissent en pointes très-aiguè's et solides ; la troisième lui 
sert à nager, et à équilibrer le corps de concert avec»celie qui s'insère à la 
base de la queue ; la quatrième paire, la plus grosse, est (armée de deux 
pointes très aiguës, que l'animal implante avec le plus de force dans le 
corps de celui sur lequel il se fixe ; les deux dernières sont des espèces de 
membranes à plusieurs divisions. Entre les deux premières paires, est sa 
trompe, d'une consistance molle, d'une demi-ligne de long : à la base de 
la troisième paire,, se trouvent deux pointes, de consistance de corne, fort 
dures, très-adhérentes ; les deux cornes plus bas, au-dessous de la grosse 
paire de jambes, sont de même très-fortement fixées à son corps, je pense 
que c'est par le secours de ces espèces de dards, qu'il perce le corps des 
poissons sur lesquels on le trouve, et que changeant alors de place, il trouve 
le moyen d'introduire sa pompe dans les trous que ces dards ont formés. 
Mis dans un vase, il va au fond, et revient sur la surface avec la plus grande 
facilité, ce qu'il exécute en présentant le tranchant de son corps et décri- 
vant des courbes. Ses deux grandes queues se détachent fort aisément, 
sans que l'animal paraisse en souffrir. J'ai trouvé cet insecte en prande 
quantité, fixé sur le corps du même diodon *„ 

La^/%. o représente une espèce de sangsue, de grandeur naturelle, et 

* Cet insecte paraît être plutôt un monoculus qu'un -onis&vs, le test étant d'une seule pièce. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

d'une couleur blanchâtre, composée de plusieurs anneaux semblables à ceux 
du ténia. La partie supérieure de sa tête est armée de quatre petits ma- 
melons hérissés de pointes, qui sont autant d'instrumens pour lui procurer 
sa nourriture: sous chaque mamelon, de chaque côté, se trouve une petite 
poche alongée en forme de godet. Lay%. 10 la représente vue de face, on 
y distingue ses quatre mamelons. J'ai trouvé cette sangsue implantée dans 
la substance extérieure d'un foie de requin, à plus d'un demi-pouce. D'où. 
était-elle venue ? c'est ce que j'ignore absolument *. 

La_yfj. 1 1 représente Yoniscus physcdes de Linné, très-bien décrit, et que 
j'ai dessiné, parce que j'ai cru m'apercevoir qu'il n'en existait point de des- 
sin ; on y voit neuf vésicules de chaque côté, posées en tuiles sur la face 
inférieure de sa queue arrondie, lettre P. 

J'ai trouvé cette espèce à'oniscus dans les ouïes d'une nouvelle espèce de 
pleuronectès de Linné, très-abondante dans la rade de Monterey, en Cali- 
fornie : la lettre M l'indique vu par-dessus, et la lettre N par-dessous, où 
l'on aperçoit les quatorze pattes. 



373 



De tous les insectes que j'ai dessinés, voici le plus simple, et celui dont 
l'étude m'a fait le plus grand plaisir, J%. 12. Ce ne sont que des corps ovales, 
parfaitement ressemblans à une vessie de savon, ainsi qu'on le voit dans mon 
dessin, disposés en légions de trois, de cinq, de six, et de neuf; on en voit 
aussi qui sont seuls et errans. Ces globules ainsi réunis, et mis dans un 
verre plein d'eau de mer, décrivaient un cercle avec rapidité autour de ce 
même verre, par un mouvement commun, auquel chaque petite vessie par- 
ticipait par une simple compression des parties latérales de son corps, effet 
vraisemblablement dû à la réaction de l'air dont elles étaient remplies. Com- 
ment concevoir maintenant que ces animaux, très-distincts les uns des au- 
tres, puisqu'on peut les séparer, ainsi que je l'ai fait, sans qu'il paraisse que 
leur économie en soit dérangée, puissent s'entendre d'une manière si précise* 

* Cet animal se rapporte par les instrumenta clbana à celui auquel Gog attribue la cause de la la- 
drerie des cochons. Ces deux espèces se rapprochent du genre de l'hirudo, dont le caractère donné par 
Linné a besoin d'être réformé. 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE.. 

et concourir tous ensemble à ce mouvement commun ? C'est d'après ces 
considérations, jointes à celle de la forme de ces animaux, que je me suis 
rappelé, avec satisfaction, l'ingénieux système de M. de Buffon, et que j'ai 
aimé à me persuader que j'allais être témoin du plus merveilleux des phé- 
nomènes de la nature, en supposant que ces molécules,, alors occupées à ac- 
croître leur nombre ou à le diminuer, ou enfin à faire encore quelques 
révolutions dans mon verre, ne tarderaient pas à prendre la forme d'un nou- 
vel animal, dont elles étaient l'image vivante. Mon impatience m'a porté à 
en détacher deux de la légion la plus nombreuse, m'imaginant que ce nom- 
bre serait peut-être plus avantageux à la métamorphose ; mais je n'ai pas 
été plus heureux. Voici de quelle manière se sont comportées les deux 
molécules que j'avais séparées pour ma seconde expérience; je ne parle 
que de ces deux, parce que je les ai observées avec plus d'attention que les 
autres. Imaginez deux forts athlètes également vigoureux et rusés, et tous 
deux jaloux de vaincre ; telles étaient les deux molécules que je venais de 
séparer : leur première rencontre est un combat, c'est à qui sera la plus 
heureuse pour saisir sa compagne et revoler aux intentions de la nature | 
elles s'attaquent de tous côtés, l'une plonge, l'autre revient sur l'eau ; celle- 
ci décrit un cercle, celle-là reste au centre, épiant le moment favorable ; 
leurs différentes ruses sont prévues et parées; néanmoins leur courage 
augmente, et leurs mouvemens deviennent si rapides, que je suis forcé de 
confondre lune avec l'autre. Mon intention cependant était de bien di- 
stinguer le vainqueur : fatigué de les observer, je les ai laissées l'une et l'au- 
tre dans la fureur du combat. Lorsque je suis revenu pour les examiner de 
nouveau, je les ai trouvées unies l'une à l'autre comme à l'ordinaire, et oc- 
cupées à voyager dans mon verre, par un mouvement commun, et de la 
manière la plus amicale. Je penserai souvent à mes petites molécules, 
parce qu'elles m'ont fait un plaisir infini. 



L'histoire naturelle, quelquefois bien sèche, n'aurait pas, ce me semble,, 
autant d'attraits pour tous ceux qui s'y adonnent, s'ils n'étaient pas assez 
heureux pour y rencontrer des objets qui travaillent agréablement leur ima- 



gination. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

L'espèce de méduse (si toutefois on ne peut en faire un genre nouveau), 
que j'ai dessinée sous deux attitudes différentes, fig. 13 et 14, présente à 
peu près la forme d'une cornemuse : ce n'est autre chose qu'une vessie en- 
tièrement blanche et transparente, armée de plusieurs suçoirs de couleur 
bleue, jaunâtres à leur extrémité ; sa grande queue, qui est aussi de cou- 
leur bleue, paraît formée d'un assemblage de petits grains glanduleux, de 
forme aplatie, et unis ensemble, dans toute leur longueur, par une mem- 
brane gélatineuse. La partie supérieure de cette vessie présente une espèce 
de couture travaillée à grands, moyens, et petits points alternativement : la 
partie alongée de cette cornemuse, qui peut être regardée comme sa tête, 
est surmontée d'un suçoir isolé; son bord extérieur est garni par vingt- 
cinq ou vingt-six suçoirs beaucoup plus petits que ceux qui se voient à 
l'origine de sa grande queue, dont le nombre va quelquefois jusqu'à trente. 
A la faveur de ces derniers, dont elle peut augmenter le diamètre à volonté 
en y introduisant une partie de l'air qu'elle contient, elle se fixait aux pa- 
rois du vase où je l'avais mise, de manière que l'extrémité de quelques-uns 
de ces suçoirs pouvait occuper une surf.ee de deux à trois lignes, par son 
épanouissement. La partie la plus mobile de cette cornemuse est sa partie 
alongée ou sa tête ; c'est aussi par son secours qu'elle peut exécuter diffé- 
rens mouvemens, et prendre des positions différentes : mais ce changement 
ne peut s'opérer qu'en oblitérant, pour ainsi dire, les points de suture qui 
se trouvent à la partie supérieure de son corps, et qui disparaissent quelque- 
fois entièrement, de manière qu'ils ne présentent plus qu'une ligne ridée. 



375 



■ 



La partie, de forme arrondie, qu'on aperçoit, lettre P, se trouve au mi- 
lieu des grands suçoirs, fixés assez solidement au corps de la cornemuse, 
près de sa queue. Ce n'est autre chose qu'un petit paquet formé par un 
assemblage de petits globules gélatineux i de leur centre s'élèvent d'autres 
globules un peu plus considérables, ayant un petit péduncule, vers le milieu 
duquel est attaché un petit corps bleuâtre, tourné en 5 : j'en ai représenté 
deux vus à la loupe, lettre R ; j'en ignore absolument l'usage. 

J'ai trouvé cette cornemuse, le 1 8 Novembre, 1786, par 20 degrés de lati- 
tude, et 1 79 de longitude orientale j je l'ai encore revue très-abondamment 








VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

au débarquement des îles Bashées ou Baschi, où j'ai trouvé l'animal 
suivant. 



Cet animal, qui est vraiment de forme singulière {Jig. 15), ressemble à 
peu près à un petit lézard : son corps, qui est d'une substance gélatineuse 
un peu ferme, présente deux couleurs tranchantes, îe bleu foncé, et le 
blanc vif de l'argent : sa tète est armée de deux petites cornes gélatineuses 
de chaque côté, les deux postérieures posées plus intérieurement que les. 
deux premières. Son corps, pourvu de quatre pattes ouvertes en éventail, 
et de quelques appendices vers l'origine de la queue, se termine comme 
celui d'un lézard : la partie supérieure du dos est partagée, dans toute sa 
longueur, par une bande d'an bleu foncé ; tout le reste du' corps est du plus 
bel argent, ainsi que le centre de ses pattes et sa partie intérieure. Cet 
animal, doué de peu de vivacité dans ses mouvemens, reste tranquillement 
sur l'eau, tel qu'on le voit dans le dessin : si on vient à l'irriter avec un 
corps quelconque, il retire un peu sa tête dans son corps, qu'il porte en ar- 
rière, et faisant plier le centre de ses reins, il se trouve aussitôt sens dessus 
dessous : cette position a toujours été la défense qu'il a opposée à mes aga- 
ceries. Lorsqu'il veut revenu- dans sa première attitude,, il emploie à peu 
près îe même mécanisme ; il porte alors sa tête en avant, et fléchissant le 
centre de son corps, il se retrouve dans sa première position, sans doute 
celle qui lui est la plus naturelle. Lajïg. 16 le représente vu à la renverse. 



Je l'ai pris, au moment d'une petite mer, au débarquement des îles 
Baschi» 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 




DISSERTATION 

Sur les habitans de Vile de Tchoka, et sur les Tartares orientaux ; 
par M. Rollin, Docteur en médecine, Chirurgien-major de 
la frégate la Boussole. 



<e 12 Juillet 1787, nous mouillâmes dans la baie de Langle, si- 
tuée dans la partie Ouest de l'île de Tchoka ou Ségalien. 

Le lendemain, nous descendîmes à terre ; et aussitôt que nous y fumes, 
les habitans de cette île vinrent au-devant de nous, et s'empressèrent de 
nous donner des marques de bienveillance, qui nous firent présumer avan- 
tageusement de leurs intentions à notre égard. 

Ces peuples sont très-intelligens, respectent les propriétés, ne conçoivent 
point de défiance, et communiquent aisément avec les étrangers. Ils sont 
d'une taille médiocre, trapus, fortement constitués, ont un léger em- 
bonpoint, les formes et les muscles très-prononcés. La taille la plus 
commune parmi ces insulaires est de cinq pieds, et la plus haute, de 
cinq pieds quatre pouces; mais les hommes de cette dernière stature 
sont très-rares. Tous ont la tête grosse, le visage large et plus arrondi 
que celui des Européens ; leur physionomie -est animée, et assez agréable, 
quoique l'ensemble des parties qui composent la face n'ait pas en général 
la régularité et la grâce que nous admettons : presque tous ont les joues 
grosses, le nez court; arrondi à son extrémité, et les ailes fort épaisses ; les 
yeux vifs, bien fendus, de grandeur moyenne, bleus chez quelques-uns, 
et noirs en général ; les sourcils bien garnis, la bouche moyenne, la voix- 
forte, les lèvres peu épaisses, et d'un incarnat obscur : on remarque que 
quelques individus ont le milieu de la lèvre supérieure tatoué en bleu ; ces 
parties, ainsi que leurs yeux, sont susceptibles d'exprimer toute espèce 

TOME II, 3 c 



■ 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

de sentimens. Ils ont les dents belles, bien classées, et en nombre or- 
dinaire, le menton arrondi et peu saillant, les oreilles petites ; ils se 
percent cette dernière partie, et y portent des ornemens de verroterie, ou 
des anneaux d'argent. 

Les femmes sont moins grandes que les hommes, et ont les formes mieux 
arrondies et plus délicates, quoiqu'il y ait peu de différence entre les traits 
de leur physionomie. Elles ont la lèvre supérieure entièrement tatouée en 
bleu; elles portent leurs cheveux dans toute leur longueur. Leur habille- 
ment ne diffère point de celui des hommes : chez les deux sexes, la cou- 
leur de la peau est basanée, et celle des ongles, qu'ils laissent croître, est 
d'une nuance plus obscure que chez les Européens. Ces insulaires sont 
très- barbus et très-velus ; leur barbe longue et touffue donne, aux vieillards 
sur-tout, l'air grave et vénérable : les jeunes gens m'ont paru avoir pour 
ces derniers des égards et beaucoup de respect. Leurs cheveux sont noirs, 
lisses, et médiocrement forts; quelques-uns les ont châtains: tous les 
portent en rond, longs d'environ six pouces par derrière, et coupés en 
vergette sur le devant de la tête et aux tempes. 



Leurs vêtemens consistent en une soutane, ou une espèce de robe de 
chambre, qui se croise en devant, où elle est fixée par de petits bou- 
tons, des cordons, et par une ceinture placée au-dessus des hanches. 
Cette soutane est faite de peau, ou de nankin ouaté, étoffe qu'ils fabriquent 
avec l'écorce de saule : elle descend ordinairement jusqu'aux mollets, et 
quelquefois plus bas, ce qui les dispense, pour la plupart, de porter des 
caleçons. Quelques-uns portent des bottines de peau de loup marin, 
dont le pied ressemble, par la forme et le travail, à la chaussure Chi- 
noise ; mais la plupart vont les pieds et la tête nus : un petit nombre 
seulement a la tête entourée d'un bandeau de peau d'ours ; mais ils s'en 
servent plutôt comme d'un ornement, que pour se garantir des impres- 
sions du froid ou du soleil. 

Tous ont, comme les Chinois de la caste inférieure, une ceinture où ils 
attachent leur couteau, une défense d'ours, et différentes petites poches, où 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

ils mettent leur briquet, leur pipe, et leur blaque, qui contient du ta- 
bac à fumer, dont ils font un usage général. 

Leurs cases leur assurent un abri contre la pluie et les inclémences de 
l'air ; mais elles sont peu vastes, eu égard au nombre d'individus qui les ha- 
bitent. La couverture forme deux plans inclinés, qui ont environ dix à 
douze pieds d'élévation à leur point de jonction, trois ou ouatre sur les 
côtés, et quatorze ou quinze pieds de large sur dix-huit de long. Ces 
cabanes sont construites avec des chevrons solidement assemblés, couvertes 
et flanquées d'écorces d'arbres, et d'herbes desséchées, disposées de la même 
manière que la paille qui couvre les chaumières de nos paysans. 

On remarque dans l'intérieur de ces maisons un carré de terreau élevé 
d'environ six pouces au-dessus du sol, et soutenu latéralement par de pe- 
tits madriers ; c'est le foyer : sur les côtés, et dans le fond de l'apparte- 
ment, on voit des tréteaux de douze à quinze pouces d'élévation, où ils 
étendent des nattes pour se coucher aux heures de repos. 

Les meubles dont ils font usage pour apprêter ou prendre leurs alimens, 
consistent en chaudrons de fer, en écuelles ou vases de bois, et d'écorce de 
bouleau, de formes et de travails dirférens ; et ils se servent, comme les 
Chinois, de petites baguettes pour manger. Les heures de repas sont,' pour 
chaque famille, à midi, et vers la fin du jour. 

Dans la partie Sud de l'île, les habitations sont un peu mieux soignées 
et mieux décorées ; la plupart sont planchéiées : on y voit des vases de por- 
celaine du Japon, auxquels ils sont très-attachés, ce qui porte à croire que 
ces peuples ne se les procurent qu'à grands frais et difficilement. Ils ne 
cultivent rien, et ne vivent que de poissons fumés et desséchés à l'air, et 
de quelque gibier que leur produit la chasse. 

Chaque famille a ses pirogues et ses instrumens pour la pêche et pour 
la chasse. Leurs armes sont l'arc, le javelot, et une espèce d'esponton, 
<pi leur sert particulièrement pour la chasse de l'ours. A côté de leurs 



3/9 







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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

cases, ils ont des magasins où ils mettent les provisions qu'ils ont amassées 
et préparées dans la belle saison pour l'hiver: elles consistent en poissons 
sèches, en une assez grande quantité d'aulx et de céleri sauvage, d'angé- 
lique, et d'une racine bulbeuse qu'ils nomment apé, connue sous le nom 
de lis jaune du Kamtschatka, et en huile de poisson, qu'ils conservent dans 
des estomacs qui ont appartenu à de grands animaux. Ces magasins sont 
construits en planches, fermant bien, élevés au-dessus du sol, et supportés 
par plusieurs piquets d'environ quatre pieds de haut. 

Les chiens sont les seuls animaux que nous ayons vus aux habitans dç 
Tchoka ; ils sont d'une moyenne grandeur, ont le poil un peu long, les 
oreilles droites, le museau alongé, le cri fort et point sauvage. 

Ces insulaires sont de tous les peuples non civilisés que nous ayons vi- 
sités, si on peut considérer ceux-ci comme tels, les seuls chez qui nous 
ayons vu des métiers de tisserand : ces métiers sont complets, mais assez 
petits pour être portatifs. 

Ils font usage du fuseau pour filer le poil des animaux, l'écorce de saule, 
et celle de la grande ortie, avec lesquels ils forment le tissu de leurs étoffes. 

Ces peuples, dont le caractère est très-doux et confiant, paraissent avoir 
des relations de commerce avec les Chinois, par les Tartares Mantcheoux ; 
avec les Russes, par la partie Nord de leur île -, et par celle du Sud, avec 
les Japonais ; mais l'objet de ce commerce est peu important ; il consiste 
seulement en quelques pelleteries, et en huile de baleine. La pêche de ce 
cétacée ne se fait que dans l'extrémité Sud de l'île : la manière dont ils en 
retirent l'huile, est peu économique ; ils échouent la baleine sur la pla°-e 
disposée en talus, l'abandonnent à la putréfaction, et reçoivent l'huile qui 
s'en sépare d'elle-même, dans une espèce de cuvier placé à la partie la 
plus déclive du terrain, où elle est dirigée dans son écoulement par de pe- 
tites rigoles. 



L'île de Tchoka, ainsi nommée par ses habitans, et à laquelle les Japo- 



-'(ÏÏËÊWk WËÊP 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

nais donnent la' dénomination d'Oku-Jesso, et les Russes, qui ne connaissent 
que la partie Nord seulement, le nom à' île Séga/ien, embrasse, dans son 
plus grand diamètre, toute l'étendue comprise entre le 46 e et le 54 e par- 
allèle. 

Elle est très-boisée et très-élevée dans son milieu ; mais elle s'applatit 
vers ses extrémités, où elle paraît offrir un sol favorable à l'agriculture : la 
végétation y est extrêmement vigoureuse •„ les pins, les saules, le chêne, et le 
bouleau, peuplent ses forêts. La mer qui baigne ses côtes est très-poisso 
neuse, ainsi que ses rivières et ruisseaux, qui fourmillent de saumons et 
de truites de la meilleure qualité. . 

La saison où nous avons abordé à cette île était très-brumeuse, et assers 
tempérée. Tous ses habitans m'ont paru jouir d'une complexion saine et 
robuste, qu'ils conservent même dans un âge très-avancé j et je n'ai recon- 
nu parmi eux ni vice de conformation, ni aucune trace de maladies conta- 
gieuses, éruptives, et -autres. 



Après avoir communiqué plusieurs fois avec les insulaires de l'île de 
Tchoka, séparée de la côte de la Tartarie par un canal que nous crûmes 
communiquer de la mer du Japon à celle d'Okhotsk, nous continuâmes à 
faire route au Nord : mais le fond du canal ayant diminué progressivement 
et d'une manière uniforme dans toute sa largeur, jusqu'à six brasses d'eau, 
M. de la Pérouse jugea convenable, pour la sûreté de sa navigation, de 
rétrograder vers le Sud ; vu que l'impossibilité de nous rendre au Kamt- 
schatka, en débouquantpar le Nord, nous était presque démontrée. Mais 
la continuité des brumes, et les vents de Sud qui régnaient presque con- 
stamment depuis quatre mois que nous tenions la mer, rendaient notre 
situation très-critique, et cette entreprise aussi longue que pénible. 

Le bois et l'eau que nous avions pris à Manille étant consommés, notre 
commandant chercha à s'approvisionner de nouveau de ces objets avant 
de rien tenter. 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Le 27 Juillet 1787, nous eûmes une éclaircie qui nous permit de recon- 
naître une baie vaste, où nous jetâmes l'ancre : elle nous offrait un abri 
assuré contre le mauvais temps, et tous les moyens de nous pourvoir des 
choses essentielles qui nous manquaient pour continuer notre navigation. 
Cette baie est située sur la côte de Tartarie, par 51 d 29' de latitude Nord, 
et par 139 d 41' de longitude, et elle fut nommée baie de Castrûs. 

Le pays est très-montueux, et si couvert de bois, que toute la côte ne 
fait qu'une forêt ; la végétation y est très-vigoureuse. 

Ses habitans, les seuls que nous ayons rencontrés sur cette côte de- 
puis la Corée, étaient établis dans le fond de cette baie, vers l'embou- 
chure d'une petite rivière très-poissonneuse. 

Ces peuples sont doux, affables, et, comme les insulaires de Tchoka, ne 
se défient nullement des étrangers : ils ont le respect le plus scrupuleux 

ur les propriétés, et montrent peu de curiosité et de désir pour obtenir 
même les choses qui pourraient leur être de la plus grande utilité. 



Pour saluer, ils fléchissent le corps en avant ; et lorsqu'ils veulent don- 
ner de grandes marques de respect, ils s'agenouillent, et s'inclinent presque 
jusqu'à toucher la terre avec le front. 

Les caractères extérieurs de l'organisation de ces peuples sont peu régu- 
liers, et offrent peu d'analogie avec .ceux des habitans de Tchoka, leurs 
voisins, séparés .d'eux seulement par un canal de dix à douze lieues de lar- 
geur dans cette partie. 

Ces Tartares sont d'une stature moins élevée, plus faibles, et d'une phy- 
sionomie beaucoup moins agréable et moins régulière.; leur teint est un 
peu moins obscur, ils ont la peau même assez blanche aux parties constam- 
ment couvertes ; leurs cheveux sont moins épais .; ils n'ont que très-peu de 
barbe au menton et à la lèvre supérieure : au lieu que les insulaires de 
'Tchoka sont, comme je l'ai dit ci-devant, carrés, et ont les muscles forte- 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

ment dessinés, et le corps barbu et velu plus qu'on ne l'est en Europe. 
Ces différences dans la constitution de ces peuples semblent indiquer des 
hommes d'une espèce différente,, quoiqu'ils vivent sous le même climat, 
et que leurs mœurs, leurs manières de vivre, soient analogues, ou n'offrent 
que de légères différences. 

Les femmes sont laides • leur physionomie n'a même aucun caractère de 
douceur qui les distingue des hommes: elles ont le visage plat, les yeux 
ronds et petits, les joues larges et élevées, la tête grosse, k gorge ferme, 
assez bien formée, et les extrémités du corps petites*, mais de belle pro- 
portion. 

La taille commune des hommes est de quatre pieds neuf à dix pouces : 
ils ont la tête volumineuse relativement au reste du corps, la face plate et 
presque carrée, le front petit, arrondi, et un peu déprimé de l'avant à 
l'arrière y les sourcils peu marqués, noirs ou châtains, ainsi que les che- 
veux ; les yeux petits et à fleur de tête, les paupières si peu fendues, 
qu'elles brident aux deux angles, lorsqu'elles sont ouvertes ; le nez-court, 
et à peine sensible à sa racine, tant il est peu développé dans cette partie i 
les joues grosses et évasées, la bouche grande, les lèvres épaisses, et d'un 
rouge obscur; les dents petites, bien rangées, mais très-susceptibles d'al- 
tération i le menton peu saillant, et les branches de la mâchoire inférieure 
un peu resserrées ; les extrémités du corps petites, et les muscles peu mar- 
qués. Le développement irrégulier de toutes ces parties exclut les grâces 
des formes du corps, et k délicatesse des traits de la physionomie de ces peu- 
ples, qui sont les hommes les plus laids et les plus chétifs que j'aye vus sur 
les deux hémisphères. Quoique ces Tartares, ainsi que les habitans de 
Tchoka, soient parvenus à un degré de civilisation et de politesse assez avan- 
cé, ils n'ont point de culture, et vivent dans une extrême mal-propreté. Ils se 
nourrissent principalement de poissons frais pendant l'été, et l'hiver, de pois- 
sons fumés ou desséchés à l'air, sur des séchoirs établis à peu près comme 
ceux de nos blanchisseuses : ils décollent le poisson, le vident, en enlèvent les 
arêtes, et l'attachent ensuite au séchoir; lorsqu'il est sec, ils le rassemblent 
en tas, et le conservent dans des magasins semblables à ceux établis à l'île 
de Tchoka. 





334 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Ils prennent le poisson à l'hameçon, au filet, ou le piquent avec une 
espèce d'esponton ou bâton ferré. 

Ils font régulièrement deux repas en commun, l'un vers le milieu du 
jour, et l'autre sur son déclin. Leurs ustensiles et leur manière de pré- 
t parer les alimens sont les mêmes que ceux des habitans de Tchoka j ils 
tirent ces objets et autres de la Tartarie des Mantcheoux et du Japon. 

Une chose qui nous a tous étonnés, c'est de voir avec quelle avidité ils 
mangent crues la peau, la partie cartilagineuse du poisson frais, celle du 
museau, et celle qui avoisine ses ouïes. Ce régal et l'huile de poisson 
m'ont paru être pour eux les mets les plus délicats, et ceux qu'ils pré- 
fèrent» 

Les hommes et les femmes sont vêtus d'une souquenîlle semblable à 
celle de nos charretiers, ou d'une espèce de peignoir qui descend jusqu'aux 
mollets, et qui est fixé en devant par des boutons de cuivre. Ce vêtement 
ne diffère point de celui des habitans de Tchoka ; il est fait de peau de 
poisson, quelquefois de nankin, et de peaux d'animaux terrestres pour 
l'hiver. Les femmes ornent le bas de cette sorte de robe, de petites 
plaques de cuivre symmétriquement rangées. Tous portent aussi une espèce 
de caleçon ou de culotte à la Chinoise, et de petites bottines analogues à 
celles des habitans -de 'Tchoka: ils ont de même un anneau de corne ou de 
métal au pouce, et des bijoux qui leur pendent aux oreilles, et aux ailes 
du nez. 

je n'ai point reconnu non plus qu'il y ait parmi eux: d'autres chefs que 
ceux de chaque famille. Les seuls animaux domestiques qu'ils élèvent, 
sont des chiens de même espèce que ceux de Tchoka, et ils s'en servent 
de même en hiver pour tirer leurs traîneaux. 

La coutume qu'une partie des habitans de ce globe ont d'offrir leurs 
femmes aux étrangers, n'est point en usage parmi ces peuples ; les hom- 
mes paraissent même avoir pour elles beaucoup d '-égards : leurs occupations 








VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

paraissent aussi se borner aux soins intérieurs du ménage; ; l'éducation des 
enfans, l'a préparation des alimens, sont les principaux objets de leurs 
soins. 

La ligature du cordon ombilical s'y pratique comme parmi nous, au 
moment de la naissance de Fenfant : celui-ci est assujetti par une espèce de 
maillot analogue à celui des Américains. Dans les momens de repos, les 
femmes le mettent dans un panier, ou bârcelonnette, faite en bois, ou 
d'écorce de bouleau. 



La rigueur du climat où vivent ces Tartares les oblige devoir des 
maisons d'hiver et des maisons d'été ; la forme et les distributions in- 
térieures en sont les mêmes que celles que j'ai détaillées en parlant de 
Tchoka. Les maisons d'hiver ont seulement cela de particulier, qu'elles 
eont enterrées par la base, d'environ quatre pieds, et ont une espèce 
d'avant-toit ou de corridor qui aboutit à l'entrée. Malgré cette manière 
de vivre si dure et si triste, ces Tartares m'ont paru jouir d'une assez bonne 
santé pendant leur jeunesse ; mais à mesure qu'ils avancent en âge, ils de- 
viennent sujets aux inflammations de la conjonctive, fort communes parmi 
eux, et à la cécité. Il est très-probable que ces infirmités ne sont si fré- 
quentes que parce qu'elles sont le produit de causes générales ; telles sont, 
selon moi, l'éclat de la neige qui couvre la surface de la terre pendant 
plus de la moitié de l'année, et l'irritation continuelle exQrcéû sur l'organe 
de la vue par la fumée qui remplit constamment leurs cabanes, ou ils sont 
obligés de se retirer en hiver par le froid, et en été pour se soustraire aux 
moustiques, qui sont extrêmement nombreuses par ces latitudes. 

Les maladies de peau sont fort rares parmi ces peuples, quoiqu'ils vivent 
dans une mal-propreté extrême. J'ai seulement vu deux ou trois exemples 
d'affections dartreuses légères, et un enfant d'environ- six ans, qui avait la 
teigne ; mais je- n'ai remarqué parmi eux ni vice de conformation, ni trace 
de petite vérole, ni aucun indice de maladies vénériennes * 

Les travaux des deux sexes, leurs instrument pour la pêche et pour la 
tome il. 3 D 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

chasse, leurs pirogues, n'ont aucune différence remarquable d'avec ceux 
des insulaires de Tchoka : mais leurs facultés physiques doivent les rendre 
incapables de supporter les mêmes fatigues que ces derniers, dont la con- 
stitution est infiniment plus robuste. 

Tous ces peuples paraissent avoir pour leurs morts la plus grande véné- 
ration, et employer toute leur industrie à rendre leur sépulture honorable. 
Ils sont inhumés revêtus de leurs habillemens, et avec les armes et les in- 
strumens qui leur ont servi pendant la vie. On dépose les corps dans un 
cercueil fait en planches et de la même forme que chez nous ; les extré- 
mités en sont ornées de morceaux d'étoffes de soie unies, ou brochées en 
or ou argent. Ce cercueil est ensuite enfermé dans un tombeau construit 
en planches ou madriers, élevé d'environ quatre pieds de terre. 

Table comparative des proportions des Habit ans de l'île de c ïcboka, et des 
'Tartares de la baie de Castries, mesurées de la même manière que je Y ai 
spécifié dans le Tableau de Comparaison des proportions des Américains. 



Taille commune des hommes 

Circonférence de la tête 

Son grand diamètre .................................... 

Idem, petit • • • • 

Longueur des extrémités supérieures 

Idem des inférieures 

Idem des pieds 

Circonférence de la poitrine ............................ 

Sa largeur 

Idem des épaules • 

Circonférence du bassin • • 

Hauteur de la colonne vertébrale • 

La seule mesure qu'il m'ait été possible de prendre sur les 
femmes, est la circonférence du bassin. . • < »,*•.• 





ILE 




TARTARIE, 


de Tchoka. 


Ï3aie 


déCa 


stries. 


Pied 


Pouc. 


Lig. 


Pied 


s Pouc. 


Lig. 


5 








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1 


10 


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1 


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9 


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2 


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2 


6 








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5 





9 





3 


2 














1 


1 


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1 


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2 


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2 


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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



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OBS ER V ATION S 

De M. de Monneron, Capitaine au Corps du Génie, embarque 
en qualité d'Ingénieur en chef dans l'expédition de M. de la 
Pérouse. 




PILB LUMJiUMW.l 



ÎLE DE LA TRINITE, 



Sous voile, le 17 Octobre, 17 8 5. 



JL/ile de la Trinité, située dans l'hémisphère méridional, à 
cent quatre-vingts lieues environ de la côte du Brésil, est restée inhabitée 
jusqu'à la dernière guerre, que les Anglais, dit-on, l'ont occupée, dans la 
vue sans doute d'avoir des moyens plus faciles de faire des prises Françaises, 
Espagnoles, et Hollandaises : on assurait qu'ils avaient abandonné ce poste 
à la paix. L'intention de M. de la Pérouse était de vérifier la chose : lors- 
que nous eûmes pris connaissance de cette île, nous ne tardâmes pas d'aper- 
cevoir le pavillon de Portugal sur un coteau situé dans l'enfoncement d'une 
petite baie dans le Sud-Est de l'île. 

M. de la Pérouse, ayant fait mettre un canot à la mer, m'ordonna de 
m'y embarquer pour tâcher de faire quelques remarques sur ce poste. 
L'officier qui commandait cette embarcation avait ordre de ne mettre à 
terre que dans le cas où on pourrait l'exécuter sans risque. Nous allâmes 
très-près du rivage sans pouvoir y aborder ; notre approche nous donna 
lieu d'examiner de fort près cet établissement. Il est situé au tiers de la 
hauteur d'un coteau qui fait face à une plage de sable formant une anse 
dans le Sud-Est de l'île : ce petit enfoncement se termine, du côté de 
l'Ouest, à des mornes de rochers vifs, qui sont un produit volcanique, 



■ 








583 t VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

ainsi que toute l'île ; et du côté de l'Est, à un pain de sucre à large base*, 
et d'environ trois cents pieds de hauteur, lequel se joint à une espèce de 
gros pâté, dont la base est beaucoup plus grande, mais dont la hauteur 
paraît moindre d'un tiers que celle du pain de sucre. La plage de sable 
paraît avoir de quarante-cinq à soixante brasses de profondeur ; le terrain 
s'élève alors en glacis très-régulier (quoique naturel), et très-roide : au- 
dessus de ce glacis est une espèce de plate-forme, qu'en termes de fortifi- 
cation j'appellerais terre-plein, très-inclinée jdu côté de la mer; circon- 
stance qui ne permet guère qu'on puisse s'y mettre à l'abri des feux qui 
partiraient des bâtimens embossés dans le mouillage. Je n'y ai point vu 
de parapet, quoiqu'il soit à présumer qu'il y en a un à barbette; j'ai fait 
tout ce que j'ai pu pour y apercevoir quelques traces de canons ou de bat- 
teries, mais je n'ai rien vu qui y ait rapport. On voit sur le terre-plein 
cinq à six cases ressemblantes à celles des nègres des îles à sucre ; il y en a 
une plus grande que les autres, vers l'angle saillant du terre-plein. Cette 
fortification, si on peut lui donner ce nom, ressemble à un redent, dont 
un côté est parallèle à la plage, et l'autre à une ravine, vers laquelle le 
glacis, dans cette partie, va se terminer. 



Cet établissement ressemble- plutôt à un repaire de bandits, qu'à un 
poste occupé par une nation civilisée. Otez les obstacles naturels qui ren- 
dent l'abord de cette île difficile et dangereux, vous n'y apercevrez aucune 
trace qui annonce un projet de résister à une première attaque. Je puis 
assurer, sans crainte de me tromper, qu'il n'y a pas même une seule emban- 
eation : cela me disposerait à penser qu'il n'y a pas long- temps que les 
Portugais y sont établis, ou qu'ils sont bien peu soigneux de leurs éta- 
.blissemens *.. 

M. de Vaujuas, qui a débarqué sur cette île,, a rapporté à M. de la Pé- 
rouse, qu'il estimait à deux cents îs nombre des personnes qui y étaient. 

* Comme la force d'un poste se calcule non-seulement sur son assiette, mais encore sur le nombre 
de ses défenseurs, je demandai au gouverneur de Sainte-Catherine, combien la reine de Portugal en- 
tretenait de troupes à la Trinité : il me répondit qu'il croyait que ce poste était occcupé par un. 
détachement de trente-cinq à quarante hommes.. 



' 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Quant à moi, j'en ai examiné très-curieusement le nombre, et j'ai compté, 
à plusieurs reprises, celles qui s'offraient à notre vue -, je n'ai jamais pu 
trouver plus de trente-trois personnes dispersées sur la grève, ou sur le 
penchant de la colline, et environ trente-six qui nous regardaient de la 
plate-forme ; ce qui doit nous faire penser que nous n'excitions pas la cu- 
riosité de tous les individus exilés sur ce rocher. Ils ont rapporté à M. de 
Vaujuas, qu'on leur envoyait des vivres de Rio- Janeiro tous les six. mais*, 
et qu'on les relevait tous les ans.. 






Comme je crois que le fond de la baie est de roche, il serait peut-être- 
difficile à des vaisseaux ou frégates de s'y embosser pour forcer d'abord le 
poste à se rendre : mais si le dispositif de ia défense ne change point, 
avant de tenter de s'embosser dans la baie, de l'établissement, je conseillerais, 
d'aller mouiller dans la partie du Sud-Ouest, où le mouillage doit être plus, 
sûrj ce qui donnerait probablement une grande facilité de venir, tourner le 
poste qui est dans la baie du Sud-Est, en venant s'établir sur la crête de la 
montagne, au bas de laquelle est la plate-forme inclinée du côté de la 
mer, dont je viens de parler. 



A bord de la Boussole, le 25 Octobre 1785. 

Signé Monneron, 



ÎLE SAINTE CATHERINE, 

Au mouillage, depuis le 6 jusqu'au 19 Novembre 1785. 

L'île Sainte-Catherine, située sur la cote du Brésil, à 27" 1 Si' de, lati- 
tude méridionale, est un établissement Portugais, qui, depuis soixante- 
dix ans, n'a été que très-peu visité par les vaisseaux Européens autres oue 
ceux de cette nation ; il y a donc peu de documens à espérer des- relations 
des voyageurs : et si le rédacteur du Voyage d'Anson a trouvé de grandes 
différences dans la situation physique et morale de cette colonie, comparée 
au temps de Frézier, nous pouvons en dire autant de sa situation présente-. 




i 






VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

comparée à celle où était cet établissement au temps d'Ansonj et ce qui 
naturellement a dû en établir de très-grandes, c'est l'émigration d'un 
grand nombre de familles des Açores, faite au frais du gouvernement Por- 
tugais pendant les années 1752, 1753, et 1754, si j'ai été bien informé. 
La population s'étant trouvée tout-à-coup accrue, a dû donner une face 
nouvelle à cet établissement j et comme ces nouveaux colons se sont trou- 
vés diligens, laborieux, ei agriculteurs, les progrès de la population ont dû 
augmenter en raison de ces qualités particulières des individus, et de la 
grande fertilité du sol. Le gouvernement y est, comme dans toutes les 
colonies Portugaises, purement militaire. 

Nous ignorons quel nombre de forces le gouvernement entretient dans 
cette colonie en temps de guerre ; mais si nous en jugeons par les détails 
qu'on en a eus lorsque les Espagnols s'en emparèrent, nous verrons qu'il 
est considérable. Ces troupes firent cependant une si misérable défense, 
qu'il aurait mieux valu, pour l'honneur de la nation Portugaise, qu'elles 
n'eussent été qu'en très-petit nombre. 



: 'l 



Si l'on formait une entreprise contre cette partie du Brésil, il est hors 
de doute qu'on trouverait dans les archives d'Espagne des renseignemens 
certains sur le nombre des forts, sur leur force absolue, et sur les secours 
mutuels qu'ils se prêtent. 



Outre que les Portugais ne passent pas pour avoir une grande habileté 
dans l'art de lier les positions les unes aux autres, tout ce que j y ai vu 
m'annonce que la force de connexion des différens postes est presque nulle. 
Il est donc croyable que la colonie est d'autant plus faible, qu'il y a un 
plus grand nombre de forts : je n'en ai remarqué que trois qu'on puisse 
à peu près décorer de ce nom ; et quoiqu'ils soient à la vue les uns des 
autres, ils semblent faits, l'un pour être battu et emporté à la première at- 
taque, et les deux autres pour être spectateurs de cet événement, et se 
rendre aussitôt. Les règles de l'art demanderaient donc que ces trois forts 
fussent réduits à un, que les frais d'entretien des deux forts abandonnés et 
même démolis servissent à augmenter le troisième, et que les trois gar- 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Bisons n'en fissent qu'une. Si, au lieu de trois forts, il y en a une dou- 
zaine, on peut juger combien la résistance de cette colonie doit être faible, 
à moins qu'un aussi mauvais système de défense ne soit tout -à-fait aban- 
donné *. 



$91 



La rade, ouverte aux seuls vents de Nord-Est, est fermée à l'Est 
par l'île Sainte- Catherine, et à l'Ouest par le continent ; au Sud, par les 
terres de l'île et du continent, qui se rapprochent en ne laissant entre elles 
-qu'un détroit qui n'a pas trois cents toises de largeur. Son entrée ne peut, 
en aucune manière, être défendue aux bâtimens de guerre, de quelque rang 
et de quelque ordre qu'ils soient. Le débarquement est, en général, fa- 
cile dans le pourtour de la rade: la plus grande difficulté qu'on peut 
éprouver à ce sujet, ne peut provenir que d'un courant assez fort, mais 
qui n'a d'autre inconvénient que celui de retarder le débarquement, et en- 
core bien souvent peut-il l'accélérer. 

Cette rade est d'une si grande étendue, que, quoique les forts soient ar- 
més de pièces de gros calibre, on peut mouiller très-commodément, et en 
sûreté, hors de la portée de ces mêmes pièces. 

Le fort principal, qui n'est véritablement qu'une grande batterie fermée, 
est situé dans une petite île d'une élévation moyenne au-dessus de la mer, 
à trois cent cinquante toises environ de la terre-ferme, et vis-à-vis d'un 
rideau beaucoup plus élevé qu'elle. Au tiers environ de la hauteur de ce 
rideau, on domine le fort de manière à voir tout ce qui s'y passe, et à dé- 
couvrir, depuis la tête jusqu'aux pieds, ceux qui servent les pièces. Je 
suis persuadé que de là on inquiéterait les défenseurs de ce fort avec un 
feu de mousqueterie ; mais un seul mortier, ou même deux obusiers, que 
l'on établirait très-facilement sur cette colline, suffiraient pour les forcer à 

* Pour avoir me connaissance exacte des trois forts dont je parle, qui soit indépendante de leur 
nom, l'on peut remarquer qu'ils forment à peu près un triangle équilatéral, dont la base regarde le 
Nord, et dont le sommet est au Sud; celui de l'Est esta la pointe Nord-Est de l'île Sainte-Catherine, 
à un quart de lieue environ de ïîle aux Perroquets ; celui de l'Ouest, qui est le plus considérable! 
est dans un îlot près de la terre-ferme, et le troisième est sur la plus grande des deux petites îles qa'oa 
appelle los Ratones. 







VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

se rendre. Enfin, ce fort n'est, en aucune manière, susceptible d'une 
défense régulière ; point de logemens à l'épreuve de la bombe : sa position 
dans une île lui devient, par le défaut de ces logemens, si désavantageuse, 
que quand il serait vrai que les assiégés fussent trois contre un, il ne serait 
pas plus difficile de les obliger de se rendre à discrétion ; et pour rendre 
leur situation encore plus misérable, ils sont soumis à une hauteur dont ils 
sont commandés et qu'ils ne peuvent pas occuper. 

Ce fort est cependant le poste d'honneur> et celui où se renfermerait 
Fofficier général commandant dans ce département; car en temps de paix 
il réside à N. S. de! Desiero, qui est une ville absolument ouverte, et qui 
n'a pour toute défense qu'une petite batterie à barbette, établie sur l'île 
Sainte-Catherine, et sur la pointe orientale du petit détroit dont j'ai fait 
mention plus haut, derrière laquelle la ville est bâtie. La garnison du fort 
principal, à l'époque de notre mouillage, était composée d'une cinquan- 
taine de soldats, mal vêtus et mal payés, commandés par un capitaine. 

■L'officier général Portugais qui commandait lorsque les Espagnols, il y 
a quelques années, s'emparèrent de Sainte- Catherine, ne fut pas pris dans 
son fort : comme sa défense ne fut rien moins qu'honorable, il a été mis 
au conseil de guerre. Mais quand il se serait renfermé dans son fort, je 
ne pense pas que les affaires de Portugal eussent éprouvé une meilleure 
tournure : ce fort n'ayant que très-peu de capacité, il n'aurait pu s'y faire 
suivre que par une très-petite partie de son monde, et il aurait été proba- 
blement forcé de capituler le premier ou le second jour de l'attaque, et de 
comprendre dans sa capitulation tous ceux qui étaient à ses ordres, qui y 
auraient sans doute accédé. 

Les Portugais n'avaient cependant d'autre parti à prendre que celui de 
défendre leurs forts, et nous avons déjà fait sentir combien c'est un mau- 
vais parti, ou bien celui de tenir la campagne. 

Je ne connais pas assez le terrain ni les forces respectives des deux puis- 
sances, pour juger si ce dernier parti était beaucoup meilleur; mais j'iij- 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

cline à penser que, vu le mépris que les Espagnols ont pour les Portugais, 
les colons auraient vu leurs plantations ruinées par leurs ennemis, et leurs 
provisions dissipées par leurs propres compatriotes. Il n'y a guère que les 
bords de la mer qui soient cultivés, ce qui n'est qu'une faible ressource 
pour pourvoir à la subsistance de deux armées ennemies, vu sur-tout le goût 
particulier du soldat pour le gaspillage. 

La France, à tous égards, ne doit porter la guerre dans cette partie des 
établissemens Portugais, que dans le cas où elle aurait des vues pour s'y 
établir elle-même, et qu'elle pourrait espérer, par un traité de paix, de 
conserver le terrain qu'elle y aurait conquis ; ce qui ne pourrait manquer 
toutefois d'exciter la jalousie des Espagnols, qui aimeront toujours mieux 
avoir leurs ennemis naturels, les Portugais, pour voisins, que leurs meil- 
leurs amis et leurs plus fidèles alliés. 

En conséquence, toute hostilité de la part de la France ne doit jamais 
être qu'un coup de main ; et encore devrait-il être entrepris par des cor- 
saires, qui pourraient le diriger contre l'établissement de la pêche de la ba- 
leine, dans le cas, sur-tout, où l'on serait instruit que les Portugais n'y 
seraient sur leurs gardes que comme en temps de paix. Je ne voudrais ce- 
pendant pas répondre que les prises couvrissent les frais d'armement, à 
moins que cet établissement ne se rançonnât, ou que le gouvernement 
n'accordât un dédommagement pour la ruine des bâtimens et des usines, 
qui sont une dépendance du fisc, puisque le gouvernement afferme le pri- 
vilège exclusif de la pêche de la baleine. 



Cet établissement est au fond de l'anse qu'on appelle de Bon-port, qui 
fait partie de la grande rade ; les bâtimens peuvent y mouiller à l'abri de 
tous les vents. 



A bord de la Boussole, le 15 Décembre, 1785. 



Signe Mo n n e r o n . 



TOME Iï : 



Se 



fjfe' 






VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



CHILI. 

Au mouillage de Talcaguana, dans la rade de la Conception ; depuis le 14 Février jusqu'au 

17 Mars, 1786. 

Quoique le pacte de famille, qui existe entre les couronnes de France et 
d'Espagne, semble rendre assez inutiles les réflexions militaires que notre 
séjour au Chili nous a mis à portée de faire sur l'existence politique de 
cette partie du domaine d'Espagne ; cependant, comme il est vrai que c« 
dernier état peut tomber en quenouille, il peut arriver que ce que l'on a 
regardé comme ne devant être d'aucun usage, puisse, en d'autres temps, 
devenir d'une grande importance. 

» 

Je me propose moins ici d'envisager les vertus et les vices de l'admini- 
stration Espagnole dans ses colonies, que de montrer la force ou la fai- 
blesse qui en proviennent. Le royaume du Chili, situé dans l'Amérique 
méridionale, est borné à l'Ouest par la mer du Sud : du côté de l'Est, il 
touche au gouvernement de Buenos-Aires et du Paraguai -, et du Nord au 
Sud, il s'étend depuis les frontières du Pérou, dont il est toutefois séparé 
par de grands déserts, jusqu'à la terre des Patagons. Ce vaste état se 
trouve coupé et traversé, dans plusieurs parties, par des montagnes aussi 
élevées qu'en aucune contrée du monde. 

S. Jago, capitale du Chili, est la résidence du gouverneur et capitaine 
général : cette ville est située à environ trente lieues de la côte, dans l'in- 
térieur des terres ; Valparayso est le port qui en est le plus proche. Ce 
gouvernement général est divisé en gouvernemens particuliers ; et la ville 
de îa Mocha, éloignée de trois petites lieues de Talcaguana, est la rési- 
dence du commandant militaire de l'ancien district de la Conception, dé- 
truite par un tremblement de terre, en 175 1 . A notre arrivée au mouillages, 
le brigadier don Ambrosio Higgins, mestre de camp de ce département, 
était occupé à conclure un traité de paix avec les Indiens voisins de ceux 
qu'on appelle Indiens amis, et qui, nonobstant ce titre, avaient été engagés 







VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

à la guerre par les Indiens des Cordillères, qui sont les plus braves et les 
plus belliqueux. Les manœuvres militaires d'un commandant habile con- 
sistent à se placer entre ses alliés et ses ennemis, pour empêcher les progrès 
de la séduction et avoir moins de bras à combattre : mais malgré la sagesse 
des mesures de l'Espagne à cet égard, les Indiens des Cordillères indomptés, 
les soulèvemens continuels des Indiens ses alliés, et les insurrections fré- 
quentes de ceux qu'elle appelle ses sujets, sont des causes trop puissantes 
et trop continuellement agissantes, pour ne pas faire présumer que sa puis- 
sance dans le Chili ne saurait manquer d'être anéantie, et peut-être beaucoup 
plutôt qu'on ne pense. 



En conséquence, toute expédition, dirigée de l'Europe contre l'état du 
Chili, qui n'aura pas pour but ce que je ne tarderai pas à spécifier, non- 
seulement ne verra pas couvrir ses frais, mais tournera infailliblement à 
très-grande perte. 

On ne doit pas perdre de vue, que l'esprit général qui semble diriger les 
colonies Espagnoles ne se dément point au Chili, et que les colons ne sont 
qu'agriculteurs, ou petits marchands en détail : ainsi, quoiqu'il soit vrai 
que le Chili produise une très-grande quantité d'or, celui qui ferait une in- 
vasion dans ce pays, n'y en trouverait que fort peu ; mais il y trouverait 
abondamment de quoi subsister en pain, vin, viande de boucherie, &c. Ces 
ressources, il est vrai, ne sont que momentanées, et elles cessent d'exister 
au moment où l'on remet à la voile. Je conviens que les moyens de dé- 
fense, pour empêcher l'abord de l'ennemi dans le pays, sont extrêmement 
faibles, pour ne pas dire nuls : et prenant pour exemple la rade de la Con- 
ception, qui passe pour une des meilleures du Chili ; le débarquement, qui 
peut se faire presque dans toutes ses parties, ne peut recevoir d'opposition 
que de deux ou trois batteries, dont la plus considérable est sur la plage, et 
dont les autres peuvent être facilement tournées par quelques troupes qu'on 
ferait débarquer hors de la portée de toutes.: mais je ne dois pas négliger de 
faire observer que ces batteries ne sont point placées pour empêcher un dé- 
barquement, mais seulement pour protéger les bâtimens marchands oui 
font le commerce du Chili au Pérou, contre les entreprises de quelques 




_*c 





396 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

corsaires qui, sans elles, pourraient facilement venir s'emparer de ces bâti- 
mens dans le mouillage de Talcaguana, à une encablure de terre. Le dé- 
barquement sur la plage de la baie de la Conception n'offre donc aucune 
sorte de risque à courir, ni de perte d'hommes ni de vaisseaux à essuyer. 
Je crois bien ensuite qu'un certain nombre de troupes réglées, marchant 
avec ordre, arriveraient sans peine à la Mocha, qui, comme nous l'avons dit, 
n'est éloignée de Talcaguana que de trois petites lieues que l'on fait dans 
une plaine vaste et sablonneuse, qui permet d'arriver jusqu'à un tiers de 
lieue de cette ville, située dans une plaine plus basse que la première, et à 
un quart de lieue de la rivière de Biobio. 

Les plus riches particuliers de cette ville n'ont point de meubles ; et le 
plus simple aspect de cet établissement prouve qu'il y aurait de l'inhuma- 
nité à en exiger quelque contribution. Tous les avantages de cette descente 
se borneraient à avoir fait une incursion de trois lieues ; et même je ne crois 
pas qu'il y eut de la prudence à tarder de regagner ses vaisseaux, car, sous 
très-peu de jours, îe mestre de camp peut se trouver à la tête d'une armée 
de quinze mille hommes ; et de quelque manière que vous combattiez 
contre lui, vous ne devez pas espérer, pour peu qu'il ait d'honneur, de le 
forcer à recevoir une capitulation : si vous vous tenez en rase campagne, il 
vous enveloppera facilement, et vous harcellera par une cavalerie plus nom- 
breuse que toutes vos troupes ; si vous voulez occuper les hauteurs, il con- 
naîtra mieux les défilés que vous, et vous résisteriez encore moins par cette 
manière de lui faire la guerre : le parti le plus sage, ou, pour mieux dire, 
le seul à prendre, serait celui de faire retraite. 



Mais un des plus sûrs moyens d'avancer la ruine des affaires de l'Espagne 
dans le Chili, c'est de former des liaisons avec les Indiens Araucos et de 
Taucapel : à ceux-ci se joindraient bientôt ceux des Cordillères ; et ceux 
que les Espagnols appellent leurs amis et leurs alliés, ne tarderaient guère à 
entrer dans cette confédération. Assistée par les lumières et les armes 
Européennes, cette ligue serait, je crois, si dangereuse pour l'Espagne, que, 
pour ne pas être témoins de la ruine de leurs établissemens, de la dévasta- 
tion de leurs possessions, et pour mettre leur propre vie à couvert, les 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Espagnols se verraient obligés de tout abandonner et de se retirer au 
Pérou. 

On sentira facilement que cette idée est susceptible d'une grande ex- 
tension, et qu'elle demande beaucoup d'éclaircissemens ; mais l'époque 
où elle pourrait avoir son utilité pour la France est si éloignée, qu'il 
a paru suffisant de ne faire que l'indiquer. 




A bord de la. Boussole, le 30 Mars, 1786. 



Signé Mon nerpn. 



ILE DE P A QJJ E. 

Au mouillage appelé baie de Cook». Latitude, 27 d il'. Longitude à l'Ouest de Paris* 

m d 55' 30''. 

Cette île, par sa position hors de toutes les routes de la navigation, par 
sa privation absolue d'eau et de bois, et par la manière d'être de ses habi» 
tans, qui ont la meilleure volonté du monde de recevoir, et qui sont dans 
l'impossibilité de rien rendre, cette île, dis-je, peut offrir un vaste champ 
aux spéculations des physiciens et des moralistes ; mais elle ne peut, en au- 
cune manière, intéresser les diverses puissances maritimes de l'Europe. 



A bord de la Boussole, le 12 Avril, 1786. 



Mfo 







Signé Monneron, 



ILES SANDWICH. 

Au mouillage, le 29 Mai, ] 786. Latitude, 20 d 34'. Longitude à l'Ouest du méridien de Paris, 

158' 1 25'. 



Si j'avais un mémoire à faire sur l'avantage de la position de ces îles sous 
un ou sous plusieurs points de vue, je serais obligé de chercher des docu- 



SMK-nz>e .,:■ 



'JeSL- 1 ' 






VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

mens dans la relation du troisième voyage de Cook -, mais si l'utilité d'une 
telle discussion était démontrée, il est évident qu'elle se ferait avec une 
plus grande sagacité à Paris qu'en pleine mer. 



A bord de la Boussole, le 5 Juin, 1786. 



Signé Mon neron. 



BAIE DES F R AN C A I S, 

Située à la côte, du Nord-Ouest de l'Amérique, par 58 d 38' de latitude. Au mouillage eu 
divers points de cette baie, depuis le 2 Juillet jusqu'au 1 er Août, 1780. 

L'impossibilité, selon mon sens, d'établir utilement une factorerie Fran- 
çaise dans cette baie, rendrait toute discussion sur ce point embarrassante 
pour moi > un mémoire appuyé sur des suppositions vagues, ne méritant 
pas plus de confiance que celui qui pose sur des faits incertains. Aussi 
ai-je vu avec une grande satisfaction, par un écrit que M. de la Pérouse a 
eu la bonté de me communiquer, qu'il dissuadait le gouvernement d'un 
pareil établissement, au moins jusqu'à l'époque de son retour en France. Je 
produirai, dans ce temps, toutes les notes nécessaires pour discuter cette 
matière dans le plus grand détail ; et si le gouvernement prend quelque 
parti sur cet objet, il sera très-facile d'en démontrer l'avantage ou les in- 



Il n'est pas difficile de présumer que l'âpreté de ce climat, le peu de 
ressources de ce pays, son éloignement prodigieux de la métropole, la con- 
currence des Russes et des Espagnols, qui sont placés convenablement 
pour faire commerce, doivent éloigner toute autre puissance Européenne 
que celles que je viens de nommer, de former aucun établissement entre 
Monterey et l'entrée du Prince- William. 

.D'ailleurs, je crois qu'avant toutes choses, et sur-tout avant de songer à 
former un établissement, on doit en balancer la dépense et les profits pour 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

en déduire le nombre de personnes employées à la factorerie. Cette con- 
naissance est d'une nécessité indispensable pour travailler aux moyens de 
pourvoir à la sûreté de ces individus et des fonds qui leur seraient confiés, 
soit contre les naturels du pays, soit contre les ennemis du commerce de 
France. 



A bord de la Boussole, le 19 Décembre, 17 $6* 



Signé Mon neron. 



»* 



PORT DE MONTEREY, 

Situé à la côte du Nord-Ouest de l'Amérique, par 36* 38' de latitude.. Au mouillage, depuis la 

15 jusqu'au 24 Septembre, 1/86. 

Il s'écoulera probablement un siècle, et peut-être deux, avant que les 
établissemens Espagnols situés au Nord de la presqu'île de Californie 
puissent fixer l'attention des grandes puissances maritimes ; celle qui en 
est -en possession ne songera peut-être de long-temps à y établir des colo- 
nies susceptibles de grands progrès : son zèle, cependant, sur la propaga- 
tion de la foi, y a déjà répandu plusieurs missions ; mais il est à croire que 
même les corsaires n'iront pas troubler les religieux qui les dirigent, dans 
leurs pieux exercices. 

Dans la vue, sans doute, de favoriser le préside de Monterey, on oblige, 
depuis plusieurs années, le galion revenant de Manille à Acapulco, de re- 
lâcher dans ce port : mais cette relâche et cet atterrage ne sont pas si né- 
cessaires, que, même en temps de paix, ce vaisseau ne préfère quelque- 
fois de continuer sa route, et de payer une certaine somme, par forme de 
dédommagement du bien qu'il aurait fait en y relâchant. En temps de 
guerre, ils l'éviteraient encore bien mieux, si les Espagnols imaginaient 
que leurs ennemis entretinssent une croisière sur ce point. 



Le terrain des environs de Monterey, quoique sec, paraît susceptible 
d'une culture avantageuse, et nous avons des preuves que nos grains d'Eu- 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

fope y viennent bons et en abondance : la viande de boucherie y est de la 
meilleure qualité. Il est donc certain que, vu la bonté du port, si cet 
établissement devenait un jour florissant, un ou plusieurs vaisseaux ne 
trouveraient en aucun lieu du monde une meilleure relâche : mais je crois 
que, pour se livrer à des spéculations politiques sur ce point, il faut attendre 
que les Européens établis sur la côte du Nord-Est de ce continent pous- 
sent leurs établissemens jusqu'à la côte du Nord-Ouest ; ce qui n'est pas 
près de s'accomplir. 



A bord de la Boussole, le 24 Décembre, 1786. 



Signé Mon neron, 






• 







VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 




MEMOIRES 

Sur Manille et Formose, fiar M, de la Pérou se 



MANILLE. 



il 



Y 

O ai cherché à développer, dans le chapitre de ma relation relatïF 
à Manille, toutes mes idées sur la nouvelle compagnie qui vient de s'établir 
en Espagne ; mais je n'ai cru devoir parler que dans un mémoire particu- 
lier, de la facilité extrême qu'une nation aurait à s'emparer de cette colo- 
nie. Les possessions Espagnoles dans les Philippines sont bornées à la 
seule île de Luçon, qui, à la vérité, est très-considérable, et contient 
neuf cent mille habitans, capables d'exercer tous les métiers et de soigner 
toutes les cultures. Ces peuples détestent les Espagnols, dont ils sont 
horriblement vexés et méprisés ; et je suis convaincu qu'une nation qui 
leur apporterait des armes,, susciterait, avec de très-petits moyens, une in- 
surrection dans cette île. 

Le seul lien qui les attache encore à leurs conquérans,, c'est celui de la 
religion. Le plus grand nombre des habitans de Luçon est Chrétien de 
très-bonne foi et jusqu'à l'enthousiasme : ainsi, le peuple qui voudrait 
s'emparer de cette île, devrait leur laisser leurs- églises, leurs prêtres, leurs 
oratoires, et généralement respecter tous les objets de leur culte ; et cela, 
serait d'autant plus facile, que presque toutes les cures sont aujourd'hui 
desservies par des prêtres Indiens, qui intérieurement conservent aux Es- 
pagnols la même haine qui couve dans le cœur de leurs compatriotes, 

La baie de Manille est ouverte à tous les bâtimens, et ne peut être dé- 
tome il» 3 ï? 




jioj 




VOYAGE AUTOUR, DU MONDE. 

fendue que par des vaisseaux : ainsi, toute expédition contre cette colonie 
suppose une supériorité décidée de forces navales. 

Les fortifications de la place, quoique régulières et parfaitement entre- 
tenues, ne peuvent que retarder de quelques jours la prise de cette ville, 
qui n'a aucun secours à attendre d'Europe ni d'ailleurs, 

La garnison n'est composée que d'un 'régiment de mulâtres j ïe corps 
^'artillerie, de deux cents hommes, est aussi Américain, ainsi que les cent 
cinquante dragons: et quoique les Espagnols soient persuadés que ces 
troupes peuvent être comparées à celles d'Europe, je suis si convaincu du 
contraire, que je ne craindrais pas, avec quinze cents hommes, d'en atta- 
quer trois mille de cette espèce, et je serais bien certain du succès. 

Les milices de l'île peuvent former u-n corps de huit mille hommes., et 
tenir la campagne comme pendant la guerre de 1760, après que les An- 
glais se furent emparés de la ville de Manille 1 mais les circonstances sont 
très-différentes, et il serait très-aisé d'opposer une partie du pays à celle 
qui tiendrait pour les Espagnols dans l'île 1 si mémQ il n'était pas cen.t fois 
plus vraisemblable que les milices refuseraient de marcher, sur-tout si on 
trouvait moyen de gagner quelques curés Indiens, et de leur persuader 
qu'on est aussi bon catholique que les Espagnols. 

Enfin, la conquête de Manille me paraît si facile et si certaine avec une 
supériorité de forces navales et cinq mille hommes de troupes de débarque- 
ment, que je préférerais cette expédition à celle de Formose, et je croirais 
pouvoir répondre absolument du succès. 

Mais on doit plutôt considérer les Espagnols comme bons et fidèles alliés 
que comme ennemis, et je crois devoir faire connaître que cette colonie ne 
peut être d'aucune utilité pour la guerre de l'Inde : placée dans les mers de 
Chine, où l'on ne peut naviguer qu'avec les moussons, il est impossible 
-que le commandant d'une escadre Française songe jamais à s'y réfugier j la 
relâche de l'île de France, qui généralement est si contraire au succès .de 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

foute opération dans l'Inde à cause de son grand éloignement, serait cepen- 
dant encore cent fois préférable. 

Le défaut de commerce de Manille a rendu aussi presque nuls tous les 
secours en vivres qu'on pourrait en tirer, parce que les habitans ne culti- 
vent presque que pour leur consommation. Il ne serait cependant pas im- 
possible de s'y procurer quelques cargaisons de riz, un peu de cordage du. 
pays, qui est très-inférieur à celui d'Europe, et quelques mâts : mais bien 
certainement il faudrait envoyer chercher ces objets par nos propres vais- 
seaux, et ne pas supposer qu'ils seraient expédiés de Manille sur une sim- 
ple demande ; et comme on ne navigue dans les mers de Chine qu'avec 
des moussons, il faut prévoir de très-loin les secours dont on peut avoir 
besoin, et ne pas perdre de vue que les bâtimens qui viendront de Manille, 
auront à traverser des parages où il y a beaucoup à craindre de la part des 
ennemis, et qu'il est d'une nécessité presque absolue de diviser plus ou 
moins les forces pour protéger leur retour. 

Je crois enfin, en prenant pour exemple la dernière guerre,, que l'armée^ 
de M. le bailli de Suffren a été de la plus grande utilité à la colonie de, 
Manille, parce qu'elle a occupé les forces entières des ennemis, et les a 
empêchés de songer à aucune autre expédition éloignée, et que la ville de 
Manille, au contraire, ne lui aurait été utile que si elle avait pu lui prêtes, 
des piastres; mais comme ce n'est pas une production du pays, on ne les. 
devait attendre que du Mexique, qui n'en envoie jamais que pour les be- 
soins les plus urgens de la colonie Espagnole, 

On ne compte, dans l'île entière de Luçon, que douze cents Espagnols. 
Créoles ou Européens : une remarque assez singulière, c'est qu'il n'y a au- 
cune famille Espagnole qui s'y soit conservée jusqu'à la quatrième généra- 
tion, pendant que la population des Indiens a augmenté depuis la conquête* 
parce que la terre n'y recèle pas, comme en Amérique, des métaux de- 
structeurs, dont les mines ont englouti les générations de plusieurs millions 
d'hommes employés à les exploiter. On ne trouve dans l'île de Luçon. 
cnae quelques grains d'or disséminés dans le sable des rivières j et le travail 



'f% 








404 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

de la recherche est encore moins fatigant que celui de labourer les champs. 
D'ailleurs, les Espagnols sont souverains des îles méridionales des Philip- 
pines, à peu près comme le roi de Sardaigne est roi de Chypre et de Jéru- 
salem, ou comme le roi d'Angleterre l'est de France i ils ont, à la vérité, 
quelques présidios sur les îles voisines, et sur Mindanao ; mais leurs limites 
n'y sont pas plus étendues que celles d'Oran ou de Ceuta, sur les côtes 
d'Afrique, 



I 






F O R M O S E. 






.. 



Si vous avez eu quelques momens à donner à la lecture du chapitre de 
mon journal relatif à Manille et à ma navigation sur les côtes de Formose, 
vous aurez vu que j'ai mouillé devant la capitale de cette île, vis-à-vis 
l'ancien fort de Zélande ; mais les bancs de sable dont cette côte est rem- 
plie, ne permettaient pas d'approcher nos bâtimens à plus de cinq quarts 
de lieue de cette place. Je n'ai pas cru devoir envoyer à terre un canot, 
que je ne pouvais soutenir avec mon artillerie -, dans la crainte qu'il n'y 
fût retenu, à cause de la guerre qui existait à cette époque entre cette co- 
lonie et sa métropole. M. d'Entrecasteaux m'avait dépêché la Sylphide à 
Manille, pour me prier de naviguer avec circonspection au Nord de la 
Chine, la plus petite inquiétude de la part des Chinois pouvant nuire aux 
négociations dont il était chargé : j'avoue que je n'ai point été arrêté par 
ce motif, car je suis convaincu qu'on obtiendra plus des Chinois par la 
crainte que par tout autre moyen ; mais j 'ai considéré qu'en envoyant un 
canot à Taywan, ce qui pouvait arriver de plus heureux, c'était qu'il re- 
vînt avec quelques rafraîchissemens, sans avoir communiqué ; et quand 
même l'officier aurait eu la permission de descendre, très-certainement il ne 
m'eût rien appris au retour, puisqu'il ri"eût pas compris un seul mot Chi- 
nois.. Ainsi je voyais de très-grands inconvéniens à hasarder un canot, sans 
■espoir d'en retirer aucun avantage : mais je n'en ai pas moins pris des ren- 
seignemens à la Chine et à Manille, sur Formose, et je crois pouvoir as- 
surer que deux frégates, quatre corvettes, cinq ou six chaloupes canon- 
nières, avec les bâtimens propres à transporter quatre mille hommes munis 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

d'artillerie et de toutes les provisions nécessaires, suffiraient pour réussir 
dans cette expédition, dont un homme sage ne voudrait pas se charger avec 
de moindres moyens ; quoique, peut-être, douze ou quinze cents hommes 
parussent suffisans à ces hommes entreprenans qui, n'ayant rien à perdre, 
jouent à pair ou non les événemens de la guerre, sans considérer combien il 
est humiliant pour une grande nation, d'échouer devant des peuples très- 
inférieurs en courage, en armes, et en science militaire, mais, suivant mon 
opinion, fort supérieurs au mépris que beaucoup d'Européens ont pour eux. 
L'empire de la Chine est si vaste, qu'on doit supposer une grande diffé- 
rence entre les habitans du Nord et ceux du Midi:: cesjderniers sont lâches; 
et comme ils habitent la province de Canton, les Européens qui les connais- 
sent en ont pris, avec raison, une très-mince opinion. Mais les habitans 
du Nord, les Tartares, qui ont conquis la Chine, ne peuvent être assimilés 
à cette vile populace dont il est ici question : cependant, quoique supérieurs 
aux Chinois du Midi, je ne puis même les comparer à nos plus mauvaises 
troupes j ils leur sont encore très-inférieurs, mais moins par le courage que 
par la manière de faire la guerre. Quoi qu'il en soit, les Chinois, qui met- 
tent la plus grande importance à la conservation de Formose, ont dans cette 
île une garnison de dix mille Tartares : je compte pour rien leurs canons, 
leurs forts, les postes même qu'ils occupent, et dans lesquels ils sont re- 
tranchés -j mais je crois toujours qu'on ne doit pas former une pareille en- 
treprise sans une certitude presque absolue de la terminer heureusement. 
La côte de Formose est plate ; les petits bâtimens seuls peuvent l'appro- 
cher ; et des bateaux tirant sept à huit pieds d'eau, armés de quelques ca- 
nons, propres enfin à soutenir la descente, seraient absolument nécessaires. 
La première opération devrait être de s'emparer des îles Pescadores, où il 
y a un très-bon port, pour mettre la flotte à l'abri; et il ne faut guère que 
ciriq ou six heures pour traverser le canal qui sépare ces îles de Formose. 
Le moment de l'exécution devrait être en Avril, Mai, et Juin, avant les 
mois de Juillet et Août, pendant lesquels les mers de Chine sont exposées à 
des siphons, espèces d'ouragans très-redoutables pour les vaisseaux. 

Si cette expédition se faisait de concert avec les Espagnols, l'entrepôt de 
Manille en faciliterait singulièrement le succès ; parce que de cette colonie 



. /A".->irv .,:*.» 





406 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

on peut, en tout temps, aborder facilement dans la partie méridionale de 
Formose, et qu'on y trouverait les vivres et les autres munitions dont on 
pourrait avoir besoin, si une résistance, ou des vaisseaux perdus, rendaient 
quelques secours nécessaires. 



L'île de Formose est d'une très-grande importance ; et une nation qui en 
serait maîtresse, et qui s'en occuperait essentiellement, en y entretenant une 
forte garnison avec une marine aux îles Pescadores, obtiendrait par la crainte 
tout ce qu'elle exigerait des Chinois : je suis convaincu que si les Anglais 
n'avaient pas été engagés dans différentes guerres qui ont occupé tous leurs 
moyens, ils auraient déjà fait cette conquête, plus intéressante à tous égards 
pour eux que pour tout autre peuple, parce que la funeste habitude du thé 
les a rendus tributaires de la Chine, et que cette feuille est devenue un be- 
soin de première nécessité dans toutes les îles Britanniques. Je ne serais 
pas surpris de voir bientôt ces Européens réduits, à la Chine, aux mêmes, 
conditions que les Hollandais au Japon : cette révolution serait d'une, très- 
petite importance pour la France, et même pour le reste de l'Europe, dont- 
les affaires avec la Chine ne valent pas des humiliations ; mais encore une 
fois, les Anglais seraient nécessités de s'y soumettre ou de- leur faire la 
guerre, et je ne doute pas qu'ils ne prissent le dernier parti.. 

On sait assez en Europe, que- la partie orientale de Formose est habitée 
par les indigènes, et ne reconnaît pas la souveraineté des Chinois ; mais la 
partie occidentale est extrêmement peuplée, parce que les Chinois, trop 
pressés dans leur pays, et sur-tout trop vexés, sont toujours prêts à s'émi- 
grer : on m'a assuré qu'il y était passé, depuis la conquête, cinq cent mille 
Chinois, et que la ville capitale contenait cinquante mille habitans. Comme 
ils sont laborieux et industrieux, ce serait un avantage de plus pour les 
conquérans : mais on ne doit pas perdre de vue qu'il faut peut-être des 
forces plus considérables pour contenir ces peuples, naturellement très-mu-, 
tins, que pour les subjuguer ; et si, après s'être emparé de cette île, on, 
négligeait les moyens de s'y maintenir, et que l'on s'effrayât de l'entretien, 
et sur-tout du recrutement de troisou quatre mille hommes à une distance 
aussi éloignée, on courrait risque d'y être massacré. 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE 

Je crois que les produits de cette île couvriraient un jour les dépenses de 
ses frais de souveraineté -, mais je suis persuadé que les premières années 
seraient très-coûteuses, et que le ministre verrait avec regret passer dans 
cette partie de l'Asie des sommes considérables, qui ne promettraient que 
des profits éloignés, 

Le commerce avec la Chine serait interrompu dans les premiers temps ^ 
mais, suivant mon opinion, il serait bientôt repris avec plus de vigueur ; et 
l'on obtiendrait certainement la permission d'aborder dans les ports de la 
province de Fokien, dont la côte forme l'autre côté du canal de Formose : 
reste à connaître le.débouché des articles de commerce de la Chine, dont la 
base est le thé, qu'on ne consomme presque qu'en Angleterre, un peu en 
Hollande, et dans les colonies de l'Amérique indépendante. 

Je crois donc pouvoir terminer ce mémoire en assurant la possibilité de 
la conquête de Formose par les moyens que j'ai indiqués, et sur-tout si 
nous étions alliés ou aidés des Espagnols de Manille : mais il ne m'est pas 
également démontré que cette conquête ne fût une charge de plus pour 
l'état j or, il vaudrait cent fois mieux ne pas avoir conquis ces peuples, que 
He laisser languir un pareil établissement, 

Dans le havre Saint-Pierre .et Saint-Paul, ïe 10 Septembre, 1787.. 




. / -•••.>.- 





408 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



MEMOIRE 

Sur les Térébratules ou Poulettes, et Description d'une espèce 
trouvée dans les mers de la Tar tarie orientale ; par M, de 
Lama non, de V Académie de Turin, correspondant de Y Aca- 
démie des Sciences. 



Un a découvert depuis long-temps des térébratules ou poulettes 
pétrifiées, et on a cru que cette sorte de coquille n'avait plus son analogue 
dans la mer ; il était cependant facile de se convaincre du contraire. La 
poulette est, pour ainsi dire, de tous les temps et de tous les lieux ; contem- 
poraine de ces coquillages dont la race est aujourd'hui anéantie, et qui ont 
peuplé les anciennes eaux, elle leur a. survécu ; après avoir échappé aux ré- 
volutions étonnantes du globe, qui ont détruit le plus grand nombre des 
testacées, des poissons, des crustacées, elle a vu les nouvelles espèces suc- 
céder aux anciennes* et se former avec notre mer d'à présent. On trouve 
la poulette fossile dans les montagnes de tous les climats, et le plus souvent 
parmi les bélemnites, les dépouilles des cornes d'ammon, des hystérolithes, et 
autres habitans de l'ancien monde aquatique ; on trouve la. poulette vivante* 
au milieu des coquillages de nouvelle formation, et dans l'un et l'autre hé- 
misphère. 

Aldrovande a donné, sous le nom de came, la figure d'une vraie pou- 
lette pêchce dans la mer : il écrivait comme on a écrit à la fin du seizième 
siècle. Ce n'a guère été qu'en 1748 qu'on a fait connaître les poulettes 
fossiles ; et Volsterdorf est, je crois, le premier qui en ait parlé, dans son 
Système minerai, imprimé à cette époque. Le savant traducteur de Lehman 
dit dans une note, Livre III. page 182, que M., de Jussieu lui a fait voir 
l'analogue de la térébratule, et qu'elle avait été. trouvée dans les mers de 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Marseille. M. de Boisjourdain, à Paris, et M. Schmidt, à Berne, ont été 
cités comme possédant chacun, dans leurs riches cabinets, une poulette ma- 
rine. M. de Joubert a décrit, il n'y a que quelques années, dans les Mé- 
moires de l'académie, les poulettes des mers de Montpellier : elles sont en 
général plus petites que celles qu'on trouve dans les montagnes. J'en ai 
dans mon cabinet d'aussi grandes que les fossiles qui viennent des mers de 
Malte ; j'en ai vu d'autres dans le cabinet d'histoire naturelle de l'université 
de Turin, qui ont été pêchées dans les mers de Nice. On en trouve à Li- 
vourne ; et il y a plus de vingt- cinq ans que M. de Luc en a une dans son 
cabinet : « elle n'est pas, dit-il, de l'espèce la plus commune parmi les 
" fossiles." (Lettres sur l'histoire de la terre et de l'homme, I" s Lettre - % 
page 238.) Il y en a dans la mer Adriatique. M. l'abbé Fortis, qui les a 
découvertes, dit qu'elles se tiennent à deux cents pieds de profondeur dans 
les environs du port de Siberico, et qu'on en trouve à une plus grande pro- 
fondeur dans les cavernes où croît le corail ; cette poulette a des bosses des 
deux côtés, et est légèrement cannelée en longueur et en largeur : il la 
regarde comme une espèce nouvelle, et ajoute qu'elle, ressemble en partie à 
ia poulet:e fossile décrite par M. le baron de Hapech, et dont il a donné la 
figure p&fc IV. AT- \6 et \7). Celle de Mahon est connue depuis quel- 
ques années à Paris, ainsi que celles qui viennent des Indes, et dont il y a 
une espèce lisse, et une autre striée. On en trouve dans les mers de Nor- 
wège ; et M. de Bougainville en a péché dans le détroit de Magellan. 

Les poulettes fossiles ont été trouvées dans un bien plus grand nombre 
d'endroits : et il faut avouer que les variétés qu'elles présentent sont aussi 
beaucoup plus nombreuses. J'en ai recueilli dans mes voyages prèa de 
trente espèces, dont j'ai trouvé la dernière sur la côte Nord-Ouest de l'Amé- 
rique septentrionale, au port des Français. En comparant toutes ces pou- 
lettes fossiles avec les poulettes vivantes, j'en ai reconnu plusieurs exacte- 
ment semblables : il y en a de marines, dont l'analogue pétrifiée n'est pas 
connue ; il y en a plus encore de pétrifiées, dont l'analogue marine n'a ja- 
mais été vue. 

J'ai trouvé de petites poulettes sur âss moules que les pêcheurs de la fré~ 

TOME II. 3G _ 



409 




410 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

gâte la Boussole ont retirées avec la ligne, près de la baie de Ternai, par 
environ trente-cinq brasses de profondeur. A soixante-deux lieues de là, 
plus au Nord, près de la baie de Suffren, on en a péché, tant sur la Bous- 
sole que sur l'Astrolabe, de grandes et de petites. M. de la Pérouse ayant 
fait jeter la drague pour savoir s'il y avait dans ces contrées des huîtres per- 
îières, elle a amené une sorte d'huîtres pectinées, que je décrirai ailleurs, et 
beaucoup de poulettes de différens âges. Comme la poulette forme à elle 
seule un genre à part, j'ai cru devoir l'examiner avec attention, et décrire 
non-seulement sa coquille, mais encore l'animal qui l'habite. Ce travail 
n'a jamais été exécuté -, car la description de deux poulettes publiée par M. 
Pallas, a été faite sur des individus absolument dégradés, comme j'aurai oc- 
casion de le faire voir. On trouve dans l'excellent ouvrage de M. Adanson 
sur les coquillages du Sénégal, l'explication des termes techniques dont je 
suis obligé de me servir. 



I 



POULETTE DE LA COTE DE TARTARÏE. 



§ I. 



DESCRIPTION DE LA COQUILLE. 



Dimensions. La longueur 
est à la largeur, 



20 l,s ' : 18 dans les plus grandes. 
13 4; : 12 dans les moyennes. 
6 : 5 dans les petites. 



Ce sont les proportions les plus ordinaires ; car elles varient assez sou- 
vent d'individu à individu, et toujours avec l'âge. On ne saurait donc 
distinguer les différentes espèces de poulettes par les proportions de leurs 
coquilles. Les sinuosités aux plis des bords ne sont pas non plus des ca- 
ractères distinctifs ; car j'ai observé que, pour la même espèce, la coquille 
s'approche ou s'éloigne indifféremment de la forme orbiculaire, que les unes 
ont les bords de leurs valves sur le même plan, tandis que dans d'autres une 
des valves fait un angle saillant au milieu de son rebord, et l'autre valve un 
angle rentrant. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



Nature de la coquille. La coquille est d'une épaisseur médiocre, à peu 
près comme celle de la moule commune ; elle est un peu transparente, con- 
vexe et renflée comme les cames : les battans ne sont pas sensiblement plus 
renflés l'un que l'autre ; cependant celui qui porte le talon Test un peu plus, 
sur-tout dans sa'partie supérieure. 

Stries. On voit sur la surface de la coquille, de très-légères cannelures 
transversales, demi-circulaires, ondées, qui aboutissent à l'endroit où la co- 
quille cesse d'être circulaire pour former l'angle qui porte le sommet. 

Périoste. Ces stries sont recouvertes d'un périoste extrêmement mince et 
peu adhérent: quelques-unes ont depuis un jusqu'à trois enfoncemens, peu 
profonds, mais larges, qui partent du centre de la coquille d'une manière 
presque insensible, et vont se terminer aux bords, où ils sont plus marqués, 
et où ils forment, avec les parties correspondantes de l'autre battant, les an- 
gles saillans et rentrans dont j'ai parlé ; le périoste est un peu plus adhérent 
dans les angles rentrans que sur les saillans. 

Battans. Les battans sont égaux dans la partie de leur contour qui est 
arrondie, et ferment très-exactement ; mais vers le sommet, un des battans 
porte un talon qui dépasse l'autre battant, et ils sont par conséquent iné- 
gaux comme dans les huîtres. 

Sommet. Ce talon ou sommet est formé par les bords de la coquille, qui 
se replient en dedans, et par le prolongement de sa partie supérieure. Les 
bords repliés forment une ouverture un peu ovale,, et assez large, par ou 
l'animal sort le muscle avec lequel il s'attache aux corps extérieurs : ces 
bords ne joignent pas, ils laissent entre eux un espace occupé par le sommet 
de l'autre battant, ce qui lui donne la liberté de se mouvoir. Ainsi, cette 
coquille n'est pas perforée, comme son nom de térébratuîe semble l'indi- 
quer ; l'ouverture n'étant pas pratiquée dans un seul battant, mais formée 
par le prolongement d'un battant, les replis de ses bords, et la rencontre de 
l'autre battant. Le sommet n'est pas. pointu, mais arrondi. 












" 



412 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

'Ligaînent. Le ligament est, comme dans l'huître, placé entre les som- 
mets, et ne paraît pas au dehors ; il s'adapte au pédicule de l'animal : 
comme le sommet occupe une partie considérable de la coquille, on ne 
peut ouvrir que très-peu les deux battans, sans s'exposer à les rompre. Il 
est très-solide, quoique fort mince et peu apparent -, il est renfermé dans 
une petite cannelure, remplie, lorsque la coquille est fermée, par l'arête de 
la partie correspondante du battant qui porte le talon. Ce ligament con- 
serve du ressort, et n'est pas très-cassant, même après que la coquille est 
vidée et bien sèche. 

7 

Chamib-e. Les huîtres n'ont point de charnière : les dents qui la forment 
dans beaucoup d'autres coquilles, n'y existent pas. On a regardé les téré- 
bratules comme des huîtres, parce qu'on n'avait pas examiné leurs charnières 
ou dents, qui ne paraissent pas, à la vérité, dans les térébratules fossiles ; 
mais en ouvrant les poulettes vivantes, on trouve des dents qui composent 
leur charnière, et qui sont même plus grosses que dans un grand nombre de 
coquilles. 

Les poulettes fossiles ont presque toujours leurs valves réunies, ce qui est 
assez remarquable ; les autres bivalves ont le plus souvent leurs battans 
ouverts ou séparés : la raison de ce fait doit être cherchée dans la nature de 
la charnière. Celle de la poulette ne doit pas lui permettre de se séparer -> 
et le ligament qu'elle conserve, et qui est très-étendu, contribue à tenir les 
deux battans réunis. 



Les dents qui forment la charnière de la poulette, approchent beaucoup 
de celles du spondyle décrit par M. Adanson ; elles sont formées par deux 
boutons arrondis dans le spondyle, et un peu alongés dans la poulette. C'est 
en-dessus de ces dents que le ligament est placé dans le battant qui porte le 
talon : il y a entre lui et les dents deux cavités, une de chaque côté ; elles 
servent d'alvéoles aux dents de l'autre valve, où sont des alvéoles semblables 
à -ceux-ci, et dont l'usage est le même. Les dents de la valve à talon ont 
de plus une arête légère, qui entre dans une cannelure longitudinale qu'on 
aperçoit, dans l'autre valve, sur la partie antérieure de chaque dent. 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Nacre. La substance qui revêt l'intérieur de la coquille, tient, comme 
dans le plus grand nombre des huîtres, le milieu entre la nacre et la substance 
de l'intérieur des coquilles non nacrées : sa couleur, son luisant, son poli, et 
son épaisseur, varient avec l'âge, et selon les individus. 

Couleur. La couleur des dents est toujours blanche. Celle de l'extérieur 
de la coquille tire plus ou moins sur le rouge d'ocre, sur-tout vers les bords : 
l'intérieur a aussi une très-légère nuance de ce rouge sur un fond gris-blanc 
qui varie. 

Attaches. Nous ne considérons ici que la place des attaches et leur em- 
preinte sur la coquille; la description de l'attache même appartient à celle 
de l'animal. On voit sur chaque battant de la poulette que j'examine, la 
place de deux attaches bien distinctes ; ce qui la différencie encore du genre 
des huîtres, qui n'ont qu'une attache passant au milieu de leur corps. Les 
attaches de la poulette dans la valve qui porte le talon, sont oblongues, pla- 
cées vers le sommet, et creuses : chacune d'elles a des sillons courbes, 
transversaux, et partagés en deux par un sillon longitudinal ; elles imitent 
assez bien les ailes de quelques insectes. Dans l'autre valve, les attaches 
ont une autre forme : elles sont placées dans le même lieu, et fort irré°- U - 
lièrement arrondies, entourées de deux cannelures qui laissent comme une 
lisière entre elles, et se prolongent ensuite en ligne droite vers l'ouverture 
de la coquille jusqu'aux deux tiers environ de la longueur ; cette lisière 
imite parfaitement la forme des ciseaux de tailleur. 

La partie du sommet de la coquille où passe le pédicule de l'animal, est 
striée longitudinalement dans le battant à talon ; la strie qui est dans le mi- 
lieu est la plus profonde : il y a une strie transversale qui sépare en deux 
parties égales toutes les stries longitudinales. On ne voit rien de sembla- 
ble dans l'autre valve. 

Les coquilles des poulettes ont intérieurement une partie très-déliée qui 
leur est propre, et dont quelques auteurs ont fait mention sous les noms de 
languette et de fourche, parce qu'ils n'en ont jamais vu d'entières; elle sert 




jes_: 




414 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

de soutien au corps de l'animal : je la décrirai en parlant de son usage plus: 
immédiat. 






§ II. 



DESCRIPTION DE L'ANIMAL. 



L'anatomie des coquillages est très-délicate, et offre des difficultés insur- 
montables. Les travaux des Rédi, des Réaumur, des Swammerdam, laissent 
encore bien à désirer : ils avouent, dans leurs immortels ouvrages, que le 
plus souvent ils ne marchaient qu'à tâtons. Il y a dans les animaux qui 
habitent les coquilles, et principalement les bivalves, des parties à découvrir, 
d'autres dont il faudrait déterminer l'usage ; il y a de nouvelles comparai- 
sons à faire sur les différences génériques, spécifiques, et individuelles : en- 
fin cette étude offre un champ des plus vastes à parcourir. J'espérais faire 
quelques découvertes dans ce genre, en anatomisant l'animal qui habite le 
bénitier, la plus grande des bivalves connues, et dont toutes les parties doi- 
vent être très-apparçntes : j'ai vu de ces coquilles aux Philippines ; mais la 
province qui les fournit était par malheur trop éloignée du port de Cavité^ 
où nous avions relâché. Je n'entreprendai pas l'anatomie complète du co- 
quillage que j'examine ; ce travail serait au-dessus de mes forces : mais à 
l'exemple de M. Adanson, j'observerai les parties les mieux reconnues, et 
qui suffisent pour caractériser les genres» 

Manteau et Trachée. Le manteau de la poulette de la baie de Sufiren 
est formé par une membrane très-mince qui tapisse tout l'intérieur de la 
coquille dans l'une et l'autre valve, et qui contient le corps de l'animal ; il 
a, à son origine, toute la largeur de la charnière, et se divise ensuite en 
deux lobes, dont l'un tapisse le battant où est le talon, et l'autre le battant 
où est le corps de l'animal : il ne forme donc qu'une ouverture, qui finit à 
chaque bout de la charnière, et qui a la même étendue que les surfaces in- 
térieures de la coquille. Il n'y a donc qu'une seule trachée apparente, et 
elle est formée par les deux lobes du manteau . M» Pallas n'a pas recon- 






*VWËM KËÊ& 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

nu le manteau dans les deux variétés qu'il a décrites, et l'a appelé très-im- 
proprement périoste. L'état de dégradation où il se trouvait, dans les indi- 
vidus desséchés qu'il a eus sous les yeux, l'aura sans doute induit en erreur. 

Muscles. Après avoir entr'ouvert la coquille, j'ai coupé le plus déli- 
catement possible le ligament; j'ai déployé la charnière: ayant ensuite 
détaché de la valve à talon le lobe du manteau qui la couvrait, je l'ai abattu 
sur le corps de l'animal. Cette opération m'a mis à même de voir les 
grands muscles qui adhèrent à la valve à talon : ils sont moux, membra- 
neux, et .pour ainsi dire charnus en dedans ; ils sont revêtus de petites 
glandes sanguinolentes ; il part de la partie inférieure de chaque aire 
musculeuse un nerf assez fort, qui se prolonge jusqu'à l'extrémité du man- 
teau : ils courent parallèlement au bord de la coquille et sont éloignés l'un 
de l'autre; ils sont chacun renfermés dans une espèce de sac aplati, qui a la 
forme d'un ruban, et qui est rempli d'une matière visqueuse et rouge. Il 
paraît que le lieu où sont les attaches des muscles, fournit, outre les 
muscles qui s'étendent sur le lobe du manteau, un véritable sang princi- 
palement contenu dans trois petits corps charnus, rouges, de forme glandu- 
leuse, d'inégale grosseur, et qu'on aperçoit en déchirant les muscles du 
côté de leur racine ; peut-être tiennent-ils lieu de cœur. L'anatomie des 
coquillages n'est pas assez avancée pour pouvoir le décider; mais il est 
néanmoins certain que, dans la poulette, les muscles qui sont attachés à la 
valve à talon, sont revêtus de parties charnues qui contiennent beaucoup de 
sang, ainsi que deux autres muscles qui partent du même lieu, et qui con- 
tribuent à former le pédicule, dont je parlerai bientôt. 

Les muscles qui sont attachés à l'autre valve se divisent aussi en plu- 
sieurs parties : on en voit qui parcourent le lobe du manteau correspon- 
dant; plusieurs s'élèvent en touffe, et vont s'adapter à la valve supérieure - y 
il y en a qui se subdivisent, et dont je n'ai pu suivre les ramifications, 
même en les regardant au microscope ; mais d'autres plus apparens vont 
contribuer à former le pédicule, qui passe par l'ouverture que laissent entre 
elles les deux valves, tient à l'une et à l'autre par plusieurs nerfs, et est lui- 
même attaché à quelques corps extérieurs, principalement à d'autres co- 




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TiJrafc". _JEMÏE*C''.Je2L. 











41-6 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

quilles vivantes. Les muscles de la poulette ont donc comme trois attaches, 
dont une sur la surface intérieure de chaque valve, et la troisième sur un 
corps étranger. 

Pédicule. Le pédicule est cylindrique, entouré d'une substance muscu- 
leuse qui renferme plusieurs nerfs ; il a depuis une ligne jusqu'à une ligne 
et demie de longueur, et les deux tiers en diamètre. J'ignore par quel 
moyen il adhère si fortement à différens corps ; car on déchire plutôt l'ani- 
mal et tous les muscles particuliers qui partent de l'intérieur pour se ré- 
unir au pédicule, qu'on ne vient à bout de détacher le pédicule de dessus 
la base : le gluten qui lie l'un à l'autre, résiste même à la chaleur de l'eau 
bouillante. Le pédicule porte la coquille, et la tient élevée de manière 
que, lorsqu'elle est dans l'eau, elle se trouve dans une position inclinée à 
l'horizon. La valve la plus étroite est toujours l'inférieure ; c'est celle 
qui contient l'animal : la supérieure, qui est celle où est le talon, lui sert 
de couverture. On n'a donc pas raison d'appeler ordinairement valve su- 
périeure, la plus petite des deux : en ne faisant attention qu'à la coquille 
des huîtres qu'on a dans les cabinets, on a faussement imaginé que la partie 
la plus petite était toujours la supérieure, et qu'elle servait comme de cou- 
verture à la plus grande. 

Les térébratules ont-elles la faculté de changer de lieu, ou demeurent- 
elles toujours fixées à l'endroit où elles naissent ? Il faudrait les avoir ob- 
servées long-temps pour répondre à cette question d'une manière certaine. 
J'ai néanmoins quelques raisons de croire qu'elles peuvent changer de lieu, 
mais qu'elles en changent très- rarement pendant leur vie. Ayant détaché 
plusieurs pédicules avec un instrument tranchant, j'ai vu, sur-tout dans les 
grandes poulettes, qu'ils étaient logés dans un petit creux formé sur la 
coquille à laquelle ils adhéraient ; cette espèce d'enfoncement, et la forte 
adhérence du pédicule avec la coquille où il est fixé, prouvent en quel- 
que sorte que la poulette occupe long-temps la même place : mais j'ai 
trouvé plusieurs groupes de petites poulettes qui étaient si rapprochées 
les unes des autres, qu'elles ne pouvaient grandir sans se gêner; car 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Mine seule poulette de médiocre grandeur occupe le même espace que 
>cinq ou six petites. 

Ouïes. Après avoir relevé le lobe du manteau que j'avais rabattu sur ïe 
corps de l'animal, j'ai observé les ouïes ; elles sont grandes, composées de 
deux feuillets membraneux de chaque côté, et dont le supérieur est le plus 
étroit ; ces feuillets tiennent l'un à l'autre par une membrane légère, et ne 
forment entre eux qu'une seule poche ; ils ont à leurs rebords de longues- 
franges qui flottent sur le manteau : mais ce qu'il y a de plus remarqua- 
ble, c'est que les ouïes sont supportées par des osselets, comme celles des 
poissons. Je les décrirai, après avoir fait l'énumération des parties molles 
qu'on distingue dans les poulettes. Les ouïes ont une forme arquée de chaque 
côté : elles sont séparées dans leur partie inférieure, où les franges sont plus 
longues, de sorte que les deux ouïes d'un côté sont très-distinctes des deux 
ouïes qui sont du côté opposé. Les ouïes commencent aux dents de la 
charnière. 






Bouche, Œsophage, Ventricule. On voit au milieu des ouïes, le ven- 
tricule, l'œsophage, et la bouche. Le tout forme un triangle dont la base 
est la bouche : elle est tournée du côté de la charnière, et formée par une 
large ouverture transversale sans lèvres bien apparentes et sans mâchoire. 
L'œsophage est très-court; mais il est susceptible d'alongement lorsque 
l'animal ouvre la bouche. Le ventricule, qui a la forme d'un sac pointu, 
tient par une membrane aux osselets des ouïes, mais seulement dans la 
partie supérieure, et jusqu'à la moitié de sa longueur. En ouvrant le ven- 
tricule, j'ai trouvé une petite chevrette entière, et une à moitié digérée : 
il est assez difficile de concevoir comment les chevrettes, qui sont très-agiles,, 
■et ont de bons yeux, se laissent attraper par un animal aveugle, qui peut à 
peine entr 'ouvrir sa coquille, et qui est fixé sur un coquillage immobile. 
Les animaux, et sur-tout les aquatiques, ont des moyens que nous ignorons 
pour remplir leurs fonctions vitales ; et ces moyens une fois connus pour- 
raient servir, par des applications heureuses, aux progrès des arts. 

Intestin et Anus. Au fond de l'estomac, on voit l'intestin, qui en est 

TOME II. 3 H 






i ■ 



413 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

comme une continuation ; il est extrêmement court (il n'a pas une demi- 
ligne dans une coquille de quinze lignes de longueur], et il est iormé par 
une membrane très-mince. Les excrémens tombent sur les lobes du 
manteau ; mais ils sont facilement répoussés au dehors par les divers mou- 
vemens des deux lobes : il se pourrait très-bien que les excrémens de la 
poulette, qui s'arrêtent naturellement à l'entrée de la trachée, servissent 
d'appât aux chevrettes et autres petits animaux dont elle se nourrit; la po- 
sition de l'anus à l'ouvert de la coquille, et la position de la bouche dans 
la partie la plus reculée, appuient cette conjecture. 

Osselets des ouïes. Les osselets des ouïes, que j'ai découverts dans les 
térébratules, n'ont encore été observés dans aucun animal du genre des 
testacées ; et par-là les térébratules se rapprochent plus des poissons que 
tous les autres coquillages. Il ne reste dans les poulettes que l'on voit 
dans les cabinets, qu'une très-petite partie des osselets des ouïes : de là 
viennent les noms impropres de languette, de fourche, qui ne sont relatifs 
I qu'à la forme des fragmens qu'on a aperçus, et qui n'en indiquent point 

l'usage. 



Les osselets des ouïes sont composés de plusieurs pièces : la principale a 
une forme ovale contournée ; elle part de chaque côté de la charnière, et 
parait être un prolongement des parties saillantes qu'on voit ; elle s'étend 
jusqu'au-delà des deux tiers de la coquille, où elle se replie, et vient aboutir 
au-dessus de la fourche, aux branches de laquelle elle est unie par une sim- 
ple superposition (sorte d'articulation très-commune dans les parties nom- 
breuses qui composent la tête des poissons). La fourche est placée à un 
peu plus du tiers de la coquille, en partant du sommet; elle est formée 
par un pivot qui se divise en deux branches longues et terminées en 
pointe : elles sont extraordinairement fragiles, et soutiennent, comme je 
l'ai dit, les extrémités des osselets des grandes ouïes. Le feuillet qui com- 
pose, de chaque côté, un second rang d'ouïes, tient à un os courbe, qui, 
d'un côté, est attaché à la partie inférieure et interne de l'osselet des 
grandes ouïes, et de l'autre s'étend jusqu'au côté de la bouche de l'animal j 
où il est uni à un autre osselet plat qui s'applique sur un osselet semblable 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

qui ©il de l'autre côté : ces derniers osselets sont exactement en-dessous: de 
la membrane qui forme la bouche ; j'ignore quel est leur véritable usao-e, 
et si, comme je le présume, l'animal s'en sert pour ouvrir et fermer à vo- 
lonté son estomac, en distendant ou contractant la peau qu'on voit à son 
entrée. Tous ces osselets sont plats, extrêmement cassans, entourés de 
nerfs et de membranes : leurs articulations donnent de la mobilité aux 
ouïes -, ils supportent de plus le corps même de l'animal, qui ne touche ni 
l'une ni l'autre de ses valves, et qui est au milieu d'elles comme sur un 
tréteau. L'espace compris entre les branches des osselets des ouïes, est 
garni d'une membrane transparente mais assez solide. Au pied de la 
fourche, une semblable s'élève sur elle perpendiculairement, et sépare le 
lieu où est le corps de l'animal, de tout le reste de la coquille : cette mem- 
brane laisse dans les deux coins une ouverture qui communique avec l'en- 
tre-deux des lobes du manteau, et qui doit tenir lieu de trachée • car 
nous avons remarqué, en décrivant le manteau, que les deux lobes sont 
entièrement séparés, et ne forment par conséquent qu'une fausse trachée. 



3^5 1 



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Il résulte de la description de la poulette, qu'on doit la séparer du genre 
des huîtres, puisqu'elle a une charnière dentée, plusieurs ligamens, et une 
organisation intérieure toute différente. On ne doit pas non plus la con- 
fondre avec les cames, dont les battans sont égaux, qui n'ont point de pé- 
rioste sensible, ont un pied paraissant au dehors, ainsi que deux tuyaux 
charnus, sans compter les autres différences. La poulette ressemble encore 
moins aux autres bivalves, et on doit la classer à part ; elle forme un genre 
dont les espèces vivantes ou fossiles sont très-nombreuses. 



EXPLICATION DES FIGURES, 



i 



Atlas, N° 63. 

Flg. V"b Poulette de grandeur moyenne, vue par sa face inférieure, - À, trou par où 

passe le pédicule musculeux. 
Flg. 2. Poulette de grandeur moyenne, vue par sa face supérieure» 
Flg. 3. Petite poulette, vue d'un côfé„ 



B.I 







420 



Fig. 
Fig 
Fig 
Fig 

Fig 

Fig. 



Fig 

Fig. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

4. Petite poulette, vue de l'autre côté. 

5. Poulette de grandeur moyenne, vue par le tranchant. 

6. Position naturelle de la poulette dans l'eau. 

7. Vue de la valve qui porte le talon. 

A, empreinte des muscles dans l'intérieur de la coquille; 

8. La valve inférieure. 

A, empreinte des muscles. 

9. Vue de l'intérieur d'une poulette. 

AA, les feuillets des ouïes supérieures. 
BB, les feuillets des ouïes inférieures. 

C, le ventricule. 

D, l'anus. 

EE, le manteau. 
F, l'œsophage. 

10. AA, pédicule musculeux passant par l'ouverture de la valve supérieure.. 

11. Vue des osselets des ouïes. 

A, la fourche. 

EBB, osselets des grandes ouïes. 

CGC, valve inférieure. 

DD, osselets qui sont en-dessous de l'œsophage. 

EE, les pointes de la fourche. 

FF, osselets des ouïes supérieures. 

GG, dents de la charnière où tiennent les osselets des ouïes. 

H, place du pédicule. 

II, lieux où sont les franges des ouïes> 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 




MEMO 



R E 



Sur les Cornes d'ammon, et Description d'une esjièce trouvée 
entre les Trojùques dans la mer du Sud-, Jiar M, de'- La- 

MANON. 



'e tous les genres d'animaux dont on retrouve les de'pouilles 
ensevelies dans les' anciens dépôts des eaux, celui de la corne d'ammon est, 
sans contredit, le plus abondant et le plus universellement répandu : plu- 
sieurs auteurs en comptent jusqu'à trois cents variétés, et encore ne sont- 
elles pas toutes connues; il y en a qui ont depuis une demi-ligne et au- 
dessous, jusqu'à dix pieds de circonférence. Quelques naturalistes assu- 
rent, d'après le chevalier Linné, que les analogues de toutes les cornes 
d'ammon fossiles existent dans les abîmes de la mer les plus profonds, et 
îes nomment pour cela des coquilles péîagiennes ; d'autres naturalistes, et 
c'est le plus grand nombre, peu satisfaits de cette assertion, regardent les 
cornçs d'ammon comme un genre de coquillage dont les espèces ne se ren- 
contrent plus que fossiles, et dont les analogues ne sont dans aucune mer. 
Il y a plusieurs auteurs qui ont décrit des cornes d'ammon microscopiques, 
recueillies parmi les sables que la mer rejette, à certains endroits, sur ses 
bords : mais presque toutes ces coquilles, mieux examinées, n'ont paru être 
que des nautiles. Quant à celles qu'Hoffman avait trouvées en Norwège 
et annoncées "comme telles, il a reconnu postérieurement que ce n'étaient 
pas des cornes d'ammon, mais de vrais tuyaux cloisonnés, Je suis per- 
suadé, qu'il y a dans les mers d'aujourd'hui des cornes d'ammon vivantes, 
mais qu'elles y sont en petit nombre, et qu'elles diffèrent des cornes d'am- 
mon fossiles : celles-ci doivent être considérées comme une famille autre- 
fois la plus nombreuse de toutes, et dont les descendans ou a' existent plus 
ou sont réduits à quelques individus entièrement dégénérés, 



m 



2&A3KA. 






VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

L'hypothèse la plus gratuite est presque toujours la plus difficile à détruire ♦ 
telle est, je présume, la raison pour laquelle on n'a encore rien allégué 
contre la supposition des coquilles pélagiennes, bien qu'on ait assez géné- 
ralement refusé de l'admettre. Les observations qui vont suivre, me dé- 
montrent la fausseté de cette hypothèse. 

Les cornes d'ammon fossiles ont leur test extrêmement léger et mince, 
tandis que les coquilles qui se tiennent toujours au fond de l'eau sont 
épaisses et pesantes : de plus, la forme de la corne d'ammon fossile nous 
indique, en quelque sorte, l'organisation que devait avoir l'animal qui l'ha- 
bitait. Le célèbre jussieu prouva, en 1721, que les plus, grands rapports 
existaient entre les cornes d'ammon et les nautiles* : on sait que les nau- 
tiles, remplissant ou vidant une partie de leurs coquilles, ont la faculté de 
se tenir à la profondeur d'eau qu'ils désirent ; il en était sans doute de 
même des cornes d'ammon ; et si la mer en est encore remplie, ne devrait- 
on pas en rencontrer quelques-unes en voyageant ? les vagues n'en rejet- 
teraient-elles pas quelques débris sur les côtes > Les pêcheurs devraient 
en trouver souvent dans leurs filets ; il devrait au moins y en avoir des frag- 
mens adhérens au plomb de sonde, lorsqu'on le descend à de grandes pro- 
fondeurs. Ajoutons encore que si les cornes d'ammon ne sortaient jamais 
des abîmes de la mer, celles qu'on trouve pétrifiées ne devraient jamais 
être au même niveau et dans la même couche que des coquilles qui ne vi- 
vent pas dans les bas-fonds : cependant on trouve en Normandie, en Pro- 
vence, en Touraine, et dans une infinité d'autres endroits, des cornes 
d'ammon mêlées avec des vis, des buccins, et autres coquilles littorales ; 
il s'en trouve à toute sorte d'élévation, depuis le niveau de la mer et au- 
dessous, jusque sur les plus hautes montagnes. L'analogie nous porte aussi 
à croire que la nature, qui a accordé des yeux aux nautiles, n'en a pas re- 
fusé aux cornes d'ammon : or à quoi leur serviraient-ils, si elles restent ; 
confinées dans ces abîmes, où la lumière ne saurait pénétrer ? 



* Il existe cependant quelques différences intérieures très-marquées : 1°. les cloisons des nautiles 
ont plus de sinuosités que celles des cornes d'ammon; 2°. les cornes d'ammon n'ont point de petit 
uyau de communication d'une cloison à l'autre, (N.D. R-) 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

L'extinction de l'ancienne race des cornes d'ammon est donc un fait 
certain, qu'aucune supposition raisonnable ne peut détruire ; et ce fait est, 
sans contredit, le. plus étonnant que puisse nous présenter l'histoire des 
animaux aquatiques. La découverte de quelques espèces de cornes d'am- 
mon vivantes n'en détruit pas la vérité : car ces ammonies ne sont point 
semblables aux espèces pétrifiées connues ; elles sont extrêmement rares, 
et ne sauraient être regardées comme les représentais des ammonites, si. 
variées dans leurs espèces, et dont le nombre était, dans les anciennes 
eaux, plus considérable peut-être que celui de toutes les autres coquilles 
ensemble, > 

Waîlerius, en parlant des cornes dammon pétrifiées, dit que ce sont des 
coquilles à cloisons séparées les unes des autres, et communiquant entre 
elles par un siphon. Il est cependant certain qu'il y a des cornes d'am- 
mon qui ne sont pas chambrées ; on sait que les auteurs considèrent les 
cornes d'ammon comme un nautile, et que dans l'une et l'autre espèce- 
il y a des coquilles chambrées et d'autres qui ne le sont pas : chaque 
espèce a des sous-espèces, comme il paraît du moins par les pétrifications. 



On doit nommer corne d'ammon, toute coquille univalve roulée sur 
elle-même dans un plan horizontal qui la couperait en deux parties égales 
formées par des spires jointes ensemble, visibles extérieurement, et ayant' 
entre elles une certaine proportion. 

Les cornets de saint-hubert ne sont pas des cornes d'ammon, puisque 
leurs spires sont disjointes. 



Les tuyaux de mer cloisonnés ne peuvent être des cornes d'ammon â 
parce que leurs spires ne sont pas dans un plan horizontal divisant la co- 
quille en deux parties égales : on verra, en y faisant attention, que les 
spires renflées supérieurement sont toujours aplaties par leur base. 

Les planorbes, qui se rapprochent beaucoup des cornes d'ammon non 
cloisonnées, en diffèrent par leur première spire, qui est, relativement à sa 




/*. .•'••?* 







4;f| VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

largeur, dans une proportion beaucoup plus petite avec le reste de la co- 
quille. Certains planorbes ressemblent extérieurement aux cornes d'am- 
mon chambrées, tandis que la forme extérieure des cornes d'ammon non 
chambrées en diffère essentiellement. 

Les nautiles diffèrent des cornes d'ammon, en ce que leurs spires sont 
.intérieures : elles rentrent dans la coquille après la première circonvolution, 
: tandis que les spires de la corne d'ammon sont toutes en dehors. 

J'ai cru absolument nécessaire de fixer ce qu'on doit entendre par corne 
d'ammon, avant de décrire celle que j'ai trouvée pendant notre voyage 
.autour du monde. 

La forme de celle-ci est presque orbiculaire, le diamètre longitudinal 
.étant au diamètre latéral : : 3 lignes : 3 lignes 4. La première spire est 
plus grande que les autres, et occupe presque la moitié du diamètre longi- 
tudinal : le sommet est placé aux deux tiers de cette longueur ; il se ter- 
mine, du côté droit, par un très-petit bouton visible à la loupe, en quoi 
cette corne d'ammon diffère de celle de Rimini, qui de plus est microsco- 
pique et chambrée : celle dont nous parlons n'a intérieurement aucune 
concamération. Les tours des spirales sont au nombre de quatre et demi : 
les spires sont renflées également des deux côtés, et tournent sur un plan 
qui partagerait la coquille en deux parties égales ; il y a sur chaque flanc 
une espèce d'ombilic qui a pour cause l'augmentation du diamètre perpen- 
diculaire des spires à mesure qu'elles s'éloignent du sommet. Les sur- 
faces sont lisses ; le dos est armé d'une crête plate, unie, fragile, mince 
comme du papier, et formant tout autour comme une auréole solide : elle 
ja. près d'une demi-ligne de largeur ; elle se prolonge sur le dos des spires, 
iSert à les joindre les unes aux autres, et tient lieu de columelle. L'ouver- 
ture de la coquille est de forme presque triangulaire ; les côtés se prolon- 
gent en forme de lèvres, et ont leurs bords arrondis. 

j'ai trouvé souvent cette corne d'ammon renfermée dans l'estomac des 








VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

bonites {scomber pelamis Linnœi, 170, 2) pêchées dans la mer du Sud, 
entre les Tropiques ; il n'y avait pas de fond à plus de deux cents brasses. 
Ces coquilles étaient entourées d'une vase noire, de nature schisteuse. 
Leur grandeur varie depuis quatre jusqu'à une ligne de diamètre; ce sont», 
par conséquent, les plus grandes cornes d 3 ammon vivantes qu'on ait en- 
core découvertes. L'animal était en partie digéré, ce qui m'a mis dans- 
l'impossibilité de l'observer. 






EXPLICATION DES FIGURES. 

Fig, V e - Corne d'ammon de grandeur naturelle. 

Fig. 2. Forme de sa bouche. 

Fig*- 3 et 4. La même, vue à- la loupe» 



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TOME U, 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 









MEMOIRE 



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Sur le commerce des [lecmx de Loutre de ?ner, &£[ 



«J e n'ai pas dû perdre de vue que les progrès de la géographie 
n'étaient pas le seul but du gouvernement en expédiant à grands frais les 
frégates la Boussole et l'Astrolabe, et qu'il était du devoir du chef de l'ex- 
pédition, d'éclairer le ministre sur les avantages que le commerce peut re- 
tirer des productions des différens pays que nous avons parcourus. 

La côte de l'Amérique, depuis le mont Saint-Élie jusqu'à Monterey, 
n'offre aux spéculations de nos négocians que des pelleteries de toute espèce, 
et plus particulièrement des peaux de loutre, dont le débit est assuré à la 
Chine. Cette pelleterie, si précieuse en Asie, est, en Amérique, dans 
une étendue de douze cents lieues de côte, plus commune et plus répandue 
que ne le sont les loups marins eux-mêmes sur celle de Labrador. Quelque 
étendu que soit l'empire de la Chine, il me paraît impossible que les peaux 
de loutre s'y maintiennent à très-haut prix, lorsque les différentes nations 
de l'Europe y en apporteront en concurrence ; et la mine, si on peut s'ex- 
primer ainsi, en est si abondante, que plusieurs expéditions peuvent, dans 
la même année, faire une traite considérable, en bornant le privilège de 
chacune à une étendue de côte d'environ 5 degrés, et en s'arrêtant à trente 
lieues environ au Nord du port Saint-François, dernier établissement des 
Espagnols. L'ouvrage de M. Coxe donne de très-grands détails sur le 
commerce de pelleteries des Russes avec les Chinois: on doit regarder 
comme certain qu'il est aujourd'hui le double de celui de 1777, d'après 
le tableau qu'il a fait imprimer; et je ne doute pas que les comptoirs 
Russes ne s'étendent, dans ce moment, jusqu'à la rivière de Cook, et 



~ 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

bientôt jusqu'à William's-sound *. Il importait extrêmement à l'objet po- 
litique de ma campagne, de connaître avec la même précision quels étaient 
les établissemens des Espagnols au Sud. Ces deux nations étendent leur 
commerce en ce genre, depuis le Kamtschatka jusqu'en Californie ; mais 
au moment de mon départ, on ignorait encore en' France les limites du 
climat qui convient à la multiplication des loutres de mer, celles des éta- 
blissemens des Espagnols, et quelle part cette nation se proposait de pren- 
dre au commerce des pelleteries avec la Chine. On se flattait peut-être 
que l'inertie de l'Espagne laisserait long-temps des alimens à l'activité et à 
l'industrie des autres peuples ; et je conviens que le plan du vice-roi du 
Mexique, de réserver au gouvernement le commerce exclusif des peaux 
de loutre,, est très-propre à réaliser ces espérances. 

Je ne pouvais acquérir les lumières qui m'étaient nécessaires, qu'en re- 
lâchant à Monterey : on sait que depuis très long-temps les Espagnols: 
n'impriment rien, et que la politique de ce gouvernement est de tenir se- 
crètes toutes ses opérations en Amérique. Les Anglais se sont procuré 
par adresse, dans ces derniers temps, une copie du journal d'un pilote ap- 
pelé Maurelle, qu'ils ont fait imprimer; sans ce secours, nous aurions 
ignoré qu'il existait des missions à Monterey : mais ce journal, qui n'est 
en quelque sorte qu'une table des routes d'une petite corvette depuis le 
port de San-Blas jusqu'à celui de los Remédiés par les 57 degrés, ne nous 
a donné aucun autre détail ; et les Espagnols, à cette époque, n'imagi- 
naient pas que les peaux de loutre eussent plus de valeur que celles de la- 
pin. Aussi le pilote Maurelle ne dit pas même que cet amphibie existe, 
et il est probable qu'il ne le distinguait pas du loup marin. Ses compa- 
triotes sont aujourd'hui beaucoup plus instruits ; ils savent que les pro- 
vinces du Nord de la Chine font une très-grande consommation de peaux 
de loutre, qu'elles servent l'hiver à l'habillement de tous les mandarins du 
premier ordre et de toutes les personnes riches de cet empire, et que c'est 
peut-être, de tous les objets de luxe, celui qui excite le plus vivement leurs, 
désirs, parce qu'à l'agrément de natter les yeux par sa finesse et son lustre» 

* Je chercherai au Kamtschatka à vérifier cette conjecture.. 




^! 





428 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

il, joint l'avantage d'entretenir une chaleur douce,, ce qui rend ce vêtement 
bien préférable à tout autre. 






Je ne répéterai point dans ce mémoire les difFérens détails * que j'ai 
insérés dans ma relation, et qui m'ont paru pouvoir être rendus publics 
sans inconvénient ; mais je discuterai s'il convient à la nation Française 
d'établir une factorerie dans le port des Français, dont nous avons pris 
possession, établissement contre lequel aucun gouvernement n'a le droit de 
réclamer, ou si la France doit se borner à permettre quelques expéditions 
à l'aventure, ou si enfin toute spéculation sur ce commerce doit être in- 
terdite à nos négocians. 






Comme j'écris ce mémoire dans ma traversée de Monterey à la Chine, 
je n'ai pas encore acquis toutes les lumières qui me sont nécessaires pour 
résoudre complètement la question que je propose, parce que sa solution 
dépend beaucoup du débit à la Chine, et sur-tout du rabais qui doit résul- 
ter de l'introduction de dix mille peaux de loutre que le préside de Mon- 
terey seul doit fournir chaque année, en supposant même que de nouveaux 
établissemens au Nord du port des Français n'en procurent pas une plus 
grande quantité. 



Nous avons traité au port des Français environ mille peaux de loutre, 
quantité bien suffisante pour connaître avec précision leur prix à la Chine: 
mais presque aucune de ces peaux n'était entière, parce que les Indiens du 
Nord, n'ayant pas la certitude du débit, sont dans l'usage d'en faire des 
chemises, des couvertures, &c. et ils nous les ont vendues morcelées, sales, 
puantes, déchirées, et telles enfin, qu'il m'est, jusqu'à présent, impossible 
de croire qu'elles ayent une très-grande valeur en Chine, quoique j'aye lu 
dans la relation du troisième voyage de Cook, que tous les morceaux de ce 
genre ont été parfaitement vendus. On sent que si nous avions un comp- 
toir sur la côte du Nord-Ouest de l'Amérique, ou même un commerce 

* La connaissance de ces détails est absolument nécessaire pour l'intelligence de ce mémoire. 



' 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



réglé de vaisseaux qui fissent chaque année cette traite, bientôt les Indiens 
n'apporteraient plus dans nos marchés que des peaux entières, sur-tout si 
on refusait absolument celles qui auraient servi d'habillement. 

Je crois être certain qu'il m'eût été extrêmement facile de traiter cinq 
ou six mille peaux ? en relâchant dans cinq ou six baies différentes depuis 
le port des Français jusqu'à celui de los Remédias seulement, et employ- 
ant à cette traite le reste de la saison ; mais convaincu que les vaisseaux 
■de l'état doivent protéger le commerce et ne jamais le faire, je ne me suis 
pas même arrêté un instant à cette idée. La quantité que nous en avons, 
a été traitée en huit ou dix jours au port des Français : elle est plus que 
suffisante pour notre objet, et je n'aurais pas donné de mille peaux de plus 
le moindre objet utile ; mais il était rigoureusement nécessaire d'en avoir 
un certain nombre, afin de connaître leur valeur, et d'éclairer le commerce 
sur le produit qu'il doit attendre de ses spéculations *. 

J'ai beaucoup réfléchi sur le projet d'une factorerie au port des Français 
ou dans les environs ; et j'y trouve de très-grands inconvéniens, à cause de 
l'immense éloignement où ce comptoir se trouverait de l'Europe, et de 
l'incertitude des résultats de ce commerce à la Chine, lorsque les Espa- 
gnols, les Russes, les Anglais, et les Français, y apporteront en concurrence 
ces peaux, qu'il est si facile de se procurer sur toute la côte. On ne peut 
d'ailleurs douter que notre compagnie des Indes ne réclamât contre le pri- 
vilège qu'il faudrait accorder aux armateurs pour qu'ils pussent faire leur 
vente à la Chine : l'armement des bâtimens serait si considérable, que la 



<? 



v$ 



* L'argent provenant de notre vente sera réparti à chaque matelot, et sera une compensation des 
-dangers qu'il aura courus et des fatigues qu'il aura essuyées. J'ai vu avec la plus vive satisfaction, 
que tous les officiers et passagers pensaient,, comme moi, que ce serait une espèce de sacrilège de mêler 
aucune vue d'intérêt aux motifs qui nous ont déterminés à faire cette campagne. 

J'ai nommé M. Dufresne subrécargue des matelots : je mettrai sous les yeux du ministre ses 
comptes, les répartitions que nous avons faites, le reçu de chacun d'eux ; et si la somme est un peu 
considérable, je ne doute pas que, jointe à celle qui reviendra du désarmement, elle ne détermine 
chaque individu des deux frégates à se marier, ce qui formera, pour les classes, des familles aisées <qui 
multiplieront beaucoup et seront un jour d'une grande utilité à la marine. 



y*. 



430 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

seule vente des pelleteries ne pourrait pas indemniser une compagnie, à 
l'instar de celle d'Hudson, de ses frais de comptoir et d'expédition de na- 
vires, s'il leur fallait revenir à vide en Europe ; et il serait rigoureusement 
nécessaire qu'il fût enjoint à la compagnie des Indes de les charger à fret, 
à un prix convenu en Europe, de prendre même à intérêt le produit des 
pelleteries et de l'employer à l'achat de ses cargaisons. 

Mais ces difFérens réglemens sont sujets à de grands inconvéniens : les deux 
compagnies seraient très-certainement sans cesse en querelle ensemble ; 
leurs employés ne s'accorderaient pas mieux. Je suis cependant certain 
que si on les réunissait, une des deux parties resterait sans activité, et 
très-sûrement ce serait le commerce des pelleteries : ces privilèges ex- 
clusifs tuent le commerce, comme les grands arbres étouffent les ar- 
bustes qui les environnent. 

Quoique les Russes soient au Nord et les Espagnols au Sud, il se pas- 
sera encore bien des siècles avant que ces deux nations se rencontrent, 
et il restera long-temps entre elles des points intermédiaires, que d'au- 
tres nations peuvent occuper, et qui ne devraient exciter la jalousie d'au- 
cun peuple, si les gouvernemens n'étaient pas généralement plus inquiets 
que les particuliers. Je ne doute pas que l'Espagne ne regardât comme 
une usurpation quelques arpens de terre qui seraient occupés par des 
Français, et que ces mêmes Espagnols chercheraient peut-être vainement 
à découvrir pendant plusieurs siècles, si on leur cachait la latitude et la 
longitude de cette factorerie ; mais j'avoue que je n'y vois pas un avan- 
tage assez considérable pour que les cabinets de Versailles et de Madrid 
ayent la plus légère altercation là-dessus, et je crois même qu'en sup- 
posant l'accession de la cour d'Espagne à un pareil établissement, il con- 
viendrait d'essayer auparavant ce commerce par des expéditions particu- 
lières, pour connaître s'il porte en Chine sur des bases inébranlables : il ne 
serait pas temps de l'attribuer à une compagnie exclusive, il faudrait ac- 
corder seulement un privilège à une place de commerce pour trois expédi- 
tions de deux bâtimens chaque année, qui partiraient à la même époque j 
et il serait possible que l'on eût des nouvelles de la première expédition au 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE 



moment ou la troisième mettrait à la voile. Ces arméniens seraient chers, 
parce que les bâtimens devraient être bien construits, parfaitement approvi- 
sionnés en voiles, en câbles, en cordages de toute espèce, et commandés par 
des marins expérimentés. Ce voyage ne pouvant être comparé à aucun 
autre pour la longueur et la difficulté de la navigation, on ne doit exposer 
aux mers du cap Horn et du Nord de l'Amérique, que des vaisseaux de 
quatre à cinq cents tonneaux : ils pourraient, à la rigueur, être un peu plus 
petits, s'ils n'avaient pour objet que de prendre des pelleteries en échange 
des articles qui doivent les procurer -, mais on doit remarquer que les frais 
d'un vaisseau de trois cents tonneaux diffèrent assez peu de ceux d'un bâti- 
ment de cinq cents, parce qu'il faut aux uns et aux autres un capitaine ex- 
cellent, le même nombre d'officiers, et que la différence consiste dans sept 
ou huit matelots de plus ou de moins -, et comme j'ai supposé qu'on exige- 
rait de la compagnie des Indes qu'elle chargeât ces bâtimens à fret pour son 
compte, il serait alors bien différent pour les armateurs d'avoir à fréter cinq 
cents tonneaux au lieu de trois cents. 




Ainsi, en résumant les différens articles de ce mémoire, mon opinion est 
qu'on ne doit point encore songer à l'établissement d'une factorerie, qu'il 
n'est pas même temps d'établir une compagnie exclusive pour faire ce 
commerce à l'aventure, qu'on doit encore bien moins le confier à la com- 
pagnie des Indes, qui ne le ferait pas, ou le ferait mal, et en dégoûterait le 
gouvernement ; mais qu'il conviendrait d'engager une de nos places de 
commerce à essayer trois expéditions, en lui accordant la certitude d'un fret 
en Chine, ainsi que je l'ai déjà dit. Le gouvernement peut assurer, sur ma 
parole, que les bâtimens trouveront à traiter une grande quantité de peaux de 
loutre, depuis le port Nootka jusqu'à la baie des Français : mais ils ne doi- 
vent jamais entrer que dans les baies très-ouvertes, et dont il est facile de 
sortir, parce que plus ils relâcheront dans différentes rades, plus leur traite 
sera abondante. 



Les peaux qu'ils se procureront la première année seront sales et détério- 
rées ; mais il est probable que celles des années qui suivront seront en 
meilleur état. 






432 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Le fer en barres larges de quatre doigts et de six ou huit lignes d'épais- 
seur, est l'article qui convient le mieux pour cette traite, avec quelques 
haches sans acier, et de gros grains de rassade bleue ou rouge. Cette car- 
gaison augmenterait bien peu les frais de l'armement*.. 

La carte que j'ai adressée au ministre de la marine pourrait leur servir j 
elle est exacte, et je crois qu'il y en a peu qu'on puisse lui comparer parmi 
celles qui ont été faites rapidement et en prolongeant les côtes à. la voile- 
Ce qui me paraît le plus dangereux dans cette navigation, ce sont les cou- 
rans -, et il importe beaucoup d'éviter les entrées étroites, où ils sont très?» 
rapides. Avec cette précaution, je ne doute pas que ceux qui feront cette 
traite ne se procurent une grande quantité de peaux, sur-tout s'ils évitent 
toute rixe avec les naturels du pays, et s'ils ont pour principe de ne jamais 
réclamer les objets volés, qui ne peuvent être que d'une très-petite valeur,. 

Voilà, jusqu'à présent, les seules lumières que j'aye pu acquérir sur ce 
commerce : toutes les bases de mes raisonnemens sont relatives à mes con- 
naissances sur l'Amérique ; je n'en ai encore aucune sur la Chine : je serai 
bien plus instruit à mon départ de Macao^et j'aurai été à portée de tout ap- 
prendre lorsque je. serai parti du Kamtschatka -fv 






En mer, pendant la traversée de Monte rey à Macao, en Décembre,, 1786. 

Signé la Perquse. 

* Il conviendrait d'embarquer quelques banques de charbon, avec une forge, et un ouvrier capable 
de donner au fer en barre la forme que les Indiens désireraient. 

f Les détails que le capitaine Cook nous a transmis sur le commerce des pelleteries, lé profit énorme 
qui a été le résultat de ses essais en ce genre, ont dû fixer les regards avides des armateurs et négocians : 
il était cependant facile de prévoir que la concurrence ferait baisser énormément le prix des fourrures 
en Chine, et, d'un autre côté, que les sauvages deviendraient plus exigeans lorsque des Européens se 
succéderaient dans leurs parages, et chercheraient à obtenir une préférence marquée. 

Depuis le dernier voyage de Cook, les Anglais ont fait plusieurs expéditions à la côte du Nord-Ouest 
de l'Amérique ; les résultats en sont publics. Ceux de nos lecteurs qui désireront de plus amples 
éclaircissemens sur cette matière, doivent lire le Voyage de Meares, celui dé Dixon aux pages 103, 
tOQ, 241, 255, 284 — 312, 333, 347, 408 — 433, 438, et 441 de la traduction Française, et rap- 
procher les résultats du dire de la Pérouse, et de celui de Cook, contenu dans les pages 412, 419, 
et suivantes, du tome IV. du troisième Voyage, in-4° : traduction Française, (N. D, IL) 



— 






VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Etat des Pelleteries de Loutre et de Castor traitées au port des Français, 
côte Nord-Ouest de l 'Amérique, far les frégates la Boussole et 
/'Astrolabe. 

LOUTRES. 

Les pelleteries de loutre ont été partagées en trois lots ; savoir : 



Les fourrures sur peau, 

Les fourrures sur tissus de laine ou ponchos, 

Et les passe-poils ou bandelettes très-étroites. 

Le premier lot a été divisé en trois qualités : 

La première, les peaux vierges, et celles dont le poil est net et non 
mêlé i 

La deuxième, celles un peu fatiguées mais encore belles ; 

La troisième, celles dont le poil est mêlé, sale, et celles qui ne sont pro- 
pres qu'à être foulées et mises en feutre par le chapelier -, il sera, je crois, 
très-utile d'en rapporter une grande partie en France afin de les soumettre 
à différens essais. 




Les fourrures de loutre en peau, celles sur tissus, et celles de castor, ont 
toutes été réduites en pieds carrés, et calculées, pièce à pièce, d'après les 
différens motifs d'évaluation. 



Les passe-poils ont été assortis suivant les degrés de finesse et les tons 
TOME ir. 3 K 



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434 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

de couleur, et évaiue's fort bas d'après les prix des passe-poiis de petit-gris 
en France, 

Les fourrures de première qualité ont été divisées en onze sections, et éva- 
luées à divers prix, eu égard à leurs différentes grandeurs. 

Les articles formant chaque section ontiété estimés à trois prix dirïérens,. 
d'après ce que j'ai lu et extrait du Journal des découvertes des Russes de 
M. Coxe, des Voyages du capitaine Cook, et ce que j'ai appris à Monterey : 

Le premier prix est le plus bas auquel j'estime que les peaux peuvent 
être vendues, d'après ces observations ; 

Le second est le prix moyen que les Espagnols de Monterey disent Tes 

vendre ; 

Le troisième a été déterminé d'après les Voyages de Cook. 

La première section, depuis la plus petite mesure jusqu'à deux pieds in- 
clusivement, a été portée, 

Pour le bas prix, à 5 piastres le pied carré,, à raison de 30 piastres la peau 
entière de six pieds carrés, c'est-à-dire de trois pieds sur deux (ce qui est 
une des plus fortes grandeurs) ; 

Pour le prix de Monterey, à 7 piastres \, ce qui fait 45 piastres la peau 
entière ; 

Pour le prix de Cook, à 1 piastres, ce qui fait 60 piastres îa peau : 
ce dernier prix me paraît forcé, et être celui qu'il faut demander pour ob- 
tenir moins. 

Cette méthode a été suivie pour les autres sections, et généralement pour 
tous les différens objets de ce genre. 






VOYAGE AUTOUR DU MONDÉ. 



' i I 



CASTORS. 



On voit par l'état des fourrures transportées par les Anglais de la baie 
d'Hudson à Petersbourg, et par les Russes à Kiatclia, que le castor de 1 
baie d'Hudson vaut à Kiatcha de 7 à 20 roubles la peau (le rouble, 4 livres 
10 sous); le plus bas terme, de 7 roubles, fait 31 livres 10 sous. - ; 

J'ai pris, pour les peaux de castor, d'après leur mesure commune de dix- 
huit sur vingt pouces, ou de deux pieds i- carrés, 



Le terme d'une demi-piastre pour le bas prix par pied, ce qui fait de 6 à 
7 livres la peau ; 

D'une piastre pour le deuxième, ce qui fait de 13 à 14 livres la peau ; 

De deux piastres pour le troisième, ce qui fait de 2,6 à 30 livres la peau. 

D'après ces bases, voici le résultat des calculs : 3%3 1 articles de fourrures 
de toutes grandeurs et qualités, que nous avons traités, ont été estimés au 
plus bas 41,063 piastres |, ou 231,740 livres 17 sous 6 deniers, argent de 
France ; au 1 prix moyen de Monterey, 63,5S6 piastres \> ou 343,365 livres 
15 sous, argent de France ; enfin, au prix de Cook, 84,151 piastres, ou 
454,415 livres 8 sous, argent de France. 








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436 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, ; 

Ihm ' si en,sb tocs m : - ■' \ s 

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EXTRAIT 



L 



D<? la 'correspondance de MM. de laPerouse, de Langle^ 
etf Lamanon, aiw le Ministre de la Marine. 






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p figfiqfîîÊD 3 

M. DE LA PEROU SE. 3î dmoi 

De Monterey, 14 Septembre, 178& 






M. 



N 



- 



os vaisseaux ont été reçus par les Espagnols comme ceux de 
leur propre nation j tous les secours possibles nous ont été prodigués : les- 
religieux chargés des missions nous ont envoyé une quantité très-considé- 
rable de provisions de toute espèce, et je leur ai fait présent, pour leurs In- 
diens, d'une infinité de petits articles qui avaient été embarqués à Brest pour 
cet objet, et qui leur seront de la plus grande utilité. 

ji'ni -.■■■■ 
Vous savez, M. que Monterey n'est pas une colonie : c'est un simple 
poste d'une vingtaine d'Espagnols, que la piété du roi d'Espagne entretient 
pour protéger les missions qui travaillent avec le plus grand succès à la con- 
version des sauvages ; et on n'aura jamais à reprocher à ce nouveau système 
aucune des cruautés qui ont souillé le siècle de Christophe Colomb et le 
règne d'Isabelle et de Ferdinand. 

i . ^ ; m / 1 tinog nh , b ^ : 
Notre biscuit s'est un peu avarié ; mais notre grain, nos farines, notre 
vin, &c. se sont conservés au-delà de nos espérances, et n'ont pas peu con- 






VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

trîbué à nous maintenir en bonne santé. Nos vaisseaux sont dans le meil- 
leur état, mais ils marchent extrêmement mal. 



; 

M. DELA PEROUSE 



M. 






Mes dépêches devant traverser l'Amérique par terre et passer par la ville 
de Mexico, je n'ose vous faire parvenir par cette occasion des détails de 
notre campagne, ni vous envoyer les plans que nous avons levés, ainsi que 
les nombreuses et exactes observations que nous avons recueillies, qui 
nous mettent à portée de vous donner les plus grands éclaircissemens 
sur le commerce des pelleteries, et de vous faire connaître la part que les 
Espagnols se proposent d'y prendre. 

Ils ne cessent d'ouvrir les yeux sur cette branche importante, dont le roi 
s'est réservé l'achat dans les présidios de la Californie. L'établissement 
Espagnol le plus Nord de ses factoreries fournit chaque année dix mille 
peaux de loutre -, et si elles continuent à être vendues avec avantage à la 
Chine, il sera facile à l'Espagne de s'en procurer jusqu'à cinquante mille, 
et par-là de faire tomber le commerce des Russes à Canton. 

On commence à trouver des loutres de mer sur l'a côte occidentale de la 
Californie, parles £8* de latitude. Elles sont aussi abondantes que celles 
du Nord, mais d'une qualité inférieure. 

Nous avons fait sur la côte de l'Amérique des découvertes qui avaient 
échappé aux navigateurs qui nous ont précédés, et nous avons pris posses- 
sion d'un port très-propre à l'établissement d'une factorerie : cent hommes 
peuvent le défendre contre des forces considérables. 

;,: oniisl aofl . : j .' h . ■ . .: 

Les loutres, s'y trouvent en si grande_abondance, que nous en avons traite 




De Monterey, IQi Septembre, l?8ô, 






VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

mille peaux en quinze jours : elles seront vendues à la Chine au profit des 
seuls matelots ; tous les officiers et passagers pensent que la gloire seule 
peut compenser les peines et les dangers d'une pareille campagne ...... 

La partie de la côte, prise entre les 50 et 55 degrés de latitude Nord, qui 
n'avait pas été aperçue par Cook, sera aussi très-intéressante dans notre re- 
lation. Nous avons fait des découvertes importantes ; mais les détails ne 
peuvent être énoncés en chiffres, et ils vous arriveront de Chine par un 
vaisseau Français, avec les mémoires relatifs à l'objet politique et secret de 
nj.es instructions concernant le commerce à faire sur la côte de l'Amérique. 



IVt DE LA PÉROUSE. 



De Monterey, 19 Septembre, 1786. 



M. 



J'ai déjà eu l'honneur de vous annoncer qu'en suivant de point en point 
mes ordres, j'avais cru nécessaire d'user de la permission qui m'avait été 
donnée de changer le plan de mes instructions, et de commencer par la côte 
du Nord-Ouest de l'Amérique. J'ose dire que mes combinaisons ont eu le 
plus grand succès : nous avons, dans l'espace de quatorze mois, doublé le 
cap Horn, et remonté à l'extrémité de l'Amérique jusqu'au mont Saint- 
Élie ; nous avons exploré cette côte avec le plus grand soin, et sommes ar- 
rivés à Monterey, le 1.5 Septembre ; les ordres du roi d'Espagne nous y 
avaient précédés, et il eût été impossible, dans nos propres colonies, de re- 
cevoir un meilleur accueil, 



i 



-je dois aussi vous informer, M. que nous avons relâché dans les différen- 
tes îles de la mer du Sud qui avaient excité la curiosité . ... et que nous 
avons parcouru, sur le parallèle des îles Sandwich, cinq cents lieues de' l'Est 
a l'Ouest, afin d'éclaircir plusieurs points de géographie très-importans. 
J'ai mouillé vingt-quatre heures seulement à l'île Mowée, et j'ai passé par 
un canal nouveau que les Anglais n'avaient oas été à portée de visiter. 



Bi 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

je serai au Kamtschatka dans les premiers jours du mois d'Août, et aux 
'„ îles Aleutiennes à la fin du même mois. J'ai cru devoir remettre l'explo- 
ration de ces îles après ma relâche au- Kamtschatka, afin de connaître ce que 
les Russes n'ont pas fait, et d'ajouter quelque chose à leurs découvertes. 

Des îles Aleutiennes, je ferai voile, sans perdre un instant, vers l'hémi- 
sphère Sud,, pour exécuter les ordres qui m'ont été donnés. [ose dire eue 
jamais le plan d'aucun voyage n'a été aussi vaste.. Nous avons déjà passé un 
an sous voile, et vu néanmoins, dans nos courtes relâches, des choses très- in- 
téressantes et nouvelles. Vous apprendrez avec plaisir, M. qu'il n'y a pas 
eu, jusqu'à présent, une seule goutte de sang Indien répandue, ni un seul 
malade sur la Boussole : l'Astrolabe a perdu un domestique, qui est mort 
poitrinaire, et qui n'aurait pu résister en France à cette maladie. Nous 
serions certainement les plus heureux des navigateurs, sans l'extrême mal- 
heur q.ue nous avons éprouvé: j'épargne à ma sensibilité le chagrin de le 
retracer ici, et je vous supplie de trouver bon que je vous adresse l'extrait 
de mon journal, en vous priant, M. d'en faire parvenir des copies aux fa- 
milles des officiers qui ont si malheureusement péri. J'ai perdu dans cette 
occasion le seul parent que j'eusse dans la marine. C'était, parmi tous 
ceux qui avaient navigué avec moi, le jeune homme qui m'avait montré les 
plus grandes dispositions pour son métier; il me tenait lieu de fils, et je. 
n'ai jamais été. aussi vivement affecté. MM. de la.Borde, de Pierrevert, de 
Flassan, étaient aussi des officiers d'un grand mérite 

Nos malheurs m'ont obligé de faire usage du brevet de lieutenant de 
frégate qui me restait, en faveur de M. Broudou, frère de ma femme, em- 
barqué volontaire, dont j'ai été très-content ; j'ai daté le brevet du 1 er Août 
1786. J'ai aussi donné à M. Darbaud un ordre pour faire fonctions d'en. 
seigne j c'est un jeune homme très-distingué par ses ralens.- 

Tous les officiers, savans, et artistes, jouissent de la meilleure, santé, ef. 
remplissent parfaitement leurs devoirs, 




■ - 








44-0 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



M. DE LANGLE. 



De Monterey, 22 Septembre, 1786. 



ÎVL 






Je ne pourrais rien ajouter au détail que M. de la Pérouse vous aura fait 
de notre navigation, parce que, depuis le départ de Brest, je n'ai pas perdu 
sa frégate de vue un seul instant. Destiné à suivre son sort, j'ai partagé ses 
malheurs : MM. la Borde Marchainville, Boutervilliers, et Flassan, ont péri 
îe 13 Juillet 1786; un excès de courage et d'humanité a causé leur 
perte .... Ils ont fini leur carrière au moment où ils étaient en état de 
rendre des services distingués. Les deux premiers sur-tout, animés du 
zèle, de la persévérance, et de la curiosité, qu'il faut pour finir des cam- 
pagnes du genre de celle que nous avons commencée, avaient tout le talent 
nécessaire pour se tirer des positions les plus embarrassantes i enfin, je 
perds en eux deux amis dont les conseils m'ont souvent été d'un grand se- 
cours. Ce malheur n'a pas ralenti le zèle des cinq officiers qui me restent; 
leur service, toujours plus pénible dans les rades qu'à la mer, ne les décou- 
rage pas ; la bonne intelligence qui règne entre eux, le vif intérêt qu'ils 
prennent au succès de la campagne, font la sûreté de ma frégate j et la 
curiosité qui les anime, fait qu'ils ne pensent pas à leur retour en France. 

M. de Monti, excellent homme de mer, est un modèle de sagesse, de 
prévoyance, et de fermeté. 

M. de Vaujuas joint à ces qualités une instruction et une intelligence 
rares. 

M. Daigremont, qui a aujourd'hui beaucoup d'expérience du métier de 
la mer, est courageux et capable d'entreprendre ; il ne dément pas les es- 
pérances que donne communément une jeunesse vive et dissipée : il ap- 
proche de la maturité, qui le mettra bientôt en état de rendre des services 
distingués, parce qu'il a du jugement et du caractère. 






VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

M. de Blondela, officier très-patient, très-sage, et très-appliqué, possède 
très-bien son métier de marin ; il emploie ses loisirs à lever des plans, et à 
faire des dessins très-agréables et très-curieux : M. de la Pérouse lui a 
donné, le 13 Juillet, l'ordre de remplir les fonctions de capitaine de brûlot j 
je vous supplie de vouloir bien lui accorder ce grade, que je crois bien 
mérité. 



M. de Lauriston, que M. de la Pérouse a élevé au grade d'enseigne, est 
un sujet distingué, qui a acquis une grande expérience du métier de la mer; 
il est d'ailleurs d'un zèle infatigable pour les observations, et je m'en rap- 
porte absolument à lui pour tout ce qui y est relatif. Aussi curieux et aussi 
passionné que ses camarades pour les découvertes, il n'est pas plus occupé 
qu'eux de son retour en France. 

J'ai lieu aussi de me louer infiniment des qualités sociales de M. de Les* 
seps, de M. de la Martinière, du père Receveur, et de M. Dufresne ..... 

La perte des quatre meilleurs soldats et de trois excellens matelots de mon 
équipage n'a produit aucun découragement parmi ceux qui me restent ; 
j'ai en conséquence annoncé, après l'événement du 13 Juillet, une gratifi- 
cation de deux mois d'appointemens 

Le nommé François Lamare, mon maître d'équipage, est un sujet d'une 

grande distinction S'il continue à se conduire comme il l'a fait 

jusqu'à présent, je lui donnerai, dans le courant de la campagne, le brevet 
d'entretenu qui m'a été envoyé pour lui. 




Mon maître d'équipage mérite certainement cette récompense : mais 
ayant vu qu'elle causerait de la jalousie, j'ai cru nécessaire de promettre au 
nommé Mathurin Léon, mon maître pilote ; à Robert-Marie le Gai, mon 
maître charpentier ; à Jean-François Paul, mon maître calfat, de vous de- 
mander, avec les plus vives instances, le droit de fixer la date de leur entre- 
tien; et je' vous prierai aussi d'accélérer celle du nommé Jean Grosset, qui, 
quoique plus jeune que les autres, n'a- pas moins de capacité et d'intelligence» 
tome il. 3 & 





__— 



442 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Je croîs devoir à ces promesses le bon accord qui règne à mon bord j et 
c'est à leurs bons exemples que j'attribue la gaieté et la bonne volonté qui 
s'y maintiennent. 

Le nommé Gaulin, capitaine d'armes, faisant fonctions de maître canon- 
nier, est aussi un sujet distingué; les moyens que j'ai d'augmenter sa paye, 
qui est modique, me mettent en état de le récompenser. 

La marche de l'horloge marine N° 1 8 a été d'une régularité étonnante 1 
je crois, en conséquence, que les longitudes de toutes les terres que nous 
avons visitées depuis le départ de la Conception, sont déterminées avec une 
précision rigoureuse. 

La marche de l'horloge N° 27, moins régulière que celle du N° 18, est 
aussi satisfaisante que je pouvais l'espérer, et telle que M. Berthoud l'avait 
annoncée. Nous donnons constamment la préférence aux cercles inventés 
par M. de Borda, sur les sextans, pour déterminer les longitudes par les 
distances du soleil à la lune ; il y a toujours eu une grande conformité en- 
tre les résultats que MM. de Vaujuas, de Lauriston, et moi, avons ob- 
tenus à l'aide, de ces instrumens, qui, à quelques défauts près dans l'exé- 
cution, sont, je crois,, les plus parfaits pour la détermination des longitudes. 
en mer. Le père Receveur, et quatre de mes pilotes, sont aussi fort ex» 
ercés à ces sortes d'observations* 

Au. nombre de. ces derniers est un nommé Brassard : ayant son instruc- 
tion à coeur, je ne désire pas qu'il sorte, de la classe des pilotes avant notre 
retour à l'île de France; je crois qu'il sera alors en état de remplir les 
fonctions de lieutenant de ftégate. Il est actuellement second pilota, a.de 
l'intelligence, des mœurs honnêtes ; il mérite qu'on s'intéresse à lui, et, 
qu'on le tire de la misère dans laquelle il est né, et que sa conduite et son- 
maintien, démentent absolument. 

Don Bertrand-Joseph Martinez, commandant la frégate du roi d'Es=* 
pagne la. Princesse^ armée, à San-Blasj était mouillé dans la baie de Mon- 






VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 

terey lorsque nous y sommes venus ; il a prévenu nos besoins avec un zèle 
infatigable, et nous a rendu tous les services qui dépendaient de lui. Il 
m'a chargé de vous supplier de le recommander à son ministre : je serais 
charmé de trouver l'occasion de contribuer à son avancement. 



Je pars d'ici sans avoir un malade : les soins de M. Lavaux, mon chi- 
rurgien-major, n'ont pu sauver le domestique de M. de Vaujuas, attaqué, en 
partant de Brest, d'une maladie de langueur qui l'a fait mourir le 1 1 Août, 
1786. Le froment et le blé noir embarqués à Brest se sont parfaitement 
bien conservés : des moulins que nous avons fait exécuter, et que deux 
hommes font mouvoir lorsque le vent est faible, nous procurent chacun 
vingt livres de mouture par heure ; nous y avons adapté les meules dont 
M. de SufFren a fait usage pendant sa dernière campagne ; j'ai laissé un de 
ces moulins aux religieux de la mission de Monterey. 



M. DE LAMANON. 




Des mers de Chine, 1 er Janvier, 1787. 



M. 



J'aurais désiré, après dix mille lieues de voyage, pouvoir vous donner 
une notice de nos découvertes en histoire naturelle et de mes travaux par- 
ticuliers ; mais toutes les matières que je traite sont tellement liées en- 
semble, qu'il eût fallu vous envoyer des volumes. Je n'ai rien négligé 
dans ma partie pour concourir à vos vues ; j'ai examiné depuis le sable qui 
s'attache au plomb de sonde, jusqu'aux montagnes où il m'a été possible 
de pénétrer. J'emporte des collections de poissons, de coquilles, d'in- 
sectes, des descriptions d'animaux, et j'espère augmenter de beaucoup le 
nombre connu des êtres organisés. L'histoire naturelle de la mer, de la 
terre, de l'atmosphère, m'attache tour-à-tour. Si nous ne sommes pas les 
premiers ctrcum-navigateurs qui n'ayent eu en vue que le progrès des sci- 
ences, du moins les Anglais ne seront plus les seuls. Il ne vous restait 





444 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

M. après une paix avantageuse, qu'à faire naître cette rivalité de gloire 
utile à tous. 

Au commencement du dernier siècle, nos voisins, pour avoir de l'or, 
découvrirent un nouveau monde : dans le nôtre, les Français ont déter- 
miné, par leurs mesures, la figure et les dimensions de la terre ; les An- 
glais ont détruit l'erreur d'un passage par les mers du Nord, qu'ils avaient 
eux-mêmes accrédité ; ils ont commencé la reconnaissance générale du 
globe, à laquelle nous travaillons aujourd'hui sous vos auspices, et que les 
générations suivantes achèveront un jour. Mais ce qui distinguera tou- 
jours ce voyage, ce qui fera la gloire de la nation Française aux yeux des 
philosophes, de nos contemporains, et de la postérité, ce sera d'avoir fré- 
quenté des peuples réputés barbares, sans avoir versé une goutte de sang. 
La campagne, à la vérité, n'est pas finie ; mais les sentimens de notre chef 
nie sont connus, et je vois comment il est secondé. Dans un moment de 
trouble et de danger qu'une équivoque fit naître, prenez vos fusils, s'écria- 
î-il, mais ne les chargez pas : tout fut pacifié par sa prudence. Au mérite 
d'Eabile navigateur, de guerrier, M. de la Pérouse en joint un autre, bien 
plus cher à son cœur, celui d'être, aux extrémités du monde, le digne re- 
présentant de l'humanité et des vertus de sa nation. Notre voyage prou- 
vera à l'univers que le Français est bon, et que l'homme naturel n'est pas 
méchant. 

J'ai détaché de mes journaux quelques mémoires, que j'adresse à l'aca- 
démie des sciences -, je vous prie, M. de les faire remettre à M. de Con- 
dorcet, secrétaire perpétuel de l'académie, et mon correspondant. J'ai 
pris, en même temps, la liberté de mettre sous votre pli quelques lettres? 
persuadé que par ce moyen elles arriveront plus sûrement. 



■ 



m 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



M. DE LA PEROUSE 



M. 



Tous les plans ci-joints ont été dressés par M. Bernizet, jeune homme 
plein d'intelligence et d'exactitude. Quoique tous les officiers ayent coopéré 
aux observations astronomiques, il était juste de les mettre sous le nom de 
M. Dagelet, qui les a dirigées : d'ailleurs, il ne suffit pas qu'elles méritent 
la confiance des navigateurs, il faut encore qu'elles leur en inspirent ; et 
le nom d'un astronome de profession, membre de l'académie des sciences» 
est très-propre à remplir cet objet. 

M. Dagelet et tous les officiers ont aussi fait des relèvemens ; mais 
M. Bernizet s'en est essentiellement occupé sans interruption ; il les a 
enregistrés, rapportés, et a rejeté ceux qui ne faisaient pas suite : ainsi, j'ai 
dû regarder toutes les opérations trigonométriques comme appartenant à 
ce géographe, qui est bien supérieur à l'opinion que j'en avais lorsqu'il a 
été embarqué. Il possède parfaitement la partie des mathématiques né- 
cessaire à son état, peint, dessine, lève les plans avec la plus grande facilité, et 
je suis convaincu que ses talens le rendraient précieux à un général de terre 
qui en ferait pendant la guerre son aide-de-camp : il peut aussi être très- 
utile à la marine, et je désire bien vivement lui procurer une place à son 
retour. 




De Macao, 3 Janvier, 1/87 



1 



L'Astrolabe a, dans toutes les occasions, fait les mêmes observations astro- 
nomiques et trigonométriques que la Boussole. M. de Langle observait 
lui-même les distances et les angles horaires, avec MM. de Vaujuas et de 
Lauriston; et il avait précisément dans son état-major M. de Blondela, 
lieutenant de frégate, qui remplissait parfaitement les mêmes fonctions que 
M. Bernizet. J'aurais eu l'honneur de vous envoyer les plans de l'As- 
trolabe,, si, en les comparant aux nôtres* je n'avais pas trouvé entre eux 




44,6 VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 

•une telle ressemblance, que cet envoi m'a paru inutile ; mais l'identité 
des résultats des deux bâtimens est une preuve de l'exactitude de notre 
travail. 



> 



I 






j'ai l'honneur de vous adresser, M. deux dessins de M. de Blondela, qui 
ne sont pas inférieurs aux quatre de M. Duché. Ce dernier rend les cos- 
tumes avec la plus grande vérité : son dessin de l'île de Pâque donne une 
idée bien plus vraie des monumens, que la gravure de M. Hodges : et 
comme il m'a paru qu'ils avaient excité la curiosité, j'ai ordonné à M. Ber- 
nizet d'en dresser un plan exact. J'ai d'ailleurs cherché, dans ma relation, 
à achever la peinture de ces insulaires, qui .seront peu visités des Euro- 
péens, parce que leur île n'offre aucune ressource. Les trois autres dessins 
de M. Duché sont aussi très-vrais : ce n'est qu'un échantillon de son ac- 
tivité - y il en reste encore vingt autres dans le porte-feuille de ce peintre. 

Le jeune M. Prévost a dessiné tous les oiseaux, les poissons, les coquilles ; 
j'ai cru devoir à son zèle la faveur de vous adresser trois de ses dessins 
d'oiseaux » 



La carte Espagnole du grand océan, que j'ai l'honneur de vous adresser, 
et sur laquelle j'ai tracé ma route de Monterey à la Chine, est détestable; 
je ne la joins aux autres que pour prouver que la connaissance de cette vaste 
mer n'a fait aucun progrès depuis deux siècles, parce que les galions de 
Manille suivent constamment la même ligne, et ne s'en écartent pas de 
dix lieues. : 



M. DE LA PEROUSE. 



De Macao, 3 Janvier, 1/&7* 



M. 



J'ai l'honneur de vous adresser la relation complète de mon voyage jus- 
qu'à Macao, avec la table des routes que nous avons suivies chaque jour 5 



^^w 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

j'y joins les plans des côtes que nous avons parcourues, du port des Fran- 
çais, dont nous avons pris possession,, des différentes îles que nous avons, 
visitées, ainsi que celui de l'île Necker, et de la Basse des frégates Fran- 
çaises,, où nous avons été si près de nous perdre. J'ai tracé la route des 
deux frégates sur la carte générale ci-jointe: elle passe au milieu de plu- 
sieurs îles qui n'existent pas, et qui occupent oiseusement, sur les mappe- 
mondes, des espaces où il n'y eût jamais de terre.. 

Notre carte de la côte du Nord-Ouest de l'Amérique est certainement 
la plus exacte qui ait été dressée, et elle ne laisse à désirer que des détails 
qui sont l'ouvrage du temps, et d'une longue suite de navigations.. 

Nous avons reconnu l'entrée de l'archipel de Saint-Lazare (si on peut 
lui conserver ce nom), déterminé sa véritable position en latitude et en 
longitude, ainsi que sa largeur de l'Est à l'Ouest, et vingt lieues dans sa 
profondeur au Nord. La saison, qui était déjà très-avancée, la brièveté 
des jours, et le plan ultérieur de notre voyage, ne m'ont pas permis de pé- 
nétrer jusqu'au fond de ce labyrinthe ; ce qui eût exigé deux ou trois mois,, 
à cause des précautions qu'il faut nécessairement prendre dans ces sortes de- 
reconnaissances, dont le résultat, en satisfaisant la curiosité, ne pouvait ja- 
mais être intéressant pour la navigation, ni d'aucune utilité à la, France.. 
Je n'aurais cependant pas hésité à achever cette reconnaissance, si je m'étais 
trouvé à l'entrée de cet archipel au mois de Juin ; mais à la fin d'Août,, 
aux environs de l'équinoxe, avec des nuits de douze heures et des brumes 
presque- continuelles, l'entreprise était, j'ose le dire, impossible, et j'au- 
rais compromis, sans aucun avantage pour la géographie, le reste, dm 
voyage. 

Je me flatte, M. que vous remarquerez que, depuis près de dix-huit.: 
mois, nous en avons passé quinze à la mer, et trois seulement dans nos:, 
différentes relâches. Le succès de mes soins a été si constant,, que -nous - 
n'avons eu ni maladies ni scorbut.: mais,, quoique, au moment où. j'ai 
l'honneur de vous écrire, nous ayons fait dix mille lieues, nous ne sommes 
guère qu'au tiers de notre campagne, et je n'ose me flatter, d'un pareil 





448 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

bonheur pendant le reste du voyage, si toutefois on peut se dire heureux 
après le malheur effroyable que nous avons essuyé au port des Français, et 
dont j'ai eu l'honneur de vous rendre compte par mes lettres de Monterev. 
Puisque les précautions que j'avais prises n'ont pu nous en garantir, il ne 
m'est que trop prouvé qu'on ne saurait fuir sa destinée. 

J'ai eu l'attention la plus scrupuleuse à ne pas changer les noms que le 
capitaine Cook avait imposés aux dirTérens caps qu'il avait reconnus ; mais 
il ne vous échappera pas, M. que nous avohs vu la côte de l'Amérique de 
bien plus près que ce célèbre navigateur : ainsi, nous avons été autorisés à 
nommer des ports, des baies, des îles, des entrées, qu'il n'avait pas même 
soupçonnés ; l'usage m'a permis de prendre ces noms parmi ceux dont je 
me rappelle le souvenir avec le plus d'intérêt. 






Je désire ardemment, M. que vos occupations vous permettent de par- 
courir les différens chapitres de ma relation, afin que vous puissiez juger 
de l'exactitude avec laquelle j'ai cherché à remplir tous les articles de mes 
instructions. J'ai visité l'île de Pâque ; les prétendues îles à l'Est des 
Sandwich, qui n'existent pas ; l'île Mowée des Sandwich, sur laquelle le 
capitaine Cook n'était pas descendu; la côte du Nord-Ouest de l'Amé- 
rique, depuis le mont St. Élie jusqu'à Nootka : mais, de Nootka à 
Monterey, j'ai reconnu seulement les points que le capitaine Cook n'avait 
pas été à portée de relever, et qui étaient restés pointillés sur la carte. 

Je me suis procuré, sur les établissemens Espagnols, des éclaircissemens 
qui m'étaient demandés par mes instructions particulières ; j'ai l'honneur 
de vous adresser, ci-joint, un mémoire sur cet objet. 

J'ai traversé le grand océan, sur un parallèle éloigné de cent soixante 
lieues de celui des autres navigateurs : j'ai découvert l'île Necker et la Basse 
des frégates Françaises ; j 'ai prouvé par ma route la non-existence des îles 
de la Gorta, Déserte, la Mira, des Jardins *, 5 et j'ai visité, ainsi qu'il 

* Voyez tome I. fdge 481. (N. D. R.) 



m m 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 




m'était enjoint, une des îles au Nord des Mariannes, d'où je me suis rendu 
à la Chine _ 

J'en partirai au commencement de la saison, pour naviguer entre la côte 
de ce vaste empire, de la Corée, de la Tartane, et les îles du Japon et Kuriles ; 
je relâcherai ensuite au Kamtschatka, et je visiterai, en sortant de ce port, 
les îles Aleutiennes, ainsi que celles qui sont placées dans l'Est du jaoon, 
dont l'existence cependant est plus que douteuse. 

ïl ne me restera plus après, qu'à faire voile vers l'hémisphère austral, 
n'oubliant pas, cependant, au Nord de la Ligne, les îles Carolines qu'il 
m'est enjoint de reconnaître. Ce n'est que du Kamtschatka, M. qu'il me 
sera possible de vous informer du plan ultérieur de cette seconde partie de 
mon voyage, parce que je ne pourrai l'arrêter entièrement, que lorsque je 
connaîtrai avec certitude l'époque précise de ma sortie des rades de Sibérie ; 
et j'ignore encore le temps que je serai forcé de donner à ma navigation 
sur les côtes de Tartarie. La mousson du Sud-Ouest, qu'on rencontre au 
Sud de la Ligne dès les premiers jours de Novembre, ne me permet pas de 
me livrer, dès-à-présent, à des combinaisons que le moindre retard rendrait 
inutiles -, mais si je prévois la possibilité de traverser le détroit de l'Endea- 
vour avant le commencement de cette mousson, ma première navigation 
sera autour de la nouvelle Hollande. Dans le cas contraire, je commen- 
cerai par l'entrée de Cook, dans la nouvelle Zélande ; la partie du Sud de 
la nouvelle Calédonie, les Arsacides, les Carolines : traversant ensuite les 
Moluques avec la mousson du Nord-Est, je reconnaîtrai la nouvelle Hol- 
lande, d'où je me rendrai à l'île de France. 

Ce plan est bien vaste ; mais il n'est au-dessus du zèle d'aucune des 
personnes employées dans l'expédition : le plus difficile est d'achever cette 
besogne dans quatre ans, et peut-être est-il impossible que nos vaisseaux, 
nos agrès, et nos vivres, durent plus long-temps. Q.£oi qu'il en soit, M. je 
ferai tous mes efforts pour remplir en entier les instructions qui m'ont été 
remises ; mais je ne puis donner que très-peu de temps aux différentes re- 
lâches, et ce long séjour à la mer ne convient guère à nos botanistes et à 

TOME II. 3 M 






450 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

nos minéralogistes, qui ne peuvent exercer qu'à terre leurs talens pour le? 
sciences qu'ils cultivent. 



EXTRAIT 



If une Lettre de M. de la Martini ère. 



* 



Macao, 9 Janvier, 1737» 

" Nous voici à peu près à ïa moitié de notre course, après avoir suc- 
cessivement relâché à l'île de Madère, à l'île de TénérifFe, à Sainte-Cathe- 
rine au Brésil, à la Conception au Chili, à l'île de Pâque, aux îles Sandwich^ 
à la côte du Nord-Ouest de l'Amérique, à Monterey en Californie." 

Ici, M. de la Martinière décrit les plantes qu'il a trouvées dans les lieux 
que les voyageurs ont parcourus. Parmi celles qu'il a observées dans l'île 
de Madère, il cite la dracœna draco. " Elle y devient, dit-il, très-rare ; 
l'idée, ajoute-t-il, que donnent de cette plante les chétifs échantillons que 
nous cultivons dans nos serres, est bien au-dessous de celle qu'on en a, 
lorsqu'on a eu l'avantage de la voir dans son propre pays : j'en ai sur- tout 
rencontré trois, dont le tronc, de six ou sept pieds de haut, avait quatre 
pieds et demi à cinq pieds de diamètre ; les principales branches, au nom- 
bre de douze à quinze, et de la grosseur d'un homme, s'élançaient un peu 
obliquement, toujours se divisant en deux, rarement en trois, jusqu'à la 
hauteur de quarante à cinquante pieds, y compris les sept pieds du tronc %,. 
les feuilles n'occupaient que l'extrémité des branches, où elles se trouvaient 
disposées alternativement, et faisant un paquet. Cet arbre présente au 
coup-d'œil la régularité la plus parfaite ; on serait tenté de croire que le 
plus habile jardinier y donne journellement ses soins." 

De l'île de Madère, les voyageurs ont passé à celle de TénérifFe. M» 



■ .»-. 



■•"— — — 






VOYAGE AUTOUPv DU MONDE. 

de la Martinière a observé, depuis le port d'Orotava jusqu'au dernier cône 
du pic de Ténériffe, cinq espèces différentes de végétaux. " Je serais 
tenté de croire, dit-il, que cette différence n'est due qu'à la plus ou moins 
grande décomposition des basaltes, qui doivent nécessairement redevenir 
terre végétale ; aussi n'est-on pas surpris de voir la plaine d'Orotava en- 
tièrement couverte de vignes et de quelques arbres fruitiers, parce que les 
pluies et la fonte des neiges lui charient la terre la plus déliée et la plus 
propre à la végétation. 

" Outre plusieurs plantes naturelles à cette île, et dont le célèbre Mas- 
son a fait une description exacte, on trouve l'arbrisseau connu sous le nom 
de spartium mptahuKum, très-bien décrit dans le supplément de Linné: 
c'est le dernier arbrisseau que l'on rencontre près du sommet le plus élevé 
de cette montagne ; il y végète d'une si grande force, qu'il n'est pas rare 
d'en rencontrer dont l'ensemble des branches a près de quatre-vingts pieds 
de circonférence sur sept à huit de haut. ïl porte une quantité immense 
,de fleurs, qui doivent vraisemblablement y attirer les abeilles, quoiqu'à une 
élévation bien considérable pour des animaux si faibles : ce qui me porte 
à cette conjecture, c'est que j'ai trouvé dans le cratère de ce fameux pic, 
plusieurs soupiraux à l'ouverture desquels on voyait des poignées d'abeilles 
à moitié consumées ; vraisemblablement elles y avaient été suffoquées par 
les vapeurs sulfureuses,, après avoir été attirées par une douce chaleur dans 
cet asile offert contre le froid et l'impétuosité des vents qui les avaient sur- 
prises si éloignées de leur petite demeure. 

« Nous y respirâmes fort à notre aise, pourvu toutefois que nous ne 
fussions pas exposés à ces vapeurs sulfureuses qui se dégagent du cratère 
par une infinité de soupiraux, au bas desquels nous eûmes occasion de voir 
,du soufre en aiguilles et de très-beaux cristaux, en grande quantité : l'alcali 
volatil nous parut y avoir son énergie ordinaire. En descendant du Pic, 
nous prîmes la route qui conduit à la petite ville de Gomma; ce qui me 
procura le plaisir de revoir plusieurs autres petits volcans, et quelques ar- 
brisseaux que je n'avais pas vus dans les autres parties de l'île, tels que le 








45<i VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

cy fis-us proliféras, le cîstus monspeliaish, le cistus .viihsus, Xerica arborea, et 
le pi nus tœda, en assez grande quantité." 

Le 30 Août, les voyageurs partirent de cette île : leur première relâche 
fut à l'île Sainte-Catherine, au Brésil ; elle présente le plus vaste champ à 
toutes sortes de recherches d'histoire naturelle ; mais le temps pluvieux- 
qu'il y rit pendant le séjour de M. de la Martinière, l'empêcha de s'y livrer 
autant qu'il l'aurait désiré. 

Plus heureux au Chili, pays où M. Dombay a fait un séjour long et avan- 
tageux- à la botanique, M, de la Martinière, qui n'avait point connaissance 
du travail qu'y avait fait ce savant, s'est appliqué, comme lui, à rectifier 
les erreurs que le père Feuillée a répandues dans son Histoire médicinale 
des plantes. Cependant, tout en rapportant ces erreurs, M. de la Marti- 
nière avoue que l'ouvrage de ce religieux a beaucoup de mérite et dénote 
un savant très-instruit. A l'occasion du licti, arbre sous lequel le père 
Feuillée et d'autres botanistes disent qu'on s'endort involontairement et 
qu'on éprouve ensuite une démangeaison insupportable, M. de la Marti- 
nière s'exprime ainsi : 

" L'histoire qu'il nous a laissée sur les mauvaises qualités du liai (vol. 
III. pag. 33, tab. 33), mérite, ce me semble, quelques restrictions, d'après 
ce dont j'ai été témoin. Étant un jour en course, accompagné d'un de 
nos soldats, nous fûmes joints par deux paysans Espagnols, qui prirent 
plaisir à nous suivre et à nous donner les noms du pays des différentes 
plantes que nous rencontrions. Arrivés sous plusieurs licti, qui ombrageai- 
ent le chemin dans lequel nous passions, je leur dis, voilà le liai, en le 
leur montrant, ce qu'ils confirmèrent aussitôt en l'appelant du même nom : 
ensuite je leur fis signe qu'il était dangereux d'y toucher; un d'eux, pour 
me rassurer sur la crainte que j'en avais, en arracha une poignée de feuilles, 
qu'il broya dans sa bouche pendant fort long-temps, jusqu'à ce qu'il les 
eut rendues en très-petits fragmens : cependant il me fit signe que si je 
m'endormais à son ombre, il me viendrait des démangeaisons sur tout le 
corps, et que je serais obligé de me gratter, signe qu'il exprimait avec 



" 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

d'autant plus de facilité, qu'ils s'en occupent une partie de la journée, vu 
leur mal- propreté. Étant donc rassuré par l'exemple qu'il venait de me 
donner, nous avons cueilli des fruits, à poignée, sur l'extrémité des bran- 
ches : nous n'avons éprouvé, ni l'un ni l'autre, aucun mauvais effet. Ne 
serait-il pas possible que les mauvaises qualités de cet arbre fussent dues 
à une espèce de gale, insecte de couleur rougeâtre, et d'une extrême peti- 
tesse, que j'ai eu occasion d'y voir ? Te ne donne ceci, au reste, que com- 
me une conjecture." 



M. D E L A P E R O U S E 



De Macao, .18 Janvier, 1787 



M. 



mrof. 




Je vous dois un compte particulier de tous les officiers et passagers de la 
division j et comme j'ai beaucoup de bien à dire,, c'est un devoir qu'il 
m'est très-doux de remplir. 

M. de Langle est un excellent officier, qui joint au plus grand talent 
pour son métier, un caractère ferme et inébranlable -, son exactitude à me 
suivre a été si grande, que nous n'avons peut-être jamais été hors de la 
portée de la voix que lorsque je lui ai ordonné de s'éloigner et de chasser 
en avant, sa frégate ayant une grande supériorité de marche sur la mienne-. 

La retraite de M. Monge n'a porté aucun préjudice aux observations as- 
tronomiques qui ont été faites à bord de l'Astrolabe, parce que M. de 
Langle était aussi bon astronome marin que le professeur ; il a été secondé 
parfaitement par M. de Vaujuas, officier très-instruit, et il a formé aux ob- 
servations M. de Lauriston, qui, dans tous les points, est un jeune homme 
accompli, tant pour l'instruction que pour le caractère, le zèle, et l'amour 
de ses devoirs. 

J'ai autorisé M. de Langle à vous informer lui-même de son opinion 








4 5i VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 

sur le talent, le caractère, et la conduite de chacun de ses officiers et passa- 
gers. Je sais qu'il est incapable de prévention et de petites affections ; 
ainsi la vérité vous parviendra sans déguisement. 

M. de Clonard, mon second, est un officier de beaucoup de mérite, qui 
joint aux talens de son métier, un caractère d'exactitude, de zèle, d'hon- 
neur, et d'amour de la gloire, qui le rend à mes yeux un des hommes les 
plus estimables que j'aye jamais connus. Je lui ai remis, suivant vos or- 
dres, son brevet de capitaine de vaisseau, le 1 er Janvier, 1?87, pour jouir, 
à cette époque, de son ancienneté, et prendre rang parmi les autres capi- 
taines, aux termes de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, 
en date de Versailles, le 23 Juin, 1785. 

M. Boutin est plein d'esprit et de talens ; il est d'une activité infatiga- 
ble, d'une fermeté et d'un sang-froid dans les occasions difficiles, dont je 
ne ferai jamais assez l'éloge. C'est à cette qualité que je dois la conser- 
vation du petit canot qui traversa les brisans de la basse du port des Fran- 
çais, le jour du naufrage de nos malheureux compagnons de voyage. 

J'aurais usé, ce même jour, du droit que vous avez bien voulu me 
donner par votre lettre du 23 Juin, d'avancer ou de reculer l'époque des 
grâces du roi. Une récompense était bien due à l'officier auquel je devais 
îa conservation de six autres personnes, et qui avait lui-même échappé à 
un danger imminent ; mais nous étions tous si affligés, que je crus devoir 
ne l'accorder qu'au 1 er Janvier, 1787, parce que vous aviez fixé cette épo- 
que pour celle de même nature accordée à M. de Vaujuas. J'ai ainsi de- 
vancé de six mois seulement la jouissance de M. Boutin* 

S'il m'était moins douloureux, M. de vous rappeler les pertes que nous 
avons faites, j'aurais l'honneur de vous représenter que la mort de six of- 
ficiers rend nulle la majeure partie des grâces qu'il vous avait plu de faire 
accorder aux officiers de la division. 

MM. Colinet, Saint- Céran, Darbaud; Mouton et Broudou auxquels ;ffj 



" 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE.. 

remis les deux brevets de lieutenant de frégate, sont pleins de zèle, d'acti- 
vité, et ils remplissent parfaitement leurs devoirs : leurs corvées sont très- 
multipliées, chaque canot étant toujours commandé par un officier. Le 
nombre en eût été insuffisant, après nos malheurs, sans les deux remplace- 
mens que j'ai faits. 



M. DE L A N G L E. 




De Macao; 18 Janvier, 178/ 



M. 



La navigation de l'Astrolabe a été fort heureuse pendant sa traversée de 
Monterey à Macao. Je n'ai pas perdu un homme, et n'ai même pas eu 
un malade : la frégate sera en état de continuer la campagne, quand on 
aura réparé son grément et ses voiles. 

L'ardeur et la bonne volonté de mon équipage ne se sont pas ralenties un 
seul instant, et nous continuerons tous, avec grand plaisir, à contribuer au 
succès de l'expédition de M. de la Pérouse. 

La fermeté, la sagesse, et la prévoyance de M. de Monti, contribuent au- 
bonheur de tous, et ses talens m'inspirent la plus grande confiance. 




Depuis que je sers, je n'ai pas rencontré un officier de marine aussi ac- 
compli que M. de Vaujuas.. 

M. Daigremont a du caractère, du jugement, et de. la fermeté ; il s'ex- 
erce aux observations, et il y réussira. 

M. de Blondela, très-bon officier de marine, est d'une sagesse et d'une 
fermeté exemplaires ; il emploie ses loisirs à lever les plans des rades, et il 
exécute des dessins fort agréables et très-vrais.. 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Le zèle de M. de Lauriston pour acquérir des connaissances relatives à 
fon métier ne s'est pas ralenti un seul instant; il est aujourd'hui excel- 
lent officier de marine, et susceptible de faire de grands progrès en astro- 
nomie : je me suis déchargé sur lui de tout ce qui y est relatif. 

C'est aux talens de ces cinq officiers, et à la bonne intelligence qui règne 
entre eux, que je dois l'exactitude rigoureuse avec laquelle l'Astrolabe a 
conservé la Boussole pendant les nuits et les brumes : ils prennent tant 
d'intérêt à la sûreté et à la conservation du vaisseau ainsi qu'au succès de 
la campagne, que je me trouve aujourd'hui le moins occupé de tous. 

Je serais au comble de mes vœux, s'ils recevaient à l'île de France les 
grâces auxquelles vous avez jugé, M. qu'ils pourraient prétendre au re- 
tour. 

je pense, que M. de Vaujuas, qui était à la tête des enseignes lorsque 
vous l'avez fait lieutenant, et qui est né sans fortune, pourrait prétendre à 
la pension de huit cents livres accordée à feu M. d'Escures. 

Je crois aussi que M. de Lauriston mérite de prendre rang parmi les 
enseignes, à compter du 13 juillet, 1786, époque à laquelle M. de la Pé- 
rouse lui en a donné le brevet. 

Je ne puis, M. vous faire un éloge assez complet de l'aménité et de 
toutes les bonnes qualités de M. de Lesseps. 

s 

Le père Receveur remplit ses fonctions avec beaucoup de décence ; il a 
de l'aménité et de l'intelligence : il suit en mer les observations météoro- 
logiques et astronomiques ; et dans les rades, ce qui est relatif à l'histoire 
naturelle. 



M. de la Martinière s'occupe de la botanique avec beaucoup de zèle. 
M. Dufresne s'est rendu utile pour sa traite des peaux de loutre j il c'est 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

donné beaucoup de soins pour leur conservation et leur vente. Comme il 
désire retourner en France, et que je le regarde aujourd'hui comme un 
homme qui ne peut plus nous servir, M. de îa Pérouse lui a permis d'y 
retourner, 

J'ai beaucoup d'éloges à vous faire du sieur Lavaux, mon premier chi- 
rurgien, et du sieur Guilîou, son second ; ils ont contribué, par leur pré- 
voyance, à la bonne santé de mon équipage : ils ont eu heureusement 
beaucoup, de loisirs jusqu'à présent ; ils les emploient, pendant le séjour 
^dans les rades, à prendre des connaissances en botanique et en histoire natu- 
relle, et à faire des collections pour le cabinet du roi. 

j'ai à reclamer vos bontés pour le sieur Brossard, qui, après avoir servi 
pendant quarante mois, en qualité de volontaire, sur plusieurs vaisseaux, 
s'est embarqué comme aide-pilote sur l'Astrolabe. Il a rempli, avec 
beaucoup de zèle et d'intelligence, les fonctions de second pilote, depuis 
le 13 Juillet, 1786. Je vous supplie de lui envoyer à l'île de France le 
brevet le lieutenant de frégate. 

Permettez-moi de vous recommander mes maîtres pilote, eanonnier, 
charpentier, voilier, et calfat. Ce sont tous d'anciens serviteurs, qui ont 
fait leurs preuves du côté de l'intelligence et de la fermeté, et qui contri- 
buent infiniment à la gaieté qui règne à mon bord, et à la bonne intelli- 
gence entre tous les individus, je vous supplie de leur accorder l'entre- 
tien. Je ne vous parle pas de mon maître d'équipage, parce que je lui 
donnerai son brevet d'entretenu s'il continue à se conduire avec autant de 
fermeté et de distinction qu'il l'a fait jusqu'à présent. 

M. de Bellegarde a passé de la flûte le Marquis de Castries, à bord de 
l'Astrolabe ; c'est un sujet dont M. de Richery m'a fait de grands éloges, 
ïl est garde de la marine. 



TOME II. 





■jRmF, 




458 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



M. DE LA PEROUSE. 



De Macao, 2 Février, 1787. 



Je vous ai bien souvent entretenu de nos pelleteries; j'ai même ajouté 
qu'elles étaient vendues : j'ai eu lieu de le croire ainsi, puisque le marché 
était conclu ; mais les difficultés qu'ont faites les acquéreurs au moment 
de la livraison, l'ont rompu, je m'étais proposé un instant de les porter 
en France, ou je suis convaincu qu'elles trouveraient un débit plus assuré 
et plus avantageux qu'à la Chine : mais ayant réfléchi que mon retour en 
Europe est encore très-reculé, j'ai profité de l'offre obligeante qui m'a été 
faite par M. Elstockenstrom, directeur de la compagnie de Suède; il a 
bien voulu se charger de les recevoir chez lui, de les vendre au profit des 
matelots, et d'en faire parvenir les fonds à l'île de France, où je me pro- 
pose d'en faire la répartition aux équipages, à moins que les ordres que vous 
m'adresserez dans cette colonie, où je ne serai rendu que dans deux ans, 
n'en disposent autrement. 



Il m'est impossible de ne pas vous informer que la nation Française n'a 
pas dans ce moment, en Chine, un seul individu qui ait pu m 'inspirer assez 
de confiance pour que je lui aye remis ce petit dépôt. Les deux subrécar- 
gues de la compagnie sont fous : le premier, M. Thérien, s'est brûlé la 
cervelle ; et M. Dumoulin, le second, a fait plusieurs actes de folie qui, en 
Europe, l'auraient fait renfermer; néanmoins il reste chargé d'assez grands 
intérêts, parce que personne ne s'est cru suffisamment autorisé pour le de- 
stituer. Il résulte de cet état de choses, que toutes les nations commer- 
çantes, même celles de Danemarck et de Suède, ont à Macao des hommes 
du premier mérite, et les Français ont le privilège de n'y avoir pas un seul 
individu assez instruit pour être bailli de village : je me permettrai à cet 
égard quelques éclaircissemens, que j'aurai l'honneur de vous adresser de 
Manille. 



m 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

J'ai oublié de vous dire dans mes précédentes lettres, que j'avais trouvé 
dans la rade de Macao la flûte le Marquis de Castries, commandée par M. 
de Richery, enseigne de vaisseau : comme ce bâtiment était expédié par 
MM. de Cossigny et d'Entrecasteaux, vous serez informé par eux de sa 
mission ; mais j'ai cru pouvoir prendre sur moi de désarmer M. de Belle- 
garde, et de l'employer sur l'Astrolabe, en remplacement de trois officiers de 
cette frégate naufragés sur la côte d'Amérique, quoiqu'il ne soit que garde 
de la marine. 




M. DE LA PEROUSE, 



■ 



De Manille, 7 Avril, 178?, 



M, 



Si vos occupations vous ont permis de jeter les yeux sur ma relation; 
j'ose me flatter que vous vous serez aperçu que nous n'avons rien négligé 
pour rendre notre voyage intéressant et utile. Notre carte du Nord-Ouest 
de l'Amérique, depuis le Mont Saint-Éîie jusqu'à Monterey, laissera peu 
à désirer aux navigateurs : nos malheurs dans la baie des Français, loin 
de diminuer notre zèle, nous ont encore plus persuadés des obligations que 
nous avons contractées envers le roi et îa nation ; et nous avons sans cesse 
à regretter qu'il ne-soit plus permis d'espérer rencontrer aucun continent 
nouveau, mais seulement quelques îles de peu d'importance, qui n'ajou- 
teront rien à nos connaissances et à notre commerce. Les paquets appor- 
tés par M. Dufresne vousauront appris qu'après avoir vendu nos pellete- 
ries, je me proposais de faire voile pour Manille, afin d'y prendre des 
vivres, visiter notre grément, réparer notre gouvernail, et nous mettre 
enfin à même de continuer notre voyage, en passant dans le canal de For- 
mose, et prolongeant les côtes occidentales du Japon et celles de Tartarie» 



Vous observerez, M. que cette partie de ma navigation a été reconnue 
généralement pour être la plus difficile : et si nous sommes assez heureux 








m VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

pour explorer ces côtes avec les mêmes soins que celles de l'Amérique, 
nous aurons l'avantage d'avoir les premiers fait cette navigation, sujette 
aux plus forts orages, dans des mers étroites, entièrement inconnues, en- 
veloppées de brumes, et vraisemblablement parsemées d'écueils, avec les 
courans les plus violens. Toutes ces difficultés ne se présentent à notre ima- 
gination que pour exciter notre prudence et ajouter à notre zèle. 

Je partis de Macao le 6 Février, et n'arrivai à Cavité, dans la baie de 
Manille, que le 2 8. Les détails de cette traversée sont assez intéressans 
pour la navigation, et ils ajouteront un chapitre à notre relation. 

J'ai préféré le port de Cavité à la rade de Manille, parce que nous som- 
mes auprès d'un arsenal, et à portée de tous les secours : ils nous ont été 
prodigués, et nous devons aux ordres donnés par le gouvernement, et plus 
encore aux soins obligeans de M. Gonsoles Carvagnal, intendant des Philip- 
pines, de partir de Cavité aussi-bien munis de vivres frais qu'à notre sortie 
de Brest. J'aurai l'honneur de vous adresser du Kamtschatka, suivant vos 
ordres, un mémoire détaillé sur Manille, sur les ressources de cette colonie, 
sur son administration, sur la nouvelle compagnie, et sur le caractère des 
administrateurs, qui sont bien éloignés d'avoir adopté en faveur des Français 
les sentimens du cabinet de Madrid. Je dois cependant faire une exception 
en faveur de l'intendant, dont nous avons reçu, dans tous les instans, les 
marques d'une extrême bienveillance, et qui n'a pas manqué d'aller lui- 
même, plusieurs fois par jour, chez tous nos fournisseurs, parce que, con- 
naissant la lenteur de ses compatriotes, il craignait de nous voir perdre une 
seule journée. 

Je pars le 8 Avril, quoique la mousson du Nord-Est ne soit pas rever- 
sée ; mais je serai à portée de profiter des premiers changemens de vent 
pour nï'élever au Nord. Avant de mettre à la voile, j'ai eu la satisfaction 
de voir arriver dans la baie de Manille la frégate la Subtile, commandée 
par M. de la Croix de Castries. M. d'Entrecasteaux avait en partie expé- 
dié cette frégate pour me faire connaître ses démarches à la Chine, afin 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

qu'elles ne fussent pas contrariées par les nôtres, si nos instructions nou 
enjoignaient de naviguer sur les côtes septentrionales de cet empire. 

M. d'Entrecasteaux vous rend compte de la révolte des indigènes de 
Formose, et du parti qu'il a cru devoir prendre d'offrir ses secours aux 
Chinois pour réduire les rebelles : ils n'ont point été acceptés, et j'avoue 
que j'aurais vu avec douleur la marine de France seconder le gouverne- 
ment le plus inique, le plus oppresseur, qui existe sur la terre ; je puis sans 
crime, aujourd'hui, former des vœux pour les Formosiens. 

Je réponds à M. d'Entrecasteaux, que ma navigation sur les côtes de la 
Chine n'alarmera point ce gouvernement, que je ne mettrai jamais mon pa- 
villon, et que j'éviterai avec soin tout ce qui pourrait lui causer de l'om- 
brage ; et j'ajoute que, quoique très-bon Français, je suis dans cette cam- 
pagne un cosmopolite étranger à la politique de l'Asie. 

Vous m'aviez adressé, avant mon départ de Brest, un mémoire de M. 
Veillard sur Formose ; et j'ai vu avec étonnement à Macao que ce même 
M. Veillard n'avait aucune connaissance de ce pays, qu'il ne pouvait ré- 
pondre à aucune de mes : questions, et que ce mémoire était la copie d'un 
manuscrit qui est entre les mains de tous les Européens de Macao. Quoi- 
qu'il soit très-étranger à ma mission de vous entretenir des employés Fran- 
çais à Canton, je croirais ne pas répondre à la confiance que vous m'avez 
marquée, si je vous laissais ignorer que MM. Veillard, Costar, de Guignes, 
et Dumoulin, n'auraient jamais dû être chargés des intérêts d'une grande 
nation ; et c'est à M. Elstockenstrom, chef de la compagnie de Suède, que 
j'ai été obligé de m'adresser pour toutes nos affaires. 




J'ai l'honneur de vous écrire une lettre particulière à ce sujet. 








462 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



M. DE LA PEROUSEo 

De Manille, 7 Avril, 1787. 



M. 



L'arrivée de M. de la Croix de Castries à Manille a été pour nous un des 
événemens les plus heureux de cette campagne -, il a bien voulu, ainsi que 
j'ai déjà eu l'honneur de vous le marquer, se charger de porter en France 
nos pelleteries, et il s'est prêté avec une extrême complaisance à réparer 
certes que nous avions faites depuis notre départ, en donnant à chacune 
de nos frégates quatre hommes de son équipage, avec un officier. D'après 
cet arrangement, M. Guyet de la Villeneuve, enseigne de vaisseau, a passé 
sur la Boussole, et M. le Gobien, garde de la marine, sur l'Astrolabe. Cette 
recrue était bien nécessaire, parce que nous avons eu le malheur de perdre, 
il y a trois jours, M. Daigremont, lieutenant de vaisseau, embarqué sur 
l'Astrolabe, mort de la dysenterie ; et la santé de M. de Saint-Céran est 
devenue si mauvaise, que je suis forcé de l'envoyer à l'île de France pour 
s'y rétablir, tous les chirurgiens ayant déclaré qu'il lui était impossible de 
continuer la campagne. Ainsi, voilà, depuis notre départ de l'Europe, huit 
officiers de moins, dont sept n'existent plus, et le dernier laisse peu d'espé- 
rance. Nous n'avons cependant perdu, depuis deux ans, de mort naturelle, 
qu'un seul officier avec un domestique. Ils étaient l'un et l'autre embar- 
qués sur l'Astrolabe, dont les équipages ont néanmoins joui d'une santé en- 
core plus parfaite que celle des matelots de la Boussole. 



M. DE LA P É R O U S E. 

D'Avatscha, 10 Septembre, 1787. 



j'ose me flatter que vous verrez avec plaisir les détails de notre navi- 
gation depuis Manille jusqu'au Kamtschatka. Les frégates ont fait une 
route absolument nouvelle - t elles ont passé entre la Corée et le Japon, 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

suivi la côte de la Tartarie jusqu'aux environs du fleuve Ségalien, reconnu 
î'Oku-Jesso et le Jesso des Japonais, trouvé un détroit nouveau pour sortir 
de la mer de Tartarie. Nous avons vérifié et lié nos découvertes à celles 
des Hollandais, que le plus grand nombre des géographes commençait à 
rejeter, et que les Russes avaient trouvé plus commode d'effacer de leurs 
cartes - 3 et nous avons enfin débouqué au Nord de la terre de la Compagnie, 
d'où nous avons fait route pour le Kamtschatka. Nos frégates ont mouillé 
dans la baie d'Avatscha, le 7 Septembre, après une traversée de cent cin- 
quante jours, dont cent quarante à la voile ; et il n'y a pas un seul malade 
dans les deux bâtimens, quoique nous ayons sans cesse navigué au milieu 
des brumes les plus épaisses. Obligés de mouiller et d'appareiller à chaque 
instant, avec des fatigues dont les navigations du capitaine Cook offrent 
peut-être peu d'exemples, nos soins pour la conservation de nos équipages 
ont été suivis jusqu'à présent d'un succès encore plus heureux que celui de 
ce célèbre navigateur, puisque, depuis vingt-six mois que nous sommes 
partis d'Europe, personne n'est mort à bord de la Boussole, et qu'il n'y a 
pas un seul malade dans les deux bâtimens. 



t 
m I 



Je me rappelle, M. que lorsque mes instructions me furent remises, 
vous remarquâtes combien cette partie de notre navigation était difficile et 
intéressante, puisqu'il ne pouvait pas être moins important pour la géogra- 
phie de connaître les limites du continent que nous habitons, que celles des 
terres Australes ou du Nord de l'Amérique : nous avons été assez heureux 
pour rendre aux géographes deux îles aussi considérables par leur étendue 
que les îles Britanniques, et pour décider enfin le seul problème de géogra- 
phie qui restât peut-être à résoudre sur le globe. Ce n'est que d'au- 
jourd'hui que j'ose compter notre campagne après celles du capitaine 
Cook ; et si la mort n'avait pas arrêté la course de ce- grand homme, il est 
probable qu'il n'eût pas laissé l'exploration de la Tartarie orientale à ses 
successeurs. Si vos occupations vous permettent, M. de jeter les yeux 
sur les différens chapitres de ma relation, vous y trouverez, avec les détails 
nautiques, toutes les observations que j'ai eu occasion de faire sur les 
peuples que nous avons visités, sur îe sol et les productions de leur pays : 
je n'ai généralement rien négligé de ce qui pouvait intéresser le gouver./e- 




4C4 VOYAGE AUTOUR BU MONDE. 

ment relativement au commerce, sans perdre de vue qu'il fallait aussi occu- 
per l'oisiveté des savans, qui attendent peut-être notre retour pour publier 
de nouveaux systèmes. J'ai joint à ma relation toutes les cartes, tous les 
plans, et toutes les tables de latitudes et de longitudes, qui sont nécessaires, 
ainsi que les dessins de MM. Duché et Blondela, dont je puis garantir la 
vérité. 

j'ai l'honneur de vous adresser deux mémoires, l'un sur Manille et 
l'autre sur Formose, relatifs à la partie politique de mes instructions ; ils 
sont très-sommaires, parce que je connais le prix de votre temps, et qu'ils 
ne contiennent que ce que je n'ai pas cru devoir mettre dans ma relation. 
Je n'aurais pas osé les confier à la poste; mais j'ai cru que vous approu- 
veriez le parti que je prends d'expédier en France M. Lesseps, notre inter- 
prète Russe. J'ai considéré que les appointemens de M. Lesseps, et ses 
rations jusqu'à notre arrivée en France, coûteraient à peu près la même 
somme que son voyage du Kamtschatka à Paris, et je me suis fait un scru- 
pule de traîner dans l'hémisphère méridional un jeune homme destiné à 
CGurir la carrière des consulats, et qui perdrait à bord un temps précieux 
pour son instruction. Je l'ai donc chargé de mes paquets, et je me flatte 
que lorsqu'il aura l'honneur d'être auprès de vous, les frégates seront à la 
nouvelle Zélande. 

Sous peu de jours, j'aurai l'honneur de vous adresser une lettre particu- 
lière relative au plan ultérieur de ma campagne, qui sera de près de quatre 
ans, pendant lesquels nous aurons été au moins trente-huit mois sous voile ? 
ce qui est peut-être sans exemple parmi les navigateurs. 



M. DE LA P E R O U S E. 

D'Avatscha, 21 Septembre, ij&jr. 

M, 

J'ai eu l'honneur de vous adresser, par MM. Dufresne et Lesseps, la re- 
lation de ma campagne depuis mon départ de Brest jusqu'à notre arrivée au 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Kamtschatka. Il me reste à vous informer du projet ultérieur de notre 
navigation, puisque j'ai usé du droit que vous m'aviez donné, de faire au 
plan de mon voyage les changemens qui me paraîtraient convenables, en 
me conformant le plus qu'il me serait possible à mes instructions. J'ai 
cru devoir commencer par l'hémisphère Nord, et finir par celui du Sud, 
dans lequel est située l'île de France, que je regarde comme le terme de 
mon voyage. 

J'ose me flatter d'avoir entièrement et complètement rempli toutes vos 
vues sur moi, jusqu'à ce moment, et j'ai été si parfaitement secondé par 
M. de Langle, que, si la campagne est de quelque prix à vos yeux, il doit 
en partager les avantages : les bâtimens, malgré les brumes, ont navigué si 
près l'un de l'autre, et le concert a été si grand, qu'on pourrait presque 
dire qu'il n'y avait dans l'expédition qu'un seul vaisseau et un seul capi- 
taine. Je me propose de partir de la baie d'Avatscha le 1 er Octobre. Je 
ferai route pour reconnaître les Kuriles septentrionales jusqu'au canal de la 
Boussole, d'où je me porterai sur le 37 e parallèle, pour chercher la préten- 
due terre découverte par les Espagnols en 16 10. Je ne crois point à 
l'existence de cette terre, qui est fort près de la route ordinaire des galions -, 
et toutes les informations que j'ai prises, me portent à croire que les Espa- 
gnols n'en ont aucune connaissance. Du 37 e parallèle, je ferai route vers 
l'archipel qui est au Nord des Mariannes, et je suivrai cette chaîne d'îles 
jusqu'à Guaham, où je relâcherai cinq jours seulement pour prendre des 
fruits et quelques bœufs, qui puissent préserver nos équipages du scorbut 
pendant la suite de notre très-longue navigation. 

De Guaham, je me porterai sur les Carolines, si les renseîgnemens que 
je prendrai me donnent la certitude de gagner le cap Cboiseul de la terre 
des Arsacides, et de passer dans le même canal que M. Bougainville, pour 
m'élever au Sud, et arriver avec les vents d'Ouest dans le canal de la Reine- 
Charlotte à la nouvelle Zéîande *, vers le 20 Janvier 1788. Si, au con- 

* Par une lettre postérieure, en date du 28 Septembre, la Pérouse annonce qu'il a reçu, le 2(5, au 
Kamtschatka, des lettres du ministre ; qu'il ne changera son plan de navigation, qu'en ce qu'il n'ira- 
plus à la nouvelle Zélande, afin d'avoir plus de temps pour reconnaître les côtes de la nouvelle Hol- 
lande, et l'établissement que les Anglais y ont fait. (N. D. R.) 

TOME II. 3 O. 





z*jms\ 




466 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



traire, mes propres observations et mes différentes recherches m'appre- 
naient l'impossibilité de faire cette route, j'abandonnerais l'exploration des 
Carolines, qui m'obligerait à me mettre cent cinquante lieues sous le vent 
des Mariannes, et je ferais directement route de Guaham pour la nouvelle 
Zéîande, en prenant le plus à l'Est qu'il me serait possible; et il -est vrai- 
semblable que je trouverais, sur cette route absolument nouvelle, différentes 
îles encore plus intéressantes que les Carolines, et certainement moins con- 
nues. J'emploierais à les visiter plus ou moins de temps, l'un ou l'autre 
plan n'exigeant mon arrivée à la nouvelle Zélande que le 20 Janvier 1788. 
Du canal de la Reine-Charlotte, je remonterai aux îles des Amis, et je 
ferai absolument tout ce qui m'est enjoint dans mes instructions, relative- 
ment à la partie méridionale de la nouvelle Calédonie, à l'île de Sainte- 
Croix de Mendana, à la côte du Sud de la terre des Arsacides, à la Louisiade 
de Bougainville, en déterminant si elle est jointe ou séparée de la nouvelle 
Guinée •> et je passerai, à la fin de Juillet, entre la nouvelle Guinée et la 
nouvelle Hollande, par un autre canal que celui de l'Endeavour, si toutefois 
il existe. Je visiterai, pendant les mois d'Août, Septembre, et une partie 
d'Octobre, le golfe de la Carpentarie et la côte de la nouvelle Hollande, mais 
de manière qu'il me soit possible de remonter au Nord vers le Tropique, et 
d'arriver, au commencement de Décembre 1788, à l'île de France. J'en 
partirai très-promptement pour reconnaître le prétendu cap de la Circon- 
cision de Bouvet, et j'arriverai en France (après avoir relâché ou sans 
avoir relâché au cap de Bonne-Espérance, suivant les circonstances) en Juin 
1789» quarante-six mois après mon départ. 



■ j 






Je me flatte que vous verrez avec plaisir, que, dans ce long voyage, je 
n'aurai pas eu besoin de relâcher à ces éternelles îles de la Société, sur les- 
quelles on a déjà beaucoup plus écrit que sur plusieurs royaumes de l'Eu- 
rope ; et j'avoue que je me félicite de n'avoir à parler, ni de Taïti, ni de la 
reine Obéréa. J'ai pris un soin particulier de m'éloigner des routes des 
navigateurs qui m'ont précédé. 



: 







VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



DE LA PÉROUSE. 



D'Avatscha, 25 Septembre, 1787. 



M. 



Vous savez que nos malheurs sur la côte du Nord-Ouest de l'Amérique 
ont rendu nulles presque toutes les grâces qu'il vous avait plu d'accorder 
aux états-majors des deux frégates. MM. d'Escures et de Pierrevert 
avaient chacun une pension, qui pourrait être donnée à MM. de Vaujuas. 
et Boutin, officiers d'un égal mérite, et aussi distingués par leurs talens,. 
que par leur zèle et leur bonne volonté. MM. de Bellegarde et Gobien, 
gardes de la marine, que vous avez associés à nos travaux, et qui ont té- 
moigné, à Macao et à Manille, un si vif désir de remplacer les officiers que 
nous avions eu le malheur de perdre, auront bien mérité, à leur arrivée à 
l'île de France, les brevets d'enseigne qui avaient été accordés à MM. de 
Boutervilliers, de Flassan, et de Montarnal. MM. de Blondela et Colinet,. 
îieutenans de frégate, auxquels vous m'avez permis de donner l'espérance 
d'un brevet de capitaine de brûlot à leur retour, ont déjà, par leur bonne- 
conduite, mérité cette grâce, que je vous supplie de m'adresser pour eux à 
l'île de France, avec le brevet de M. de Monti, et une lettre de satisfaction 
pour M. de Cio'nard: ce dernier ayant été promu au grade de capitaine de 
vaisseau, n'a rien à désirer ; mais il a continué à faire le service de lieute- 
nant, et à s'occuper des plus petits détails avec un zèle et une attention 
dignes des plus grands éloges ; et si je ne craignais d'être suspect parce 
qu'il est mon ami particulier, j'oserais vous assurer qu'on ne peut rencontrer 
un meilleur officier, ni un homme plus plein d'honneur et de vertu. 

J'ai aussi beaucoup d'éloges à faire de M. Guyet.de la Villeneuve, qui a 
passé à Manille de la frégate de M. de la Croix de Castries sur la mienne,, 
pour y remplacer M. de Saint-Céran, que le délabrement total de sa santé. 
m'a forcé de renvoyer à l'île de France, et de MM. Mouton et Broudou,- 



m 







468 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

auxquels j'ai donné les brevets de lieutenant de frégate que vous aviez bien 
voulu me remettre en blanc avant mon départ. 

M. de Langle s'est reposé des détails de l'astronomie sur M. de Lau- 
riston, jeune homme plein de talens, de zèle, et de mérite ; il en a fait un 
élève qui n'a plus besoin de maître. M. Darbaud a aussi parfaitement se- 
condé M. Dagelet, et je suis persuadé qu'il n'est peut-être en France aucun 
jeune homme de son âge aussi instruit que lui. 

M. Dagelet fait ici le même métier que nous, et sans doute mieux que 
nous : parmi cent bonnes et aimables qualités, je ne lui connais que le. dé- 
faut d'avoir une santé très-délicate. 






Quant à M. de Langle, il est au-dessus de tout éloge ; et je désire, pour 
le bien du service et de l'état, qu'il arrive aux grades supérieurs avant que 
les années et les fatigues ayent diminué ses moyens. 

M. Rollin, docteur en médecine, et mon chirurgien-major, est un homme 
distingué par ses connaissances. Il nous a préservés, par ses soins, du scor- 
but et de toutes les autres maladies. Vous m'avez autorisé, M. à lui pro- 
mettre au retour une pension si la mortalité n'avait pas excédé trois par 
cent sur ma frégate ; et depuis vingt-six mois que nous sommes partis, per- 
sonne n'a péri de mort naturelle sur la Boussole, et nous n'avons pas un seul 
malade. 



M. de Langle est aussi très-content de M. Lavaux, son chirurgien-ma- 
jor : il n'a perdu qu'un domestique poitrinaire, et M. Daigremont, qui 
s'est empoisonné en voulant se traiter lui-même de la dysenterie avec de 
l'eau-de-vie brûlée ; le commis du munitionnaire de l'Astrolabe est ausd 
mort des suites d'une fracture à la tête, occasionnée par les éclats d'un fusil 
qui a crevé entre ses mains. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 




M. DE LANGLE. 

D'Avatscha, 25 Septembre, 1787. 

M. 

Les brumes qui nous ont enveloppés assez constamment depuis le départ 
de Manille, ont beaucoup altéré le grément de l'Astrolabe. J'espère qu'avec 
les rechanges qui me restent à bord, je parviendrai à la conduire au moins 
jusqu'à l'île de France, à l'époque fixée dans le plan de la campagne : la 
frégate est d'ailleurs en bon état. 



J'ai toujours navigué pendant les brumes à portée de la voix de la Bous- 
sole, parce que M. de la Pérouse s'est toujours fait un devoir de me con- 
server, et que mes officiers ont attaché de F amour-propre à ne pas se sépa- 
rer. Je voudrais pouvoir ajouter aux éloges que j'ai déjà eu l'honneur de 
vous adresser de leurs talens, de la patience avec laquelle ils attendent la 
fin de la campagne, et du désir qu'ils ont de faire de nouvelles décou- 
vertes . . . . . . 



La part que je prends à la gloire de la nation et aux succès de M. de la 
Pérouse, m'engage à vous témoigner combien nous avons lieu de nous féli- 
citer d'avoir terminé heureusement notre périlleuse et difficile navigation 
sur les côtes d'Asie, grâces à l'infatigable vigilance de notre chef, à sa pru- 
dence, et à ses talens. Je me ferai toujours un devoir de le seconder par 
zèle pour le progrès de la géographie, et par reconnaissance de toutes les 
marques d'amitié qu'il m'a données de tout temps. Je sais aussi que vous 
prenez intérêt à la réussite de la campagne ; rien ne peut me faire oublier 
les bontés dont vous m'avez honoré, et j'ai bien à cœur d'en, mériter la 
continuation. 




470 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



.. i 



M. DE LA P E R O U S E. 



D'Avatscha, 27 Septembre, 1787. 



M. 



M, Lesseps, que j'ai chargé de mes paquets, est un jeune homme dont 
îa conduite a été parfaite pendant toute la campagne, et j'ai fait un vrai 
sacrifice à l'amitié que j'ai pour lui, en l'envoyant en France : mais comme 
il est vraisemblablement destiné à occuper un jour la place de son père en 
Russie, j'ai cru qu'un voyage par terre, au travers de ce vaste empire, lui 
procurerait les moyens d'acquérir des connaissances utiles à notre com- 
merce, et propres à augmenter nos liaisons avec ce royaume, dont les pro- 
ductions sont si nécessaires à notre marine. 

Il m'a paru que M. Lesseps parle le Russe avec la même facilité que le 
Français ; il nous a rendu au Kamtschatka les plus grands services, et si la 
survivance de la place de consul général de France à Pétersbourg, qu'oc- 
cupe son père, était le prix de son voyage autour du monde par terre et 
par mer, je regarderais cette faveur comme la marque de îa satisfaction que 
vous témoignez de notre conduite. 



M. DE LA PEROUSE. 



De Botany-Bay, 5 Février, 1788. 



M. 



s 



Lorsque cette lettre vous parviendra, je me flatte que vous aurez reçu 
le journal de ma navigation depuis Manille jusqu'au Kamtschatka, que j'ai 
eu l'honneur de vous adresser par M. Lesseps, parti pour Paris, du havre 
de Saint-Pierre et Saint- Paul, le 1 er Octobre 1787. Cette partie de la 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

campagne, la plus difficile sans doute, dans des parages absolument nou- 
veaux aux navigateurs, a cependant été la seule où nous n'ayons éprouvé 
aucun malheur; et le désastre le plus affreux nous attendait dans l'hémi- 
sphère Sud. Je ne pourrais que répéter ici ce que vous lirez avec plus de 
détails dans mon journal. MM. de Langle et de Lamanon, avec dix autres 
personnes, ont été victimes de leur humanité ; et s'ils avaient osé se per- 
mettre de tirer sur les insulaires avant â'en être entourés, nos chaloupes 
n'auraient pas été mises en pièces, et le roi n'aurait point perdu un des 
meilleurs officiers de sa marine. 






Quoique cet événement eût diminué de beaucoup les équipages des deux 
frégates, je crus ne rien devoir changer au plan de ma navigation ultéri- 
eure : mais j'ai été obligé d'explorer plus rapidement différentes îles inté- 
ressantes de la mer du Sud, afin d'avoir le temps de construire deux cha- 
loupes à Botany-Bay, et de pouvoir reconnaître les principaux points indi- 
qués dans mes instructions, avant le changement de mousson, qui rendrait 
cette exploration impossible. 



■ 



Nous sommes arrivés à la nouvelle Hollande sans qu'il y ait eu un seul 
malade dans les deux bâtimens : dix-huit des vingt blessés que nous avions 
en partant de Maouna, sont entièrement rétablis ; et M. Lavaux, chirur- 
gien-major de l'Astrolabe, qui avait été trépané, ainsi qu'un autre matelot 
de cette frégate, ne laissent aucune crainte sur leur état. 



M., de Monti, qui était en second avec M. de Langle, a conservé le com- 
mandement de l'Astrolabe jusqu'à notre arrivée à Botany-Bay : c'est un si 
bon officier, que je n'ai pas cru devoir faire aucun changement dans les 
états-majors jusqu'à notre première relâche, où je n'ai pu méconnaître le 
juste droit de M. de Clonard, capitaine de vaisseau ; il a été remplacé sur 
ma frégate par M. de Monti, dont le zèle et le talent sont au-dessus de tout 
éloge, et auquel sa bonne conduite assure le brevet de capitaine de vaisseau 
que vous avez eu la bonté de lui promettre si les comptes qui seraient 
rendus de lui étaient favorables. 



SJËf;.-*:>i'-' 




472 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Nous n'avons été précédés par les Anglais, à Botany-Bay, que de cinq 
jours. Aux politesses les plus marquées, ils ont joint toutes les offres de 
service qui étaient en leur pouvoir ; et nous avons eu à regretter de les voir 
partir, aussitôt notre arrivée, pour le port Jackson, quinze milles au Nord 
de Botany-Bay. Le commodore Phillips a préféré, avec raison, ce port, et 
il nous a laissés les maîtres et seuls dans cette baie, ou nos chaloupes sont 
déjà sur le chantier; je compte qu'elles seront lancées à l'eau à la fin de ce 
mois. 

Nous sommes éloignés des Anglais, par terre, de dix milles, et consé- 
quemment à portée de communiquer souvent ensemble : comme il est 
possible que le commodore Phillips fasse des expéditions pour les îles de la 
mer du Sud, j'ai cru devoir lui donner la latitude et la longitude de l'île 
Maouna, afin qu'il eût à se méfier des perfides caresses que les naturels de 
cette île pourraient lui faire, si ses vaisseaux la rencontraient dans le cours 
de leur navigation. 



EXTRAIT 
d'une lettre de m. de la pe'rouse. 

Botany-Bay, 7 Février, J/ffS. 

... ... je remonterai aux îles des Amis, et je ferai absolument tout ce 

qui m'est enjoint par mes instructions, relativement à la partie méridionale 
de la nouvelle Calédonie, à l'île Santa-Cruz de Mendana, à la cote du Sud 
de la terre des Arsacides de Survilîe, et à la terre de la Louisiade de Bou- 
gainville, en cherchant à connaître si cette dernière fait partie de la nouvelle 
Guinée, ou si elle en est séparée. Je passerai, à la fin de Juillet 17 88,. 
entre la nouvelle Guinée et la nouvelle Hollande, par un autre canal que 
celui de l'Endeavour, si toutefois il en existe un. Je visiterai, pendant le 
mois de Septembre et une partie d'Octobre, le golfe de la Carpentarie, et 



— 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

toute la côte occidentale de la nouvelle Hollande jusqu'à la terre de 
Diemen ; mais de manière, cependant, qu'il me soit possible de remonter 
au Nord assez-tôt pour arriver, au commencement de Décembre 1788, à 
l'île de France. 



M. DE.LESSEPS. 




M. 



Versailles, le 31 Octobre, 1788. 



wl 



A mon arrivée au Kamtschatka, j'ai tâché de me procurer des détails au 
sujet d'une expédition secrète qu'on préparait à Okhotsk, et du motif de 
ce voyage. Quelques notions que je me suis procurées à mon passage dans 
ce port, peuvent flatter peut-être votre curiosité, et vous donner des preuves 
du zèle que j'ai mis à vous être agréable. Je prends la liberté d'y joindre 
d'autres relations que je crois nouvelles, et par conséquent mériter d'être 
mises sous vos yeux. 

M. Billings, embarqué dans le dernier voyage de Cook en qualité d'aide- 
astronome, fut envoyé d'Angleterre pour commander cette expédition, 
l'impératrice ayant fait demander une personne instruite dans cette partie. 
Cette souveraine lui accorda le grade de capitaine de vaisseau du deuxième 
rang, lui donna carte blanche, et le droit d'examiner la situation de toute la 
Sibérie. Elle fit de très-grandes dépenses pour construire et armer deux 
bâtimens à Okhotsk. On choisit des officiers de la marine Russe, qui, sous 
les ordres de M. Billings, se rendirent à Okhotsk pour travailler à la con- 
struction des vaisseaux. Il était même déjà question de cet armement lors 
du départ de M. de la Pérouse, puisqu'on l'avait averti que peut-être le 
rencontrerait-il dans la partie septentrionale de la mer du Sud. Je l'ai 
trouvé si peu avancé lors de mon passage à Okhotsk, le 8 Mai de cette an- 
née, qu'à peine la charpente d'un bâtiment était-elle achevée; le second 
n'avait encore que la quille sur le chantier. D'après toutes les probabi- 
tome n. 3 p 



EJffW 




474 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

lités, il m'a semblé que ces vaisseaux pourraient difficilement mettre en 
mer dans l'année 1789. Pour ne pas perdre de temps, M. Billings se dé- 
cida à faire d'abord équiper, sur la rivière Kolumé, quelques petits bâtimens 
ou sloops i et après avoir descendu, en 1787, cette rivière, il fit un voyage 
dans la mer Glaciale. J'imagine qu'il avait pour but d'aller par mer au 
Kamtschatka, et de doubler le cap Svetoï et celui de Tchoukotskoï, le 
premier étant le seul obstacle que plusieurs navigateurs avaient déjà trouvé 
dans leurs voyages. M. Billings ne parvint pas à le lever -, et probablement 
les glaces l'empêchèrent de faire le tour de ce cap Svetoï. Il revint dans la 
rivière Kolumé, vers la fin de la même année : les glaces portées par tous 
les vents de Nord vers la côte, le forcèrent de s'en rapprocher très-souvent, 
et il profitait de ceux de la partie du Sud pour continuer son voyage, la 
mer alors étant plus libre. La destination des deux bâtimens à Okhotsk, 
sous les ordres de M. Billings, n'est encore sue de personne. Il est 
possible, d'après quelques bruits qui couraient dans le pays, que ce 
capitaine projetât de passer le détroit de Behring, pour remplir son 
premier dessein, ou de suivre la côte du Nord-Ouest de l'Amérique. 
Ce secret est si bien gardé, que mes conjectures ne sont que très-peu 
fondées ...... 



Je prends la liberté de vous présenter ci-joint deux cartes que j'ai pu me 
procurer à Okhotsk. Permettez-moi de vous en faire l'hommage ; et 
comme je n'ai pas voulu me hasarder à en prendre des copies, je vous 
supplie de vouloir bien donner vos ordres pour que l'on m'en fasse 
passer une. 

La première est une carte générale contenant la partie orientale de l'Asie, 
quelques-unes des îles Aleutiennes, le Kamtschatka, la mer d'Okhotsk et 
celle de Pengina, les îles Kuriles, l'étendue des découvertes des Russes, et le 
peu de connaissance qu'ils ont de l'île Ségalien, de la terre de Jesso, et de la 
côte de Tartarie. L'autre carte m'a paru romanesque, et elle l'est réelle- 
ment j mais, malgré sa singularité, il est possible, M. qu'elle vous fasse plai- 
sir ; d'ailleurs, les îles Kuriles y sont, à ce que l'on m'a assuré, très-bien 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

placées. J'ai traduit les articles qui doivent servir à l'intelligence de cette 
carte : on ne connaît ni la personne qui l'a dressée, ni le navigateur qui a 
fait ce voyage. Cette description, que je crois peu vraisemblable, a été 
copiée, ainsi que la carte, sur l'original laissé à Okhotsk, et je n'ai rien 
trouvé dans ce port qui fût plus intéressant. 

Plusieurs bâtimens ont fait naufrage Tannée dernière sur les côtes du 
Kamtschatka, ou dans les environs ; entre autres ce malheur arriva à un bâ- 
timent appartenant à M. Lanz, négociant Anglais, et commandé par le ca- 
pitaine Peters : ce vaisseau se brisa sur l'île de Cuivre. Un Portugais et un 
nègre du Bengale furent les deux seuls qui se sauvèrent ; et après avoir 
passé l'hiver dans l'île, ils furent ramenés par des Russes au Kamtschatka 
où je les vis. On doit les envoyer cette année à Pétersbourg, et il est pro- 
bable qu'ils y seront dans deux ou trois mois. Le capitaine, pendant sa 
première relâche au Kamtschatka, avait contracté, avec un marchand de ce 
pays nommé SchelikofF, des engagemens pour environ 80,000 roubles, et il 
envoya demander par ce Russe, à l'impératrice, la liberté de faire le com- 
merce dans cette partie de ses états. On attendait le retour de ce bâtiment 
au Kamtschatka j mais il avait été, pendant cet intervalle, faire un voyage 
à la côte du Nord-Ouest de l'Amérique, probablement pour s'y pro- 
curer des fourrures, et ce ne fut qu'à son retour, et à peu de distance 
du port de Saint-Pierre et Saint-Paul, qu'il périt. Il ne jouit donc 
point de la permission qu'il avait fait demander, et qui lui fut accordée 
sans délai. 

Je trouvai encore au Kamtschatka neuf Japonais, qui, par un coup de 
vent et faute de boussole, furent séparés de la côte de leur île, que ses habi- 
tans ont grand soin de ne jamais perdre de vue, et ils tinrent la mer pendant 
six mois sur un petit bâtiment caboteur. La première terre qu'ils aperçu- 
rent, fut les îles Aleutiennes : ils n'eurent rien déplus pressé que d'y mouil- 
ler, d'y descendre, et d'abandonner leur vaisseau. La nuit, les menaces 
d'un mauvais temps, et les efforts que firent les Russes qu'ils y rencontrè- 
rent, aucune de ces considérations ne put les déterminer à retourner sur leur 









476 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

bâtiment pour le décharger, ou pour le mettre au moins en lieu de sûreté j 
enfin, trop heureux de se revoir à terre, ils n'y pensèrent plus, et le laissè- 
rent exposé au gré des vents, qui, dans la nuit, le jetèrent à la côte. On 
ne put en sauver que peu d'effets, dont les Russes se chargèrent, et qu'ils 
portèrent au Kamtschatka sur leurs bâtimens destinés aux chasses y ils y 
menèrent aussi les neuf Japonais, qu'on prend soin de traiter avec 
beaucoup de bonté et de douceur dans ce pays, et qu'on enverra bien- 
tôt à Pétersbourg. 

J'ai l'honneur de vous prévenir que le vocabulaire de la langue 
Kamtschadale que M. de la Pérouse m'a chargé de faire, est aussi 
complet qu'il m'a été possible. Il est à vos ordres et aux siens : mais 
veuillez me permettre de l'insérer dans mon journal ; cela contribuera 
peut-être à le rendre d'autant plus intéressant. J'y travaille avec la 
plus grande application, ainsi que vous me l'avez ordonné ; flatté de 
pouvoir bientôt vous en faire l'hommage, et de me rendre digne de 
votre bienveillance. 

M. de la Pérouse m'a recommandé expressément dans mon instruction, 
de vous rappeler les obligations qu'il avait contractées envers M. Kasloff- 
Ougrenin, colonel et commandant d'Okhotsk et du Kamtschatka, qui n'a 
voulu recevoir aucun paiement pour sept bœufs qu'il a donnés à notre 
équipage. Il aurait désiré pouvoir fournir encore de la farine de seigle que 
M. de la Pérouse avait demandée, mais il ne s'en trouvait alors dans aucun 
des magasins du Kamtschatka. M. Vasili-Schmaleff, déjà connu dans le 
voyage de Cook, et à .présent capitaine-inspecteur du Kamtschatka, nous a 
rendu aussi beaucoup de services, ainsi que l'enseigne Kaborof, comman- 
dant du port de Saint-Pierre et Saint-Paul. M. de la Pérouse dit qu'il a 
été aussi bien reçu d'eux que s'ils eussent été ses propres compatriotes, et 
qu'il désirerait qu'en témoignant sa reconnaissance à la cour de Russie, on 
procurât à ces personnes des récompenses proportionées a leurs services» 
D'ailleurs, vous savez que les Anglais, à leur retour, ont fait beaucoup de 
cadeaux au major Behm, alors commandant au Kamtschatka, et aux autres 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

officiers Russes de cette presqu'île ; et nous avons lieu de croire qu'ils 
n'ont pas été aussi bien traités que nous. J'ai l'obligation à ces officiers de 
m'avoir aidé à entreprendre mon voyage par terre, et j'ose vous assurer 
qu'ils m'ont procuré toutes les facilités qui pouvaient dépendre d'eux. M. 
Kasloff, qui m'est fort attaché, m'a remis la note de ce qu'il attendait des 
bontés de l'impératrice. J'aurai l'honneur de vous la remettre, si elle peut 
vous être agréable. 







47$ 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



EXTRAITS 



, 



De Lettres de MM. de la Perquse et Dagelet, a 

M. Fleurieu. 






M. DE LA PEROUSE, 






De la rade de Macao, 3 Janvier, 1787. 

V 

O envoie le plan de Monterey, levé par nous-mêmes : j'ai eu oc- 
casion de connaître à Monterey des officiers de la petite marine de San-Blas, 
qui certainement ne sont pas dépourvus de lumières, et qui m'ont paru très 
en état de lever des plans avec exactitude ...... 

Vous verrez que j'ai plusieurs fois changé mon projet de navigation, à 
mesure que l'expérience et les réflexions ont décidé ces changemens. Ce 
n'est que de cette manière qu'un plan aussi vaste que le nôtre peut être 
exécuté. 

Par exemple, j'ai fait route des îles Sandwich directement sur le mont 
Saint-Élie, parce que si j'avais commencé par Monterey pour remonter en- 
suite vers le Nord, j'aurais éprouvé une opposition continuelle des vents de 
Nord-Ouest 5 au lieu qu'avec ces mêmes vents, j'ai pu prolonger, en de- 
scendant, la côte de l'Amérique, et la suivre à ma volonté. Mais les brumes 
sont un obstacle sans cesse renaissant, qui oblige à perdre un temps très- 
considérable qu'on est forcé de donner à la prudence : je ne crois pas qu'on 
puisse compter sur plus de trois journées de temps clair, par mois. Les 



— 



" 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

courans sont très-violens, et imposent aussi les plus grandes précautions : 
ils ont causé, au port des Français, les malheurs dont vous avez été in- 
formé par mes lettres, et qui seront pour moi un sujet éternel de douleur. 

Je ne sais si vous regretterez que je n'aye pas visité plus particulièrement 
l'archipel de Saint-Lazare, si toutefois on doit lui conserver ce nom, ce qui 
assurément serait bien contraire à mon opinion: mais observez que je n'en 
ai découvert l'entrée qu'à la fin d'Août, que les jours devenaient très-courts, 
que les brumes étaient continuelles, et que nous avons trouvé sur le cap 
Hector des courans dont la vitesse était de plus de six nœuds (six milles) à 
l'heure. Il était donc' impossible de remonter entre toutes ces îles dans 
l'espace de deux ou trois mois -, et dès le commencement de Septembre, la 
saison est finie. Cette exploration, pour être complète, exigerait une ex- 
pédition qui n'eût pas d'autre objet, et dont la durée ne pourrait pas être de 
moins de deux ou trois ans. Rien n'est si long que de détailler une côte 
semée d'îles, coupée par plusieurs golfes, dont les brumes fréquentes, et les 
courans, toujours vioîens et incertains, ne permettent de s'approcher qu'avec 
prudence et précaution. Quoi qu'il en soit, je ne doute pas que le voyage 
de l'amiral de Fuentes, du moins tel qu'on nous l'a donné, ne soit une forte 
exagération, si ce n'est point une rêverie : on ne parcourt pas en si peu de 
temps un chemin aussi prodigieux que celui qu'on dit qu'il a fait ; et je se- 
rais bien tenté de croire que l'amiral de Fuentes, et son capitaine Bernarda* 
sont des êtres chimériques, et la relation du voyage qu'on leur attribue, une 
fable. Il n'en est pas moins vrai que, depuis Cross-sound jusques au cap, 
Fleurieu, le grand navigateur des Espagnols Maurelle, le capitaine Cook, et 
moi, nous n'avons côtoyé que des îles éloignées du continent de quarante 
ou quarante- cinq lieues j et mon opinion est fondée sur la direction de la 
côte du continent, que j'ai revue au cap Fleurieu. Ces îles, pour la plu- 
part, sont d'une grande étendue; et comme elles mordent, si l'on peut s'ex- 
primer ainsi, les unes sur les autres, cette disposition leur donne l'apparence 
d'une côte non interrompue. J'avais soupçonné plusieurs fois, que les 
terres que je voyais n'étaient pas toutes sur un même plan ; mais ce soup- 
çon fut changé en certitude, lorsqu'après avoir doublé le cap Hector, j'eus 
couru vingt lieues dans le Nord. Tous ces détails supposent que vous. 






480 VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 

avez sous les yeux les cartes et plans que j'envoie, et que vous y suivez ma 
route en lisant ma relation ...... 

Vous sentez qu'en tout on ne doit attendre de nous que peu de détails : 
pour parcourir, dans l'espace de quatre années, tous les points qui me sont 
indiqués par mes instructions, nous n'avons pas un seul jour à perdre. Mais 
notre navigation fournira une preuve que la santé des équipages peut n'être 
point altérée par le plus long séjour à la mer : nous arrivons à Macao sans 
avoir un seul homme attaqué de scorbut; et cependant, sur dix-huit mois 
qu'a déjà duré la campagne, quinze ont été employés dans une navigation 
pénible qui nous a fait passer successivement par des climats fort op- 
posés ...... 

Je vous écris à la hâte, sans aucun ordre ; je jette mes idées sur le papier, 
à mesure qu'elles se présentent. Je suis mouillé à cinq milles de distance 
de cette place, avec laquelle je n'ai point encore communiqué j et comme 
on m'a dit qu'un navire partait demain pour l'Europe, je galope toutes 
mes dépêches. Je joins ma relation et les cartes et plans aux lettres que 
j'écris au ministre : je lui en adresserai des duplicata par la première occa- 
sion qui se présentera, afin que s'il nous arrivait malheur sur la côte de la 
Tartarie, du moins le commencement de notre campagne ne fût pas 
perdu pour l'utilité des navigateurs. Vous remarquerez sûrement avec 
plaisir, en parcourant mes différens chapitres, que si les peuples sauvages 
que nous avons visités, nous ont fait un peu de mal, nous avons été assez 
heureux pour n'être jamais obligés de leur en faire. Vous savez mieux 
que personne combien il m'est expressément enjoint de ne m'y porter qu'à 
îa dernière extrémité, et vous savez aussi que ce principe est dans mon 
cœur. 

P. S. Nous avons traité, à la côte de l'Amérique septentrionale, près de 
mille peaux de loutre ; mais le plus grand nombre était en lambeaux et 
presque pourri. J'ai cru devoir mettre à ce commerce un scrupule, une dé- 
licatesse, dont tous les navigateurs qui ont abordé à cette côte ne m'ont pas 
donné l'exemple. Aucune peau n'a été traitée que par M. Dufresne : je 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 



l'ai chargé de conduire la traite, et il s'est acquitté de cette commission dé- 
licate avec autant de zèle que d'intelligence. Il a numéroté, enregistré 
chaque peau l'une après l'autre, et il va les vendre ici au profit des équi- 
pages. J'en adresserai les comptes au ministre, comme un subrécargue les 
adresserait à son armateur, et j'y joindrai les reçus de tous ceux qui auront 
touché de l'argent. Je n'ai pas voulu qu'il fût réservé une seule peau, ni 
pour les états-majors, les savans et artistes, ni pour moi. Le profit de la 
campagne doit appartenir aux matelots * ; et la gloire, s'il y en a, sera le 
lot des officiers qui ont conduit l'expédition, et de leurs coopérateurs. Je 
vous avoue, mon cher ami, que pour cent mille écus comptant je n'aurais 
pas voulu faire cette campagne ; mais je n'ai pas hésité de l'entreprendre 
par devoir, et par reconnaissance de la confiance qu'on a eue dans mon 
zèle, sans doute, plus que dans mes talens. 




De Manille, le 8 Avril, 1787. 

Je ne vous ferai, mon cher ami, aucun détail de ma campagne- vous 
avez sous les yeux mes lettres au ministre, et je me flatte que vous aurez lu 
avec quelque intérêt ma relation. Vous aurez remarqué que nous sommes 
certainement les premiers navigateurs qui, dans la même année, soient par- 
venus jusqu'au mont Saint-Élie, après avoir visité l'île de Pâque, les îles 
Sandwich, et cherché à éclaircir différens points de géographie. Nos cartes, 
nos plans, nos journaux, nos tables de route, &c. tout vous prouvera que 
nous n'avons rien négligé de ce qui pouvait assurer l'exactitude de nos di- 
vers travaux. 

Ge qui nous reste à faire cette année, est plus difficile encore ; et tous les 
renseignemens que nous avons pu nous procurer à la Chine sur la partie de 
côte de cet empire dont nous devons faire la reconnaissance, se bornent à 
nous donner la certitude que les courans sont d'une violence extrême dans 
les détroits, qu'on y rencontre beaucoup de bancs, et que la brume y est 
presque continuelle. 

* Les peaux ont été vendues 10,000 piastres au profit des équipages. (N D R ) 
TOME II. ^ 



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.... 



482 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Mais, comme je sais qu'on vient à bout de tout avec de l'opiniâtreté et 
de la patience, ces obstacles ne font qu'irriter mon zèle, et j'ai la plus 
grande confiance dans mon étoile. 



D'Avatscha, 10 Septembre, 1787. 

Je vais, mon cher ami, m'entretenir avec vous sans aucun ordre ; mais je 
tâcherai de ne rien oublier de ce que j'ai à vous dire. 

Le ministre doit avoir reçu, par M. Dufresne, les détails de notre cam- 
pagne depuis notre départ de France jusqu'à notre arrivée à Macao ; et je 
remets à M. Lesseps la suite de cette relation, depuis Macao jusqu'au 
Kamtschatka ...... 



J'espère que vous serez content de la partie de notre voyage depuis Ma- 
nille jusqu'au Kamtschatka : c'était la plus neuve, la plus intéressante, et 
certainement la plus difficile, à cause des brumes éternelles qui enveloppent 
ces terres par les latitudes que nous avons parcourues. Ces brumes sont 
telles, que j'ai été obligé de consumer cent cinquante jours pour explorer la 
partie de côte que le capitaine King, dans le troisième volume du dernier 
Voyage du capitaine Cook, suppose pouvoir être visitée dans l'espace de 
deux mois. Je n'ai cependant séjourné que trois jours dans la baie de Ter- 
nai, deux jours dans la baie de Langle, et cinq dans la baie de Cas tries. Je 
n'ai donc pas perdu de temps : encore ai-je négligé de faire le tour de l'île 
Chicha en passant par le détroit de Sangaar. J'aurais même désiré de pou- 
voir mouiller à la pointe du Nord du Japon, et j'aurais peut-être risqué 
d'envoyer un canot à terre, quoique cette démarche eût exigé préalablement 
un sérieux examen, parce qu'il est probable que mon canot eût été arrêté j 
et un pareil événement, qui peut être considéré comme presque sans impor- 
tance quand il ne s'agit que d'un navire marchand, pourrait être regardé 
comme une insulte au pavillon national, quand le canot appartient à un 
vaisseau de l'état. La ressource de prendre et de brûler des champans est 
une faible compensation, chez une nation qui ne donnerait pas pour cent 



"jzmwMSï-Èé 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Japonais un seul Européen dont elle voudrait faire un exemple. Quoi 
qu'il en soit, je n'ai pas été à portée d'envoyer un canot à la côte du Japons 
et il m'est impossible de juger, dans ce moment, ce que j'eusse fait dans le 
cas où je m'y fusse trouvé. 

Je ne vous peindrais que difficilement les fatigues de cette partie de ma 
campagne, pendant laquelle je ne me suis pas déshabillé une seule fois, et 
n'ai pas eu quatre nuits sans être obligé d'en passer plusieurs heures sur le 
pont. Représentez-vous six jours de brume, et deux ou trois heures seule- 
ment d'éclaircie, dans des mers très-étroites, absolument inconnues, et où 
l'imagination, d'après tous les renseignemens qu'on avait, peignait des dan- 
gers et des courans qui n'existaient pas toujours. Depuis le point où nous 
avons atterri sur la côte de la Tartarie orientale, jusqu'au détroit que nous 
avons découvert entre l'île de Tchoka et celle de Chiclia, nous n'avons 
laissé aucun point sans le relever ; et vous pouvez être assuré qu'il n'y 
existe ni crique, ni port, ni rivière, qui nous ait échappé. Soyez certain 
aussi qu'il y a beaucoup de cartes des côtes d'Europe moins exactes que 
celles que nous remettrons à notre retour * -, car la carte jointe à cet envoi 
n'est pour ainsi dire qu'un croquis, très -soigné à la vérité, mais dont quel- 
ques points peuvent être en erreur, sur leur position, de dix ou douze mi- 
nutes en longitude. 

Nous avons donc enfin décidé la fameuse question des terres de Jesso, 
d'Oku- jesso, du détroit de Tessoy, &c. qui a tant occupé les géographes. 

je n'ai rien négligé d'ailleurs pour donner une idée vraie des peuples 
qui habitent ces îles et le continent. 

Les Russes avaient trouvé plus commode d'effacer de leurs cartes ces 
deux grandes îles, quoiqu'elles ayent dix fois la surface de toutes leurs 
Kuriles, qui ne sont que des rochers stériles, dont la population n'excède pas 

* Malheureusement ces cartes ne sont pas parvenues, et ont subi le sort de nos navigateurs: mais 
ce que dit la Pérouse de celle que nous possédons, diminue en partie la perte qu'a faite la °-éo°raphie 
(N.D.R.) ° ° i 




jaa.KiB&*fij 



48-i VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

trois mille insulaires. Les brumes m'ont empêché de relever les Kuriles 
au Nord de Marikan, jusqu'à la pointe de Lopatka ; mais je me propose de 
faire cette reconnaissance à ma sortie de la baie d'Avatscha, quoiqu'elle me 
paraisse peu importante : les Anglais ayant déterminé la pointe de Para- 
mousir, et nous celle du Nord de Marikan, les îles qui se trouvent entre ces 
deux points ne peuvent être placées sur la carte avec une erreur consi- 
dérable. 

Vous vous apercevrez que notre travail dans cette partie se lie merveil- 
leusement bien avec celui des Hollandais, dont la navigation est peut-être 
la plus exacte qui ait été faite à l'époque du voyage du Kastricum. Vous 
trouverez, parmi les cartes que j'adresse au ministre, celle que vous m'aviez 
remise des découvertes du capitaine Uriès : il ne soupçonnait pas qu'il y 
eût une mer derrière les terres qu'il côtoyait, et encore moins un détroit au 
Nord du village d'Acqueis, devant lequel il était mouillé. On peut induire 
de sa relation, que les peuples de Chicha et ceux de Tchoka sont absolument 
les mêmes, puisque, parti d'Acqueis et arrivé à Aniva, il n'a pas soupçonné 
qu'il n'était plus sur la même île. 

Un autre avantage qui résulte pour nous de la campagne des Hollandais, 
c'est qu'elle nous donne la largeur de l'île Tchoka jusqu'au cap Patience, 
et au-delà; car les longitudes des Hollandais, prises du méridien du cap 
Nabo, sont à peu près exactes. 

Sur votre carte, que j'envoie au ministre, j'ai porté le détroit que nous 
avons découvert, au milieu des montagnes des Hollandais, et j'ai tracé notre 
route à vue de l'île des États, du détroit d'Uriès, et de la terre de la Com- 
pagnie. 



Vous remarquerez sûrement, en lisant ma relation la carte sous les yeux, 
que j'aurais pu suivre la côte de Corée jusqu'au 42 e degré, ce qui eût été 
beaucoup plus facile et peut-être plus brillant que ce que j'ai fait ; mais 
j'ai cru qu'il importait davantage de déterminer avec exactitude un point du 
Japon qui donnât la largeur de la mer de Tartarie, et même celle de l'île 



zmmssÊr& 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

depuis le cap Nabo. Je suis certain que vous approuverez le parti que j'ai 
pris ; vous regretterez cependant que les circonstances ne m'ayent pas per- 
mis de suivre un plus grand développement de la côte du Japon, et je le 
regrette aussi : mais n'oubliez pas, mon cher ami, lorsque vous exami- 
nerez les opérations de mon voyage, n'oubliez pas ces brumes éternelles, 
qui ne permettent pas de faire en un mois le travail qu'on ferait en trois 
jours sous le beau ciel des Tropiques; n'oubliez pas enfin, que, sans l'heu- 
reux orage qui dans la manche de Tartarie nous donna quarante-huit 
heures de vent de Nord, nous ne serions pas arrivés cette année au Kamt- 
schatka. 

Encore une fois, quoique nous n'ayons pas tout fait, je suis convaincu 
qu'on ne pouvait guère faire davantage, et que notre campagne peut en- 
core être comptée après celles des Anglais, ce qui ne m'était pas égale- 
ment démontré à mon retour de la côte de l'Amérique, parce que nous 
avions été forcés de parcourir cette côte trop rapidement ; et d'ailleurs plu- 
sieurs expéditions ne suffiraient pas pour la détailler seulement depuis Cross- 
Sound jusqu'au port San-Francisco. Représentez-vous, à chaque lieue, 
des enfoncemens dont on ne peut pas mesurer la profondeur, vu la distance 
du fond, que la vue ne peut atteindre ; des courans pareils à ceux du Four 
et du Raz sur nos côtes de Bretagne, et des brumes presque continuelles : 
vous conclurez qu'une saison entière suffirait à peine pour visiter dans tous 
les points vingt lieues de cette côte : et je ne voudrais pas répondre ds 
rendre, après six mois de travail, un compte exact et détaillé du pays 
compris entre Cross-Sound et le port Bucarelli, encore moins jusqu'au cap 
Hector, ce qui demanderait plusieurs années. J'ai donc été forcé de me 
borner à assigner la latitude et la longitude des principaux caps, à connaître 
et tracer la vraie direction de la côte d'un point à un autre, à déterminer la 
position géographique des îles qui se portent à plusieurs lieues au large du 
continent. Le plan immense de notre voyage ne permettait pas que je me 
livrasse à aucun autre travail. Le capitaine Cook a peut-être moins fait 
sur cette côte ; non assurément que je veuille diminuer en rien le mérite 
de ce célèbre navigateur: mais, contrarié par les vents, resserré comme 
moi dans des limites de temps qui s'opposaient à ce qu'il donnât plus de 





4S6 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

développement à ses découvertes, il a navigué à une distance beaucoup plu3 
grande de la côte que celle où les circonstances ont permis que je me 
tinsse ; et lorsqu'il l'a rapprochée vers la rivière Je Cook et Wilîiam's- 
Sound, c'était dans l'espoir mal fondé je crois, mais qu'il n'a jamais aban- 
donné, de pouvoir s'échapper par le Nord, et de courir vers son objet fa- 
vori, un passage dans le golfe de Baffin ou celui de Davis. Son explora- 
tion de William's-Sound laisse encore beaucoup à désirer ; mais, je le re- 
pète, ces sortes de reconnaissances exigent beaucoup plus de temps que ni 
lui ni moi ne pouvions en donner à nos recherches. 

Je me suis procuré à Manille le journal du voyage que le pilote Espa- 
gnol, le fameux D. Francisco-Antonio Maurelle, a fait, en sa qualité, sur 
îa côte Nord-Ouest de l'Amérique. Ainsi, en joignant ce journal à celui 
de la première campagne des Espagnols dans cette partie, que M. Barring- 
ton a publié dans ses Mi scellâmes, dont j'avais l'extrait traduit dans les notes 
que vous aviez bien voulu rassembler pour mon instruction, nous aurons tous 
les secrets de Maurelle. J'ai laissé ce navigateur à Manille, commandant 
un des vaisseaux de la nouvelle compagnie destinés à faire le cabotage de 
Cavité à Canton. Je vous envoie un plan très-détaillé du port Bucarelli 
et des îles des environs, que j'ai obtenu à Manille. Les Espagnols, dans 
leur seconde campagne, pénétrèrent jusqu'à William's-Sound ; et croyant 
être sur la côte du Kamtschatka, ils craignaient à chaque instant d'être at- 
taqués par les Russes. Je ne vous envoie pas leur carte générale, parce 
^u'en vérité elle nuirait plutôt au progrès de la géographie qu'elle ne pour- 
rait y être utile. Ont-ils voulu nous tromper, ou plutôt ne se sont-ils pas 
trompés eux-mêmes ? Quoi qu'il en soit, ils n'ont vu la terre qu'auprès du 
port Bucarelli et à l'entrée du port du Prince-Guillaume. 

J'ai joint à l'envoi des cartes de la seconde partie de mon voyage, des 
plans particuliers dressés par M. Blondela, lieutenant de frégate, embarqué 
sur l'Astrolabe : cet officier travaille avec une assiduité, une intelligence, 
un ordre, une propreté, qui méritent les plus grands éloges. 

Vous trouverez parmi les plans neuf dessins de la main de M. Duché : 
ils sont de la plus grande vérité. M. Blondela joint à cet envoi une vue 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

du havre de Saint-Pierre et Saint-Paul, qui n'est pas prise du même point 
que celle insérée dans le troisième voyage du capitaine Cook, et une suite 
de dessins des différens bâtimens de mer en usage chez les divers peuples 
que nous avons visités. Cette collection est très-intéressante et mérite les 
honneurs de la gravure. 

Je partirai d'Avatscha le 1 er d'Octobre. Nous y avons été reçus avec 
les plus grandes marques d'affection j mais le bâtiment d'Okhotsk a vrai- 
semblablement péri dans la traversée *, et le gouverneur du Kamtschatka, 
malgré la meilleure volonté, n'a pu nous faire fournir une seule caisse de 
farine. Cette disette me forcera de relâcher à Guaham, pour tâcher de 
m'y en procurer. 

Voici le plan ultérieur de ma campagne, toujours subordonné aux cir- 
constances et aux événemens que je ne puis prévoir. 



Vous savez que j'ai déjà interverti une partie du premier plan tracé dans 
mes instructions, parce que j'y étais autorisé. J'ai pensé qu'il serait plus 
expéditif de commencer par l'hémisphère du Nord, et de finir par celui du 
Sud, puisque je devais terminer ma course par relâcher à l'île de France 
située au Sud de la Ligne. Je vous avouerai aussi que j'avais quelque 
crainte d'être prévenu par les Anglais, qui, avant mon départ, avaient an- 
noncé le projet d'un nouveau voyage de découvertes : je craignais pour la 
cote de la Tartarie, &c. qui était la seule partie vraiment neuve dont 
î'eusse à faire la reconnaissance; et pour rien au monde je n'aurais voulu y 
être devancé. 

En quittant Avatscha, je ferai route pour visiter les Kuriles et déter- 
miner la position de ces îles, jusqu'au canal de la Boussole. Je me por- 
terai sur le parallèle de 37 degrés, pour chercher la terre qu'on dit avoir 
été découverte à cette latitude, par les Espagnols, en 1610. Je remon- 
terai les îles au Nord des Mariannes, et l'archipel même des Mariannes 

* Voyez le Voyage de Lesseps. (N. D. R>) 





488 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

jusqu'à Guaham, où je relâcherai pour me procurer quelques provisions. 
Je ne passerai que cinq jours à Guaham ; et de là, je dirigerai ma route 
sur les Carolines, si j'ai l'espoir de pouvoir gagner, de ces îles, le cap 
Choiseul de la terre des Arsacides de Surville, et passer par le canal de 
Bougainville : je ferai route ensuite au Sud, où je dois trouver des vents 
d'Ouest, &c. 




Si, au contraire, les informations que j'aurai prises à Guaham, et les re- 
marques que je ferai pendant la traversée, me persuadent qu'en reconnais- 
sant les Carolines, je me mettrais trop sous le vent pour pouvoir arriver, à 
l'époque du 1 er Février 1788, à la nouvelle Zélande, j'abandonnerai les 
Carolines, qui sont peu importantes, et je ferai route de Guaham à la nou- 
velle Zélande, en dirigeant ma route le plus à l'Est qu'il me sera possible. 
Je visiterai tout ce qui se trouvera sur mon chemin ; et cette route, abso- 
lument nouvelle, doit me faire rencontrer des îles inconnues, qui vaudront 
peut-être mieux que les Carolines. L'un et l'autre plan me permet d'ar- 
river, vers le 1 er Février, au canal de la Reine-Charlotte. Delà, j'em- 
ploierai six mois à parcourir les îles des Amis, pour m'y procurer des ra- 
fraîchissemens, la côte occidentale-méridionale de la nouvelle Calédonie, 
l'île de Sainte-Croix de Mendana, la côte méridionale de la terre des Ar- 
sacides, celle de la Louisiade jusqu'à la nouvelle Guinée ; et je chercherai, 
dans cette partie, un autre détroit que celui de l'Endeavour. J'emploierai 
les mois d'Août et de Septembre, et partie d'Octobre, à visiter le golfe de 
la Carpentarie et la côte occidentale de la nouvelle Hollande, mais en com- 
binant mes opérations de manière qu'il me soit facile de remonter au Nord 
pour gagner le Tropique et arriver à l'île de France à la fin de No- 
vembre. 



Je quitterai l'île de France vers le 25 Décembre 1788. Je dirigerai ma 
route vers le cap de la Circoncision, d'où je me rendrai en France sans 
relâcher ou après avoir relâché au cap de Bonne-Espérance, suivant les cir- 
constances ; et j'espère arriver à Brest en Juin 1789, quarante-six ou qua- 
rante-sept mois après mon départ de ce port. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Voilà mon nouveau plan, dans lequel vous voyez que je ne puis faire 
entrer la côte méridionale de la nouvelle Hollande, ou la terre de Van- 
Diemen, d'où je ne pourrais gagner l'île de France, à cause des vents 
d'Ouest, qu'en faisant le tour entier. Cette route, qui serait beaucoup 
plus longue, ne me paraît pas praticable : l'état de nos grémens, l'état 
même de nos vaisseaux, s'opposent à ce que je puisse l'entreprendre. 

Je n'ai point fait mention des îles de la Société, parce qu'elles sont si 
connues qu'elles n'offi-ent plus rien à la curiosité : c'est peut-être un mé- 
rite pour le chef de l'expédition, c'est sûrement un grand bien pour les 
équipages, de faire le tour du monde sans relâcher à O-Taïti. Vous 
savez, d'ailleurs, que les îles de la Société, celles des Amis, celles de 
Mendana, et autres, déjà bien connues, n'entraient dans le plan de mes 
instructions que pour me ménager des ressources, en me laissant la liberté 
de relâcher à des îles où je pusse me procurer des rafraîchis s èmens ; mais 
je puis ou je saurai m'en passer. Je n'oublierai cependant pas que vous 
m'avez recommandé, comme un objet qui importe au perfectionnement de 
la géographie, de déterminer la vraie position de quelques-uns des points 
reconnus par Carteret, afin d'avoir des données sûres d'après lesquelles on 
puisse corriger les erreurs de l'estime sur toute la route de ce navigateur, 
dépourvu d'horloges marines, et qui paraît d'ailleurs n'avoir fait qu'un 
petit nombre d'observations astronomiques. 

Ce même Antonio Maurelle dont je vous ai déjà parlé, le Cook des 
Espagnols, quoiqu'à mon avis il soit "bien inférieur au Cook Anglais, fit, 
au commencement de 1731, un troisième voyage, de Manille à l'Amé- 
rique septentrionale, dans lequel il voulut atteindre les hautes latitudes 
australes, pour s'élever ensuite dans l'Est avec les vents d'Ouest des en- 
virons de la nouvelle Zélande ; mais il ne put exécuter ce plan, faute de 
vivres, et il fut obligé de remonter au Nord vers les Mariannes, d'où il fit 
la route ordinaire des galions, pour se rendre à San-Blas, Je vous adresse 
le journal de ce troisième voyage que j'ai su me procurer, dans lequel 
Maurelle croit avoir fait beaucoup de découvertes, parce qu'il ne connaît 
aucune de celles qu'ont faites les navigateurs modernes. Je voulais d'abord 
TOME il. 3 R 





4$Û 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 




conserver ce journal, pour vérifier si Maurelle aurait en effet rencontré 
quelque île nouvelle dans le voisinage de celles des Amis, parage dans le- 
quel on est informé par les naturels de ces îles, qu'il en existe un grand 
nombre d'autres dont ils ont connaissance, et que les Européens n'ont point 
encore reconnues ; mais après l'avoir examiné, j'ai vu que si je voulais en 
faire usage, il ne pourrait que m'induire en erreur : c'est un chaos presque 
informe, une relation mal rédigée, où les longitudes sont conclues d'une 
estime plus qu'incertaine, et les latitudes assez mal observées. 

je me suis procuré une excellente carte de Manille, et quelques autres 
plans intéressans. Vous croyez bien que ce n'est pas sans une peine extrême,, 
et sans faire quelques sacrifices, que j'ai pu les obtenir ; car vous savez 
que les Espagnols ne sont rien moins que communicatifs : ils ont cependant 
plus à recevoir qu'à donner. Les autres nations maritimes se sont em- 
pressées de faire connaître à l'Europe ce qu'ils voulaient dérober si my- 
stérieusement à notre connaissance. J'ai eu occasion à Manille de me 
confirmer dans l'opinion que j'avais de leur pusillanime et inutile circon- 
spection. Le gouverneur de l'île possède une carte qui comprend depuis 
Manille jusqu'au Kamtschatka. Je reconnus, à la seule inspection, que 
cette carte n'est autre chose que la carte Française de Bellin, dessinée sur 
une plus grande échelle ; et vous connaissez le faire de notre hydrographe, 
et les erreurs de cette carte, qui l'emporte peut-être en inexactitude sur 
toutes les autres du même auteur : le gouverneur ne me la laissa examiner 
que pendant une minute, et encore de loin, tant il craignit sans doute que 
ma mémoire ne fût assez bonne pour en faire faire une copie de ressouvenir» 
Je trouvai, je l'avoue, sa peur si puérile, qu'oubliant pour un moment sa 
gravité, je ne pus m'empêcher de lui dire que, dans peu de temps, je serais 
a portée d'en savoir beaucoup plus que lui et que toutes ses cartes ne pour- 
raient jamais m'en apprendre. 

Si vous voulez prendre la peine de récapituler les durées de mes 
séjours dans chaque port, depuis le 1 C1 Août 1785, époque de mon dé- 
part de Brest, jusqu'au 7 Septembre 1787, époque de mon arrivée au 
Kamtschatka, vous verrez que, dans cet intervalle, je n'ai employé que 
cinq mois et treize jours dans mes différentes relâches, et qu'environ 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

vingt-un mois ont été employés à naviguer; et vous apprendrez avec 
plaisir que, malgré les fatigues et les privations inséparables d'une si longue 
navigation, pas un seul homme n'est mort sur ma frégate, pas un homme 
n'est malade. L'Astrolabe a perdu un officier; mais la maladie dont il est 
mort, fruit de son imprudence, a une cause absolument étrangère aux fa- 
tigues et aux dangers de la campagne. La santé de l'équipage de cette 
frégate est d'ailleurs aussi parfaite que celle du mien. Vous pouvez être 
assuré que les soins du capitaine Cook pour ses équipages n'ont pas été 
plus grands, plus suivis, que ceux que M. de Langle et moi nous ne ces- 
sons de donner à la conservation des hommes précieux qui partagent nos 
travaux ; et si, jusqu'à la fin de nos courses, nous sommes aussi heureux à 
cet égard que nous l'avons été jusqu'à présent, nous démontrerons, comme 
l'a fait Cook, qu'avec des soins et un régime éclairé, on peut parvenir à 
préserver les marins du scorbut et des autres maladies qui semblaient être 
inséparables des longues traversées. Mais il ne faudra rien conclure de 
cette expérience répétée, qui soit applicable à des vaisseaux de ligne, à des 
équipages de huit cents, de mille, de douze cents hommes, recrutés sou- 
vent parmi les convalescens qui sortent des hôpitaux, et qu'il n'est pas 
possible de nourrir, comme on nourrit un équipage de cent hommes choi- 
sis pour une expédition particulière, avec des farines de Moissac de pre- 
mière qualité, avec des vins de Cahors ou de Ténériffe à six cents livres le 
tonneau, ni de traiter avec tous les antiscorbutiques que la pharmacie et la 
physique ont pu combiner, &c. Observez encore que l'espace qui manque 
sur les grands vaisseaux à proportion du nombre des hommes, ne permet 
pas de donner à chacun un très-grand hamac, et que les officiers n'y sont 
pas assez nombreux pour que leur surveillance, quelque active qu'elle soit, 
puisse s'étendre également sur des détails qui peuvent paraître minutieux, 
tels que le soin de faire changer de linge aux matelots régulièrement, et en 
leur présence, pour garantir ces braves gens de la paresse naturelle à 
l'homme quand il s'agit de la propreté de sa personne, paresse qu'il sur- 
monte quand il est question de supporter la fatigue et d'affronter le dano-er. 
A tous ces soins multipliés et constans, j'ai joint l'attention de relâcher 
,sans calculer la dépense, dans des lieux où je fusse assuré de procurer 
d'excellens vivres à mes équipages, tels que la Conception du Chili, Mon- , 





492 VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

terey en Californie, Macao, Manille, &c. J'ai cru qu'une des expé- 
riences qu'on se proposait de faire dans cette campagne était de s'assurer 
si des hommes, parfaitement nourris, parfaitement soignés, peuvent sou- 
tenir les fatigues des plus longues navigations, dans tous les climats, sous 
toutes les latitudes, au milieu des brumes, sous un ciel brûlant, &c. et 
jusqu'à présent, je puis répondre affirmativement : mais ma campagne est 
encore loin de sa fin. Puisse la constance de nos soins et de notre zèle 
être toujours récompensée par le même succès. 



D'Avatscha, 25 Septembre, 1/8? „ 

Je vous adresse, mon cher ami, un mémoire de M. Rolîin, chirur- 
gien-major de la Boussole : vous le lirez, et vous jugerez sûrement qu'il 
doit faire partie de la collection des mémoires et autres ouvrages que nos 
savans préparent chacun de leur côté. Ce M. Rollin est un homme du 
premier mérite, qui, depuis vingt-six mois, n'a pas perdu un homme, n'a 
pas un seul malade, et s'occupe sans cesse de la visite de nos alimens, de 
leur conservation, de leur amélioration, et généralement de la médecine 
préservative, que je préfère de beaucoup à la médecine curative ..... 

Je joins ici la table des latitudes et des longitudes des differens points de 
notre carte de l'archipel de Corée, Tartarie orientale, &c. Vous y trouverez 
les longitudes corrigées pour chaque méridien, d'après le milieu entre des 
longitudes obtenues p2r des distances prises lorsque la lune était à l'Orient, 
et des longitudes conclues lorsque la lune était à l'Occident du soleil. 
Cette différence de circonstance a toujours produit, tant pour la Boussole 
que pour l'Astrolabe, une différence de vingt à vingt-six minutes dans les 
résultats, différence qu'on ne peut attribuer qu'à Terreur des tables j et 
M. Dageîet a pensé qu'elle exigeait une correction. Ne regardez, en gé- 
néral, ce que nous vous adressons aujourd'hui relativement à cette partie de 
notre campagne, que comme un travail qui n'est pas absolument terminé, 
et peut être susceptible de quelque légère correction. 





VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Nous avons trouvé ici le tombeau de M. de Lisle de la Croyère : j'y ai 
placé une inscription en cuivre. J'ignore si l'on sait en France que ce 
savant était marié en Russie, et qu'il a laissé une postérité jouissant de la 
considération qui est due à la mémoire de son père. Son. petit-fils est 
conseiller des mines de Sibérie, et il a,. à ce titre, des appointemens assez, 
considérables. 



D'Avatscha, 28 Septembre, 1787. 

Je vous écris de nouveau, mon cher ami, pour vous annoncer la récep,-. 
tion des paquets qui m'arrivent par la. voie d'Okhotsk, à îa veille de met- 
tre à la voile *. Je suis traité avec une bonté et une distinction dont ni" 
mes services, ni ma bonne volonté, ne pourront jamais m'acquitter 

Les ordres que je reçois ne changent rien au plan, ultérieur que j'avais 
arrêté pour ma campagne ; seulement je relâcherai à Botany-Bay, à îa côte' 
orientale de la, nouvelle Hollande. J'aurais manqué ces objets d'utilité, si 
j'avais commencé par l'hémisphère du Sud: mais le plus grand avantage 
que je trouve dans le parti que j'ai pris, c'est la certitude de n'avoir été 
prévenu à la côte de Tartarie, &c. par aucun bâtiment Anglais. Je sais" 
que tous ceux qui ont été expédiés de l'Inde ont passé dans l'Est du Ja- 
pon: le plus considérable a péri sur l'île de Cuivre, près l'île de Behring j. 
il ne s'en est sauvé que deux hommes, auxquels j'ai parlé, et qui sont en- 
voyés par terre à Pétersbourg,, 

Le- bâtiment qui seconstruit à Okhotsk* et que la Russie destine à. faire* 
des découvertes dans ces mers, est à peine sur le chantier, et il serait 
possible qu'il ne fût pas en état de prendre la mer avant trois ou quatre 
ans 

Adieu : je pars demain très-bien portant, ainsi que tout mon équipage. 
Nous ferions encore six fois le tour du monde, si ce voyage pouvait être. 
utile ou seulement agréable à notre patrie, 

* Son brevet de chef d'escadre était compris dans ces paquets, que la Russie- s'était -chargée de lui"- 
faire parvenir au Kamtschatka. (N. D, R.) 



mn 












è.9è> 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



M. D A G E L E T. 









De Botany-Bay, 5 Février^ i?83. 

j'ai remis à M. de la Pérouse, pour être insérée dans les paquets qu'il 
adresse au ministre, une table qui contient nos longitudes et nos latitudes 
observées à bord depuis notre départ du Kamtschatka jusqu'au jour de notre 
mouillage dans la baie de Botanique. Le général me charge de vous don- 
ner quelques renseignemens sur ce travail (chose assez peu nécessaire) ; et 
j'obéis avec d'autant plus de plaisir, qu'elle est plutôt une occasion de me 

rappeler à votre amitié, qu'une utile dissertation astronomique. 

■ 

J'ai divisé cette table en quatre colonnes : la première renferme les lon- 
gitudes journalières de l'horloge marine N° 19, en calculant sa marche 
d'après son mouvement déterminé à la baie d'Avatscha ; la seconde co- 
lonne renferme les corrections qu'il faut appliquer aux longitudes du 
N° 19, pour obtenir des longitudes exactes, telles que nous les avons dé- 
terminées à différentes époques, et par un grand nombre de suites d'obser- 
vations de distances. J'ai fait en sorte d'y apporter toute l'exactitude qu'il 
m'a été possible, depuis les jours qui ont précédé notre atterrage aux îles 
des Navigateurs, jusqu'à Botany-Bay ; et je crois qu'il y a peu d'incerti- 
tude sur tout ce qui regarde les points v ' itablement géographiques des 
terres que nous avons vues. La troisième colonne renferme les longitudes 
vraies, et la quatrième les latitudes observées avec soin. 



M. DE LA PEROUSE. 

De Botany-Bay, 7 Février, 178S 



, 



Je n'aurai donc jamais que des malheurs à vous annoncer, mon cher 
ami ; et mon extrême prudence est sans cesse déconcertée par des événe- 



TZ'ÛHMWnkSnBFî. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

mens impossibles à prévoir, mais dont j'ai toujours eu, en quelque sorte, 
un secret pressentiment. J'avoue que j'ai à me reprocher, dans la malheu- 
reuse journée du 1 1 Décembre dernier, d'avoir cédé, presque malgré moi, 
aux importunités, je dirai même à l'opiniâtreté extraordinaire, de M. de 
Langle, qui prétendait que l'eau fraîche, l'eau nouvellement embarquée 
était le meilleur antiscorbutique, et que son équipage serait totalement at- 
taqué du scorbut avant notre arrivée à la nouvelle Hollande s'il ne se pour- 
voyait pas d'eau fraîche. J'y suis cependant parvenu, sans aucun malade, 
quoique nos équipages n'ayent bu que de l'eau anciennement embarquée • 
et je suis très-convaincu que la bonne eau, nouvelle ou ancienne, est éga- 
lement salubre *. Vous lirez dans mon journal les détails de notre mal- 
heureux événement aux îles des Navigateurs : ma sensibilité en est trop 
profondément affectée, pour que ce ne soit pas pour moi un supplice de 
les retracer. Vous trouverez sûrement inconcevable qu'un homme du plus 
grand sens, du jugement le plus sain, plein de lumières, possédant des con- 
naissances de tous les genres, ait préféré à une baie connue, vaste, et où 
l'eau était excellente, un endroit peu sûr, où ses chaloupes sont restées à 
sec, à la mer basse: deux mille Indiens, qui les environnaient, les ont 
mises en pièces après avoir massacré tous les hommes qui n'ont pas eu le 
temps de se réfugier dans les canots restés à flot au pied des ressifs; tan- 
dis que nos frégates faisaient tranquillement un commerce d'échange avec 
les naturels de l'île, à deux lieues au large, où assurément nous étions bien- 
loin de prévoir la possibilité d'un accident semblable. 

Une trentaine d'Indiens ont été tués à terre dans cette fatale journée, par 
les gens de nos chaloupes,, quand ils s'en virent assaillis. J'aurais pu, si. 
je n'eusse contenu la juste fureur de nos équipages, en laisser massacrer 
cinq cents autres, dispersés sur nos deux frégates, ou remplissant les pi- 
rogues qui environnaient les deux bâtimens ; ces pirogues, qui commer- 
çaient en toute sécurité le long du bord, eussent été coulées bas : mais je 

*- C'est une opinion [si] généralement établie, que souvent, dans les longues campagnes, les états- 
majors des vaisseaux préfèrent, pour leur usage, l'eau embarquée dans le port de l'armement, à toutes 
celles dont on s'est pourvu dans le cours du voyage, et qu'ils boivent de la première jusqu'à la fin de 
la campagne, 





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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

crus qu'une pareille barbarie ne réparerait pas notre malheur, ne nous con- 
solerait pas ; et il ne peut être permis de faire du mal que lorsqu'il est 
absolument nécessaire. 



Je n'ai trouvé près de l'endroit de la côte ouest situé le village du Mas- 
sacre, qu'un mauvais fond de corail : la houle d'ailleurs jetait à terre ; je 
suis certain que nos câbles n'y auraient pas résisté deux heures, et les fré- 
gates pouvaient s'y trouver dans le plus grand danger, sans que même il 
leur fût possible d'approcher à la portée de canon de cette infernale petite 
baie. Je n'ai pas cru d'ailleurs que le plaisir de brûler cinq ou six huttes 
fut un motif suffisant pour faire courir aux frégates un risque si imminent. 
Je crois cependant que je n'aurais pu me refuser de l'essayer, si j'eusse eu 
•l'espoir de reprendre nos chaloupes ; mais les sauvages, aorès les avoir 
presque détruites, en avaient échoué les carcasses sur l'a plage. 

Vous approuverez qu'un pareil malheur ne m'ait rien fait changer au 
.plan ultérieur du voyage ; mais il m'a empêché d'explorer entièrement 
l'archipel des Navigateurs, que je crois plus considérable, plus peuplé, 
plus abondant en vivres, que celui de la Société, en y comprenant O-Taïti, 
et dix fois plus grand que toutes les îles des Amis ensemble. Nous avons 
reconnu l'archipel de Vavao, attenant à ces dernières, et que le pilote 
Espagnol Maurelle avait aperçu, mais qu'il a si mal placé en longitude, 
qu'en le marquant sur les cartes d'après son indication, on y eût introduit 
une nouvelle confusion. Les navigateurs se trouveront garantis de toute 
incertitude à cet égard, par nos déterminations, ou plutôt par celles du ca- 
pitaine Cook, qui a si bien décrit le groupe d'Hapaee, qu'il était impos- 
sible de méconnaître son identité avec les îles Galves de Maurelle. 

Vous trouverez dans mon journal, que j'ai vu l'île Plisrard, l'île Nor* 
folk, et qu'enfin je suis arrivé à Botany-Bay sans un seul malade sur les 
deux bâtimens : les petits symptômes de scorbut ont cédé à l'usage des 
-vivres frais que je m'étais procurés aux îles des Navigateurs. Je suis as- 
suré que l'air de la mer n'est pas la principale cause de cette maladie, et 
qu'on doit bien plutôt l'attribuer au mauvais air des entreponts, lorsqu'il 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

n'est pas fréquemment renouvelé, et plus encore à la mauvaise qualité des 
vivres. Peut-on croire que du biscuit rongé des vers, comme il l'est quel- 
quefois, et ressemblant à une ruche d'abeilles, de la viande dont un sel 
acre a corrodé toute la substance, et des légumes absolument desséchés et 
détériorés, puissent réparer les déperditions journalières ? Du défaut d» 
nourriture substantielle, suit nécessairement la décomposition des humeurs, 
du sang, &c. Aussi, je regarde les esprits de cochléaria, et tous les re- 
mèdes contenus dans des flacons, comme des palliatifs d'un moment ; et 
les vivres frais, les vivres frais seuls, soit du règne animal, soit du règne 
végétal, guérissent le scorbut si radicalement, que nos équipages, nourris 
pendant un mois des cochons traités aux îles des Navigateurs, sont arrivés 
à Botany-Bay mieux portans qu'à leur départ de Brest ; et cependant ils 
n'avaient passé que vingt-quatre heures à terre dans l'île de Maouna. Je 
considère que le malt (la drêche), le spruce-beer, le vin, le café, Xisauer- 
kraut, &c. ne sont antiscorbutiques que parce que ces substances, liquides 
ou solides, s'altèrent très-peu, et constituent un aliment propre à l'homme : 
elles ne suffisent cependant pas pour guérir le scorbut; mais je crois 
qu'elles doivent le retarder ; et, sous ce point de vue, on ne saurait trop 
en recommander l'usage. Je regarde comme des subtilités en médecine, 
les airs fixes, &c. des docteurs Anglais et Français: on en avalerait à 
pleine bouteille, qu'ils ne feraient pas la millième partie du bien que font 
aux marins de bonnes tranches de roast beef, des beef-steaks, des tortues, 
du poisson, des fruits, des herbes, &c. 

Ma théorie sur le scorbut se réduit donc à ces aphorismes, qui ne sont 
pas d'Hippocrate : 

Alimens quelconques propres à l'homme, et capables de réparer les dé- 
perditions journalières ; 

Air extérieur introduit le plus souvent qu'il est possible dans les entre- 
ponts et dans la cale ; 



TOME II S 



3 s 





49$ , VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

Humidité occasionnée par les brumes combattue sans cesse par des iV 
migations et même par des brasiers ; 



Propreté et fréquente visite des bardes des matelots .; 

Exercice habituel; temps de sommeil suffisant, mais sans rien donner à 
la paresse. 

Je vous avoue que je n'ai pas confiance dans l'observation du capitaine 
Cook sur l'altération de l'eau dans les barriques. Je crois que celle qui 
était de bonne qualité quand on l'a embarquée, après avoir passé par les 
deux ou trois décompositions connues de tous les marins, lesquelles la ren- 
dent puante pendant quelques jours, redevient ensuite excellente, et aussi 
légère peut-être que l'eau distillée, parce que toutes les matières hétéro- 
gènes se sont précipitées, et restent en sédiment au fond des barriques : ai» 
moment où je vous écris, quoique nous soyons très-voisins d'une assez 
bonne aiguade, je bois de l'eau du Port des Français (côte de l'Amérique), 
et je la trouve excellente. Cette fausse opinion, qui n'a jamais été k 
mienne, a cependant causé nos malheurs à l'île de Maouna: mais corn-" 
ment résister à un capitaine d'une grande expérience, lorsqu'il vous assure 
que tout son équipage sera attaqué du scorbut avant quinze jours s'il n'a 
pas de l'eau fraîche ? 

. M. Dagelet vous écrit au sujet de ses observations : je ne vous en par- 
lerai pas. Il me suffira" de vous dire que la combinaison de nos deux 
moyens, les observations de distances et les horloges marines, a complète- 
ment résolu le problème : nous avons constamment navigué avec moins 
d'erreur en longitude, qu'on n'en avait en latitude il y a dix ans, lorsqu'on 
observait avec des octans de bois, et quatre fois moins peut-être que 
lorsqu'on faisait usage de Parbalestrille et du quart de nonante.. 

La mort de M. de Langle n'apportera aucun changement sur l'Astro- 
labe, relativement aux observations astronomiques. Depuis près d'un an 
M. de Lauriston en était seul chargé : c'est un jeune officier du premier 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

mérite, et qui, pour l'exactitude, peut même le disputer à nos astronomes ; 
je sais, d'ailleurs, que son registre d'observations est tenu dans le meilleur 
ordre. 

Comme les Anglais ont formé leur établissement au Port Jackson, ils ont 
abandonné entièrement Botany-Bay. J'ai fait à terre une espèce de re- 
tranchement palisadé, pour y construire en sûreté de nouvelles chaloupes : 
ces constructions seront achevées à la fin du mois. Cette précaution était 
nécessaire contre les Indiens de la nouvelle Hollande, qui, quoique très- 
faibles et peu nombreux, sont, comme tous les sauvages, très-méchans, 
et brûleraient nos embarcations s'ils avaient les moyens de le faire et en 
trouvaient une occasion favorable: ils nous ont lancé des zagaies après 
avoir reçu nos présens et nos caresses. Mon opinion sur les peuples inci- 
vilisés était fixée depuis long-temps ; mon voyage n'a pu que m'y affer- 
mir : "j'ai trop, à mes périls, appris à les connaître." Je suis cependant 
mille fois plus en colère contre les philosophes qui exaltent tant les sau- 
vages, que contre les sauvages eux-mêmes. Ce malheureux Lamanon, 
qu'ils ont massacré,, me disait, la veille de sa mort, que ces hommes va- 
laient mieux q ■ . nous. Rigide observateur des ordres consignés dans mes 
instructions, j'ai toujours usé avec eux de la plus grande modération ; 
mais je vous avoue que si je devais faire ^une nouvelle campagne de ce 
genre, je .demanderais d'autres ordres. Un navigateur, en quittant l'Eu- 
rope, doit considérer les sauvages comme des ennemis, très-faibles à la vé- 
rité, qu'il serait peu généreux d'attaquer sans motif, qu'il serait barbare de 
détruire, mais qu'on a le droit de prévenir lorsqu'on y est autorisé par de 
justes soupçons. 

Je vous ai fait part, dans mes lettres écrites du Kamtschatka, du plan ul- 
térieur de campagne auquel j'étais obligé de me fixer pour arriver en. Eu- 
rope au mois de Juin, 1789» Ni nos vivres, ni nos agrès, ni nos vais- 
seaux même, ne me permettraient de reculer le terme de mon voyage, qui . 
sera, je crois, le plus considérable qu'ait jamais fait aucun navigateur, au 
moins pour le développement de la route. Il me reste encore des choses 





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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 




bien intéressantes à faire, des peuples bien méchans à visiter * : je ne ré- 
ponds pas de ne pas leur tirer quelques coups de canon ; car je suis bien 
convaincu que la crainte seule peut arrêter l'effet de leurs mauvaises in- 
tentions. 

Je partirai le 15 Mars de Botany-Bay, et je ne perdrai pas mon temps 
jusqu'au mois de Décembre, époque à laquelle je compte arriver à l'île de 
France. 

Vous trouverez, à la suite de mon journal, le plan de sept des îles des 
Navigateurs : les insulaires nous en ont nommé dix ; et je crois que, pour 
compléter cet archipel, il faut y joindre les îles de la Belle -Nation de Qui- 
ros, et celles des Cocos et des Traîtres, mais je n'en suis pas rigoureuse- 
ment certain. Ces deux dernières sont très-petites et de peu d'impor- 
tance ; mais je ne serais pas surpris que les îles de Maouna, d'Oyolava, et 
de Pola, ne continssent ensemble quatre cent mille habitans. Maouna est 
beaucoup plus petite que les deux autres -, et dans l'espace de vingt-quatre 
heures, nous nous y procurâmes cinq cents cochons et une quantité im- 
mense de fruits. J'aurais désiré joindre au plan des îles des Navigateurs, 
celui de l'archipel des Amis, augmenté des îles Vavao, Latte, &c. mais, 
à mon grand regret, il n'est pas terminé, et ne pourra l'être avant mon 
départ. Au défaut du plan, vous trouverez dans les tables les latitudes et 
les longitudes de ces îles ; elles y sont plus exactes que celles que j'ai 
rapportées dans le texte de mon journal : quoique historique, il a été écrit 
à mesure que les événemens arrivaient, et en y portant des longitudes qui 
n'avaient pas encore été soumises au dernier examen, d'après lequel sou- 
vent elles éprouvaient des corrections. 

M. de Clonard commande aujourd'hui l'Astrolabe ; M. de Monti l'a 
remplacé sur la Boussole : ce sont deux officiers du premier mérite. Nous 
en avons perdu un d'Un mérite supérieur dans M. de Langle ; il était doué 



* Ceux des îles situées dans le Sud-Est de la nouvelle Guinée, découvertes par les Français eç 
1768 et 1769. 



VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

des plus excellentes qualités, et je ne lui ai jamais connu d'autre défaut 
que d'être opiniâtre, et si entier dans son opinion, qu'il fallait se brouiller 
avec lui si l'on refusait de la suivre : il m'a plutôt arraché qu'il n'a obtenu 
la permission qui a causé sa perte. Je n'aurais jamais cédé, si le rapport 
qu'il me fit de la baie où il a péri eût été exact ; et je ne concevrai jamais 
comment un homme aussi prudent, aussi éclairé que lui, a pu se tromper. 
si grossièrement. 

Vous voyez, mon cher ami, que je suis encore très-affecté de cet évé- 
nement; malgré moi, j'y reviens sans cesse. 








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VOYAGE AUTOUR DU MONDE, 



EXTRAITS 

De Lettres écrites par M. de la Pérouse à M. de la 
Touche, Directeur-adjoint des [torts, et Capitaine de vais- 
seau; et par M. de Lamanon à M. de Servières. 




M. DE LA PÉROUSE 

Macao, le 6 Janvier, X'JB'J. 

^e voici, mon cher la Touche, enfin arrivé à la Chine, après 
dix-huit mois depuis mon départ de France, dont quinze à la voile. Nous 
n'avons^ perdu personne de maladie, et il n'y a pas un seul malade sur les 
deux bâtimens ; mais tu connais sans doute dans cet instant les malheurs que 
nous avons éprouvés sur la côte de l'Amérique. Je te renvoie, pour tous 
les détails de ma campagne, à ma relation entière que j'adresse au mi. 
nistre ...... 

Quoique nous ayons déjà presque fait le tour du monde, notre campagne 
ne fait que commencer: je partirai à la belle saison pour remonter la côte 
de la Chine, et celle de la Tartane, jusqu'au Kamtschatka; c'est la navi- 
gation certainement la plus difficile qu'il soit possible d'entreprendre. De- 
puis trois ou quatre jours que je suis à Macao, j'ai pris quelques informa- 
tions, et l'on m'a rapporté que les différens canaux entre la Chine et le Ja- 
pon, la côte de Tartarie et les Kuriles, étaient pleins de bancs, que les cou- 
rans y étaient très-violens, et les brumes presque continuelles; ainsi tu 
vois que notre besogne n'est pas facile ; mais nous îa ferons, ou nous y 

périrons. 

' .. . 




VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

. Je me suis empressé d'envoyer ma relation complète de notre voyage 
jusqu'à notre arrivée à Macao, ainsi que nos cartes, afin que si nous éprou- 
vons des malheurs, ce commencement de campagne, que je crois intéres- 
sant, ne soit pas perdu. Je compte partir d'ici pour Manille à la fin du 
mois, et de Manille pour le Kamtschatka le 10- Avril. Adieu; je t'em- 
brasse et t'aime de tout mon cœur. 



Au Kamtschatka, le 22 Septembre, 1787. 
J'ai déjà fait, mon cher ami, presque le tour du monde sans recevoir 
aucune de tes lettres: je ne t'accuse pas, parce que personne ne m'a écrit; 
mais je me plains, parce que cette contrariété me rend très-malheureux, et 
il doit être permis d'exprimer sa douleur, je ne te fais aucun détail' de 
ma navigation, parce que tu es à portée de tout voir; et comme tu es ma- 
rin, tu jugeras mieux que personne combien la navigation que nous venons 
de faire, était difficile et dangereuse de toute manière, par les courans, les 
brumes,, les orages,, et les peuples chez lesquels des étrangers ne peuvent ni 
aborder, ni trouver aucune ressource en cas d'événemens. Aucun Européen, 
avant nous, n'avait passé dans l'Ouest du Japon : on savait que c'était une 
île ; mais on ignorait si le passage qui la sépare de la Corée était praticable 
pour de gros vaisseaux. Les relations de Kaempfer ne pouvaient qu'in- 
spirer le plus grand effroi sur la navigation de ces mers, dont il ne par- 
lait que sur le rapport des Japonais. Le prétendu détroit de Tessoy du 
père des Anges n'était guère propre à inspirer de la confiance, puisqu'il 
le disait rempli d'herbes qui empêchaient les batimens de passer. Nous 
ayons éclairci tout ce fatras de géographie, trouvé un. détroit certainement 
bien nouveau,, et sommes enfin arrivés au Kamtschatka, d'où je pars pour 
l'hémisphère Sud le 1* Octobre 1737, ne comptant arriver en France qu'au, 
mois de Juin 1789 ........ . 




Jai lu,, mon cher ami, l'ordonnance nouvelle : je te jure que jlîâ trouve 
parfaite ; et je voudrais que, comme à l'arche du Seigneur,' il fût défendu 
par une loi d'y toucher.au moins de deux siècles après la première année 




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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 

où quelques lettres ministérielles en interprétation pourraient être néces- 
saires. J'y ai trouvé des gardes de la marine élevés pour être marins, des 
officiers qui n'ont à penser qu'à leur métier de mer, et des directeurs à 
leurs occupations particulières ; des troupes qui sont constituées pour servir 
utilement dans des vaisseaux où on aura toujours assez d'infanterie quand 
nous n'aurons pas de guerre en Allemagne ; enfin un centre d'unité, qui est 
le commandant, ce qui assure l'exécution du plan, le seul bon, le seul vrai, 
le seul raisonnable. Ce que j'ai tant désiré est enfin arrivé : une marine 
commandante, et une marine auxiliaire dont. on a eu soin de ménager les 
intérêts de manière à ne pas l'humilier, et une éducation dure donnée à des 
jeunes gens, qui les rendra peut-être un peu rustres, mais jaiiiab orgueil- 
leux, et ils en auront plus de caractère. Je voudrais avoir été élevé com- 
me les nouveaux élèves, dont on a bien fait de changer le nom; car rien 
de l'ancienne école n'était bon à conserver 



M. DE L A M A N O N. 

Des mers de Chine, le 1er Janvier, 1787. 

Vous, mon cher Servières, qui avez tant de correspondans, vous n'en 
avez point en Chine ; vous y êtes pourtant avantageusement connu, et vous 
y avez des amis : pourriez-vous en douter, après avoir appris que c'est de 
Macao que je vous écris? Mille fois j'ai regretté que vous ne fussiez pas 
des nôtres ; mille fois j'en ai été charmé. Les plaisirs que j'ai eus depuis 
notre départ ont été grands. Je travaille plus de douze heures par jour, et 
}e ne suis presque jamais au niveau de ma besogne : poissons à anatomiser, 
quadrupèdes à décrire, insectes à attraper, coquilles à classer, événemens à 
raconter, montagnes à mesurer, pierres à recueillir, langues à étudier, ex- 
périences à faire, journal à écrire, nature à contempler, je voudrais pour 
tout cela vingtupler mon existence. Avec votre activité et votre santé, 
vous auriez partagé nos travaux et nos jouissances : mais, s'il y a du plaisir, 
représentez-vous aussi la situation d'un géologue obligé de passer trois ans 
sur quatre, à la mer. Entre les Tropiques, l'estomac s'affaiblit, et la tran- 
spiration excessive fatigue j dans les climats froids, les brouillards vous 



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VOYAGE AUTOUR DU MONDE. 




accablent : ajoutez-y la douleur que nous avons eue de perdre nos amis, les 
dangers que nous avons courus, et qui ont été grands ; et vous avouerez 
que la science a, comme la religion, son martyrologe. La santé et l'espé- 
rance ne m'ont jamais quitté ; et un peu fatigué de dix mille lieues que 
nous venons de faire, je reprends haleine pour continuer : je n'ai pas en- 
core eu le loisir de m'ennuyer un moment .... Mongès et moi avons 
chacun notre département : le sien consiste dans les oiseaux, une partie des 
insectes, les analyses des pierres et des eaux, et quelques objets de physique ; 
j'ai dans le mien la géologie, les quadrupèdes, les poissons, les coquilles, 
les autres animaux aquatiques, la rédaction des observations météorolo- 
giques, l'histoire naturelle de la mer, &c. M. de la Martinière, qui est sur 
l'Astrolabe, a les plantes, et s'amuse aussi aux insectes, oiseaux, et poissons. 
Tous ces matériaux à mettre en ordre, à employer convenablement, exi- 
gent des méditations et du travail 



Conservez votre santé, votre aimable gaieté, et comptez toujours sur 
votr